Engrais

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Engrais composés conditionnés en big-bags de 600 kg.

Les engrais, sont des substances organiques ou minérales, souvent utilisées en mélanges, destinées à apporter aux plantes des compléments d'éléments nutritifs, de façon à améliorer leur croissance, et à augmenter le rendement et la qualité des cultures. L'action consistant à apporter un engrais s'appelle la fertilisation. Les engrais font partie, avec les amendements, des produits fertilisants. La fertilisation se pratique en agriculture, horticulture, sylviculture et lors des activités de jardinage. Les engrais furent utilisés dès l'Antiquité, où l'on ajoutait au sol, de façon empirique, les phosphates des os, calcinés ou non, l'azote des fumures animales et humaines, le potassium des cendres.

Sommaire

Histoire et rôle [modifier]

En Europe, un excédent d'azote est relevé dans presque tous les sols agricoles, en particulier dans les zones d'agriculture intensive (ici pour 2005[1], selon les données disponibles de la Commission européenne et de l'Agence européenne de l'environnement. Des tendances équivalentes sont mesurées dans d'autres parties du monde. Ceci est responsable d'une eutrophisation de l'eau, des sols et des milieux, source de dégradation de la biodiversité et des fonctions écosystémiques de ces milieux.

Pour accomplir le processus de leur vie végétative, les plantes ont besoin d'eau, de près de vingt éléments nutritifs qu'elles trouvent sous forme minérale dans le sol, de dioxyde de carbone (CO2) apporté par l'air, et d'énergie solaire nécessaire à la synthèse chlorophyllienne.

Les Égyptiens, durant des milliers d'années, ont utilisé les riches limons apportés par les crues du Nil pour enrichir et entretenir les sols.

Divers amendements ont été utilisés dans le monde, des poissons enterrés sous le maïs en Amérique du Nord, les excréments humains et animaux.

Puis, avec l'avènement de l'industrie chimique, charbonnière et pétrolière au XIXe siècle, sont apparues des formes chimiques de plus en plus « pures » des éléments de base (NPK). Ces engrais chimiques, en dépit de leurs effets immédiats sur la croissance, n'ont pas toujours été facilement acceptés : par exemple, en 1858, dans le nord de la France, la presse locale rapportait qu'à l’approche des semailles « les agriculteurs sont harcelés par des marchands d’engrais qui prétendent que leurs concentrés chimiques sont plus efficaces que le fumier. La Société impériale d’agriculture, qui a effectué des essais, met en garde contre ces engrais concentrés, qui ne sauraient selon elle remplacer le fumier. »[2]

Les engrais doivent apporter, en justes proportions :

Ces éléments secondaires se trouvent habituellement en quantité suffisante dans le sol, et ne devraient être ajoutés qu'en cas de carence, la plupart devenant toxiques, à faible dose, au-delà d'un seuil variant selon les éléments, certaines synergies entre éléments, et selon le pH du sol.

Les plantes ont besoin de quantités relativement importantes des éléments de base, les macro-éléments. L'azote, le phosphore et le potassium sont donc les éléments qu'il faut ajouter le plus souvent aux sols pauvres ou épuisés par l'agriculture intensive. Ces ressources sont consommées par les plantes et ne se reconstituent pas entièrement par la jachère.

  • l'azote contribue au développement végétatif de toutes les parties aériennes de la plante. Il est profitable à la plantation, au printemps, lors de la pousse de la végétation, et aux légumes feuillus, mais il convient de le distribuer sans excès car cela se ferait au détriment du développement des fleurs, des fruit (alimentation humaine) ou des bulbes. On trouve de l'azote dans le sang séché, dans les tontes de gazon ou dans le purin d'orties. Sous forme chimique (ion NO3- dit « nitrate »), il est particulièrement soluble dans l'eau et utilisé en excès il est à l'origine de la pollution azotée.
  • le phosphore renforce la résistance des plantes et contribue au développement des racines. Le phosphore est extrait principalement des roches phosphatées, on le trouve également dans la poudre d'os ou dans les fientes. Utilisé en excès, il est un facteur d'eutrophisation de l'eau. Les engrais phosphatés chimiques contiennent une multitude d'éléments minéraux secondaires et d'oligo-éléments dont de petites quantités d' uranium (radionucléide) et de cadmium (métal lourd).
  • le potassium contribue à favoriser la floraison et le développement des fruits. Le potassium se trouve dans la cendre de bois, qui peut par ailleurs contenir des métaux lourds, ou des radionucléides dans certaines régions.

