Abbaye de Marmoutier (Tours)

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Abbaye de Marmoutier
Image illustrative de l'article Abbaye de Marmoutier (Tours)
Présentation
Nom local Marmout
Culte Catholique romain
Type Abbatiale
Rattachement Sacré-Coeur
Début de la construction 96 av J-C
Style dominant Roman
Protection Monument historique
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Centre
Département Indre-et-Loire
Commune Tours
Coordonnées 47° 24′ 11″ N 0° 43′ 02″ E / 47.403056, 0.71722247° 24′ 11″ Nord 0° 43′ 02″ Est / 47.403056, 0.717222  

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Abbaye de Marmoutier

L'abbaye de Marmoutier est une ancienne abbaye bénédictine importante, dont les dépendances s'étendaient dans une bonne partie de la France médiévale. Elle était située au nord de la Loire, face à la vieille ville de Tours. Elle correspond à un terrain de plusieurs hectares, sur lesquels subsistent les vestiges de l'ancienne église abbatiale monumentale.

Histoire de l'abbaye[modifier | modifier le code]

Martin, le fondateur[modifier | modifier le code]

L'abbaye fut fondée sur le lieu où l'évêque de Tours de la fin du IVe siècle, saint Martin de Tours, aimait à se retirer pour prier et se ressourcer, avec quelques compagnons dans les grottes (encore visibles dans le coteau).

Voici la description qu'en donne Sulpice-Sévère, l'hagiographe de Martin de Tours, vers l'an 410 :

« Pendant quelque temps, <Martin> logea dans une cellule attenante à l'église <de Tours>. Puis, comme il ne pouvait supporter le dérangement que lui causaient ses visiteurs, il aménagea pour lui un monastère à deux milles environ en dehors de la cité. Cet endroit était si retiré et si écarté qu'il n'avait point à envier la solitude du désert. D'un côté, il était entouré par les rochers à pic d'une haute montagne; de l'autre côté, la plaine était fermée par un petit coude de la Loire. On n'y avait accès que par un seul chemin, et très étroit. L'évêque occupait une cellule construite en bois. »[1]

En fait, l'endroit n'est peut-être pas aussi isolé que Sulpice Sévère le laisse entendre : la voie antique d'Orléans à Angers par la rive droite de la Loire passait à proximité du site, au pied du coteau ; un pont du Bas-Empire romain construit sur la Loire un peu plus à l'ouest en facilitait l'accès depuis Tours ; enfin, les fouilles sur site ont mis au jour des vestiges de constructions probablement antérieures à la venue de Martin.

À la fin son épiscopat, en 397, Martin est entouré de quelque quatre-vingt compagnons. Peu à peu l'abbaye se construit, un scriptorium est édifié. Grégoire de Tours (539-594) sera le premier à employer le terme de Marmoutier (majus monasterium = grand monastère). Alcuin (730-804), un des principaux amis et conseillers de Charlemagne et artisan important de la Renaissance carolingienne, en fut l'abbé. En 852, alors qu'elle compte environ 150 moines, l’abbaye est pillée par le chef viking Hasting[2]. C'est le massacre et le pillage : 115 religieux périssent.

Le renouveau et le temps de la puissance[modifier | modifier le code]

L'abbaye ne reprend vie qu'à la fin du Xe siècle. L'abbé Mayeul viendra alors de Cluny avec 13 religieux afin de restaurer la vie monastique. Guillaume le Conquérant finance la construction du dortoir et du réfectoire. Urbain II consacre en 1096 l'église abbatiale. Vers 1121, Robert de Locuon, évêque de Cornouaille donne par une charte de donation l'île et l'église de Saint-Tutuarn à l'abbé Bernard et aux moines de l'abbaye de Marmoutier[3]. L'abbaye se développe et on édifie la chapelle des malades, le cloître de l'infirmerie, la chapelle de l'abbé, le portail de la Mitre et entre 1210 et 1227 le portail de la Crosse (toujours intact). L'art médical est enseigné à Marmoutier.

Au XIIIe siècle, Hugues de Rochecorbon, petit-fils de Corbon des Roches, devient abbé de Marmoutier, et entreprend à partir de 1214 la construction d'une grande abbatiale gothique qui, une fois achevée un siècle plus tard, mesurera 112 mètres de long, soit 15 mètres de plus que la cathédrale Saint-Gatien de Tours qui vient d'être terminée ; cette différence de dimensions n'est certainement pas fortuite, s'inscrivant dans une « guerre de prestige » entre les moines de Marmoutier et le chapitre cathédral de Tours. Hugues des Roches est également le bâtisseur de la grange de Meslay, ancien prieuré dépendant de l'abbaye[4].

