Parti national breton

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Parti national breton

Strollad Broadel Breizh

Image illustrative de l'article Parti national breton
Logo officiel
Présentation
Chef Fransez Debeauvais (1920-1921)
Raymond Delaporte (1921-1945)
Fondation 1931
Disparition 1944
Siège Rennes, France
Organe officiel Breiz Atao

L'Heure Bretonne

Organisation de jeunesse Organisation de jeunesse
Organisation paramilitaire Bagadoù Stourm
Parti précédent Parti autonomiste breton
Idéologie Nationalisme
Adhérents Moins de 40 (1920)
4000 (1945)
Couleurs Noir, blanc

Le Parti national breton (PNB, Strollad Broadel Breizh en breton) était un parti politique nationaliste breton qui a existé de 1931 à 1944. Il est créé lorsque le Parti autonomiste breton (PAB) explose entre ses tendances fédéralistes et nationalistes après le congrès de Guingamp d'août 1931. Tandis que les fédéralistes se regroupent dans la ligue fédéraliste de Bretagne, les nationalistes décident de fonder un nouveau parti, dans une orientation résolument nationaliste et non plus seulement autonomiste. Ils publient le journal La nation bretonne qui remplace l'ancien journal Breiz Atao ainsi que le journal War Zao, journal des nationalistes du Trégor, Goëlo, Haute-Cornouaille. Cependant, certains préfèrent relancer un journal qui réutilise le titre de Breiz Atao, simple organe de liaison entre les militants. Celui-ci parait de novembre 1931 à août 1939. C'est un nouveau journal, qui ne reprend pas la raison sociale du précédent, notamment ses dettes. Le premier congrès se tient à Landerneau le avec 25 militants[1].

Dérive fasciste pendant les années 1930[modifier | modifier le code]

La partie du Parti autonomiste breton attirée par le séparatisme, dont Olier Mordrel, Yann Sohier et François Debeauvais, va rejoindre le nouveau Parti national breton, créé lors du congrès de Guingamp en août 1931. Le , à Landerneau, a lieu le premier congrès du PNB. Breiz Atao reparaît, simple organe de liaison entre les militants. Il s'inspire de la révolution irlandaise et joue la carte nationaliste.

Faible numériquement, le parti n'a aucune influence sur la politique bretonne[2]. Ce n'est qu'avec le début des attentats de Gwenn ha Du qu'il prend une certaine consistance. L'ensemble du mouvement étant inquiété après chaque attentat, le PNB constitue un Kuzul Meur qui chapeaute à la fois le parti, Gwenn ha Du et le Bleun-Brug. Le but aurait surtout été de contrôler Célestin Lainé[3]. Les actions de ce dernier donnent cependant une certaine publicité au parti, même si la presse est unanime pour les condamner à l'exception de L'Humanité[4]

À partir de 1934 le parti participe au vaste mouvement de la droite et de l'extrême-droite françaises vers les idées autoritaires. Un noyau dur autour d'Olier Mordrel adopte l'idéologie nazie[5]. En 1934, il lance une revue Stur. Il propose au parti un programme copié sur celui du Parti Nazi : Strollad Ar Gelted Adsavet[6] ou Saga. Mordrelle ne réussit pas à entraîner le reste du parti qui développe des thèmes d'extrême-droite mais sans se convertir à l'idéologie nazie[7].

En 1936, les dirigeants du PNB organisent une grande campagne de graffitis qui consiste à peindre en lettres immenses au goudron sur les murs : "La France est foutue", "Vive la Bretagne libre", "La Bretagne aux Bretons", "Les Juifs dehors", "Breiz Atao vaincra". L'inscription qui suscite le plus d'étonnement dans la population locale, c'est "Les Français dehors !". Un jour, un paysan, qui est resté regarder Yann Brickler finir de peindre son inscription s'enquiert, perplexe, "Et où c'est-y qu'y veut qu'on va?"[réf. nécessaire].

Alors que la montée du fascisme et la marche à la guerre deviennent inexorables, le décret-loi Daladier du cible les "séparatistes" en général; il permet de poursuivre et condamner « quiconque aura entrepris, par quelque moyen que ce soit, de porter atteinte à l'intégrité du territoire » [8] [9] [10].

