Île Longue (Finistère)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Île Longue.
Île Longue
Enez Hir (br)
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Localisation Rade de Brest (océan Atlantique)
Coordonnées 48° 18′ 23″ N 4° 30′ 24″ O / 48.306389, -4.506667 ()48° 18′ 23″ N 4° 30′ 24″ O / 48.306389, -4.506667 ()  
Superficie 1,10 km2
Point culminant non nommé (42 m)
Géologie Île continentale
Administration
Région Région Bretagne
Département Finistère
Commune Crozon
Autres informations
Découverte Préhistoire
Fuseau horaire UTC+1

Géolocalisation sur la carte : Finistère

(Voir situation sur carte : Finistère)
Île Longue
Île Longue

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Île Longue
Île Longue

Géolocalisation sur la carte : rade de Brest

(Voir situation sur carte : rade de Brest)
Île Longue
Île Longue
Îles de France

L’île Longue, en breton Enez Hir, est une presqu'île bretonne située dans la rade de Brest qui sert de base sous-marine à la Marine nationale française pour ses sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE).

Géographie[modifier | modifier le code]

L’île Longue est une presqu'île située en rade de Brest, dans le Finistère, sur le territoire de la commune de Crozon. Elle est rattachée à la presqu'île de Crozon, et sépare la baie de Roscanvel de l'anse du Fret. Son altitude était de 42m avant les travaux de terrassement de 1967-1972.

L'isthme reliant l'île Longue au continent était à l'origine un cordon sablonneux, uniquement franchissable à marée basse. Parcouru d'un chemin empierré au XIXe siècle, l'isthme a été élargi et rendu insubmersible lors des travaux de construction de la base opérationnelle. Aujourd'hui, c'est un vaste parking.

La presqu'île se composait d'un plateau rocheux, ceinturé de falaises abruptes dans lesquelles de nombreuses carrières ont été exploitées. Des sources se trouvaient sur le territoire, qui de ce fait a été habité : la presqu'île comprenait au XIXe siècle trois hameaux : Kernalleguen, situé à moins d'un kilomètre de l'isthme, Kermeur, à un kilomètre et demi, et Bothuelc'h, légèrement plus au nord.

Des vestiges d'anciennes tombes ont été retrouvés sur l'île, ce qui induit un certain nombre de contraintes relativement à l'exploitation des lieux.

Description de l'Île Longue en 1895[modifier | modifier le code]

« L'Île Longue a près de 2 km de longueur sur moins d'un kilomètre de largeur. C'est un haut plateau de cultures où des terres très fertiles produisent des céréales et des légumes abondants. De grands champs de choux et des prairies révèlent un bétail assez nombreux. Mais les hameaux sont misérables et la route qui relie entre eux Bot-Huelch, Kermeur et Kernaliguen est un fossé boueux presque impraticable. La plupart des habitants travaillent sur la côte occidentale de l'île où d'immenses carrières de pavés ont été créées, elles emploient deux cents ouvriers et produisent de grandes quantités de cubes de pierres, employés dans toute la Bretagne et jusqu'à Paris. Au sud, l'île est fermée par un retranchement bastionné appelé le « mur », une porte donne accès sur la grève que traverse le chemin du Fret[1]. »

Les carrières[modifier | modifier le code]

L’exploitation du « porphyre », un microgranite dont est constitué l’île Longue, existait depuis le XVIIIe siècle. À la fin du XIXe siècle, près de 500 000 pavés sont expédiés chaque année pour le pavage des quais des arsenaux de Brest et Rochefort et des rues de villes. Près de onze carrières ceinturaient l’île Longue, dont la plus grande, à l’ouest de Kermeur, s’appelait Vengleuz Braz.

Les fortifications[modifier | modifier le code]

L'île Longue, constituée d'un plateau rocheux, muni de sources, protégée de falaises et accessible par un cordon sablonneux uniquement franchissable à marée basse, a attiré les yeux de Vauban et de Dajot, qui décidèrent de la fortifier afin de :

–rendre intenable le fond de la rade pour une escadre qui aurait franchi le goulet et voudrait bombarder l'arsenal de Brest ;
–permettre une contre-offensive de flanc contre un débarquement ennemi qui chercherait à se saisir de la rive sud du goulet et attaquerait les lignes de Quélern.

