Jean de Montfort (1294-1345)

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Jean de Montfort
Philippe VI de Valois et Jean de Montfort
Philippe VI de Valois et Jean de Montfort
Titre
Duc de Bretagne
(en compétition avec Jeanne de Penthièvre et Charles de Blois)
13411345
Prédécesseur Jean III de Bretagne
Successeur Jean IV de Bretagne
Comte de Montfort
13301345
Monarque Jean II
Prédécesseur Yolande de Montfort
Successeur Jean III
Comte de Richmond
13411342
Prédécesseur Jean III de Bretagne
Successeur Jean de Gand
Biographie
Titre complet Prétendant au duc de Bretagne
Dynastie Maison de Montfort
Date de naissance vers 1294
Lieu de naissance Hennebont
Date de décès 26 septembre 1345
Lieu de décès Hennebont
Père Arthur II de Bretagne
Mère Yolande de Dreux
Conjoint Jeanne de Flandre
Enfant(s) Jean IV (1339 – 1399)
Jeanne (1341 – 1399)
Héritier Jean IV de Bretagne

Jean de Montfort (1294-1345)
Ducs de Bretagne
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Jean de Bretagne, dit Jean (IV) de Montfort[note 1] (vers 1294, Hennebont - 26 septembre 1345, Hennebont), fils d'Arthur II, duc de Bretagne, et de Yolande de Dreux, comtesse de Montfort l'Amaury, fut comte de Montfort-l'Amaury (1330-1345), comte de Richmond (1341-1342), puis duc de Bretagne (1341-1345).

Biographie[modifier | modifier le code]

Origine[modifier | modifier le code]

Jean de Montfort est le fils unique né d'Arthur II de Bretagne et de sa deuxième épouse Yolande de Dreux, il hérite de sa mère le titre de comte de Montfort-l'Amaury, et revendique le titre de duc de Bretagne à la mort de son demi-frère Jean III de Bretagne[1].

Emblématique[modifier | modifier le code]

Comte de Montfort-l'Amaury par sa mère, il hérite de son père Arthur II sinon le duché de Bretagne, du moins ses prétentions au duché. Il hérite aussi de son emblématique et selon Laurent Hablot[2] refuse le changement introduit en 1316 par son demi-frère Jean III, qui avait modifié les armoiries de Dreux-Bretagne en n'en conservant que l'hermine (promise à un long usage en Bretagne). Malgré de belles miniatures postérieures au conflit qui le montrent portant l'écu d'hermine plain, Jean de Montfort semble avoir porté sa vie durant un échiqueté d'or et d'azur (qui est Dreux) à la bordure de gueules chargée de huit lionceaux à la queue fourchée d'argent (qui est Montfort), au franc-quartier d'hermine brochant.

Le prétendant[modifier | modifier le code]

Le 30 avril 1341, le duc Jean III de Bretagne meurt sans héritier mâle. Son demi-frère, Jean de Monfort se porte candidat à la succession qui est aussi revendiquée par Jeanne de Penthièvre, nièce de Jean III et épouse de Charles de Blois, lui-même neveu du roi de France Philippe VI de Valois. Le roi est, bien sûr, favorable à son neveu.

Toutefois la position de Jean de Montfort est juridiquement fondée car il estime qu'un frère est un héritier plus proche qu'une nièce bénéficiaire de plus du « droit de représentation » qui du fait d'une interprétation récente et discutable de la Loi des Francs Saliens a été rejeté pour le royaume de France ce qui a permis à Philippe V de France en 1316 et plus récemment à Philippe VI de France de monter sur le trône. Les partisans de Jean de Montfort insistent habilement sur le fait que la Bretagne est depuis 1297 un duché-pairie « membre et partie de la couronne » et que la législation du royaume suzerain doit y être appliquée[3]

Une guerre, appelée guerre de Succession de Bretagne, commence alors et va durer une vingtaine d'années. Ce conflit fut aussi appelé « Guerre des deux Jeanne », du nom des deux duchesses en compétition : Jeanne de Penthièvre et Jeanne de Flandre, l'épouse de Jean de Montfort.

Coup de force[modifier | modifier le code]

Après les obsèques de Jean III, alors que Charles de Blois regagne la cour de France et Jean de Montfort retourne son domaine breton de Guérande. De là, à l'incitation, selon la tradition, de son épouse Jeanne de Flandre, accompagné d'une petite troupe il se rend à Nantes où il est bien reçu par les habitants qui lui jurent fidélité. Le prétendant descend ensuite à Limoges où il réussit à s'emparer du trésor ducal. Jean de Montfort, revient à Nantes et se fait reconnaître duc en mai 1341, par une assemblée composées de députés des villes et de petits seigneurs mais boudée par les grands vassaux à l'exception d'Hervé VII de Léon. Grâce au trésor ducal, il recrute des mercenaires ce qui lui permet, ensuite d'effectuer en juin juillet une « Grande chevauchée en Bretagne » décrite avec emphase par Arthur de la Borderie et de prendre le contrôle du domaine ducal. D'abord de Rennes puis de Vannes et des places qui l'entourent le Château de Suscinio, Auray, Hennebont puis Quimperlé. Ayant échoué devant le domaine des Rohan il soumet Quimper et Brest avant de redescendre vers Carhaix puis de remonter vers le nord et de s'emparer de Saint-Brieuc, Lamballe Jugon, Dinan Dol-de-Bretagne et de regagner Nantes par Ploërmel[note 2].