Le trio « NPK » constitue la base de la plupart des engrais vendus de nos jours. L'azote est le plus important d'entre eux, et le plus controversé à cause du phénomène de lixiviation, lié à la forte solubilité des nitrates dans l'eau. Au XXIe siècle, 1 % de l'énergie consommée par les humains sert à produire de l'ammoniac[3], produit qui fournit la moitié de l'azote nécessaire à la fabrication des engrais utilisés en agriculture.

La chaux calcique est un amendement agricole et une source de calcium. La chaux dolomitique fournit du calcium et du magnésium. Le soufre est généralement présent en quantité suffisante dans le sol.

Types [modifier]

Les engrais peuvent être de trois types: organiques, minéraux et organo-minéraux.

Engrais organiques [modifier]

Les engrais organiques sont généralement d'origine animale ou végétale. Ils peuvent aussi être synthétisés, comme l'urée.

Les premiers sont typiquement des déchets industriels, tels que des déchets d'abattoirs: sang desséché, corne torréfiée, déchets de poissons, boues d'épuration des eaux. Ils sont intéressants pour leur apport en azote à décomposition relativement lente, et pour leur action favorisant la multiplication rapide de la microflore du sol, mais n'enrichissent guère le sol en humus stable.

Les seconds peuvent être des déchets végétaux: résidus verts, compostés ou pas, et ils peuvent être constitués aussi de plantes cultivées spécialement comme engrais vert, ou préparées dans ce but, comme le purin d'ortie, ou les algues. Ce sont aussi des sous-produits de l'élevage, tels que les fumiers, composés pour la plupart de litière végétale et de déjections; celles-ci ne sont pas des matières animales, mais des végétaux plus ou moins digérés: lisier, fientes, etc.

Le principe de l'engrais vert reprend la pratique ancestrale qui consiste à enfouir les mauvaises herbes. Elle s'appuie sur une culture intermédiaire ou dérobé, enfouie sur place. Quand il s'agit de légumineuses, telles que la luzerne ou le trèfle, on obtient, en plus, un enrichissement du sol en azote assimilable, car leur système radiculaire associe des bactéries, du genre Rhizobium, capables de fixer l'azote atmosphérique. Pour rendre cette technique plus efficace, on sème les graines avec la bactérie préalablement associée.

Composition en NPK
de différents engrais organiques[note 1]
Engrais N P K
Fumier de bœuf 6 1 7
Fumier de vache 4 1 4
Fumier de cheval 6 1 5
Fumier de porc 4 1 5
Fumier de poule 23 10 17
Fumier de mouton 8 1 7
Fumier de lapin 24 5 0,5
Fumier de guano 10 13 2
Plumes 80 0 0
Cendres de bois 0 1 10
Sang desséché 12 1 1
Os 4 20 0
Corne 12 1 0
Farine de poisson 9 12 4
Déchets de peaux 10 0 0
Urée 46 0 0
Tourteau de ricin 6 0 0

Engrais minéraux [modifier]

Les engrais minéraux sont des substances d'origine minérale, produites par l'industrie chimique, ou par l'exploitation de gisement naturels de phosphate et de potasse.

L'industrie chimique intervient surtout dans la production des engrais azotés, passant par la synthèse de l'ammoniac à partir de l'azote de l'air, moyennant un apport important d'énergie, fournie par le gaz naturel (cette synthèse produit également l'hydrogène). De l'ammoniac sont dérivés l'urée et le nitrate. Elle intervient également dans la fabrication des engrais complexes, qui sont constitués de sels résultant de la réaction d'une base avec un acide. Les engrais composés peuvent être de simples mélanges, parfois réalisés par les distributeurs, coopératives ou négociants. On appelle ces mélanges du bulk blending.

