Torchis

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Façade d'une maison à pans de bois et torchis du Porcien.
Ferme du Parcot - Murs en torchis (Dordogne)

Le torchis est un matériau de remplissage non-porteur. C'est un béton naturel. Il est utilisé pour les murs et les cloisons dans les constructions à ossature bois. Il est aussi utilisé pour faire des plafonds.Il est très résistant mais ne tient pas beaucoup à la lumière du soleil[réf. nécessaire].

Description[modifier | modifier le code]

Traditionnellement, le torchis, un mélange d’eau, d’argile et de fibres naturelles (paille, foin, crin de chevaux…), vient se liaisonner par enrobage aux clayonnages ou par pression aux lattis des pans de murs ou cloisons des bâtiments à ossature bois (habitations, fermes, grange, écuries, étables, porcheries, poulaillers, pigeonnier…)et c'est un béton naturel.

Histoire[modifier | modifier le code]

Mur en torchis au chantier médiéval de Guédelon (Yonne, France)
Illustration médiévale.
clayonnage de bois fendu, l'un des support traditionnel du torchis

Le torchis est considéré comme le premier matériau composite de l'histoire, car il est composé d'une matrice plastique (terre) et de renforts (fibres végétales ou poils d'animaux). Des bryophytes ont dans le passé aussi été utilisées, dont par exemple Neckera crispa Hedw.[1], il y a 5000 ans sur les maisons lacustres construites sur pilotis sur les rives des lacs de Chalain[2] et Clairvaux[3] (Jura).

Les clayonnages étaient faits de bois souples et pas trop putrescibles (noisetier ou châtaigner fendus par exemple, et assemblés en clayonnage sur le modèle d'une vannerie simple), et des lianes de clématite, assouplies par trempage ou cuisson, étaient utilisées pour la finition, entre le haut des murs et la toiture[1].

Le torchis est depuis le Néolithique un matériau de construction pour les habitations en Europe.
Les Celtes l'ont beaucoup utilisé pour construire leurs murs. Il est typique des régions dont la terre argileuse (qui fissure et colle facilement) doit être renforcée par de la paille.

Cette technique s'est beaucoup développée du XIVe au XVIe siècle, et a perduré jusqu'au lendemain de la Seconde Guerre mondiale avec un colombage plus simple. Aujourd'hui, le torchis sert surtout pour des rénovations dans le monde occidental, mais il reste très répandu dans nombre de pays du Sud.

Les avantages du matériau le font redécouvrir : isolation thermique et phonique, coût modique, autoconstruction, origine locale et à très faible impact sur l'environnement (développement durable), matériau sain, aucun déchet en fin de vie.

Mise en œuvre de différents types de torchis[modifier | modifier le code]

Ce remplissage des ossatures bois en comblement et enduit se réalisait en groupe d’habitants, voisins et autres connaissances (puisqu’il requiert une importante activité physique et manuelle), au profit d’un temps de réalisation réduit et d’un échange social accru entre les participants.

Vestige d'une ferme picarde, montrant la mise en œuvre du torchis plaqué sur lattis.

Torchis plaqué[modifier | modifier le code]

Cette méthode est utilisée en Bresse. L'ossature bois est clouée de lattes ou garni d'un clayonnage. Le torchis est préparé par foulage humain ou animal. La terre humide est placée au sol les fibres (de la paille) sont déposées dessus et incorporées par foulage. Pour les petites quantités, par exemple pour des réparations, le mélange peut se faire à la main dans une brouette. Le mortier et l’enduit de torchis sur clayonnages favorisent l’application manuelle. Pour l’application sur lattis, l'outil utilisé par les maçons pour projeter, presser (se dit aussi : ferrer) puis lisser le torchis est une sorte de plattoir (ou plattoire) appelé un littré ; longue palette munie d'un manche recourbé.

Torchis façonné en mèche[N 1][modifier | modifier le code]

L'armature de bois est similaire à celle de la méthode suivante. Pour préparer la mèche on peut étendre une mèche de foin sur un plan de travail, on y incorpore la terre pour former un boudin. Mais les professionnels normands incorporent directement la terre à la mèche dans le récipient contenant la terre. La pose est faite par deux opérateurs qui se font face à travers la cloison. Le boudin est déposé à califourchon sur une éclisse. Les opérateurs se passent les brins du boudin pour les tresser vers le bas sur plusieurs niveaux d'éclisses. Le boudin une fois tressé est pressé vers un poteau. Un autre boudin peut alors être tressé à ses cotés.

Torchis façonné en boule[N 2][modifier | modifier le code]

Exemple de mise en œuvre de torchis façonné en boule, Écomusée d'Alsace.
Dans cette mise en œuvre de différentes techniques, les espaces 1, 2 et 6, à partir de la gauche, illustrent la méthode de torchis façonné en boules avec les éclisses coincées dans les rainures des poteaux.

Des éclisses, morceaux de bois de 3 ou 4 cm de diamètre et légèrement plus long que la distance entre deux poteaux, sont coincées entre les poteaux. Pour ce faire, chaque poteau était rainuré sur toute leur hauteur sur une face, l'autre face était percée d'encoches légèrement orientées vers le haut. L'éclisse était taillée en pointe du côté destiné à pénétrer dans une encoche et en lame oblique du côté destiné à reposer dans une rainure. La préparation du torchis est similaire à celle de la méthode du plaquage. Ensuite la pose se fait par boules, une première boule de torchis est déposée à califourchon sur une éclisse. D'autres boules sont déposées pour recouvrir l'éclisses sur toute sa longueur. Puis d'autres boules sont posées sur les précédentes pour combler l'espace entre les deux éclisses puis on recommence pour l'éclisse supérieure.

