Abbaye Saint-Mathieu de Fine-Terre

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Abbaye Saint-Mathieu de Fine-Terre
Les ruines de l'abbaye de Saint-Mathieu et le phare
Les ruines de l'abbaye de Saint-Mathieu et le phare
Présentation
Propriétaire Commune
État
Protection Logo monument historique Classé MH (1875)
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Bretagne
Département Finistère
Commune Plougonvelin
Localisation
Coordonnées 48° 19′ 48″ N 4° 46′ 17″ O / 48.330056, -4.771296 ()48° 19′ 48″ Nord 4° 46′ 17″ Ouest / 48.330056, -4.771296 ()  

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Abbaye Saint-Mathieu de Fine-Terre

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Abbaye Saint-Mathieu de Fine-Terre

L'abbaye Saint-Mathieu de Fine-Terre était une abbaye bretonne, dont les ruines se dressent sur le territoire de l'actuelle commune de Plougonvelin sur la pointe Saint-Mathieu (Beg Lokmazhe en breton), dans le département du Finistère, qui pourrait lui devoir son nom[1].

Les ruines de l'abbaye Saint-Mathieu font l'objet d'un classement au titre des Monuments historiques depuis 1875[2].

Elle connut un grand rayonnement, et l'on a peine à imaginer, en voyant ce lieu quasi désert, qu'il fut, à partir du XIIe siècle le centre d'une intense activité, une véritable petite ville s'étant formée autour du monastère.

Le célèbre historien français du XIXe siècle Jules Michelet (1798-1874), qui visita le site, en donne une vision tourmentée qui évoque la rudesse inhospitalière de ce promontoire du bout du monde :

« C'est la limite extrême, la pointe, la proue de l'ancien monde. Là, les deux ennemis sont en face : La terre et la mer, l'homme et la nature. Il faut la voir quand elle s'émeut, la furieuse, quelles monstrueuses vagues elle entasse à la pointe Saint Mathieu, à cinquante, à soixante, à quatre-vingts pieds ; l'écume vole jusqu'à l'église ou les mères et les sœurs sont en prières. Et même dans les moments de trêve, quand l'océan se tait, qui a parcouru cette côte funèbre sans dire ou sentir en soi : Tristes usque ad mortem ! »

Histoire[modifier | modifier le code]

La chapelle Notre-Dame des Grâces, à proximité de l'abbaye de Saint-Mathieu

Sans préciser sa date de fondation, les écrits rapportent que l'abbaye existait déjà en l'an 555[3]. Selon la légende une première abbaye aurait été fondée en ce lieu au VIe siècle par saint Tanguy, sur des terres dont il avait hérité, qui s'étendaient depuis la rivière du Caprel (havre de Brest) jusqu'à Penn ar Bed. Il aurait choisi un promontoire sur ce site sauvage, "au bout du monde", proche de la mer qui vient se fracasser sur les falaises.

Des générations d'historiens se sont penchées sur l'origine du monastère, mais les sources sûres manquent et il paraît vraisemblable que saint Tanguy regroupa autour de lui les quelques moines du noyau initial du premier monastère.

Les ruines que l'on peut voir de nos jours ne sont pas celles de l'abbaye du VIe siècle, mais celles du monastère bénédictin reconstruit aux XIe et XIIe siècles. Ce sont les vestiges de l'église abbatiale qui fut élevée de 1157 à 1208 et remaniée aux XIVe et XVe siècles.

Entretemps, selon la légende et la tradition orale, à la fin du IXe siècle, des marins et commerçants bretons seraient allés chercher la dépouille de Saint Mathieu, l’évangélisateur des Éthiopiens et des Perses, inhumé au Caire après avoir été martyrisé. Ce voyage aurait été entrepris afin de sortir sa dépouille d'Égypte où la population indigène s'était pervertie, devenue infidèle. Une nouvelle abbaye aurait ainsi été bâtie pour y abriter le corps du saint en terre chrétienne bretonne. Il n'y resta cependant pas longtemps car au Xe siècle des écumeurs des mers l'auraient enlevé et emporté à Salerne, en Italie, où il est resté jusqu'à nos jours. Toutefois, l'abbaye prétendit pendant tout le Moyen Âge, et encore au XVIIe siècle, détenir la tête du saint. L'avait-elle conservée depuis le IXe siècle ? Rien ne vient étayer cette hypothèse et on ne connaît pas avec certitude le nom du fondateur, ni la date de fondation de cette abbaye[4].

Au XIVe siècle, l'abbaye était prospère et une véritable ville de plus de 2 000 habitants s'était formée autour d'elle. Elles étaient l'objet d'attaques incessantes, aussi, pour se protéger des pillages, les moines décidèrent d'élever des fortifications. Une charte du duc de Bretagne Jean III le Bon datée du 25 juin 1332 ordonne que l’on rase – malgré l'opposition des propriétaires – une dizaine de maisons autour de l'abbaye Saint-Mathieu pour permettre aux moines d’élever ces fortifications autour de l’abbaye et de la ville.