On distingue les engrais simples, ne contenant qu'un seul élément nutritif, et les engrais composés, qui peuvent en contenir deux ou trois. L'appellation des engrais minéraux est normalisée, par la référence à leurs trois composants principaux: NPK. Les engrais simples peuvent être azotés, phosphatés ou potassiques. Les engrais binaires sont notés NP ou PK ou NK, les ternaires NPK. Ces lettres sont généralement suivies de chiffres, représentant la proportion respective de ces éléments. Les engrais chimiques produits industriellement contiennent une quantité minimale garantie d'éléments nutritifs, et elle est indiquée sur le sac.

Par exemple, la formule 5-10-5 indique la proportion d'azote (N), de phosphore (P) et de potassium (K) présente dans l'engrais, soit 5 % de N, 10 % de P2O5 et 5 % de K2O.

L'apport azoté est exprimé en azote N et est apporté sous forme de nitrate NO3, d'ammonium NH4+ ou d'urée. Les contraintes d'entreposage de la forme nitrate incitent les distributeurs d'engrais à se tourner vers des formes ammoniacales uréïques. Le phosphore est exprimé sous la forme P2O5, mais est apporté sous forme de phosphate de calcium ou d'ammonium. Le potassium est exprimé sous la forme K2O, mais est apporté par du chlorure, du nitrate et du sulfate de potassium.

Engrais organo-minéraux [modifier]

Les engrais organo-minéraux résultent du mélange d'engrais minéraux et d'engrais organiques. Les matières organiques azotées représentent généralement 25 à 50 % des produits finis. Les autres constituants du fertilisant, sels simples et minéraux, apportant N. P. K. sous des formes appropriées, sont dilués dans les matières organiques.

Composition [modifier]

Article connexe : Liste des engrais.

Voici une liste de quelques exemples d'engrais simples qui ne fournissent que l'un des éléments du trio NPK, mais peuvent aussi contenir d'autres types éléments ayant une action sur les plantes ou les sols (chaux, magnésium, soufre, etc).

  • Azote (N) : l'urée (46 % d'azote), le sulfate d'ammoniaque (SA, 21 % d'azote, et 24 % de soufre), l'ammonitrate (AN, 33,5 % d'azote) et le nitrate de chaux (CAN/NAC, jusqu'à 27 % d'azote, et 26 à 28 % de chaux)
  • Phosphore (P2O5) : le superphosphate simple (SSP, 18 % de phosphore, et 12 % de soufre) ou le superphosphate triple (TSP, 46 % de phosphore)
  • Potasse (K2O) : le chlorure de potassium (60 % de potassium), le sulfate de potassium (SOP, 50 % de K2O, et 18 % de soufre).

Quelques exemples d'engrais composés :

  • le phosphate diammonique contient à la fois N et P. Les formules les plus courantes sont le 18-46-0 et le 20-20-0.
  • le nitrate de potassium contient à la fois N et K.

Application [modifier]

Généralement, les engrais sont incorporés au sol, mais ils peuvent aussi être apportés par l'eau d'irrigation. Cette dernière technique est employée aussi bien pour les cultures en sol, traditionnelles, que hors sol, sur un substrat plus ou moins inerte, tel que terreau, tourbe, laine de roche, perlite, vermiculite, etc. Une autre technique particulière, la culture hydroponique, permet de nourrir les plantes avec ou sans substrat. Les racines se développent dans une solution nutritive, eau plus engrais, qui circule à leur contact. La composition et la concentration de la solution nutritive doivent être constamment réajustées.

Dans certains cas, une partie de la fertilisation peut être réalisée par voie foliaire, par pulvérisation. En effet, les feuilles sont capables d'absorber des engrais, s'ils sont solubles, et si la surface de la feuille reste humide assez longtemps. Cette absorption reste toutefois limitée en quantité. Ce sont donc plutôt les oligo-éléments qui peuvent être ainsi apportés, compte tenu des faibles quantités nécessaires aux plantes.

Sur des sols acides, on peut procéder au chaulage pour augmenter le pH. Cette mesure augmente l'efficacité des engrais en favorisant l'assimilation par les plantes des éléments nutritifs présents dans le sol.

