Mésolithique

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Le Mésolithique (du grec μέσος / mesos, « moyen » et Λίθος / lithos, « pierre », littéralement « âge moyen de la pierre ») est la période chronologiquement et culturellement intermédiaire entre le Paléolithique et le Néolithique (entre environ 10 000 et 5 000 ans av. J.-C. en Europe). Les groupes humains de cette période perpétuent un mode de subsistance basé sur la chasse et la cueillette sous un climat tempéré proche de l'actuel[1].

Le Mésolithique est marqué par de tels changements économiques et sociaux que certains auteurs en font la première phase de la Protohistoire européenne[2]. Les études récentes[Lesquelles ?] montrent en effet que le Mésolithique voit les populations se fixer sur des territoires limités et développer très progressivement une agriculture sans domestication des espèces végétales, au côté des activités de pêche et de chasseur-cueilleurs[3] avec des techniques de chasse innovantes (utilisation de microlithes comme armatures de flèches), des pratiques funéraires, l'émergence des premières nécropoles et des conflits sociaux.

Le Mésolithique s'achève avec la mise en place progressive des espèces végétales et animales domestiques lors du Néolithique européen, et l'économie mésolithique perdure localement jusqu'à environ 2 300 av. J.-C. en Europe septentrionale[2].

Historique[modifier | modifier le code]

Le terme est à l'origine conçu comme une notion purement chronologique, succédant strictement au Paléolithique et précédant le Néolithique. Le développement de la datation par le carbone 14 a mis en évidence la nature arbitraire de cette définition, d'autant plus que le terme peut se référer à des intervalles de temps différents dans différentes parties de l'Eurasie : -10000 à -5000 en Europe du Nord-ouest, -20000 à -10000 dans le Levant, la période Jōmon qui se réfère au Japon mais s'applique également appliquée à certaines cultures du sous-continent indien. Le terme « Épipaléolithique » a parfois été utilisé par les archéologues français avant les années 1960 comme synonyme de Mésolithique pour les zones en dehors de l'Europe du Nord (il désigne aujourd'hui le Paléolithique final).

Changement climatique, mutations économiques, sociales et culturelles[modifier | modifier le code]

Microlithes (trapèzes) et flèche mésolithique provenant de la tourbière de Tværmose (Danemark).

Le Mésolithique couvre, en France, les périodes climatiques du Préboréal, du Boréal et du début de l'Atlantique ancien (selon la Classification de Köppen), marquées par le développement de la forêt tempérée.

Le Mésolithique est caractérisé par un certain nombre de changements comportementaux des groupes humains. Si certains de ces changements (réduction des territoires de chasse, développement de l'arc…) paraissent fortement liés aux modifications du milieu dûs au réchauffement climatique post-glaciaire (reconquête forestière, disparition des grands herbivores migrateurs des steppes tels que le mammouth et le renne au profit des herbivores forestiers tels le cerf, sanglier, chevreuil ou du petit gibier), d'autres bouleversements dans les représentations artistiques et symboliques, le développement du microlithisme…) semblent liés aux dynamiques internes d'évolution des groupes humains[4].

Ceux-ci conservent un mode de vie nomade ; cependant l'abondance et la diversité des ressources par rapport à l'âge glaciaire favorisent des déplacements sur des territoires plus restreints selon des rythmes saisonniers. Ainsi, un campement a des chances d'être occupé d'année en année à une saison donnée pour effectuer des opérations plus ou moins spécifiques au site. L'idée de sites « agora », qui auraient accueilli à des moments clefs des rassemblements de groupes vivant séparément le reste du temps, partageant néanmoins des frontières et des intérêts communs (échange de matériau par don / contre-don, exogamie, la chasse demandant des effectifs importants pour des battues…), a été avancée par certains chercheurs mais reste difficile à prouver[4].

Les contacts entre les groupes sont néanmoins avérés par la diffusion de traits culturels (apparition du débitage Montbani, développement des trapèzes au sein du groupe des armatures de flèches…) sur des territoires importants. Les innovations semblent essaimer de proche en proche, avec traduction et ré-interprétation du groupe receveur en fonction de son propre système technique existant, les possibilités mécaniques des matériaux à disposition.

