Usine marémotrice de la Rance

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Usine marémotrice de la Rance
Image illustrative de l'article Usine marémotrice de la Rance
L'usine marémotrice de la Rance.
Localisation
Pays Drapeau de la France France
Coordonnées 48° 37′ 04″ N 2° 01′ 29″ O / 48.61786, -2.024617 ()48° 37′ 04″ Nord 2° 01′ 29″ Ouest / 48.61786, -2.024617 ()  
Caractéristiques
Énergie utilisée énergie marine
Technologie barrage
Nombre de turbines 24
Type de turbine groupe bulbe réversible (10 MW)
Capacité électrique 240 MW
Production annuelle 500 GWh
Administration
Date de mise en service
Propriétaire EDF

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Usine marémotrice de la Rance

L'usine marémotrice de la Rance est une centrale électrique tirant son énergie de la force de la marée. Elle se trouve à l’estuaire de la Rance, dans la commune de La Richardais, en Ille-et-Vilaine, en France. Elle est restée la plus grande usine marémotrice au monde pendant 45 ans, avec une capacité de 240 MW, avant d’être détrônée le 4 août 2011 par la centrale de Sihwa Lake en Corée du Sud, légèrement plus puissante (254 MW)[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Barrage de la Rance
Autre vue du barrage

L’idée de construire une usine marémotrice sur la Rance revient à Gérard Boisnoer, en 1921.

Un premier chantier d’usine marémotrice commença à l’Aber-Wrac'h dans le Finistère en 1925 [2]. Le projet fut abandonné une première fois par M Le Troquer en 1928, pour être repris par M Tardieu[3] . Le chantier est abandonné, en 1930, faute de financement. Les plans de cette usine servent d’ébauche pour ceux de la suivante. L’utilisation de l’énergie des marées n’est cependant pas nouvelle, puisque de longue date des moulins à marée ont existé en des lieux touchés par la marée, et en particulier le long de la Rance.

Les premières études visant à la conception d’une nouvelle usine marémotrice sur l’estuaire de la Rance remontent à 1943, par la Société d’étude pour l’utilisation des marées (SEUM).

Construction[modifier | modifier le code]

Les premiers travaux commencent en 1961. Louis Arretche, architecte de la reconstruction de Saint-Malo, en est l’architecte-conseil.

Les deux premières années, les travaux visent à créer une zone sèche où l’usine pourra être construite. Pour cela, deux batardeaux provisoires sont créés de part et d’autre du site actuel de l’usine. La construction de l’usine, proprement dite, débute le , lorsque la Rance est entièrement coupée par des barrages formés de deux rangées de batardeaux.

Les travaux durent trois ans et s’achèvent en 1966. Charles de Gaulle, président de la république, inaugure l’usine le . L’inauguration de la route franchissant l’usine a lieu le et le raccordement au réseau EDF, le .

Description[modifier | modifier le code]

Maquette de la coupe du barrage de la Rance

Le barrage s’étend sur 750 mètres, entre la pointe de la Brebis à l’Ouest et la pointe de la Briantais à l’Est. Il est situé au Sud de Dinard et Saint-Malo, à l’embouchure du fleuve côtier de la Rance. Il crée un bassin de retenue d’une superficie de 22 km2.

Au total, l’usine a coûté à l’époque 620 millions de francs (ce qui correspond à environ 788 millions d’euros de 2010)[4].

Le barrage de l’usine mesure quant à lui 332,5 mètres et l'électricité est produite par 24 groupes bulbes (turbines) réversibles, permettant de produire de l'électricité par le mouvement des marées (dans les deux sens), ou de produire de l'énergie hydraulique en turbinant l’eau de la retenue.

Elle fournissait, en 2012, 3,5 % de la consommation électrique de la Bretagne (source : service de Presse EDF), laquelle ne produit que 9,3 % de l’électricité qu’elle consomme[5], le reste étant importé des régions voisines et étant principalement d’origine nucléaire[6].

Le marégraphe de Saint-Suliac, situé devant la pointe de Grainfolet, donne les hauteurs d’eau pour l’ensemble de l’estuaire de la Rance, en amont du barrage.

