Rade de Brest

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Rade de Brest
Carte de la rade de Brest.
Carte de la rade de Brest.
Géographie humaine
Pays côtiers Drapeau de la France France
Subdivisions
territoriales
Finistère
Géographie physique
Type Rade
Localisation Mer d'Iroise, océan Atlantique
Coordonnées 48° 20′ 02″ N 4° 28′ 47″ O / 48.333887, -4.47967548° 20′ 02″ Nord 4° 28′ 47″ Ouest / 48.333887, -4.479675  
Superficie 184 km2

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Rade de Brest

Géolocalisation sur la carte : Finistère

(Voir situation sur carte : Finistère)
Rade de Brest

La rade de Brest est une grande baie de 180 km² située dans le Finistère en France. Elle est reliée à l'océan Atlantique, nommé à cet endroit la mer d'Iroise, par un passage large de 1,8 km qui se nomme le goulet de Brest.

Ce très grand plan d'eau est navigable toute l'année.

Géographie[modifier | modifier le code]

Présentation géographique d'ensemble[modifier | modifier le code]

Plan de la rade de Brest en 1779

La rade de Brest, accessible aux navires de grand tonnage en raison de sa profondeur, est un vaste plan d'eau abrité des tempêtes de l'océan Atlantique grâce à la presqu'île de Roscanvel qui isole la rade de l'Atlantique, ne laissant qu'un passage relativement étroit (1,8 km), le goulet de Brest, entre la pointe des Espagnols et la côte Léonarde (côte nord) de la rade.

La rade est très découpée : plusieurs presqu'îles la pénètrent ou la limitent : la presqu'île de Plougastel, la presqu'île de Logonna, la presqu'île de Landévennec, la presqu'île de l'île Longue (ancienne île, transformé en presqu'île par l'homme) la presqu'île de Roscanvel, qui se terminent par des pointes offrant de beaux points de vue sur la rade : pointe du Portzic, pointe de l'Armorique, pointe du Bindy, pointe de Poulmic et pointe des Espagnols.

La partie sud de la rade de Brest, Landévennec et le Ménez-Hom vu de la pointe des Espagnols

Le relief, y compris sous-marin, de la Rade de Brest a été longuement décrit par Antoine Vacher[1] et correspond en partie à la moitié aval de la vallée de l'Aulne désormais ennoyée depuis la remontée du niveau de la mer postérieur à la glaciation de Würm et dont on retrouve les méandres sous-marins, les cours d'eau se jetant dans la rade de Brest étant alors tous des affluents de l'Aulne. Le haut fond du banc du Capelan, à hauteur de L'Hôpital-Camfrout correspond par exemple au lobe immergé d'un ancien méandre et la presqu'île de Landévennec au lobe à demi immergé d'un autre.

Les anciens méandres de l'Aulne sous les eaux de la rade de Brest
Carte géologique de la rade de Brest

Îles à l'intérieur de la rade de Brest[modifier | modifier le code]

Nous pouvons trouver plusieurs îles à l'interieur de la rade de Brest tel que :

Deux anciennes îles sont devenues des presqu'îles en raison des travaux réalisés par l'homme pour les relier par un isthme artificiel au continent : l'île Longue et l'île de Tibidy.

Fleuves et rivières se jetant dans la rade de Brest[modifier | modifier le code]

Windsurfeurs devant les deux ponts Albert-Louppe et de l'Iroise
La rivière du Faou à marée basse
Les deux ponts sur l'Élorn : le pont Albert-Louppe et pont de l'Iroise
Fond de la rade de Brest, depuis Landévennec

En raison de la remontée du niveau des mers après les dernières glaciations quaternaires, les cours d'eau, même les plus modestes, ont de larges et profonds estuaires dénommés rias ou abers,pénétrant profondément à l'intérieur des terres, les parties aval des anciennes vallées ayant été envahies par la mer lors de la montée des eaux consécutive au réchauffement climatique post-glaciaire : c'est ainsi que Landerneau, Daoulas, Le Faou, Châteaulin sont ou ont été des ports de mer et qu'aujourd'hui encore, l'influence des marées se fait sentir jusqu'au niveau de ces localités (sauf pour Châteaulin sur l'Aulne où l'aménagement de l'écluse de Guily-Glas[2] à Port-Launay a justement été fait pour l'éviter). Le port de Brest est né dans la ria de la Penfeld, profitant lui aussi du tirant d'eau important malgré la modestie de ce petit fleuve côtier. Ce n'est qu'à partir du Second Empire que progressivement le port s'est étendu en rade de Brest.

