Morvan Lebesque

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Morvan Lebesque
Naissance 11 janvier 1911
Nantes (France)
Décès 4 juillet 1970 (à 59 ans)
Rio de Janeiro (Brésil)
Profession Journaliste
Autres activités Essayiste
Années d'activité 1931-1970
Médias
Média principal Presse écrite
Pays France
Presse écrite Le Canard enchaîné
Autres médias Ar Vro
Breizh da zont
Je suis partout
L'Écho de la Loire
L'Heure bretonne
Le Peuple breton

Maurice Lebesque, dit Morvan Lebesque, né à Nantes, le 11 janvier 1911 et mort à Rio de Janeiro le 4 juillet 1970, est un journaliste et essayiste français. En 1930 il est rédacteur à L'Écho de la Loire après avoir été six mois instituteur. Responsable pour le pays nantais du Parti autonomiste breton (PAB), il quitte ce dernier en 1931 et fonde, avec Théophile Jeusset, le mouvement et la revue Breiz da zont. Durant l'occupation, il est le premier directeur de l'hebdomadaire autonomiste L'Heure bretonne, puis collabore à diverses revues à Paris (où il rencontre et se lie d'amitié avec Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir), dont Je suis partout. Après la Libération, il entre en 1952 au Canard enchaîné, et participe à partir de 1966 à la revue Ar Vro, « rivale » de la revue communiste et laïque Ar Falz (La Faucille).

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Maurice Lebesque nait le 11 janvier 1911, quai Barbin (devenu quai Barbusse) à Nantes. D'origine très modeste, il est élève boursier du lycée Clemenceau de Nantes, où il est le condisciple de Julien Gracq.

Bac en poche en 1929, il est responsable pour le pays nantais du Parti autonomiste breton (PAB). En 1931, à l'éclatement du PAB, il rejoint le Parti National Intégral de Bretagne (PNIB) de Théophile Jeusset, un groupuscule raciste d'inspiration national-socialiste, et sa revue Breiz da zont (« Bretagne de demain »)[1]. Morvan Lebesque, promu « délégué général à la propagande », envoie un message au congrès constitutif : « Je fais le serment, de lutter de toutes mes forces pour l'établissement de la Nation bretonne et de l'État breton social-nationaliste »[réf. nécessaire].

Il quitte le PNIB quelque temps plus tard et s'installe à Paris où il travaille comme journaliste pigiste dans divers magazines : par exemple en 1936 à Détective et en 1937 à Voilà. Il y écrit notamment des articles en lien avec la politique et la culture en Bretagne[1].

Pendant la guerre[modifier | modifier le code]

En août 1940, il est le premier rédacteur en chef de L'Heure bretonne, journal au sujet duquel il déclare qu'il devient tellement collaborationniste et antisémite qu'il préfère arrêter d'y travailler, et abandonner le Parti national breton (PNB) tenu par Olier Mordrel. Il n'y reste donc que deux mois - 12 jours selon lui[2][réf. incomplète] - et se défendra toujours de cette période en arguant « de sa naïveté et en assurant qu'il est parti dès qu'il s'est aperçu des velléités pro-allemandes du journal »[réf. nécessaire]. Il définit dans ce journal l'épisode de Mers el Kébir comme un « tableau rouge peint avec le sang des Bretons » (29 septembre 1940).

Remonté à Paris en septembre 1940, il survit en travaillant comme pigiste jusqu'en 1943 à Je suis partout, le journal collaborationniste de Robert Brasillach, où il rencontre Georges Blond, Jean de La Varende, René Barjavel. Il fait paraître une nouvelle, Le vieux, le 21 février 1941, et une chronique intitulée 150 ans de variétés du 21 mars au 2 juin 1941.

Il écrit également dans Le Petit Parisien, qui publie du 6 au 11 octobre 1941 une série férocement anti-anglaise intitulée Un héros de la liberté, le Président Krüger, livre repris en volume la même année par les éditions Fernand Sorlot.

Ce sont principalement ces deux épisodes que lui reprochent ses détracteurs[3], ce qui amène sa disgrâce.

Journalisme et activisme[modifier | modifier le code]

Il entre au Canard enchaîné en 1952, en connaissance de son passé de journaliste breton, en trouvant sa rubrique et son style, entre polémique et pamphlet, pessimisme actif et humanisme laïc. Albert Camus est son modèle. Il acquiert rapidement une très grande popularité auprès des lecteurs du Canard enchaîné (il est pour nombre de lecteurs un véritable directeur de conscience), mais se tient en marge de la rédaction. Il se contente d'envoyer ses papiers par la poste ou par coursier et n'apparaît plus que pour les grandes occasions. En 1960, on estime que ses articles étaient lus par les 350 000 acheteurs hebdomadaires du Canard enchaîné. Certains sont même ronéotypés, imprimés sous forme de tracts, distribué dans des écoles ou affichés comme « journal mural » dans des ateliers. Une université américaine les a traduits et inscrits à son programme. On estime qu'en réalité, grâce à cette diffusion bénévole, le nombre de ses lecteurs dépasse le million.