Vers 1300, une enceinte haute de 5 mètres enclot l'abbaye, y compris ses terrains sur le coteau auquel elle est adossée, se raccordant au portail de la Crosse. Au milieu du XIVe siècle, un manoir (Rougemont) est édifié sur le coteau pour y servir de logis abbatial.

En 1360, l'abbaye est pillée par des routiers qui s'en servent comme camp de base. Le nombre des moines passe de 80 à 20.

En 1569, des protestants emmenés par le prince de Condé pillent l'abbaye après avoir tenté, sans succès, de démolir l'abbatiale. En 1637, Marmoutier devient, par décision de son abbé le cardinal de Richelieu, une abbaye commendataire de la Congrégation de Saint-Maur et se transforme rapidement en un important centre intellectuel sans rien perdre de sa richesse temporelle, justifiant le dicton :

« De quel costé que le vent vente, Marmoutier a cens et rente. »

Au début du XVIIIe siècle, la figure érudite de dom Edmond Martène (1654-1739) renforce encore cette tradition érudite. Ce savant moine rédige entre autres une Histoire de la Congrégation de Saint-Maur, restée inédite jusqu'au XXe siècle, et une importante Histoire de l'abbaye de Marmoutier, éditée au XIXe siècle[5].

La fin de la grande abbaye[modifier | modifier le code]

La Révolution de 1789 disperse à nouveau les moines, le mobilier est vendu et Marmoutier devient un hôpital militaire destiné notamment à accueillir les blessés de la Guerre de Vendée en 1793 et 1794 ; en 1799 les bâtiments sont vendus comme biens nationaux ; à nouveau vendus en 1818, ils sont démolis en deux ans et servent de carrière de pierres.

Abbés[modifier | modifier le code]

Grands-prieurs[modifier | modifier le code]

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Terriers, revenus, dépendances[modifier | modifier le code]

(liste non exhaustive)

L'établissement scolaire de la société du Sacré-Cœur[modifier | modifier le code]

En 1819 les bâtiments sont pour beaucoup détruits (en particulier l'église abbatiale). Mais les sœurs du Sacré-Cœur achètent ce qu'il en reste et entament en 1847 une restauration dont les travaux sont terminés en 1897, pour commémorer le quinzième centenaire de la mort de saint Martin.

Madeleine-Sophie Barat fonde l'institution Marmoutier en 1848 et y installe un établissement d'enseignement catholique.

La nouvelle chapelle est consacrée en 1856, le bâtiment saint Michel est achevé en 1869.

Marmoutier est à nouveau un hôpital militaire de 1914 à 1917, dans les bâtiments du pensionnat des Dames du Sacré-Cœur.

Pendant la Seconde Guerre mondiale Marmoutier est réquisitionné par l'armée allemande.

En 1947, François Mitterrand fait une visite d'État pour remercier les résistants tourangeaux d'avoir caché de nombreux juifs dans les caves à vin.

En 1964, l'ancienne commune de Sainte-Radegonde-en-Touraine où l'abbaye est située est rattachée à Tours.

Établissement d'enseignement primaire, secondaire et supérieur[modifier | modifier le code]

Établissement Marmoutier
Image illustrative de l'article Abbaye de Marmoutier (Tours)
Logo Marmoutier
Généralités
Création 1847
Pays Drapeau de la France France
Adresse 17 quai Marmoutier
Tours
Site internet www.marmoutier.com
Cadre éducatif
Type École privée
Niveau école, collège, Lycées, BTS

Aujourd'hui Marmoutier est un établissement scolaire qui rassemble plus de 1 200 élèves et étudiants. L'enceinte renferme une école, un collège, un lycée général (1988), un lycée technologique (1968) et un lycée professionnel.

Marmoutier est aussi un établissement d'enseignement supérieur depuis 1984. Il existe en effet deux brevets de technicien supérieur (BTS) :

  • Analyses de biologie médicale
  • BioAnalyses et Contrôles.

Deux internats filles et garçons de la sixième à la terminale y sont présents.

Fouilles archéologiques et vestiges[modifier | modifier le code]

Charles Lelong, maître de conférences en histoire de l'art à l'université de Tours, organise à Marmoutier des interventions archéologiques annuelles entre 1974 et 1983. Ses travaux ont principalement porté sur l'église abbatiale (détruite en 1819)[8].