L’emploi de l’arc et de la flèche, en particulier, se généralise sur le continent européen et en Afrique. La microlithisation des armatures de chasse s'accentue par rapport à la période précédente. Ces petits éléments sont en règle générale réalisés en fracturant des lames essentiellement débitées dans du silex (mais également dans de l'obsidienne, des quartz…). Au début du Mésolithique, les armatures les plus courantes sont les pointes. Le stade moyen (autour de 8 000 BP) voit le développement des armatures triangulaires, alors que pour la période récente (6 500 BP), ce sont les trapèzes qui dominent les assemblages. L'utilisation de l'ensemble de ces armatures comme les pointes de flèches est probable même si les hampes ont le plus souvent disparu depuis longtemps. Les découvertes de flèches complètes (hampe et armature) sont rarissimes[5].

La fin du Dryas récent[6] correspondant au début de l'Holocène provoque en Europe la disparition des espaces steppiques au profit des boisements de reconquête (en France, pins, puis noisetiers au huitième millénaire, et enfin chênaie mixte au septième millénaire)[7].

La chasse de petits mammifères et la consommation de mollusques (escargots, bigorneaux, patelles, etc.) se développent. En milieu côtier, la récolte de coquillages est assez développée et donne parfois lieu à la formation d'amas coquilliers (accumulation des déchets) qui ont pu servir de lieu de vie et parfois de sépultures.

Les principaux groupes mésolithiques, correspondant sans doute plus à des entités techniques qu'à de véritables cultures, sont le Sauveterrien, le Tardenoisien ou le Castelnovien en France, le Maglemosien, le Kongemosien au Danemark et la culture Kunda à l'est de la Baltique.

La nécropole de Téviec[modifier | modifier le code]

De 1928 à 1934, un ensemble d'habitats et une nécropole mésolithiques ont été découverts et fouillés à Téviec par Marthe et Saint-Just Péquart[8]. Téviec fait partie des rares sites du Mésolithique subsistant en Bretagne, avec la pointe de la Torche, Hoëdic et Beg er Vil sur la presqu’île de Quiberon[9].

Article détaillé : Téviec.

Fin du Mésolithique[modifier | modifier le code]

La fin du Mésolithique est caractérisée par le passage d'une économie mêlant chasse et agriculture embryonnaire à une économie agro-pastorale résultant de la domestication lors du processus de néolithisation. Le Mésolithique s'achève au plus tôt avec le début de la culture d'Argissa en Thessalie vers 7 800 BP et au plus tard vers 4 300 BP en Europe septentrionale[2].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Emmanuel Ghesquière et Grégor Marchand, Le Mésolithique en France. Archéologie des derniers chasseurs-cueilleurs. Coéditions La Découverte / INRAP, 2010, 180 p.
  2. a, b et c Marcel Otte, La Protohistoire, De-Boeck / 2008, p. 8-9 & 172-173, ISBN 978-2-8041-5923-8
  3. .La notion de société de chasseurs-cueilleurs « complexes » (par opposition aux chasseurs spécialisés du Paléolithique supérieur) est désormais remise en question, la complexité sociale de ces communautés étant déjà présente au Paléolithique et le comportement de chasse variant en fonction du lieu et du gibier présent,
  4. a et b J.-G. Rozoy, 1978, Les derniers chasseurs. L'Épipaléolithique en France et en Belgique, Bulletin de la Société Archéologique Champenoise, numéro spécial juin 1978, 3 tomes
  5. M. Barbaza, 1999, Les Civilisations postglaciaires. La vie dans la grande forêt tempérée, Histoire de la France préhistorique, La Maison des Roches, 128 p., 76 fig.
  6. Cette période voit la disparition des preuves archéologiques à cause de la forte érosion, la déstabilisation des versants
  7. "Ghesquière et Marchand"
  8. Péquart, M., Péquart, S.-J., Boule, M., Vallois, H. 1937 – Téviec, station nécropole mésolithique du Morbihan, Paris, Archives de l'Institut de Paléontologie Humaine, Mémoire 18, 227 p.
  9. Nicolas Guillas, Les squelettes de Téviec montent à Paris, Sciences Ouest no 293, décembre 2011

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • M. Barbaza, 1999, Les Civilisations postglaciaires. La vie dans la grande forêt tempérée, Histoire de la France préhistorique, La Maison des Roches, 128 p., 76 fig.