Émile Combes

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Émile Combes
Image illustrative de l'article Émile Combes
Fonctions
60e président du Conseil des ministres français
et Ministre de l'intérieur
(72e chef du gouvernement)
7 juin 190224 janvier 1905
Président Émile Loubet
Gouvernement Combes
Législature VIIIe législature
Prédécesseur Pierre Waldeck-Rousseau
Successeur Maurice Rouvier
Ministre d'État
29 octobre 191512 décembre 1916
Président Raymond Poincaré
Gouvernement Gouvernement Aristide Briand (5)
Biographie
Nom de naissance Émile, Justin, Louis Combes
Date de naissance 6 septembre 1835
Lieu de naissance Roquecourbe (Tarn) (France)
Date de décès 25 mai 1921 (à 85 ans)
Lieu de décès Pons (Charente-Maritime) (France)
Nationalité française
Parti politique Parti Radical
Profession Médecin
Présidents du Conseil des ministres français

Émile, Justin, Louis Combes, né à Roquecourbe (Tarn) le 6 septembre 1835, et mort à Pons (Charente-Maritime) le 25 mai 1921, est un homme politique français.

Sa vie[modifier | modifier le code]

Fils de Jean Combes et de Marie-Rose Bannes. Il est le sixième enfant d'une famille qui en comptera dix. Son père était un modeste tailleur d'habits, qui dut parfois changer de métier pour faire vivre les siens. Il apprit le latin par l'instituteur public et ensuite par son parrain, Jean Gaubert, qui était curé et son cousin. À propos de ce dernier, Gabriel Merle, biographe d'Émile Combes, déclare : « Il a le prestige et l'autorité du sacerdoce et de l'instruction. On lui obéit. Et s'il demande des sacrifices, il s'en impose aussi. Son insistance à vouloir qu'un de ses petits cousins devienne prêtre est étonnante. Ayant échoué avec Philippe vers 1840 et Émile en 1847, il ratera son dernier essai avec Henri vers 1860 ». Ainsi entrera-t-il au petit séminaire de Castres, à douze ans mais en classe de quatrième de par ses connaissances en latin. Son parrain l’aida financièrement pour suivre des études d’abord audit petit séminaire puis à l’école des Carmes « école des hautes études ecclésiastiques » (lieu de formation des futurs prêtres que l’on souhaite envoyer étudier à la Sorbonne) et enfin au grand séminaire d’Albi (où il porta la soutane et fut tonsuré). Mais là on considéra que sa vocation de prêtre était peu sérieuse, même si, pendant plusieurs années il tenta de faire annuler cette décision. Ayant préparé au cours de ces années là un doctorat, il fut peu après admis docteur ès lettres avec comme sujet Saint Thomas d’Aquin pour la thèse française, et Saint Bernard pour la thèse latine (1860)[1]. Il perd la foi et abandonne l'Église au milieu des années 1860, et entreprend alors de suivre des études de médecine. Il obtient sa thèse de médecine en 1868[2]. Diplôme en main, il s'installe dans la petite ville de Pons (en Charente-Inférieure, désormais en Charente-Maritime), où il installe son cabinet.

Il en est élu maire en 1876, et tiendra ce poste jusqu'en 1919 puis sénateur de la Charente-Inférieure en 1885 et devient Président de « La Gauche Démocratique ».

Il entre au ministère de l'Instruction publique en 1895. En 1902, il est désigné président du Conseil et mène alors une politique dite du « Combisme » fortement anticléricale, qui mènera en 1905 à la loi de séparation des Églises et de l'État et à l'aboutissement de l'école laïque en France. Mais il démissionne en 1905 avant que cette loi ne soit promulguée le 9 décembre 1905, suite à l'affaire des fiches.

Il est ensuite président du Parti Radical en 1911-1912, Ministre d'État dans le gouvernement d'Union nationale en 1915, restera maire de Pons jusqu'en 1919 où un monument lui a été dédié[3], et sénateur jusqu'à sa mort en 1921.

Son œuvre politique[modifier | modifier le code]

Élu sénateur en 1885, il devient l'un des leaders du radicalisme. On constate que le Sénat, pourtant conçu au départ par la droite pour tenter d'établir un fief conservateur, attire aussi des hommes de Gauche. Son siège lui permet en effet de participer à la formation d'un groupe appelé la Gauche démocratique, qu'il dirige en 1894.

« Le nouveau Ministère » (1902).

Il succède à Waldeck-Rousseau à la présidence du Conseil (mai 1902). Il profite d'une confortable majorité par 368 contre 220, dont 48 socialistes, 90 radicaux-socialistes, 129 radicaux et 99 républicains divers. La Délégation des gauches (Union Démocratique, Radicaux, Radicaux-Socialistes et Socialistes) se réunit avec le Cabinet pour régler les problèmes susceptibles de surgir. Combes établit ainsi avec la Chambre un dialogue constant. Jean Jaurès y gagne un rôle prépondérant.

Combes évite le plus souvent possible le Sénat, pour se rapprocher de l'idéal républicain : une assemblée unique et souveraine. Il veut aussi utiliser tous les moyens pour favoriser les amis du régime, contre ses ennemis. Une circulaire de Combes aux préfets, le 20 juin 1902, demande ainsi de favoriser « des personnages et des corps sincèrement dévoués au régime ». Il épure l'administration, la magistrature et l'armée afin d'asseoir durablement l'encadrement républicain et laïque de l'État. Les radicaux deviennent une composante essentielle de la IIIe République.

« LE COMBES DE L'ACTIVITÉ DÉVORANTE POUR FAIRE LE MAL » (caricature d'Achille Lemot, Le Pèlerin, 27 juillet 1902).