Toujours accompagné d'Hervé VII de Léon, il obtient sinon le ralliement du moins la soumission de certains des grands seigneurs fidèles de Charles de Blois qui tenaient plusieurs de ces places fortes. Toutefois, il ne peut prendre Josselin ni obtenir le ralliement du haut clergé séculier et des grands barons, ni de plus, contrôler les domaines des Penthièvres et de la Maison de Rohan qui représentent environ les deux tiers de la Bretagne[4]. Jean de Montfort se rend également en Angleterre et rencontre Edouard III d'Angleterre à Windsor qui lui promet une aide militaire et l'investit du comté de Richmond [5].

Début de la Guerre de succession[modifier | modifier le code]

Charles de Blois fait alors appel au roi de France qui convoque Jean de Montfort devant la cour des Pairs réunie à Conflans en septembre 1341. Dans ce contexte, par l'arrêt de Conflans, le duché de Bretagne est logiquement attribué à Charles de Blois. Philippe VI accepte de recevoir l'hommage lige de Charles de Blois au nom de son épouse et confisque alors à Jean de Montfort son comté de Montfort-l'Amaury (en territoire français), ainsi que la vicomté de Limoges qu'il détenait de plus indument [6].

En octobre 1341, Charles de Blois et le duc de Normandie Jean II de Normandie (futur roi de France), réunissent une armée et pénètrent en Bretagne. Ils réussissent alors, à récupérer un certain nombre de places fortes perdues dont Nantes qui est reprise le 21 novembre 1341 après trois semaines de siège. Jean de Montfort est fait prisonnier puis emmené dans une prison du Louvre à Paris. Malgré le changement de camp d'Hervé VII de Léon, l'épouse de Montfort Jeanne, continue la lutte armée soutenue par ses partisans[7].

Après une trêve hivernale qui s'achève le 15 avril 1342, Charles de Blois reprend la lutte et regagne une grand partie de la Bretagne entre mai et septembre 1342. Le roi Édouard III d'Angleterre décide alors d'intervenir en faveur du parti de Montfort. Charles de Blois échoue à prendre Hennebont défendu par Jeanne de Flandre pendant que Robert III d'Artois à la tête d'un contingent anglais est mortellement blessé en assiégeant en vain Vannes. En janvier 1343, par l'entremise du pape Clément VI, une trêve signée à Malestroit doit apporter la paix et la libération de Jean de Montfort. Ce dernier libéré se retire en Angleterre le 27 mars 1345. Son retour dans la lutte avec des renforts fournis par le roi Édouard III d'Angleterre, met fin à la trêve. Jean de Montfort met vainement le siège devant Quimper puis tombe malade et meurt à Hennebont le 26 septembre 1345.

Il est inhumé dans le couvent des Dominicains de Quimperlé[note 3] où son tombeau [note 4], déjà violé, a été retrouvé en décembre 1883[8]. Ses restes se trouvent désormais dans l'église Sainte-Croix de Quimperlé.

Mariage et descendance[modifier | modifier le code]

Il épouse à Chartres en 1329 Jeanne (12951374) fille de Louis Ier de Flandre, comte de Nevers, et de Jeanne de Rethel, comtesse de Rethel, et eut[9]:

Notes[modifier | modifier le code]

  1. l'historiographie, surtout britannique, le désigne sous le nom de Jean IV de Bretagne.
  2. La réalité de cette « geste héroïque » est désormais remise en cause par Jean-Christophe Cassard La querelle de Bretagne, 1341-1364-1381, dans Toute l'histoire de Bretagne, Morlaix, 2003
  3. Fondé vers 1254 par la duchesse Blanche de Champagne et connu sous le nom breton d'« Abbaty Guen »
  4. avec l'inscription suivante « Hic jacet Iohannes Dux Britanniæ et Comes Montfortis qui decessit XX septembris anno M CCC XLV, orate pro eo »

Références[modifier | modifier le code]

  1. Frédéric Morvan la Chevalerie de Bretagne et la formation de l'armée ducale 1260-1341, Presses universitaires de Rennes, Rennes 2009, (ISBN 9782753508279) « Généalogie n°2 : ducs de Bretagne de la maison de Dreux ».
  2. Laurent Hablot, Les couleurs des armées à la fin du Moyen Âge, le cas breton. dans le bulletin de la Société archéologique et historique de Nantes et de la Loire Atlantique, tome 141, Nantes 2006
  3. Jean-Pierre Leguay & Hervé Martin Fastes et malheurs de la Bretagne ducale 1213-1532, Ouest-France Université Rennes, 1982 (ISBN 285882309X) p. 99
  4. Arthur de la Borderie, op. cit., p. 425-429
  5. Jean-Pierre Leguay et Hervé Martin, op. cit., p. 100
  6. Arthur de la Borderie, op. cit., p. 430-432
  7. Arthur de la Norderie, op. cit., p. 441-449
  8. Théodore Hersart de La Villemarqué « Le tombeau de Jean de Montfort » rapport du 27 novembre 1884 de la Société archéologique du Finistère, tome IX 1884, p. 278-297
  9. Généalogie de Jean (IV) de Montfort sur le site Medieval Lands

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Jean-Pierre Leguay & Hervé Martin Fastes et malheurs de la Bretagne ducale 1213-1532 Ouest-France Université Rennes (1982) (ISBN 285882309X)
  • Arthur de La Borderie Histoire de la Bretagne réédition Joseph Floch Mayenne (1975), Tome troisième.
  • Jean-Christophe Cassard La guerre de Succession de Bretagne, Coop Breizh, Spézet, 2006, 354 p.
  • Eugène Déprez, « Une lettre missive du prétendant Jean de Bretagne, comte de Montfort ». Dans: Annales de Bretagne. Tome 34, numéro 1, 1919. p. 56-67.
  • Frédéric Morvan la Chevalerie de Bretagne et la formation de l'armée ducale 1260-1341 Presses Universitaires de Rennes, Rennes 2009, (ISBN 9782753508279) « Généalogie n°2 : ducs de Bretagne de la maison de Dreux ».