Le barrage accueille aussi le musée Découverte de l'usine marémotrice de la Rance

Les turbines bulbes[modifier | modifier le code]

Chaque groupe bulbe (24 en tout) comprend une turbine entrainant un alternateur de 10 MW. Les pales des turbines sont orientables afin qu'elles puissent fonctionner aussi bien à marée montante qu'à marée descendante.

Ces turbines utilisent alternativement la force des marées et celle du courant du fleuve en pouvant produire de l’électricité dans les deux sens du débit d'eau. Elles peuvent fonctionner en pompage-turbinage :

  • le turbinage: le flux d'eau fait tourner la turbine et l’alternateur entraîné fournit de l’électricité;
  • le pompage: l’alternateur, alimenté par le réseau électrique, fonctionne en moteur et entraîne la turbine qui fonctionne, alors, en pompe afin de compléter le remplissage du bassin, à marée montante, pendant les heures creuses d’EDF[7].

Bilan économique[modifier | modifier le code]

L’usine marémotrice est la principale source de production d'électricité de la Bretagne (45 % de la production bretonne en 2012) (source : service de Presse EDF). Elle contribue ainsi à réduire l'important déficit énergétique de cette région (la Bretagne a consommé de l’ordre de 20 000 GWh sur l'année 2009).

La production d’électricité est de 500 GWh/an, soit une puissance moyenne fournie 57 MW pour une puissance installée de 240 MW. La densité de puissance est de l'ordre de 2,6 W/m2. Le facteur de charge de l’installation est d’environ 25 %, taux qui est lié à la périodicité et à l’amplitude des marées. Le coût de production d’électricité est évalué à 12 centimes d’euros du kWh[8].

Conditions géographiques nécessaires[modifier | modifier le code]

L’endroit où l’usine est construite doit avoir un marnage Page d'aide sur l'homonymie (différence entre marée haute et marée basse) important, environ 10 à 15 m avec un minimum de 5 m pour que cela soit économiquement viable. Il doit y avoir une baie pouvant contenir beaucoup d’eau à marée haute, l’installation ne doit pas modifier la résonance des marées mais la réguler (oscillation régulière des niveaux d’eau de la vitesse et de la direction des courants marins).

Impact écologique[modifier | modifier le code]

Immédiat[modifier | modifier le code]

Transformant l’écosystème de la Rance, le barrage est responsable de son envasement progressif. Le lançon et la plie ont disparu, mais le bar et la "morgate" ou "margate"[9] (seiche) remontent de nouveau le fleuve. En fait la faune s’est totalement transformée puisque les espèces plus petites et plus rapides constituent la majeure partie de la faune, leur vivacité permet de passer à travers les hélices du barrage, chose impossible pour les espèces « nobles » plus lentes.

Malgré cela, un veau marin a réussi à traverser le barrage, par l’écluse ou les groupes bulbes, et réside depuis 2001 dans le secteur de Mordreuc, malgré les multiples tentatives des vétérinaires d’Océanopolis de le réintroduire dans son environnement d’origine. Il a été rejoint en 2006 par un petit marsouin qui lui a élu domicile du côté de Jouvente.

On note également la présence d’espèces de poissons telles que dorades (grises et royales), mulets (lippus et dorés), raies (bouclées et fleuries), lieus jaunes, vieilles et même depuis quelques années de petits sars.

Porte de l’écluse vue à sec lors des réfections de 2009.

L’estuaire est soumis à des mouvements de marée dont les horaires dépendent de la stratégie d’exploitation d’EDF.

Autrefois, avant la construction du barrage (1963-1966), la dénivellation entre pleine mer et basse mer au port Saint-Jean atteignait 13,98 mètres (La hauteur de la pleine mer pouvait atteindre 0,25 m de plus qu’à Saint-Malo, mais elle accusait un retard de douze minutes sur celle enregistrée à Saint-Malo, à la tour Solidor). L’étale ne durait pas plus de quatre à cinq minutes. Le retard de la basse mer par rapport à la tour Solidor était très important et proportionnel au coefficient de la marée. Il était dû à l’écoulement des eaux de nombreuses baies, du cours naturel de la rivière, et de la réserve constituée en amont du barrage du Châtelier. La basse mer n’avait pas d’étale.