Des ouvrages d'art importants ont été nécessaires pour franchir ces rias: sur l'Élorn, le pont de Plougastel, construit en 1929[3] et baptisé pont Albert-Louppe et désormais le pont de l'Iroise pour relier Brest (Le Relecq-Kerhuon) à Plougastel-Daoulas, sur l'Aulne, les ponts successifs de pont de Térénez. À vol d'oiseau, Brest est à peine à une vingtaine de kilomètres de Crozon, mais par la route à une soixantaine de kilomètres en raison du détour par Le Faou qui est nécessaire pour relier les deux villes par la route. Quelques liaisons maritimes « transrade » existent, reliant Brest au Fret.

Importance stratégique[modifier | modifier le code]

Vue cavalière de Brest et de sa rade au XVIIe siècle
Le sous-marin nucléaire L'Inflexible sortant de la rade de Brest

Depuis de nombreux siècles, Brest est un important port militaire. Ainsi, la rade de Brest possède de nombreuses installations militaires, telles que :

On y trouve également nombre de vestiges de fortifications militaires et de vestiges des siècles derniers, comme les forts du Portzic, de la pointe des Espagnols, de la pointe de Lanvéoc, de la pointe de l'Armorique, de la pointe du Corbeau, les ducs d'Albe près de la pointe de l'Armorique et ceux qui ont servi de support à la construction de l'appontement pétrolier de Lanvéoc, la ligne de fortifications de Quélern

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Importance économique passée[modifier | modifier le code]

De nombreux ports sont installés depuis longtemps sur le pourtour en particulier dans les estuaires et plus précisément les fonds d'estuaires qui étaient le lieu d'échange des charges routières et marines. Landerneau, au fond de la ria de l'Élorn en a tiré une grande richesse, dès le Moyen Âge, étant encore, en 1790, la deuxième ville la plus riche du département naissant (après Morlaix), en disputait le chef-lieu à Quimper.
Brest n'était alors qu'un port militaire qui offrait peu de place dans le maigre estuaire de la Penfeld aux rares bateaux de commerce.
Ce n'est qu'au milieu du XIXe siècle que le remblaiement de la plage de Porstrein permettra de créer des quais utilisant des tirants d'eau exceptionnels allant jusqu'à 20 mètres. On a d'ailleurs envisagé vers 1975 de créer un port spécifique aux énormes pétroliers géants sur la presqu'île de Plougastel.
Châteaulin, situé dans l'estuaire le plus long, celui de l'Aulne a également été un lieu commercial très actif, car situé sur un carrefour sur un axe routier majeur reliant le Nord au Sud et ouvert sur de vastes territoires ruraux dans chaque direction.

L'Annuaire de Brest décrit ainsi en 1840 le service de la rade :

« [Pour la rade], les chaloupes partent de la cale aux vivres, à Recouvrance, le lundi et le vendredi de chaque semaine, de 2h à 4h du soir (...); le prix du passage ne s'élève pas au-dessus de 50 centimes. Elles se rendent aux lieux suivants : la côte de Plougastel depuis Saint-Jean, L'Hôpital, Daoulas, Le Faou, Landévennec, Lanvéoc, Le Fret, Rostellec, Quélern, Roscanvel, Camaret. Elles partent des mêmes lieux pour Brest, le lundi et le vendredi, de 4 à 5, 6, 7 ou 8 heures du matin[4]. »

Le petites villes de Daoulas et du Faou gardent aussi les traces bâties d'un important trafic commercial médiéval sur leurs estuaires propres. Les ports de Crozon et de Lanvéoc sont directement sur le rivage, mais ont été les points d'appui d'un important et ancien trafic de cabotage pour lesquels des bateau de charge à voile ont été développés. Ce cabotage bénéficiait donc de nombreux lieux d'atterrage d'une grande sécurité sur une très vaste superficie. Les produits transportés étaient essentiellement des produits agricoles et des matériaux de construction (pierre à bâtir, sable, maërl, chaux, bois) et ce trafic a été stimulé par l'ouverture du Canal de Nantes à Brest en 1858 en permettant à des péniches de remonter et descendre dans tout le centre de la Bretagne.
Le transport des passagers complétait les charges, car, à la belle saison, il permettait d'éviter de longs déplacements sur des routes souvent de mauvaise qualité.

Aspects économiques actuels[modifier | modifier le code]

Il est discuté depuis plusieurs années de mettre en place un service de traversée pour les passagers entre Brest et Lanvéoc-Poulmic où se trouve une base aéronavale. L'hypothèse de départ a été une transformation du service de passage interne à la Marine Nationale en service civil, mais l'étape intermédiaire, l'ouverture des bateaux traversiers militaires aux civils tarde à se mettre en place.
La pêche a, autrefois, animé les ports et une criée modeste pour les bateaux hauturiers existe à Brest, mais c'est la coquille Saint-Jacques qui est le produit le plus en vue, car pêchée par une cinquantaine de bateaux ayant obtenu une licence. Il arrive que la pêche ne soit pas autorisée pendant une saison ou une partie, car des toxines sont présentes dans les crustacés.