Les engrais doivent être utilisés avec précaution. Il est généralement suggéré

  • d'éviter les excès, car au-delà de certains seuils les apports supplémentaires, non seulement n'ont plus aucun intérêt économique, mais de plus, risquent d'être toxiques pour les plantes, particulièrement en oligo-éléments, et de nuire à l'environnement;
  • de maîtriser leurs effets sur l'acidité du sol;
  • de tenir compte des interactions possibles entre les éléments chimiques;
  • de tenir compte des limites imposées par les autres facteurs de production.

Fumure de fond [modifier]

L'expression « fumure de fond » ne signifie nullement que l'engrais doive être enfoui « au fond » du sol par un labour. C'est une pratique courante pour les engrais phospho-potassiques apportés à l'automne, mais elle n'est pas pour autant justifiée, surtout s'il s'agit d'un labour enfouissant à fond de raie la terre de surface. C'est au contraire dans la zone de surface, zone d'activité biologique intense, que doivent se trouver les engrais, surtout si, étant insolubles, ils doivent être attaqués par l'activité enzymatique des micro-organismes aérobies de la faune du sol et des jeunes racines. En effet, il ne faut pas enfouir profondément des matières organiques fraîches ou peu décomposées car cela entraîne la pullulation de vers parasites (taupin, ver blanc, ver gris, etc.) qui s'attaquent aux racines des plantes cultivées. Au contraire, en épandant la fumure de fond en surface ou dans les 5 premiers centimètres du sol, on limite tassement et ravinement et on stimule la vie du sol (pédofaune)[4].

Au jardin, la fumure de fond peut être apportée à l'automne, après avoir légèrement travaillé le sol pour éliminer l'éventuelle croûte de battance. Cette fumure est constituée de matières organiques qui augmenteront le stock d'humus du sol. Il peut s'agir de matériaux plus ou moins décomposés. Il faut l'apporter assez tôt pour qu'elle ait le temps de s'intégrer au sol avant les cultures, en particulier pour les plantes sensibles qui ne supportent pas d'apports juste avant la culture. Les produits non décomposés seront répandus régulièrement en surface où on les laissera plusieurs semaines, voire jusqu'à la fin de l'hiver. Lorsqu'ils seront décomposés, il suffira d'un griffage de surface pour les incorporer à la couche superficielle de terre.

Le meilleur produit brut est le fumier de ferme. Mais on peut aussi répandre en surface d'autres matières organiques non décomposées : BRF, pailles, feuilles, épluchures, etc. mais il faut éviter les produits trop acides : tourbe, écorces broyées, etc. Mais la meilleure fumure de fond reste le compost, c'est-à-dire un produit mur. Il est constitué de matières végétales et animales décomposées : fumiers, déchets de cuisine ou du jardin, tailles, tonte, etc. Un compost est bien mûr lorsqu'il forme une masse noirâtre, grumeleuse, dans laquelle on ne reconnaît pas les matériaux d'origine. Dans le commerce, les composts sont vendus comme « amendement organique ».

La fumure de fond est donc un engrais à décomposition lente, en général organique, qui assure une réserve alimentaire à la plante dans le sol. La plupart des éléments nutritifs secondaires et des oligoéléments incorporés au sol font partie de la fumure de fond avec une partie de N et l'ensemble de P et K pour les cultures annuelles. On peut apporter des amendements minéraux en même temps que la fumure de fond.

Le point de départ d'une fumure rationnelle est de constituer dans le sol une réserve d'acide phosphorique et de potasse, largement supérieure aux besoins immédiats des plantes et qui servira en quelque sorte de réserves de fertilisation. L'azote, qui ne peut se stocker de la même façon, par suite de sa solubilité sera, par contre, fourni au fur et à mesure des besoins.

Il est préférable, au départ, de calculer l'importance et la composition de cette fumure de fond, d'après les résultats d'une analyse chimique qui détermine la richesse naturelle du sol en éléments assimilables et permet de savoir exactement ce qui lui manque. Le laboratoire vous fournira alors toutes indications utiles.

La fumure de fond doit être épandue en automne et légèrement incorporée aux premiers centimètres du sol par griffage en fin d'hiver. Le fumier ou le compost ne doivent pas être enterrés avec la chaux mais seulement l'année suivante.