À l'approche de la guerre, le P.N.B est pro-allemand et développe une propagande « pacifiste », c'est-à-dire qu'il ne compte absolument pas aider la France dans la guerre qui s'annonce contre l'Allemagne : À l'issue du congrès tenu le à Guingamp, le PNB publie un manifeste où il prétend qu'ils appartiennent à « un pays qui a l'habitude de fournir plus de troupes d'assaut que de tourneurs d'obus » et que « plus une goutte de sang breton ne doit être versé pour des causes étrangères ». Il fait coller des affiches proclamant "Pas de guerre pour les Tchèques" Cette affiche rappelait que, selon le PNB, « la France voulait maintenir dans la vassalité l'État tchécoslovaque centralisé, oppresseur des minorités nationales », et se terminait par cet appel : « Nous demandons que, nous Bretons, ne soyons pas engagés contre notre volonté dans une guerre au profit de l'impérialisme tchèque ». Il se dote d'une organisation paramilitaire forte d'une dizaine d'hommes, la Kadervenn[7] ; Olier Mordrel effectue, par ailleurs, plusieurs voyages en Allemagne[7].

Le , Olier Mordrel est condamné, avec François Debauvais, à un an de prison avec sursis pour « atteinte à l'unité de la nation ». Le , la cour d'appel confirme les condamnations à un an de prison de Mordrel et Debauvais. Le , un décret loi d'Édouard Daladier assimile la propagande nationaliste à l'espionnage et à la haute trahison. En août 1939, à la suite du Débarquement d'armes de Plestin, l'entrée en clandestinité des éléments dirigeants du mouvement provoque des répercussions sur l'organisation du parti. Debauvais et Mordrel restent désormais sans liaisons directes avec leurs cadres les plus sûrs alors que planent sur eux la menace d'une très probable arrestation. Le , c'est la parution du dernier numéro de Breiz Atao, le 31 août suivant, son secrétaire Louis Maubré est arrêté.

Debauvais et Mordrel se réfugient en Belgique puis en Allemagne tandis que les autres cadres du parti sont mobilisés. Le parti est dissous sous le gouvernement Daladier ()[11] en raison de ses positions très « amicales » avec l’Allemagne nazie[12]. Les biens du parti sont confisqués et les archives détruites. Debauvais et Mordrel sont condamnés à mort. Des perquisitions sont organisées chez des militants du mouvement breton, parfois suivies d'arrestations (Yann Brickler[13], Kongar-Kervella, Marcel Guieysse, Édouard Gueguen, André Lajat, sœur d'Ange Péresse, abbé Perrot). Fin octobre, Célestin Lainé est arrêté sur le front du Nord de la France.

Collaboration pendant l'Occupation[modifier | modifier le code]

1940[modifier | modifier le code]

Berlin[modifier | modifier le code]

Debauvais se réfugie à Berlin (rejoint par Moyse, puis Mordrel) « pour tenter d'y jouer la carte de l'indépendance bretonne dans l'éventualité probable d'une défaite de la France ». En janvier 1940, les deux fondateurs adressent de l'étranger une "Lettre de Guerre" (Lizer Brezel) à leurs militants en rappelant qu'"un vrai breton n'a pas le droit de mourir pour la France". Ils ajoutent : "Nos ennemis depuis toujours et ceux de maintenant sont les Français, ce sont eux qui n'ont cessé de causer du tort à la Bretagne". En mars 1940, Mordrel et Debauvais éditent "Ouest-Information" qui est diffusé clandestinement.

Bretonische Regierung[modifier | modifier le code]

En mai 1940, les 2 fondateurs dirigent un prétendu « gouvernement breton en exil » (Bretonische Regierung). Les pangermanistes préconisaient alors l'extension du Reich à toutes les populations germanophones et le démantèlement des grandes puissances européennes selon des critères linguistiques. Ainsi Adolf Hitler s'était-il prononcé en faveur de la création d'un État breton. Des pourparlers s'engagent en mai-juin 1940 entre Otto Abetz et Mordrel/Debauvais sur la constitution de cet état. On crée à la même époque en Allemagne, des camps de prisonniers spéciaux où sont réunis les Bretons. Des visites et conférences sont organisées par les dirigeants de Breiz Atao aux camps de Luckenwalde, Sagan, etc.