L'anticléricalisme dont il fait preuve est relativement paradoxal pour un homme issu d'un milieu religieux et destiné à la prêtrise. C'est pourtant avec intransigeance qu'il applique les lois de 1901 et 1904 sur le droit des associations et la liberté d'enseignement des congrégations religieuses : plus de 2 500 établissements d'enseignement privés sont alors fermés. Les catholiques résistent, et l'on doit employer la force. Toutes les congrégations de femmes sont dissoutes, seules cinq congrégations d'hommes restent. Combes considère que la lutte contre l'Église fortifie et glorifie la République. À ce propos, une anecdote piquante est à signaler. En 1903, la princesse Jeanne Bibesco, en religion Mère Bénie de Jésus, fondatrice et prieure du carmel d'Alger, plaide la cause de son couvent auprès de ce dernier. Naît alors entre eux une imprévisible relation d'amitié amoureuse. Il a alors soixante-huit ans et elle trente-quatre ans ! Il finit par s'engager dans un conflit avec le Vatican au sujet de l'interprétation du Concordat de 1801. Combes profite de la succession de Léon XIII, qui voit arriver un pape intransigeant, Pie X. Aussitôt, l'ambassade de France auprès du Vatican est retirée, sans rompre les relations diplomatiques avec le Saint-Siège. Combes n'est pas véritablement opposé au Concordat, est même farouchement opposé à une séparation de l'Église et de l'État, ce qui peut sembler paradoxal. En vérité, il a besoin de cet instrument de pression qui lie l'Église à l'État. S'en séparer, c'est prendre le risque d'un renouveau de l'Église. Preuve en est qu'il conserve un contact permanent, bien que ténu, entre l'État et l'Église. De même, en 1902, il repousse 8 propositions pour les ranger dans une commission le 11 mars 1903 pour examiner ces propositions et rédiger un projet de loi.

Attaqué par les catholiques, puis progressivement par les socialistes, l'affaire des Fiches va causer sa ruine. Il s'agit d'une opération de fichage des opinions politiques et religieuses des officiers. La révélation de ce procédé, dans la droite ligne du Combisme, dénoncé à la tribune, fait tomber la majorité ministérielle à quatre voix, le 28 octobre 1904. On reproche à Combes un système de délation s'étendant à toutes les administrations. Paul Doumer reproche à Combes d'être « un républicain récent attaché aux procédés bonapartistes ». Sans attendre d'être mis en minorité, Combes et son ministère se retirent le 18 janvier 1905.

Symbole de la politique anticléricale et prologue à la séparation de l'Église et de l'État, l'expression « combisme » s'impose. Pourtant, Émile Combes, souvent tenu pour unique responsable de la crise sociale, politique et religieuse en germe, ne fait que traduire en actes le programme du bloc des gauches (radicaux et socialistes). Mais le front républicain se divise sur cette question. La séparation des Églises et de l'État en 1905 y mettra un terme.

Il combat les langues régionales en interdisant leur pratique dans les Églises. À ce sujet, il déclare : « le breton se prête moins que le français à exprimer des idées nouvelles, ces vilaines et détestables idées républicaines dont la langue française est l’admirable messagère »[4]. Cependant, les maires du canton de Plabennec, dans le Finistère, écrivent au président du Conseil : « Très nombreux sont nos concitoyens qui ne comprennent pas le français. Ce serait donc attenter gravement à leurs habitudes et à leurs besoins moraux que de supprimer l'usage du breton dans les exercices religieux ». Cela ne trouble guère le président du Conseil, décidé à faire appliquer sa circulaire. Entre 1903 et 1905, 110 prêtres verront leur traitement supprimé pour délit de langue bretonne[5][réf. insuffisante].

Le « petit père Combes » était ainsi nommé à cause de son passage au séminaire, et était aussi ministre des Cultes.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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  • G. Merle, Émile Combes, Fayard, 1995. (ISBN 2213593868)
  • Marc Villemain, L'esprit clerc - Émile Combes ou le chemin de croix du diable, Fondation Jean-Jaurès, 1999
  • Yvert Benoît (dir.), Premiers ministres et présidents du Conseil. Histoire et dictionnaire raisonné des chefs du gouvernement en France (1815-2007), Paris, Perrin, 2007, 916 p.
  • Serge Doessant, Le général André, de l'affaire Dreyfus à l'affaire des fiches, Paris, Éditions Glyphe, 2009, 396 p.
  • Une satire d'Émile Combes écrite par Vincent Hyspa a été mise en musique par Erik Satie sous le titre Chez le docteur.

Combes ayant inspiré la verve des caricaturistes, son effigie se retrouve dans maints dessins lithographiés pour la presse écrite et des objets à caractère polémique.

Il apparait ainsi dans un dessin titré « Concentration républicaine », de Charles Léandre (publié comme supplément au nº 400 du journal Le Rire - archives privées) - torse nu, entre Pelletan et Rouvier avec cette légende : « Messieurs, vous me voyez flatté. / Mais pour Combes, en vérité / C'est trop de comb…ativité ».

Chronologies[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Biographie sur le site du Sénat. http://www.senat.fr/evenement/archives/D43/combes.html
  2. Thèse pour le doctorat en Médecine. Considération contre l'hérédité des maladies. 21 mai 1868. Thèse numérisée sur le site de la BIUM. http://web2.bium.univ-paris5.fr/livanc/?cote=TPAR1868x082&do=chapitre
  3. Monument à Émile Combes, Pons (17)
  4. Chambre des députés, séance du 16 janvier 1903.
  5. Jean Sévillia, Quand les catholiques étaient hors la loi.