Pour les arbres fruitiers et d'ornement, la fumure de réserve doit être enfouie lors du défoncement, entre 40 et 60 cm de profondeur afin de se trouver dans la zone explorée par les racines. Elle serait sans effet dans la couche superficielle, du fait que la potasse et surtout l'acide phosphorique ne s'infiltrent pratiquement pas. Utiliser de préférence un engrais à dominante phosphorique, du type 7.14.10 qui sera évidemment incorporé en une seule fois, à la dose de 25 à 30 kg par are ou 2 kg par trou de 1 mètre cube (équivalence en engrais simples : 20 kg de super ou scories et 8 kg de sylvinite).[réf. nécessaire]

Dose [modifier]

La dose d'engrais est la quantité d'engrais à apporter pour une certaine surface, ou à un certain nombre de plantes. Idéalement, la quantité apportée devrait :

  • être suffisante pour couvrir les besoins des plantes, de façon à garantir le rendement, la qualité, le taux de croissance, voire la beauté, souhaités,
  • sans toutefois les excéder, de façon à limiter le coût de la fertilisation, ainsi que l'impact environnemental. Une dose trop élevée peut aussi endommager une culture.

Les jardiniers ont pour habitude de dire que l'excès d'engrais se montre pire que son manque. Selon les plantes et végétaux, l'apport devra être plus ou moins important et se présenter sous une forme optimale.

L'utilisateur de fertilisants se fiera souvent à la notion de dose recommandée

La dose recommandée est la dose d'application suggérée par les instituts de recherche agricoles, publics ou privés, certaines associations ou ONG, ou par les entreprises de commercialisation. Elle va être donnée en termes de nombre de sacs à utiliser, avec indication des proportions NPK contenues dans un sac, ou, directement en termes de quantité de chaque élément à apporter par hectare, ou en quantité à apporter par plante.

Les doses recommandées varient en fonction de la culture, de la variété utilisée, du type de sol, du climat, etc.

Quel est le moyen le plus simple de calculer la quantité des éléments nutritifs contenue dans un sac d'engrais ?

Le moyen le plus simple est de diviser les nombres imprimés sur le sac de 50 kg par 2 et ceux marqués sur le sac de 25 kg par 4, afin de se rapporter à un rapport de 100. Ainsi dans un sac de 50 kg dont la formule est 15-5-20, nous aurons les quantités suivantes d'éléments nutritifs :

15/2 : 7,5 kg N (quantité d'azote)

5/2 : 2,5 kg P (quantité de phosphore)

20/2 : 10 kg K (quantité de potassium)

Au total 20 kg d'élément pour un sac de 50 kg d'engrais.

Quelques exemples :

  1. La recommandation est : application de 60 kg N par hectare sous forme d'urée, qui contient 45 % de N. Combien de sacs prévoir ?
    46 divisé par 2 est égal à 23 : la division par 2 correspond au poids du sac : 50 kg. Chaque sac contient donc 23 kg d'azote.
    60 divisé par 23 est égal à 2,6. Ainsi, à peu près deux sacs et deux tiers d'un sac du produit sont nécessaires pour couvrir un hectare
    2,6 sacs*50 kg : un total de 130 kg d'urée, doit être appliqué par hectare.
  2. Quelle quantité d'urée utiliser pour un champ de 500 m2 ?
    Si la superficie du champ est de 500 m2 la quantité requise d'urée est un vingtième de celle requise pour un hectare soit 6,5 kg (pour rappel, un hectare mesure 100 m * 100 m, et représente 10 000 m2).
  3. Quand il est recommandé d'utiliser un engrais 60-30-30, que se passe-t-il si vous utilisez un engrais 15-15-15 ?
    Si vous utilisez uniquement cet engrais, vous appliquerez
    • soit deux fois trop de phosphore et de potassium (perte économique et risque pour l'environnement)
    • soit seulement la moitié d'azote nécessaire (d'où carence)
    Dans ce cas
    • soit achetez un engrais 60-30-30 pour fertiliser votre culture
    • soit n'appliquez que la moitié sous forme d'engrais 15-15-15, et achetez un autre engrais ne contenant que de l'azote simple.

Effets sur l'environnement et la santé [modifier]

L'utilisation des engrais entraîne deux types de conséquences qui peuvent comporter des risques sanitaires (atteinte à la santé de l'homme) ou des risques environnementaux (dégâts sur les écosystèmes).