Le retour en Bretagne avec les Allemands[modifier | modifier le code]

Le , les premiers prisonniers bretons libérés arrivent, sous la conduite de Fred Moyse (les Allemands sont entrés à Rennes le 18 juin). Le P.N.B. n'aura réussi qu'à faire libérer de 400 à 500 prisonniers jusqu'en septembre 1940. L'opinion publique demeura pourtant longtemps persuadée de sa capacité à faire renter chez eux les prisonniers bretons qui en feraient la demande, à condition d'adhérer au mouvement nationaliste. Le 22 juin, François Debauvais revient d'exil à Rennes, jour de signature de l'armistice.

Revirement de l'Allemagne[modifier | modifier le code]

Le gouvernement nazi ayant adopté une politique de conciliation vis-à-vis du gouvernement de Vichy après des atermoiements et des revirements, les mesures envisagées précédemment en faveur d'un État breton autonome se doivent d'être révisées avec le maximum de diplomatie et si besoin par la force. Le 11 juillet 1940, on peut lire dans le journal de l'Abwehr : "le ministre des Affaires étrangères a pris une décision en ce qui concerne la question bretonne. Il en résulte que les mouvements séparatistes en Bretagne ne doivent plus être encouragés. Des ordres ont été données en ce sens au bureau de l'Abwehr en France. La collaboration avec les Bretons doit se limiter désormais au recrutement d'agents compétents dans la lutte contre l'Angleterre et à l'action en Irlande. Tout mouvement insurrectionnel contre le gouvernement français devra être évité". C'est un échec pour les leaders nationalistes bretons. Le baron Von Stauffenberg et Kurt Haller, leur signifient, en vertu de la convention d'armistice signé entre l'Allemagne et la France, qu'il leur est interdit d'envisager un rassemblement pour déclarer la libération de la Bretagne. Un meeting sera toléré à condition que celui-ci soit dans une enceinte privée, et que les termes "état breton", "nation bretonne", "autonomie", ou " indépendance", ou "séparatisme" ne soient pas prononcés. Ce qui ne sera pas entièrement le cas dans le Château de Rohan, à Pontivy, où cette réunion eut lieu.

Le congrès de Pontivy[modifier | modifier le code]

Le , au congrès de Pontivy, Debeauvais et Mordrel créent le Comité National Breton, et établissent un manifeste de dix-huit points, dit Programme de Pontivy. Il décide aussi l’édition d’une nouvelle revue l’Heure Bretonne. 201 numéros paraîtront entre juillet 1940 et juin 1944 (son premier rédacteur sera Morvan Lebesque, puis Jean Merrien jusqu'en décembre 1940). Le , une excommunication des nationalistes bretons est prononcée par Mgr Duparc, évêque de Quimper.

Le , le château de Rohan, quartier général du Service Spécial de Célestin Lainé est attaqué par la population de Pontivy.

Fin 1940[modifier | modifier le code]

En août 1940, quelques nationalistes vendant L'Heure Bretonne sont arrêtés à Quimper (Angéli, préfet du Finistère prononce à plusieurs reprises l'interdiction de vendre ce journal dans le Finistère, Bousquet, sous-préfet à Lorient fait interdire l'impression de Dihunamb, la revue de Loeiz Herrieu). La presse quotidienne (La Dépêche de Brest, Le Phare de la Loire, L’Ouest-Éclair, le Nouvelliste du Morbihan) est ralliée au gouvernement de Pétain et prend position en défendant la thèse de la restauration des provinces, qui rendra ainsi à la Bretagne une partie de ses libertés dans le cadre d'une France maternelle.

Le , le parti est placé sous la direction d'Olier Mordrel. L'Heure Bretonne mène alors une campagne de presse antigouvernemental, opposé au régime de Vichy. Les préfets des différents département adoptent une politique d'hostilité délibérée aux régionalistes, et a fortiori aux nationalistes. Le Comité National Breton n'est pas supprimé. Olier Mordel offre le poste du secrétariat général à Raymond Delaporte. Il structure le PNB avec un représentant pour chaque département : Paul Gaignet (Ille-et-Vilaine), Marcel Guieysse (Morbihan), Yann Ar Beg (Finistère), Yves Favreul-Ronarc'h (Loire-Atlantique), Albert Guillou à Paris pour les "Bretons de l'étranger". Sa ligne politique irrite à la fois Vichy et Berlin, et sera à l'origine de "la révolution de palais" du parti de décembre 1940.