Désormais, le barrage, usine marémotrice de la Rance, marne Page d'aide sur l'homonymie la mer avec une dénivellation entre pleine mer et basse mer qui atteint 7,50 m. Son amplitude va de 12 m maximum en pleine-mer à 4,5 m minimum en basse-mer. Les étales de pleine-mer et de basse-mer durent une heure environ. Cela a profondément modifié l’écosystème, les fonds marins, les marnages et les courants de l’estuaire de la Rance.

L’association COEUR émeraude (comité opérationnel des élus et des usagers de la Rance) a décidé EDF à faire un test exceptionnel de pleine-mer à 12,52 m, le vendredi 31 août 2007, entre 11 h 30 et midi, pour étudier son action sur l’environnement du haut des plages de l’estuaire de la Rance[10]. Ce test a prouvé son utilité et sera renouvelé régulièrement.

Envasement[modifier | modifier le code]

Le barrage de la Rance perd 1 % de sa capacité par an du fait de l’envasement qu’il provoque[11]. L’envasement est si important qu’il menace la navigabilité de la Rance [12];[13]. Les accumulations de vase ont transformé les plages de sable blanc en vasières[14]. Elles sont recouvertes d’une épaisse couche de vase pouvant atteindre 3 m[15],[16].

Un site touristique et un pont[modifier | modifier le code]

L’usine marémotrice de la Rance est un site touristique qui a attiré plus de 70 000 personnes en 2006[17]. Une écluse dans la partie ouest du barrage permet le passage de 18 000 bateaux par an[18] entre la Manche et la Rance.

Les fréquences d’éclusages pour les bateaux ont été restreintes en 2005 par le sous-préfet en faveur de la circulation automobile sur le barrage.

La route départementale 168 passe sur le barrage et permet aux véhicules de relier Dinard à Saint-Malo.

Le barrage accueille aussi le musée Découverte de l'usine marémotrice de la Rance [19],[20].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. 'Sihwa Lake Tidal Power Plant',sur le site hydroelectric-energy.blogspot.fr, consulté le 02 septembre 2013
  2. Journal Ouest-Éclair no 7821 du 4 mars 1923, article page 1 le miracle de la Rance consultable http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k647203v.r=aberwrach.langFR
  3. Journal Courrier maritime nord africain : industriel et commercial no 44 du 20 février 1928, article page 8 Utilisation de la force des marées consultable http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56031563/f8.r=aberwrach.langFR
  4. Pouvoir d’achat du franc et de l’euro sur le site de l’INSEE : le taux de l’année 1965 a été utilisé pour le calcul.
  5. Chiffres clés de l'énergie en Bretagne (p 22, édition 2011) sur le site de l'Observatoire de l'énergie et des gaz à effet de serre en Bretagne
  6. Emmanuèle Savelli et Ivan Saillard, « Un approvisionnement électrique fragile », Bretagne Environnement,‎ (consulté le )
  7. Moment ou il y a une surproduction d’électricité ou potentiellement un déficit de production au début de la journée suivante
  8. 18,5 centimes de francs suisses de 2004
  9. Dictionnaire Le Littré
  10. Site de l’association Cœur émeraude : http://dev.coeur.asso.fr/index.html
  11. L’envasement de l’estuaire - Une conséquence du barrage Sur le site geographie.ens.fr
  12. BONNOT-COURTOIS Chantal CALINE Bruno L'HOMER Alain LE VOT Monique, Bay of Mont-Saint-Michel and the Rance Estuary: Recent Development and evolution of dispositionnal environnements, Paris, Elf ep-Editions,‎ Jan 2002, 256 p. (ISBN 2-901-026-53-2, lire en ligne), voir page 222 de 6000 m^3 à 20000m^3 par an pour assurer le passage dans le chenal
  13. Des solutions contre l'envasement Sur le site letelegramme.com
  14. photo avant et après le barrage Sur le site rance-environnement.net
  15. il est cité 70 cm!Bilans de l'usine Sur le site hmf.enseeiht.fr
  16. article de l’ens qui lui cite 2 à 3 mètres! [PDF][1] Sur le site geographie.ens.fr
  17. « Nombre de visiteurs en 2006 », INSEE (consulté le 28 octobre 2008)
  18. « Écluse du barrage de la Rance : Interruption de la navigation 1er semestre 2009 », sur Bretagne Info Nautisme (données EDF) (consulté le 28 octobre 2008)
  19. article du routard
  20. du site EDF

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]