Abbaye Saint-Gildas de Rhuys

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Abbaye
Saint-Gildas-de-Rhuys
Image illustrative de l'article Abbaye Saint-Gildas de Rhuys
Présentation
Culte Catholique romain
Type Abbaye
Rattachement Ordre cistercien
Début de la construction VIe siècle - Xe siècle
Fin des travaux XIe siècle
Protection Logo monument historique Classé MH (1840)
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Bretagne
Département Morbihan
Commune Saint-Gildas-de-Rhuys
Coordonnées 47° 29′ 59″ N 2° 50′ 24″ O / 47.499722, -2.8447° 29′ 59″ Nord 2° 50′ 24″ Ouest / 47.499722, -2.84  

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L'abbaye Saint-Gildas-de-Rhuys a le privilège d'avoir été fondée par un de ces moines qui ont quitté l'île de Bretagne pour l'Armorique à l'époque de la migration des bretons fuyant les invasions saxonnes. Mais son histoire est mal connue. Pourtant depuis quelques années, on semble de nouveau s'intéresser à ce monastère qui laisse aujourd'hui une des plus belles églises romanes de Bretagne.

L'abbatiale est classée monument historique depuis 1840[1].

Situation[modifier | modifier le code]

Sur la commune de Saint-Gildas-de-Rhuys, Place Monseigneur Ropert, dans le Morbihan.

Histoire[modifier | modifier le code]

On peut distinguer trois périodes dans l’histoire de l’abbaye de Rhuys.

Première période[modifier | modifier le code]

Statue de Saint-Gildas.

D’abord, du VIe au Xe siècle il existe une abbaye bretonne, fondée par saint Gildas ou par des moines se réclamant de lui et possédant, ou prétendant posséder, ses reliques. Cette abbaye ne laisse aucune trace ni dans les archives, rares pour cette période, mais aussi dans les chroniques. Aucune fouille archéologie sérieuse n’a étudié le site. On a pu douter de son existence. Mais trois faits plaident en faveur de la réalité de l’abbaye à cette époque. D’abord parce que les moines qui s’installent près du château de Déols (aujourd'hui Châteauroux), fuyant les Normands vers 920, prétendaient venir de Rhuys et ont fondé une abbaye Saint-Gildas. Ensuite parce que les moines venus de l’abbaye de Fleury en 1008 ont toujours affirmé avoir relevé à Rhuys les ruines d’une abbaye Saint Gildas précédente. Enfin parce que l’on possède tout de même un document, l’inventaire des livres de cette première abbaye. Il s'agit d'un parchemin, datant vraisemblablement du Xe siècle, qui est conservé à la Bibliothèque Sainte-Geneviève de Paris. Il contient une liste de livres dont les derniers auteurs sont contemporains du départ des moines de Bretagne vers 920. On a noté depuis longtemps dans cette liste un Textum Gildasii, un évangile de Gildas, et deux antiphonaires (livres de chant) qualifiés de bretons.

Seconde période[modifier | modifier le code]

La seconde période s'étend de 1008 à la fin du XVe siècle.
Elle est mieux connue ; par l’église romane, ses tombeaux, quelques archives sauvées des destructions, et des témoignages divers.

Le monastère est restauré à partir de 1008 à la demande du duc de Bretagne Geoffroy Ier de Bretagne.
Un groupe de moines venus de l'abbaye de Fleury (aujourd'hui dans le Loiret), conduits par un breton, saint Félix, relève ou reconstruit totalement les bâtiments. Il y a en effet débat pour savoir si le nouveau monastère est construit exactement sur l'emplacement du précédent.

Le XIe siècle est marqué par la présence d'autres saints, d'abord saint Goustan, puis un abbé mal connu, saint Rioc. L'abbé Vital, semble être, selon Ferdinand Lot, l'auteur de la Vie de saint Gildas, qu'il aurait écrite vers 1060.
L'abbaye développe alors le culte de saint Gildas, et d'autres saints qui lui sont liés, comme saint Colomban, sainte Brigitte et saint Armel.
Elle possède un important prieuré Saint-Sauveur à Locminé. Bientôt le monastère possède une vingtaine de prieurés.