Divergences[modifier | modifier le code]

Les liens entre Olier Mordrel et Célestin Lainé se tendent encore plus (après l'opposition au Comité National Breton), à la suite de l'action de son service Spécial à Gouezec en octobre 1940. D'autres divergences voient le jour. Considérant que le réveil du nationalisme breton ne donne pas les résultats escomptés, que son action était dévaluée, et que l'Allemagne s'orientait vers une politique de collaboration avec le gouvernement de Vichy, Debauvais sembla tenter une ouverture de dialogue avec le régime maréchaliste (contrairement à Mordrel). Mordrel remet sa démission du parti, ainsi que L'Heure bretonne le 2 décembre de la même année. Cette "révolution de palais" est provoquée avec la complicité des services allemands par des rivaux du leader breton, désireux de l'écarter du pouvoir.

Mordrel est remplacé le par Raymond Delaporte qui restera à ce poste jusqu’à la fin de la guerre (Job Jaffré prend la rédaction en chef de L'Heure Bretonne). Les Allemands arrêtent dès fin 1940 Olier Mordrel qu'ils placent en résidence surveillée en Allemagne. Le PNB dirigé par les frères Delaporte tente une politique de non-engagement entre les Allemands et Pétain.

1941[modifier | modifier le code]

Les frères Delaporte[modifier | modifier le code]

Le , une réunion du parti est organisée à Nantes pour l'organisation ouvrière du "Futur état breton". Germain Breton est à la tête de la section de la Loire-Atlantique. Au cours de l'année 1941, la direction du parti charge Lainé et ses officiers d'assurer l'instruction militaire de sa milice, les Bagadou Stourm, placée sous la direction de Yann Goulet. Raymond Delaporte cherche à apparaître comme un homme affable, prêt à envisager une politique conciliante avec Vichy, et en chrétien sincère, résolu à intervenir auprès de l'épiscopat breton pour lever les mesures d'excommunication de 1940 des nationalistes bretons. Il est aussi sous l'influence de son frère Yves Delaporte, éminence grise du parti. Les scandales du ravitaillement, dénoncés par L'Heure Bretonne, enveniment les rapports avec l'Administration de Vichy, et notamment avec le préfet Ripert, que Delaporte avait souhaité conciliants. Un changement d'attitude se produit au fur et à mesure de 1941 dans les attaques contre Vichy. En six mois de gestion, les frères Delaporte parviennent à tripler le nombre des abonnés de L'Heure bretonne, et à quintupler celui des adhérents.

Organisation du parti[modifier | modifier le code]

La structure du parti est très précise et charpentée : secrétariat, administration, trésorerie, promotion, inspection générale, Organisation de Jeunesse, rédaction, impression et diffusion du journal L'Heure bretonne, et des publications annexes : Ar Studier Vrezon, réservé aux étudiants nationalistes, Le Triskell, bulletin de liaison des militants ainsi que des brochures de propagande.

Retour de Mordrel[modifier | modifier le code]

En mai 1941, les autorités allemandes autorisent Olier Mordrel à rentrer : il se rendra à Rennes le 16 septembre. Quelques jours auparavant, le , un congrès des cadres du parti est organisé dans cette ville. Le , le PNB publie une Charte des travailleurs bretons.

Activités pendant la guerre[modifier | modifier le code]

Pendant la guerre l'activisme du Parti National Breton a complètement dominé les autres tendances du mouvement breton, qui dès lors s'en est trouvé discrédité. Certains membres du PNB prennent part au Comité Consultatif de Bretagne, surtout des "modérés" (au côté de Yann Fouéré, président de l'URB et Joseph Martray, résistant[14],[15],[16].

Le parti nationaliste comporte, de la même manière que les jeunesses socialistes d'avant guerre, des jeunesses catholiques ou communistes, une formation de jeunes militants en uniforme : les bagadou stourm. Il bénéficie alors d'un organe de presse tirant à 30 000 exemplaires : l'Heure Bretonne.

Le parti durant l'occupation est tantôt toléré par Vichy, tantôt mis en difficulté. Certains auteurs écrivent que plusieurs membres (une quarantaine, selon JJ Monnier) de cette organisation subiront la répression de l'occupant nazi, avec notamment l'internement de Yann Goulet, qui proteste par une grève de la faim avec plusieurs nationalistes. D'autres auteurs le montrent au contraire libéré par les nazis après des affrontements à Landivisiau à l'été 1943 (thèse remise en cause). Kristian Hamon, qui a consulté les archives de la période, est formel : Yann Goulet a été arrêté par les gendarmes une première fois le 11 août 1943 pour voie de faits sur le chef de la brigade de gendarmerie de La Feuillée. Il sera libéré le 13 août sur ordre de la police allemande de Brest. Il est arrêté à nouveau par la 13e brigade de Sûreté de Rennes, le 9 septembre 1943 et incarcéré cellule no 86 à la prison Jacques-Cartier de Rennes. Le libraire et résistant quimpèrois Adolphe Le Goaziou, incarcéré cellule no 87, entendra parfaitement les Allemands venir libérer leur protégé le 30 octobre 1943[17].