Le risque sanitaire le plus connu est celui relatif à la consommation d'eau riche en nitrate, résultant de la fertilisation azotée, par le nourrisson.

Le risque environnemental le plus cité est celui de la pollution de l'eau potable ou de l'eutrophisation des eaux, lorsque les engrais, organiques ou minéraux, répandus en trop grande quantité par rapport aux besoins des plantes et à la capacité de rétention des sols, qui dépend notamment de sa texture, sont entraînés vers la nappe phréatique par infiltration, ou vers les cours d'eau par ruissellement.

Un risque environnemental moins cité, et pourtant très important lui aussi, est la contribution au réchauffement climatique, due aux fortes émissions, après épandage, d'oxydes d'azote, notamment le protoxyde d'azote (N2O), qui est un puissant gaz à effet de serre, à fort potentiel de réchauffement global et à durée de résidence élevée (de l'ordre de 100 ans).

Plus généralement, les conséquences de l'utilisation des engrais, qui peuvent comporter des risques et qui sont soumises à la critique, sont les suivantes :

  • effets sur la qualité des sols, leur fertilité, leur structure, l'humus et l'activité biologique ;
  • effets sur l'érosion ;
  • effets d'eutrophisation des eaux douces et marines liés au cycle de l'azote et de pollution diffuse induite par la toxicité des nitrates dans l'eau potable ou pour certaine espèces, et par leur caractère eutrophisant et favorisant la turbidité de l'eau;
  • effets liés à la dégradation des engrais inutilisés, qui émettent des gaz à effet de serre, oxydes d’azote (protoxyde d'azote N2O et N2O4), dans l’atmosphère[5] ;
  • effets d'eutrophisation des eaux douces et marines liés au cycle du phosphore (eutrophisation voire Dystrophisation) ;
  • effets liés aux autres éléments nutritifs : potassium, soufre, magnésium, calcium, oligo-éléments ;
  • effets liés à la présence de métaux lourds : cadmium, arsenic, fluor, présents dans les engrais minéraux et dans les lisiers de porc ;
  • effets liés à la présence d'éléments radioactifs (significativement présents dans les phosphates),
  • effets sur les parasites des cultures ;
  • effets sur la qualité des produits ;
  • pollution émise par l'industrie de production des engrais chimiques et certains engrais organiques ;
  • utilisation d'énergie non renouvelable pour leur transport et épandage ;
  • épuisement des ressources minérales ;
  • effets indirects sur l'environnement, dont par la mécanisation pour l'agriculture intensive, et les épandages.

Consommation mondiale [modifier]

Entre 1972 et 1992, l'utilisation mondiale d'engrais est passée de 73,8 à 132,7 millions de tonnes. Au Canada, l'utilisation des engrais est passée de près d'un million de tonnes en 1960 à environ quatre millions de tonnes en 1985, tandis que le pourcentage des terres ayant reçu des engrais est passé de 16 % en 1970 à 50 % en 1985[6].

La consommation mondiale d'éléments fertilisants s'est élevée à 179,4 millions de tonnes en 2007 : 61,6 % d'azote, 23,1 % de phosphates, et 15,3 % de potasses[7]. En 2007, les principaux pays consommateurs sont les suivants:

Consommation des engrais[7]
Pays Millions
de tonnes
de nutriments
Chine 96,6
États-Unis 29,2
Inde 22,6
Brésil 11,3
Canada 4,7
France 3,8
Indonésie 3,7
Pakistan 3,6
Viet Nam 2,7
Pologne 2,7
Allemagne 2,3
Turquie 2,2
Espagne 2,0
Australie 1,8
Argentine 1,8
Thaïlande 1,8
Russie 1,7
Mexique 1,6
Égypte 1,6
liban 1

Coûts des pollutions diffuses par les engrais [modifier]

A titre d'exemple, Selon le Centre d'analyse stratégique (CAS) et le selon le Commissariat général au développement durable (CGDD), la France a reçu deux mises en demeure de la Commission européenne pour non-respect de la directive “Nitrates” restées sans effets suffisants[8]. La Commission a ensuite traduit, en février 2012, la France devant la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) pour n'avoir pas pris les “mesures efficaces” [8] ; Le CGDD a estimé au vu des chiffres disponibles que le coût des pollutions agricoles (sans compter les condamnations financières de la CJUE), s'élèverait vers 2012 à une fourchette comprise entre 1.113 millions et 2.395 millions d'euros par an[8].