Le passage d'Abélard[modifier | modifier le code]

Peu après l'an 1100, sous le règne de Conan III de Bretagne, l'abbaye semble manquer de moyens. Les moines cherchent alors un abbé puissant et reconnu capable de les aider.

Ils font appel en 1125 à Pierre Abélard réputé dans certains milieux, notamment en tant que fondateur de la scolastique, mais également détesté par d'autres pour certaines de ses remises en causes de dogmes établis. Il ne réussira pas à relever l'Abbaye.
Abélard explique dans un courrier (en latin) qu'il n'est pas volontairement venu en Bretagne, mais pour fuir les conflits qu'il connaissait dans ses fonctions précédentes.
Il y décrit les moines qu'il doit diriger comme pauvres et victimes d'un seigneur voisin tyrannique, mais également comme très indisciplinés. Il s'inquiète et s'indigne en particulier de leur mode de vie peu en rapport avec leur fonction monastique : ces moines selon Abélard passaient plus de temps à la chasse et à des activités matérielles qu'à la prière et à l'élévation de l'esprit :

« Les portes de l’abbaye n’étaient ornées que de pieds de biche, d’ours, de sanglier, trophées sanglants de leur chasse. Les moines ne se réveillaient qu'au son du cor et des chiens de meute aboyant. Ils étaient cruels et sans frein dans leur licence »[2],[3])
Abélard évoque chez ces moines « des habitudes de vie notoirement rebelles à tout frein » (...) « Les moines m'obsédaient pour leurs besoins journaliers, car la communauté ne possédait rien que je pusse distribuer, et chacun prenait sur son propre patrimoine pour se soutenir lui et sa concubine, et ses fils et ses filles. Non contents de me tourmenter, ils volaient et emportaient tout ce qu’ils pouvaient prendre, pour me créer des embarras, et me forcer, soit à relâcher les règles de la discipline, soit à me retirer. Toute la horde de la contrée étant également sans lois ni frein, il n’était personne dont je puisse réclamer l'aide »[4]


Pierre Abélard, sous la pression des moines mêmes qui selon lui n'acceptaient pas la discipline monastique, craignant pour sa vie, il doit finalement s'enfuir (en 1133). Il reste de son souvenir le nom d'une petite rue à Saint-Gildas...

On ignore si l'église abbatiale a jamais été terminée. Mais par la suite l'abbaye profite de la présence des ducs de Bretagne au château voisin de Suscinio.

En 1189, la duchesse Constance assiste à un office et donne une charte à l'abbaye, avec une donation. Les enfants des ducs morts à Suscinio sont inhumés dans l'abbaye. Mais les lacunes historiques restent nombreux, du fait de la destruction ou dispersion des archives de l'abbaye pendant la Guerre de Cent Ans.

Troisième période[modifier | modifier le code]

De la fin du XVe siècle à la Révolution, les archives de l’abbaye ont été presque intégralement conservées et constituent l’actuelle série 4H des archives du Morbihan. L’histoire de l’abbaye peut alors éclairer celle de toute la presqu’île de Rhuys. On peut lire à ce sujet le livre écrit par l'abbé Luco en 1869 qui a été réédité, ou celle du chanoine Le Mené dans le Bulletin de la Société Polymathique en 1902 (téléchargeable sur le site Gallica de la BNF). Mais ces études sont anciennes et l'histoire de l'abbaye, comme celle de son fondateur, saint Gildas, méritent des études nouvelles.

Noter enfin que le trésor de l'abbaye, sauvé pendant la Révolution par le recteur Le Duin, dont la tombe est toujours au cimetière de Saint-Gildas, est un des plus importants de Bretagne.

À la Révolution, les moines sont chassés et les bâtiments sont vendus comme bien national en 1796. Ils se trouvent rachetés, en 1804, par Mère Saint-Louis fondatrice des Sœurs de la Charité de Saint-Louis. L'abbaye retrouve ainsi sa vocation religieuse.