L'historien Jean-Jacques Monnier, dans son ouvrage "Résistance et conscience bretonne, 1940-1945, l'hermine contre la croix gammée", estime que sur 1 500 à 3 000 adhérents du PNB sous l'Occupation, plusieurs dizaines d'adhérents et ex adhérents du PNB rejoindront la Résistance et les FFL, en groupes constitués pour certains et de manière dispersées pour d'autres.

Il reste cependant que la direction du PNB (et son encadrement, au même titre que tous les militants qui les suivent, lisent et diffusent L'Heure bretonne), comme Morvan Lebesque, Alan Heusaff, et beaucoup d'autres, basculent dans une collaboration plus ou moins importante avec les nazis, et adoptent une politique de collaboration active, et de collaborationnisme idéologique. L'exemple de l'Irlande - voire l'idéal d'une Bretagne indépendante - continuait d'être la référence. De récentes études ont montré les liens étroits entretenus bien avant la guerre, depuis la fin des années 1920, par des dirigeants autonomistes bretons (tel Célestin Lainé, Alan Louarn) avec l'Abwehr.[réf. nécessaire]

Les relations se tendent de plus en plus entre la direction des frères Delaporte et l'aile dure. La double appartenance aux Bagadoù Stourm et au Service Spécial de Célestin Lainé est bientôt interdite, courant 1943 et début 1944, plusieurs cadres jugés pro-allemands ou pro-Bezen Perrot sont exclus du PNB par les instances dirigeantes, tenants d'une ligne neutre ou de non alignement.

« A la porte les juifs et les enjuivés »[modifier | modifier le code]

« A la porte les juifs et les enjuivés », c'est ce que Job Jaffré, directeur de L’Heure Bretonne, publie le lendemain de la rafle du Vel d’Hiv des 16 et 17 juillet 1942, en Une de L’Heure Bretonne du 18 juillet 1942. Dans la même veine, il publiera par exemple sous son pseudonyme de Tug (voir le livre de Malo-Renault sur les pseudonymes bretons) en avril 1943 une dénonciation des bombardements de « youtre-atlantique » (nº 142), et il attend en octobre 1943 un « renversement d’alliance (…) quand le problème juif aura été éliminé » (nº 171, avec sa signature St. K.)[18].

1943[modifier | modifier le code]

Après l'assassinat de l'abbé Perrot, Lainé crée le Bezen Perrot fin 1943 avec les plus durs du service spécial (Alan Heusaff, etc.). Il officialise la scission en créant en mai 1944 un nouveau parti national breton dont la ligne est l'alignement total sur l'Allemagne. Création toute symbolique puisque ce parti ne fera rien.

En dissidence du PNB, il fonde un deuxième PNB et reprend le titre Breiz Atao pour un nouveau journal (mai 1944).

A la Libération[modifier | modifier le code]

Le vendredi , le parti est dissous[19].

Parmi les dirigeants du PNB, la plupart sont condamnés à la Libération pour collaboration, mais un certain nombre d'entre eux réussiront à échapper à la justice et à gagner l'Irlande grâce à la filière de faux passeports montée par Yann Fouéré[20]. Quelques autres sympathisants sont relâchées au bout de quelques semaines, aucune charge n'ayant été retenue contre eux. Ces militants du PNB sont avant tout poursuivis pour avoir collaboré avec les autorités nazies. D'ailleurs peu d'entre eux seront inquiétés :

« Environ 15 à 16 % des membres du PNB ont été traduits devant les tribunaux, rares sont les sympathisants à avoir été jugés. Ce qui fait de l'Épuration un épiphénomène dont la réalité est très éloignée de l'image mythique d'une répression massive, entretenue par la mémoire traumatisée des nationalistes bretons[21]. »