Réalisation d'un plafond[modifier | modifier le code]

Des poutres parallèles reposent sur des murs porteurs ou des poutres de section importantes. Des quenouilles sont posées entre les poutres. Les quenouilles sont des éclisses entourées de mèches de torchis. Elles sont préparées sur un plan de travail, par exemple une porte posée sur des tréteaux. Une mèche de foin est étendue sur la longueur de la porte, la terre pâteuse y est incorporée. Ensuite l'éclisse est placée à une extrémité de la mèche perpendiculairement à celle-ci. On enroule la mèche autour de l'éclisse en faisant rouler progressivement l'éclisse. Les extrémités de l'éclisse qui s'appuient sur les poutres sont laissées libres. Les quenouilles ainsi faîtes sont déposées entre les poutres.

La finition[modifier | modifier le code]

Les surfaces sont lissées, les trous sont comblés avec de la terre. La terre se rétracte au séchage. S'il n'y a pas d'enduit de prévu, il faut la resserrer pour combler les fissures au fur et à mesure qu'elles apparaissent. Sinon la surface peut être badigeonnée de chaux ou enduite à la chaux, pour les sols une dalle peut être coulée sur le torchis.

La mécanisation[modifier | modifier le code]

Actuellement, hors autoconstruction, l’application du torchis est rentabilisé économiquement en mortier comme en enduit par la mécanisation de sa préparation et de sa pose. Il est préparé sur site ou en usine à partir de terres crues argileuses et de fibres végétales.

Préparation du torchis : Le corroyage des fibres naturelles finement voire très finement hachées et de l’argile se fait par bétonnière qui reste comme son nom l’indique parfaitement adapté pour réaliser des bétons y compris des bétons naturels. Alimenter l’engin en eau, en argile et en fibres naturelles dans les justes proportions (voire en chaux pour les mortiers et enduits d’extérieurs). Elles présentent des gabarits adaptés à la taille du chantier ou au nombre d’exécutants sur le chantier.

Projection du torchis : L’application manuelle du torchis, en mortier ou en enduit demeure fastidieuse, éprouvante physiquement et longue si peu d’exécutants. La technique par projection mécanique s’avère très concluante si l’on dispose d’une projeteuse mécanique des mieux adaptées notamment au niveau de la buse à la sortie du circuit emprunté par le torchis ; son diamètre d’ouverture et l’intégration du gicleur à air pulsé devant correspondre aux sections et aux longueurs des fibres naturelles venant s’agglomérer en continu mélangées à la barbotine d’argile, à l’intérieur de la buse, pour en faciliter leur expulsion.

Préparation et projection du torchis : De nombreuses projeteuses mécaniques intègrent le corroyage des composants, aussi l’ensemble du processus se condense-t-il. Il reste alors à alimenter l’engin à la bonne cadence, en eau, en argile et en fibres naturelles dans les justes proportions (voire en chaux pour les mortiers et enduits d’extérieurs).

Usages particuliers[modifier | modifier le code]

Dans le nord de la France, les murs construits en brique des habitations ouvrières construites dans les années 1930 sont souvent isolés avec un enduit de torchis recouvert d’un badigeon de chaux ou de plâtre.

La réhabilitation du patrimoine ancien[modifier | modifier le code]

Dans de nombreux pays des institutions, ONG, parcs naturels régionaux[4] s'intéressent à la sauvegarde et réhabilitation de constructions anciennes en torchis. C'est notamment le cas en France de Maisons Paysannes de France[5], une Association nationale de sauvegarde du patrimoine rural, qui localement forment des artisans ou personnes intéressées[6]. Certains acteurs étant plus spécialisés, notamment dans le domaine de l'autoconstruction, éventuellement bioclimatique[7]/ En France toujours, la CAPEB a mis en place des référentiels de formation sur le torchis[8].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La méthode du torchis façonné en mèche est utilisée par des professionnels normands a été héritée de génération en génération.
  2. Cette méthode a été mise en évidence par démontage. Elle est enseignée au cours de stage par la délégation Sarthe de l'association Maisons Paysannes de France.

À voir[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Aline Puiguinier-Bayard, Raymond Bayard, Les Maisons Paysannes de l'Oise - les connaitre pour bien les restaurer, Eyrolles,‎ 1995 (réimpr. 2007), 238 p. (ISBN 978-2-212-12124-7)

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • CRAterre Centre international de la construction en terre

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Poser les parois, illustration d'un clayonnage posé comme une "vannerie de noisetier" à l'imitation de découvertes archéologiques (Ministère de la Culture, France), consulté 2011/02/24
  2. habitat préhistorique du Lac de Chalain, Ministère de la Culture
  3. Habitat préhistorique de Clairvaux, Ministère de la culture
  4. Page du PNR des Caps et Marais d’Opale, sur le patrimoine bâti en torchis, consulté 2011/02/24
  5. Maisons Paysannes de France: Association nationale de sauvegarde du patrimoine rural
  6. ex. : Délégation de l'Oise de l'association Maisons paysannes, qui initie régulièrement aux techniques de terre (torchis, bauge...)
  7. Fabrication de « torchis en fuseau » sur une auto-construction bioclimatique en Midi-Pyrénées (maison Charmeau)
  8. / Référentiel de formation sur le torchis (exemple, pour la Haute Normandie)