L'Abbaye au XXIe siècle[modifier | modifier le code]

Architecture[modifier | modifier le code]

Galerie[modifier | modifier le code]

Liste des abbés[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Sur Gildas
    • Vie de Gildas. La Vita des Acta sanctorum des Bollandistes qui reprend celle de Jean du Bois de 1605 est incomplète. Le texte complet a été publié par Mabillon, dans les Acta sanctorum ordinis sancti Benedicti, siècle I, 1668, pages 139 à 152, et par Theodor Mommsen, « Vita Gildae », Monumenta Germaniae historica, "Auctores antiquissimi", tome XIII-1, « Chronica minora », pages 91-106. Les éditions anglaises reprennent cette édition. Cette Vita a été publiée dans l’article de Ferdinand Lot qui suit, pages 431-473. Cette édition peu connue, qui reprend les précédentes, est une des plus utiles. Concordance des chapitres page 432.
    • Ferdinand Lot, "La vie de saint Gildas", Mélanges d'histoire bretonne, Paris, 1907, pages 207-283, voir pages 234-235.
    • André Oheix, Notes sur la vie de saint Gildas, Nantes, 1913
    • René Largillière, « La topographie et le culte de saint Gildas », Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, tome 5, 1924, pages 3-25. Il existe un tiré à part.
    • Joseph Loth, « Le nom de Gildas dans l’île de Bretagne, en Irlande et en Armorique », Études celtiques, tome 46, 1927, pages 1-15. Voir surtout les pages 4 à 6.
    • François Kerlouegan, Le de excidio britanniae de Gildas, les destinées de la culture latine dans l’île de Bretagne au VIe siècle, 604 et 226 pages, Paris, 1987.
    • Thomas D. O'Sullivan, The De excidio of Gildas, its authenticity and date, Leiden, 1978, avec une importante bibliographie pages 182-196.
    • Michael Lapidge et David Dumville, Gildas : New approaches studies in Celtic History, 5, Woodbridge, 1984, 244, p.
  • Sur le monastère Saint-Gildas-de-Rhuys
    • Abbé Luco, Histoire de Saint-Gildas-de-Rhuys, 1869.
    • Marius Sépet, Saint-Gildas-de-Rhuys, aperçus d’histoire monastique, Paris, 1899.
    • chanoine Joseph Le Mené "Abbaye de Rhuys", Bulletin de la Société Polymathique du Morbihan, 1902, pages 26-119.
    • Roger Grand, L’art roman en Bretagne, Paris, 1958
    • Michel Debary, « Saint Armel », Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, tome 51, 1971, pages 23-28.
    • Henri Marsille, “Saint Gildas et l’abbaye de Rhuys”, Bulletin de la Société polymathique du Morbihan, 1975
    • Charles Kohler, « inventaire de la bibliothèque de Saint-Gildas en Berry », Bibliothèque de l’École des Chartes, tome XLVII, 1886, pages 98-105
    • Xavier Baral I Altet "Saint-Gildas-de-Rhuys" Congrès archéologique de France, 1986, pages 222-235.
    • Roger Champeau, Abbaye de Saint-Gildas-de-Rhuys, 1985.
    • P.-M. Auzas, "Le trésor de Saint-Gildas-de-Rhuys" Congrès archéologique de France, tome 141, 1986.
    • Geneviève Le Louarn, «Saint-Gildas-de-Rhuys, regards croisés sur l’église abbatiale », Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, 2005, pages 629-642, avec bibliographie.
    • Raphaël Valéry, La bibliothèque de la première abbaye de Saint-Gildas-de-Rhuys" Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, 2005, pages 29-88, avec bibliographie.
    • Biennale des Abbayes Bretonnes Abbaye Bretonne Le Sarment Fayard (Rennes 1983) (ISBN 2213013136). Roger Champeau « Saint-Gildas de Rhuys » p. 87-95.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Notice no PA00091674 », base Mérimée, ministère français de la Culture.
  2. Phrase relevée par Alphonse de Lamartine, in Héloïse et Abélard, année 1070 de J.-C.
  3. Jolivet (Jean), Abélard et son temps ; Actes du colloque international de Nantes, Les Belles Lettres, 1979.
  4. Wikisource : Lettre première. — Abélard à un ami : histoire de ses malheurs.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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