Une opinion pouvant être nuancée par le bilan du nombre de personnes fusillées par les nouvelles autorités ou tout simplement assassinées par des groupes de résistants dans les premières heures de la libération. D'après Olier Mordrel lui-même[22], la liste des personnes tuées s'élève à 52 personnes sur une mouvance de 2000 à 3000 militants (soit 2 à 3 % des effectifs) dont 36 sans jugement. Chiffre qui ne compte pas les arrestations et internements aux camps de Quimper ou de Sainte-Marguerite près de Rennes. On note ainsi parmi ces 36 personnes exécutées sans jugement des motifs aussi flou qu'un engagement culturel comme ce fut le cas de l'Abbé Lec'hvien de Quemper-Guézennec, abattu à dessein d'une balle dans la tête en plein jour par des FTP peu avant l'arrivée des troupes américaines, entraînant la colère et l'incompréhension de la population.

Olier Mordrel, Raymond Delaporte, François Debeauvais quittent la Bretagne, pour se réfugier en Allemagne puis en Irlande. Dans ses mémoires, Olier Mordrel prétend avoir négocié le une alliance avec le parti de Jacques Doriot, le PPF, contre la reconnaissance d'une indépendance bretonne au sein d'une fédération « de type suisse ». François Debauvais, Yann Goulet, Hervé Le Helloco et Olier Mordrel seront condamnés à mort par contumace après la Libération.

D'autres militants sont condamnés à la dégradation nationale et interdits de séjour en Bretagne[réf. nécessaire], de nombreux nationalistes bretons se retrouvent en banlieue parisienne, ou en exil, comme François Jaffrenou et Alan Heusaff.

Le commandant Thomas, chef d'arrondissement du PNB selon Le Boterf, « chef départemental du PNB en Ille-et-Vilaine » pour Kristian Hamon[23], qui avait été mortellement blessé d'un coup de fusil par un soldat allemand dans la matinée du , à Broons[24], est cependant visé par un mandat d'amener [25]. Sa mort n'est pas liée à des faits de Résistance [26] . Il est inhumé dans la carré militaire du cimetière communal de Broons (sans mention Mort pour la France sur la tombe) [27].

«Pierre Ropert, l'ancien président des "Moutons Blancs" de Pontivy, qui est en train de mourir dans un camp de concentration en Allemagne» est visé par un mandat d'amener [25]. Pierre Ropert, membre du réseau Pat O'Leary[28] , est effectivement mort en déportation entre Neuengamme et Bergen-Belsen[29] (Allemagne) le 28 mars 1945[30].

Un jeune membre du PNB, Michel Plessis, fut condamné à la peine de travaux forcés à perpétuité le 4 mai 1945 devant la Cour de Justice, pour avoir collaboré avec la Gestapo et lui avoir livré une liste d'élèves du Lycée Le Braz de Saint-Brieuc susceptibles de faire partie de la Résistance (Lycéens Martyrs, 19 élèves arrêtés le 10 décembre 1943, trois exécutés au Mont-Valérien et cinq morts en déportation)[31].

Plusieurs ouvrages donnent quelques cas particuliers concernant les poursuites visant les membres ou sympathisants du PNB dans le Morbihan, celui d'Annik Le Guen, L'épuration dans le Morbihan[32] , un ouvrage collectif, 1939-1945 en Centre-Bretagne, Tome 4: Des lendemains qui chantent [33] et Charles Floquet, Pontivy, la liberté retrouvée [34].

Des militants nationalistes bretons dans la Résistance[modifier | modifier le code]

Selon Jean-Jacques Monnier, six sympathisants et neuf jeunes du parti rejoindront le groupe Liberté de Saint-Nazaire où l'anglophilie a été déterminante[35].

Le groupe Liberté ou « Timoléon » a participé, à des actions de Résistance durant l'occupation (espionnage et transmission vers Londres), et sous le nom de Bataillon de la Poche, à la libération de la poche de Saint-Nazaire en mai 1945, comme l'a montré l'historien Jean Jacques Monnier[36]. Plusieurs militants nationalistes bretons seront déportés en Allemagne pour leur appartenance à la Résistance et y sont morts, tels Paul Le Maguer, Jean Chauvel, Pierre Ropert. Le docteur Georges Leclair, membre du réseau de Résistance « Centurie » et responsable cantonal du PNB en Léon, fut fusillé par les nazis le 6 juillet 1944 à Brest, tandis que plusieurs résistants du groupe « Bleiz Mor », comportant plusieurs jeunes adhérents, basé au maquis du Seilla en Saint-Gilles-du-Mené furent exécutés sur place le 28 juillet 1944 à la suite d'une opération de soldats allemands.