Il participe en 1966 à la très œcuménique revue Ar Vro sous le pseudonyme de Yann Lozac’h, où des anciens de Breiz Atao et de Stur comme Meavenn, Jean-Marie Chanteau, Olier Mordrel cohabitent avec des autonomistes progressistes Alain Guel, Yann Kerlann[réf. nécessaire].

Il tient aussi la rubrique cinéma dans l'hebdomadaire Carrefour, dirigé par Emilien Amaury.

De février 1968 à avril 1969, Morvan Lebesque signe une chronique mensuelle dans les colonnes du Peuple breton, organe de presse de l'Union démocratique bretonne. Fanch Kerfraval décrit ses contributions comme des « chroniques proches de celles du Canard enchaîné : même forme, même longueur et même souffle. Seul l'approche change. S'éloignant des problèmes "de" société, il va saisir ceux "d'une" société, la société bretonne, et par cette voie, rejoindre quand même la dimension de l'universel »[4].

Écrivain, il fait jouer quatre pièces de théâtre : La Découverte du Nouveau Monde (d'après la comédie El nuevo mundo descubierto por Cristóbal Colón de Lope de Vega), créée par le Centre Dramatique de l'Ouest (H. Gignoux) selon les principes de Jean Vilar, Venise Sauvée (d'après Ottway), Les fiancés de la Seine et, toujours d'actualité, l'Amour parmi nous.

Il meurt au Brésil en juillet 1970 d'un arrêt cardiaque au cours d'une tournée de conférences sur la culture bretonne.

Controverse et disgrâce[modifier | modifier le code]

Morvan Lebesque a été une figure de l'identité bretonne ; lui rendent hommage une "Ballade" de Pierre-Jakez Hélias, une chanson de Glenmor, une chanson de Tri Yann, deux noms de rues, celui d'un collège et le nom de l'agence culturelle bretonne. Cependant, une récente controverse portant sur sa participation pendant l'occupation à L'Heure bretonne et à Je suis partout lui vaut de tomber dans une certaine disgrâce. Au sujet du nom de l'agence culturelle bretonne, Jean-Louis Jossic, adjoint au maire de Nantes - et par ailleurs membre fondateur de Tri Yann - dira : « J’étais à l’origine du nom mais quand on a eu des doutes, on a décidé de ne pas l’utiliser. On dit juste agence culturelle bretonne. »[3]

Pour ces mêmes raisons, le 26 février 2005, les élus du conseil municipal de Quimper (Finistère), après l'intervention du conseiller communiste Piero Rainero, décident de ne pas donner le nom de Morvan Lebesque à la rue Pitre-Chevalier, située dans le quartier de Kernoter[5].

La Découverte ou l'Ignorance[modifier | modifier le code]

En 1976, le groupe Tri Yann, dans l'album La Découverte ou l'Ignorance, met en musique un texte est issu du livre Comment peut-on être Breton ?. Ce texte est une définition de l'identité bretonne actuelle.

Publications[modifier | modifier le code]

  • Un héros de la liberté, Krüger le lion, P., Sorlot, 1941.
  • Jacques Cartier, découvreur de la Nouvelle France ; P., éd. Denoël, 1942 (dessins de Dominique), coll. La Fleur de France - 4, Les Grands navigateurs.
  • Soldats sans espoir ; P., Laffont, 1947.
  • La Loi et le Système ; P., Le Seuil, coll. L'Histoire immédiate.
  • Premières chroniques du Canard ; P., Pauvert, 1960.
  • Camus par lui-même ; P., Le Seuil, coll. Écrivains de toujours, 1963.
  • La Télévision entre les lignes, avec l'autoportrait d'un producteur Jean-Christophe Averty (en coll.avec Lucien Barnier), P., Casterman, 1967.
  • Chroniques du Canard ; P., Laffont, coll. Libertés, 1968.
  • Chroniques du Canard Enchainé (inédites) ; "à l'enseigne de l'arbre verdoyant" 1983 - avec préface de Roger Fressoz
  • Comment peut-on être Breton ? Essai sur la démocratie française ; Le Seuil, coll. L'Histoire immédiate, 1970.
  • Chroniques bretonnes (recueil de 2 entretiens et de 14 chroniques parues dans "Le Peuple Breton" ; comprend aussi une chronique parue dans "La Nation bretonne") ; Taulé, éd. Bretagnes, 1983.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Documentation diverse[modifier | modifier le code]

  • Françoise Morvan, Le Monde comme si, Actes Sud, 2002 (réédition en collection de poche Babel).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Cadiou 2013, p. 251.
  2. Chroniques de Bretagne, p.60
  3. a et b Article de Théodore Botrytis - publié dans La Lettre à Lulu, juin 2003
  4. Morvan Lebesque (préf. Fanch Kerfraval), Chroniques bretonnes, Taulé, Éditions Bretagne,‎ 1983, 22 cm, 67 p. (ISBN 2-9034-46-105)
  5. La Libre Pensée , citant Le Télégramme du 26/02/2005 et Ouest-France du 26/02/2005