De nouvelles recherches portent actuellement sur le site, la principale étant la reprise des fouilles sous la direction d'Elisabeth Lorans, professeur d'archéologie médiévale (UMR CITERES 6173, Laboratoire archéologie et territoires à l'université de Tours). La partie concernée par les fouilles appartient à la ville de Tours et est partiellement ouverte aux visites.

il subsiste de nombreux vestiges de l'ancienne abbaye :

  • Les grottes des premiers ermites, creusées dans le coteau à l’ouest du site ; parmi elles la Chapelle des Sept Dormants censée renfermer les tombeaux de plusieurs disciples de Martin et la Galerie des Solitaires, dont l’entrée a été réaménagée au XIXe siècle, l'architecture néo-byzantine de l’époque associant dans les arcades la pierre et la brique.
  • Les vestiges de trois églises successivement bâties au même emplacement (Xe, XIe et XIIIe siècles) ont été mis au jour par les différentes campagnes de fouilles.
  • Au sud, le Portail de la Crosse reste toujours l’entrée principale de Marmoutier ; il se trouve maintenant précédé par un portail moderne. Il est surmonté d’une galerie percée de fenêtres étroites et servant à la défense de la porte.
  • L’enceinte fortifiée du XIVe siècle a subsisté presque intacte sur une grande partie de sa longueur, bien que partiellement reconstruite au XVe siècle et au XVIIIe siècle.
  • La Maison du Grand Prieur est constituée de la partie ouest de l’ancienne hôtellerie. Des fouilles archéologiques sont en cours depuis 2004 dans la partie arasée de ce bâtiment pour tenter d’en comprendre l’histoire complexe.
  • Seule construction contemporaine de l’abbatiale romane du XIe siècle, la Tour des Cloches, ainsi dénommée parce qu’elle abritait les cloches de l’abbatiale, se dresse presque à flanc de coteau, au nord-ouest immédiat de l’ancien narthex de l’abbatiale gothique, auquel elle était directement reliée.
  • Le mur d’extrémité du bras nord du transept, seul vestige de l’abbatiale gothique en élévation, aboutit à la grotte du « Repos de Saint-Martin », utilisée par l’évêque de Tours et située en hauteur.
  • Un portail du XVIIIe siècle, situé tout à l’ouest de l’enceinte, au pied du coteau, permettait aux pèlerins de se rendre directement à l’abbatiale et à ses dépendances sans passer par la partie de l’abbaye réservée aux moines. L’entrée primitive du monastère se situait déjà probablement à ce niveau avec accès par la voie antique, avant la construction du Portail de la Crosse et l’extension des bâtiments vers le sud.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Le prieuré de Maintenay à Maintenay dépendait de 1198 à 1781 de l'abbaye de Marmoutier (Tours) [9]. Le prieuré fut fondé au XIe siècle suite à une donation du chevalier Acard de Framicourt.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sulpice-Sévère, Vie du Bienheureux Martin, chap. X.
  2. Michel Dillange, Les comtes de Poitou, ducs d'Aquitaine : 778-1204, Mougon, Geste éd., coll. « Histoire »,‎ 1995, ill., couv. ill. en coul. ; 24 cm, 303 p. (ISBN 2-910919-09-9, ISSN 1269-9454, notice BnF no FRBNF35804152), p. 56.
  3. Henri Bourde de La Rogerie, Le prieuré de Saint-Tutuarn ou de l'Île Tristan, "Bulletin de la Société archéologique du Finistère", 1905, consultable http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k207673q/f309.image
  4. Mairie de Rochecorbon
  5. Dom Edmond Martène, Histoire de l'abbaye de Marmoutier, éditée par Casimir Chevalier, Mémoires de la Société archéologique de Touraine, 1874-1875, 2 vol
  6. Nominis : bienheureux Barthélemy de Tours
  7. Le Diocèse de Nantes, Yves Durand, Editions Beauchesne, 1 janv. 1985 - 310 pages.
  8. Charles Lelong, Bétons de sol et pavements de l'abbatiale de Marmoutier, p. 39-47, Société française d'archéologie, Bulletin Monumental, 1992, no 150-1 (Lire en ligne)
  9. Tableau général numérique par fonds des archives départementales antérieures à 1790, Imprimerie Nationale, 1848, [lire en ligne]