Toujours selon Monnier, parmi les 250 militants culturels, régionalistes et nationalistes bretons engagés à la fois dans la Résistance et les mouvements bretons avant, pendant et après guerre recensés par Jean-Jacques Monnier, près d'une cinquantaine étaient adhérents ou sympathisants du PNB. Près d'une moitié dans des maquis marqués par leur obédience, et le reste de manière disséminés dans de multiples réseaux plus classiques[37].

Publications du PNB[modifier | modifier le code]

  • Histoire de Bretagne - généralités. Éditions de Parti National Breton - Rennes, Imprimerie Centrale. 1941. Périodique. Les Cahiers du militant.
  • Union Des Caisses D'assurance Maladie En Bretagne. PNB no 2 : notre lutte pour la Bretagne. Éditions du Parti National Breton - Rennes 1941
  • Histoire de Bretagne de Jeanne Coroller-Danio, illustré par Xavier Haas. 1942. Éditions du Parti National Breton - Rennes
  • Histoire de Bretagne pour tous de Jeanne Coroller-Danio, Éditions du Parti National Breton - Rennes, Imprimerie Centrale de Rennes. 1942
  • Notre lutte pour la Bretagne. Éditions du Parti National Breton - Rennes. 1942.
  • La route au but lointain.
  • Pensées d'un nationaliste breton.
  • War raok ! Chansons de route de Xavier Haas. Éditions du Parti National Breton - Rennes. 1942.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Michel Nicolas, Histoire du Mouvement Breton, Syros, 1982, Paris, p. 80
  2. Michel Nicolas, Histoire du Mouvement Breton, Syros, 1982, Paris p. 82 : Le PNB ne mène à ce moment qu'une existence chancelante et fantomatique, ne réussissant guère qu'à intéresser certains services de police
  3. Michel Nicolas, Histoire du Mouvement Breton, Syros, 1982, Paris p. 83
  4. Le mouvement autonomiste breton doit être défendu (…). Ce mouvement n'est stupide que pour les thuriféraires à tout prix de l'impérialisme français (…). Le peuple breton a sa particularité ethnique indiscutable (…). Fidèle au principe du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, notre parti défendra les revendications des masses populaires bretonnes in Michel Nicolas, Histoire du Mouvement Breton, Syros, 1982, Paris p. 83
  5. Le meilleur jugement que l'on puisse porter sur Stur se trouve certainement consigné dans un des documents du Procès de Nuremberg. Daté du premier octobre 1940 et vraisemblablement élaboré dans l'entourage d'Alfred Rosenberg. Ce document (un rapport concernant le mouvement nationaliste breton) précise que Stur "se trouve sans équivoque dans la ligne national-socialiste". Peut-on mieux dire…. Alain Deniel, Le Mouvement Breton, Paris, Maspero, 1976, p. 198
  6. Parti des Celtes Relevés
  7. a, b et c Michel Nicolas, Histoire du Mouvement Breton, Syros, 1982, Paris p. 84
  8. Pascal Ory, Les collaborateurs, 1940-1945, p. 182:Le gouvernement français, par une réaction tardive et brutale, donnera aux mouvements les plus notoirement séparatistes la palme du martyre dont ils auront besoin par la suite. Un décret-loi du 24 mai 1938, qui s'attaque à quiconque aura entrepris, par quelque moyen que ce soit, de porter atteinte à l'intégrité du territoire, lui permet de dissoudre en 1939 le PNB, les organisations de Spieler et de Bickler, l'Elsessischer Volkbildungsverein de Roos
  9. Kristian Hamon, Les nationalistes bretons sous l'occupation , page 30:le gouvernement saisit l'occasion pour mettre en application le décret-loi du très jacobin Daladier, du 25 mai 1938, rétablissant le délit d'opinion en matière d'intégrité nationale
  10. Benjamin Stora, Messali Hadj, 2000: Un décret loi du 24 mai 1938,théoriquement pris pour combattre l'autonomisme breton, rédige l'article 80, paragraphe premier du code pénal, de manière à pouvoir frapper tous ceux qui "portent atteinte à l'intégrité du territoire français (cité dans "Autour de Folies Coloniales")