Le fort[modifier | modifier le code]

L'ingénieur Dajot fait construire un fort au sommet de l'Île Longue vers 1776, constitué d'une batterie basse avec un parapet en demi-cercle, abritant de petits bâtiments protégés par une gorge rectiligne brisée en son centre par un bastion formant saillant, et enjambée par un pont-levis.

Le rempart[modifier | modifier le code]

En 1879, un rempart est construit au sud de l'île Longue, côté terre, avec une porte à pont-levis, défendue par une casemate, et protégée par deux bastions. Les vestiges de la porte, de la casemate et du mur d'escarpe sont encore visibles (aux personnels autorisés) aujourd'hui.

Le camp de prisonniers allemands[modifier | modifier le code]

Appareillé le 23 août 1914 de New York, avec à son bord 1500 passagers, dont 400 sujets allemands et 250 autrichiens, le paquebot Nieuw-Amsterdam est intercepté le 2 septembre 1914 par la 2e escadre légère française et dérouté sur Brest [2].

Du 3 au 23 septembre, les 1500 passagers sont enfermés au fort de Crozon et à Brest, avant d'être internés dès le 5 novembre sur l’île Longue dans un camp aménagé à cet effet. Les derniers prisonniers seront libérés le 31 décembre 1919.

Le camp était le siège d'une activité intellectuelle et culturelle importante, incluant l'édition d'un journal[3], des représentations théâtrales[4]

« On accède à ce camp : d'une part par la mer, en utilisant un débarcadère aménagé sur une pointe rocheuse située au nord du camp et à l'ouest de l'île, à l'origine d'une rampe empierrée construite sur le flanc de la falaise et qui conduit à l'entrée du camp ; d'autre part, par la terre au moyen d'un chemin carrossable empierré, traversant l'île du nord au sud et la reliant au continent dans la presqu'île de Crozon. » (état descriptif des lieux du 24 août 1916).

L'occupation allemande[modifier | modifier le code]

En 1940, l'Occupant implante dans l'ancien camp de prisonniers une batterie anti-aérienne, active jusqu'en 1944. Des monuments mégalithiques sont détruits lors de la construction de blockhaus.

La base de sous-marins[modifier | modifier le code]

Carte approximative des installations de l'île Longue

Choix du site[modifier | modifier le code]

En 1965, lors de sa visite inaugurale à l'École navale, le général de Gaulle décide de faire de l'île Longue, presqu'île voisine, la base opérationnelle des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins français. Les fermiers qui y vivent sont expropriés, d'après la procédure d'extrême urgence d'utilité publique, « dans des conditions qui ne seraient heureusement plus possibles aujourd'hui », d'après l'ingénieur chargé des constructions, Pierre Pommelet[5].

Le choix s'est porté sur ce lieu, à la fois proche de l'arsenal de Brest mais suffisamment éloigné pour limiter l'impact en cas d'accident, et facile à contrôler, de par sa configuration en presqu'île.

Travaux[modifier | modifier le code]

Commencés en 1967, les travaux vont durer cinq ans. Ce chantier qui sera à l'époque le chantier « le plus important d’Europe » va demander 300 000 m³ de béton coulés, 6 000 tonnes d’acier pour les charpentes des bassins, 110 hectares de plates-formes, 11 000 m² de jetées et de quais.

Ils vont remodeler en profondeur l'aspect de la presqu'île : élargissement de l'isthme, construction de terre-pleins sur l'ensemble de son périmètre (la presqu'île gagne 30ha, pour atteindre 123,9ha), creusement de deux bassins de radoub, d'ateliers et de bâtiments annexes, clôture et système de surveillance…

La masse de béton à couler est telle qu'il est envisagé d'utiliser à cette occasion la ligne ferroviaire entre Châteaulin et Le Fret du réseau breton mais cette solution ne fut pas retenue. Le blockhaus central qui sépare les deux bassins aura nécessité 100 000 tonnes de béton précontraint afin de résister à l'explosion accidentelle d'un missile[6].

Utilisation[modifier | modifier le code]

Les différents zones militaires de l'Île Longue

Le 28 janvier 1972, le premier SNLE français, Le Redoutable, part en patrouille. Depuis lors, l'île Longue est la base opérationnelle de la force océanique stratégique française (FOST).

À ce titre, l'île Longue assure la maintenance des sous-marins entre deux patrouilles et l'entreposage des éléments nucléaires (têtes des missiles, combustible des réacteurs) associés. La pyrotechnie « annexe » de Guenvénez, située à 4 km, accueille les corps des missiles nucléaires et les missiles classiques, mais est libre de toute matière nucléaire. Les deux installations nucléaires du site sont classé comme installation nucléaire de base secrète.