Coûts, dangers et risques d'accidents liés à la fabrication et au stocks d'amonitrates [modifier]

Outre leur toxicité environnementale, certains engrais sont explosifs (à l'origine de l'Explosion de l'Ocean Liberty à Brest en 1947 avec 26 morts et 1000 blessés graves, puis de l'explosion de l'usine AZF de Toulouse en France en 2001 (31 morts et 2 500 blessés) ou encore de celle de West Fertilizer Co à West au Texas avec 15 morts et 200 blessés en 2013 par exemple).

Les chimistes cherchent à limiter l'explosivité des engrais contenant des nitrates par une dilution du nitrate d'ammonium (AN) avec des molécules chimiquement plus inerte ou en y incorporant de faibles quantités de matériau augmentant la zone de réaction chimique [Méthode dite de désensibilisation du nitrate d'amonium)[9]. Les additifs doivent cependant ne pas être trop toxique ni écotoxiques pour rester compatible avec l'usage agricole de ces engrais[9].

Engrais et fiscalité [modifier]

Dans certains pays, des taxes et écotaxes visent à encourager la limitation des engrais chimiques et peuvent contribuer à réparer les dégâts environnementaux qu'ils induisent parfois;

En France, pour lutter contre les pollutions diffuses, le Centre d'analyse stratégique a proposé que soient étudiées les conditions d'une augmentation de la TVA sur les engrais azotés et souhaite qu'ils soient intégrés dans le groupe des substances assujetties à la redevance sur les pollutions diffuses « tout en prévoyant des compensations adéquates pour les agriculteurs » qui limiteront ces pollutions diffuses (via les mesures agro-environnementales par exemple)[10] [8].

Notes et références [modifier]

Notes [modifier]

  1. À ne jamais apporter au sol la même année qu'un chaulage

Références [modifier]

  1. AEE, Estimated nitrogen surplus across Europe, pour 2005 ; Document Actions Estimated nitrogen surplus (the difference between inorganic and organic fertilizer application, atmospheric deposition, fixation and uptake by crops) for the year 2005 across Europe ; Licence CC-by-2.5]
  2. Journal L’Indépendant, avril 1858. repris à partir des archives par les éphémérides de la semaine du 31 mars au 6 avril 2008)
  3. (en) Richard Schrock, « Nitrogen Fix », Technology Review, Massachusetts Institute of Technology, mai 2006 [texte intégral (page consultée le 31 mars 2009)] 
  4. "Les Bases de la production végétale", tome 1 : Le sol et son amélioration (p. 397) - Dominique Soltner.
  5. Agriculture, effet de serre et changements climatiques en France
  6. C. de Kimpe, congrès « La recherche agronomique européenne dans le monde du XXIe siècle » à Strasbourg les 28 et 29 novembre 1996.
  7. a et b source : http://faostat.fao.org/site/575/DesktopDefault.aspx?PageID=575
  8. a, b, c et d Dorothée Laperche (2013), Gestion de l'eau : la difficile équation économique et environnementale Pour répondre aux objectifs de protection de la ressource sans peser sur le budget des ménages ni sur celui de l'Etat, le Centre d'analyse stratégique propose une combinaison de solutions ; Actu-Environnement 2013-04-05, consulté 2013-04-09
  9. a et b Jimmie C Oxley, James L Smith, Evan Rogers, Ming Yu (2002), Ammonium nitrate: thermal stability and explosivity modifiers ; ENERGETIC MATERIALS ; Thermochimica Acta Volume 384, Issues 1–2, 25 February 2002, Pages 23–45 ; http://dx.doi.org/10.1016/S0040-6031(01)00775-4 (résumé)
  10. recommandations du Centre d'analyse stratégique (CAS), en trois notes d'analyse publiées le 3 avril 2013

Voir aussi [modifier]

Articles connexes [modifier]

Liens externes [modifier]