  11. Michel Nicolas, Histoire du Mouvement Breton, Syros, 1982, Paris p. 85
  12. http://www.istorhabreiz.fr/spip.php?article39
  13. Yann Brickler fut assassiné le à Locmaria par deux résistants pour avoir dénoncé aux autorités allemandes de nombreux résistants
  14. Jean-Jacques Monnier, entretien, Ouest-France, jeudi 22 novembre 2007 : « Joseph Martray (…) était missionné par la Résistance pour infiltrer le quotidien La Dépêche et empêcher qu'elle ne publie les photos des résistants recherchés. Il en devint rédacteur en chef. »
  15. Ouest-France, mercredi 3 juin 2009, « Membre du réseau de Résistance « Défense de la France », Joseph Martray obtient, en 1943, l'aval de ses chefs pour prendre le poste de rédacteur en chef du journal finistérien La Dépêche
  16. Le Télégramme, 3 juin 2009, « Membre du réseau de résistance « Défense de la France » pendant la guerre »
  17. Kristian Hamon, Le Bezen Perrot, 1re édition, page 44
  18. On retrouve Job Jaffré en photo comme rédacteur de la revue Breizh, publiée par Kendalc'h, interrogeant Per Roy, dans le numéro 241, en 1979. Dans ce même numéro 241, des Bonnes feuilles du livre de Anna Debauvais, narrent la mort du chef nazi François Debauvais
  19. Herve Le Boterf, La Bretagne dans la guerre, cité dans Charles Floquet, Pontivy, la liberté retrouvée, page 94, Éditions Keltia Graphic, Spézet, 2003 , (ISBN 978-2913953659)
  20. Yann Fouéré, La Maison du Connemara, passim.
  21. http://www.fondationresistance.org/pages/rech_doc/bretagne-identites-regionales-pendant-seconde-guerre-mondiale_colloque7.htm
  22. Olier Mordrel, Breiz Atao, histoire et actualité du mouvement breton
  23. Kristian Hamon, Le Bezen Perrot : 1944, des nationalistes bretons sous l'uniforme allemand, p. 24, Yoran Embanner, 2004, (ISBN 2-9521446-1-3)
  24. Kristian Hamon, Le Bezen Perrot : 1944, des nationalistes bretons sous l'uniforme allemand, p. 24, Yoran Embanner, 2004, (ISBN 2-9521446-1-3)
  25. a et b Herve Le Boterf, La Bretagne dans la guerre, cité dans Charles Floquet, Pontivy, la liberté retrouvée, page 94, Éditions Keltia Graphic, Spézet, 2003, ISBN 978-2913953659
  26. Kristian Hamon, Le Bezen Perrot : 1944, des nationalistes bretons sous l'uniforme allemand, Yoran Embanner, 2004, (ISBN 2-9521446-1-3)
  27. Voir le relevé en ligne du carré militaire de Broons sur memorial genweb.
  28. Site municipal de Pontivy
  29. Site municipal de Pontivy
  30. Liste de déportés politiques nés ou arrêtés dans le Morbihan, d'après le J.O. 161-14/07/1998
  31. Ouest-France« Georges Fischer le lycéen tué par erreur », Ouest-France mardi 11 décembre 2012
  32. Annik Le Guen, L'épuration dans le Morbihan, page 97, novembre 1992, (ISBN 2-909750-24-8)
  33. Collectif, 1939-1945 en Centre-Bretagne, Tome 4: Des lendemains qui chantent, pages 181, 247 et 248, Liv'Éditions, Faouët, 2006 , (ISBN 2-84497-096-6)
  34. Charles Floquet, Pontivy, la liberté retrouvée, page 94, Éditions Keltia Graphic, Spézet, 2003 , (ISBN 978-2913953659)
  35. Jean-Jacques Monnier, dans sa communication au colloque intitulée Des militants bretons dans la Résistance, pages 110, mentionne "9 jeunes du PNB , appuyés par 6 sympathisants" qui "forment le noyau de départ du groupe de résistance Liberté" en mars 1943 p. 110, Bretagne et identités régionales pendant la Seconde Guerre Mondiale, Centre de Recherche Bretonne et Celtique, Université de Bretagne Occidentale, Brest, mai 2002, ISBN 2-901737-53-6
  36. Jean-Jacques Monnier, Résistance et conscience bretonne, 1940-1945, l'hermine contre la croix gammée.
  37. Jean-Jacques Monnier, Résistance et conscience bretonne, 1940-1945, l'hermine contre la croix gammée, emplacement précis dans l'ouvrage à indiquer

Articles connexes[modifier | modifier le code]