Communes de la rade[modifier | modifier le code]

Environnement[modifier | modifier le code]

La rade abritait autrefois en raison de sa configuration une grande diversité d'habitats naturels, une productivité biologique et une biodiversité très élevée. Elle comprend encore des sites d'importance communautaire européenne pour les oiseaux[5], plusieurs réseaux d'habitats et de corridors biologiques sous-marins et littoraux importants, qui ont été très affectés par les activités humaines pour la partie nord-ouest, mais qui ont justifié le classement d'environ la moitié de la rade en zone Natura 2000[6].
Une étude a porté sur l'incidence des cancers des enfants (de 1991 à 2005) autour de la rade, en raison de la proximité d'une base de sous-marins[7]. Un excès d’incidence des leucémies existe dans le Finistère, dû à un excès en 2000-2001 à Brest (qui évoque une cause environnementale ponctuelle dans le temps), sans qu'on ait pu l'associer aux sites nucléaires de défense. L'incidence de tous les cancers (hors leucémie) a également augmenté sur la totalité du Finistère de 1999 et 2004, mais pas localement ; ni dans la rade de Brest ni à Brest.

Pollutions[modifier | modifier le code]

La richesse écologique de la Rade est diminuée par une forte exploitation passée de certaines ressources, et par la présence de nombreux polluants dont des métaux lourds et le tributylétain (TBT), biocide issu des antifoulings. Ce produit est aujourd'hui interdit, mais il reste très présent dans les sédiments et certains organismes. Les produits qui le remplacent sur les petits bateaux, dont le Diuron et l'Irgarol posent également problème, et ont été mesurés en quantités non négligeables dans la rade par l'Ifremer en 2003-2004.

La rade est également victime des séquelles de guerre et en particulier des séquelles des vagues de pollutions que la rade a connues lors de la Première ou de la Seconde Guerre mondiale (1939-1945). Les pollutions relictuelles liées aux munitions immergées ou non explosées peuvent s'aggraver avec les premières fuites massives, que les experts prédisent dans les années 2000-2010.

Herbiers[modifier | modifier le code]

La rade abrite encore quelques petits herbiers de zostères (équivalents atlantiques des posidonies de Méditerranée). Ces prairies sous-marines sont peu profondes, dont l'une à Kernisi découvre même à marée basse, ce qui est devenu exceptionnel dans le Finistère. Les ancres et leurs chaînes ainsi que les corps-morts et certains matériels de pêche dégradent ces herbiers.

Les zostères sont à la fois abri, zone de frayère et de nutrition, nourricerie pour de nombreuses espèces, constituant un habitat irremplaçable pour certaines et alimentant la laisse de mer. Elles sont notamment l'habitat exclusif de l'hippocampe, qui régresse à la même vitesse que les herbiers.

Maërl[modifier | modifier le code]

Raie brunette de la rade de Brest sur un fond de maërl

Le maërl est une petite algue calcaire encroûtante dont l'extrémité rose est la seule partie vivante. Il était autrefois récolté comme engrais et amendement pour les fameuses fraises de Plougastel et Daoulas. Ces algues fabriquent lentement des récifs épais de plusieurs dizaines de mètres, constitués de carbonate de calcium, constituant un puits de carbone depuis l’ère secondaire.

Les bancs de maërl, comme les herbiers de zostères sont un habitat irremplaçable pour de nombreux invertébrés, crustacés et poissons marins qui y trouvent aussi une nourriture abondante. Jouant une fonction comparable aux récifs coralliens des mers chaudes, ils abritent une biodiversité exceptionnelle.

Le maërl est hélas menacé par l'extension rapide d'une espèce invasive, la crépidule (Crepidula fornicata), gastéropode marin involontairement introduit par l'homme en rade de Brest depuis la façade atlantique de l'Amérique du Nord, semble-t-il essentiellement à l'occasion du débarquement américain. Le dragage et l'extraction affectent la partie haute du banc, la plus riche. Il est possible que depuis une centaine d'années environ, ces bancs aient aussi contribué à fixer certains polluants (plomb notamment), de manière significative.

Contrat de rade[modifier | modifier le code]

Vieux gréements[modifier | modifier le code]

Les fêtes Brest 1992, Brest 1996, Brest 2000, Brest 2004, Brest 2008, ont été l'occasion de rassemblements de nombreux vieux gréements qui évoluent en rade de Brest.

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Légende[modifier | modifier le code]

  • La « Légende des Sept-Saints » concerne sept enfants qui auraient erré en rade de Brest de Landévennec, au Faou et à Daoulas, et parvenus jusqu'à Brest. La première paroisse de Brest leur fut consacrée (paroisse des Sept-Saints). Le texte intégral des différentes versions de cette légende est consultable[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Tableaux[modifier | modifier le code]

  • Eugène Boudin : Le débarquement des marins dans la Rade de Brest (collection particulière)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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