En 2009, l'accueil et le soutien des SNA est pérennisé sur la base navale de Toulon, tranchant la question de leur transfert vers l'île Longue, évoqué dès 1997[7],[8].

Missile M51[modifier | modifier le code]

L'île Longue subit en 2006 d'importants travaux de préparation à l'accueil du futur missile MSBS M-51 qui est entré en activité en 2012.

En mai 2013, un missile M51 sans charge nucléaire s'est autodétruit, juste après avoir été lancé depuis le Vigilant, un sous-marin basé à l'Île Longue[9].

Sûreté de la base[modifier | modifier le code]

Au cours de l'année 2005, il était possible de visualiser sur Google Earth des images satellite de bonne qualité de la base de sous-marins, bien que la prise de photos soit interdite par les autorités depuis les côtes environnantes[10].

Au mois de juin 2013, un journal local publie une série d'articles mettant en doute le niveau de sécurité entourant les installations militaires[11] , [12]. À la suite de la parution des articles, le ministre de la défense Jean-Yves Le Drian ordonne une enquête approfondie[13].

En 2007, un mécanicien qui a travaillé pendant huit ans à la pyrotechnie est atteint d’un cancer de la prostate. En août 2013, le tribunal des affaires de sécurité sociale de Quimper juge que ce cancer est dû à une exposition aux rayonnements ionisants[14]. Plusieurs autres salariés frappés de cancers ou de leucémies tentent de faire reconnaître leurs maladies professionnelles. Le ministère de la Défense et l’ancienne Direction des chantiers navals déclinent toute responsabilité[15].

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

L'Île Longue : Histoire d'un site exceptionnel, Quimper, Palantines,‎ 2010, 192 p. (ISBN 978-2-35678-037-9)

Maël Prigent, Île Longue : Regards discrets, 93 p. (ISBN 978-2-9153-7997-6)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Victor-Eugène Ardouin-Dumazet, Voyages en France : Les Îles de l'Atlantique : 2. D'Hoëdic à Ouessant, t. 4, Paris, Berger-Levrault,‎ 1895 (lire en ligne)
  2. http://www.hetscheepvaartmuseum.nl/knowledgebase/calendar%7C1914 Scheepvaartmuseum, Calendrier2 septembre 1914
  3. http://www.ilelongue14-18.eu/?-Le-journal-des-prisonniers-&lang=fr Die Insel Woche, le journal des prisonniers en ligne. Consulté le 26 décembre 2012
  4. http://www.ilelongue14-18.eu/?-la-vie-intellectuelle-&lang=fr La vie intellectuelle au camp. Consulté le 26 décembre 2012
  5. L'Ingénieur général Pierre Pommellet se souvient.
  6. http://www.marianne2.fr/blogsecretdefense/Ile-Longue-C-etait-le-plus-grand-chantier-de-France--raconte-Le-Telegramme-actualise_a49.html
  7. Charles Cova et Jean-Noël Kerdraon, « Rapport d'information no 3302 », sur assemblee-nationale.fr, Assemblée nationale,‎ 3 octobre 2001 (consulté le 3 mars 2009)
  8. « Décision », sur defense.gouv.fr, ministère de la Défense français,‎ 20 février 2009 (consulté le 23 février 2009)
  9. Un tir d'essai de missile M51 échoue au large du Finistère - metronews, 5/05/2013
  10. (fr) « Arrêté no 1970/004 », sur premar-atlantique.gouv.fr, Préfecture maritime de l'Atlantique,‎ 29 avril 1970 (consulté le 3 mars 2009)
  11. Ile Longue. Les incroyables failles dans la sécurité, Hervé Chambonnière, le télégramme 11 juin 2013
  12. Ile Longue. Une forteresse pas si secrète, Hervé Chambonnière, le télégramme 11 juin 2013
  13. Le Drian sur l'Ile-Longue. « S'il y a interrogation, il faut la lever » le télégramme, 15 juin 2013
  14. Irradié de l’Île Longue : décision du tribunal le 6 novembre - Ouest France, 19/09/2013
  15. Les ouvriers de l’Île Longue, victimes oubliées de la dissuasion nucléaire - Basta!, 10 octobre 2013