Pendant la guerre de Succession de Bretagne, et plus généralement durant la Guerre de Cent Ans, l'abbaye et ses fortifications furent le théâtre de combats, dont ceux entre Jean de Montfort et Charles de Blois, respectivement partisans des royaumes d'Angleterre et de France. Occupée successivement par les uns et par les autres, l'abbaye connut pillages et destructions. Après la mort de Charles de Blois et malgré le Traité de Guérande (1365), les anglais continuaient à occuper l'abbaye. Délogés par Bertrand Du Guesclin en 1375, Saint-Mathieu retrouva une relative tranquillité jusqu'en 1403 où les anglais firent de nouvelles incursions. En 1409, le duc de Bretagne, Jean V fit renforcer les fortifications tant autour de l'abbaye que de la ville, et édifier une citadelle dont subsiste encore aujourd'hui une grande tour carrée. Ces défenses n'empêchèrent pas les anglais de débarquer en 1462 et de causer des dégâts.

Le roi Louis XI fit occuper militairement la forteresse de Saint-Mathieu en 1474 et y installa une garnison. Dès le début du XVIe siècle, les conflits avec les anglais poussèrent ces derniers à tenter maintes fois des débarquements près de Saint-Mathieu, provoquant parfois des dégradations de l'abbaye, dont notoirement en 1558 où elle fut mise à sac. Sous l'impulsion de l'abbé Claude Dodieu, elle fut cependant rapidement réparée.

Plan de l'abbaye au XVIIe siècle

Parallèlement, dès la fin du XVe siècle, l'abbaye avait été mise en commende. Les abbés commendataires étaient nommés par le duc de Bretagne, plus tard par le roi de France. Ils n'étaient plus obligatoirement issus de la communauté religieuse et n'étaient pas tenus d'y résider. De nombreux abus sont relatés sur ces abbés qui confondaient parfois administration de leur abbaye avec enrichissement personnel. Parmi eux, citons Hamon Barbier dont la gestion litigieuse obligea le Parlement de Bretagne à mettre sous séquestre le temporel de l'abbaye. Plus surprenante encore fut la nomination de Cosme Ruggieri en 1585 par la reine Catherine de Médicis. Cet astrologue florentin à la réputation sulfureuse, qui avait été condamné aux galères en 1574, en devint abbé. Après sa mort scandaleuse en 1615 pour cause de refus de l'Extrême Onction, les moines martelèrent ses armoiries appendues dans l'abbaye.

Les faits de guerre et ces administrations désastreuses eurent progressivement raison de la florissante richesse passée de l'abbaye. La peste et la famine décimèrent également la population de la ville de Saint-Mathieu pendant le XVIIe siècle, réduisant encore ses revenus. En 1618, il ne restait que quatre religieux, puis deux, 20 ans plus tard.

Il fut mis fin à cet état de délabrement en 1655 par l'abbé Louis de Fumée, seigneur des Roches-Saint-Quentin. Grâce à sa fortune personnelle et convaincant les bénédictins de la congrégation de Saint-Maur, il entreprit avec eux la restauration de l'abbaye et y ranima le zèle religieux. Les reliques du temps de la splendeur y furent à nouveau rassemblées et des pèlerinages organisés.

En 1692, peu à peu victimes des conditions de vie difficiles de cette pointe de terre, les moines demandèrent au roi d'aller résider dans la ville de Brest. Ce dernier y opposa son veto. La présence de ces religieux en ce lieu extrême offrait à ses commandants et autres officiers un excellent pied à terre. Une réserve de poudre y avait même été déposée en cas de guerre.

La congrégation resta donc sur place. Cependant, à la Révolution, et plus particulièrement en 1790 lors de l'inventaire de l'abbaye devenu bien national, il n'y résidait plus que quatre moines. Tout son contenu mobilier fut progressivement dispersé et l'immeuble, ou tout du moins le gros œuvre, fut démoli en 1796 et les matériaux vendus directement sur place. Les fenêtres, portes, toits, avaient été précédemment pillés par les habitants. Quelques ruines de l'église et le donjon subsistèrent, vestiges de ce que fut cette grande abbaye bretonne.

Un phare fut construit en 1835 au pied même des ruines de l'abbaye. Depuis toujours, des feux avaient plus ou moins été entretenus en ce lieu pour y signaler la côte inhospitalière. L'abbaye avait longtemps servi à cette fonction[5].

le sémaphore, les ruines de l'abbaye et le phare
Chapelle Notre-Dame des Grâces
les ruines de l'ancienne abbaye
Vue vers le nord-ouest

Liste des abbés[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Conseil général du Finistère - Les origines administratives du Finistère
  2. « Ruines de l'abbaye Saint-Mathieu », base Mérimée, ministère français de la Culture
  3. Dom. Charles Beaunier, Recueil historique, chronologique, et topographique, des archevéchez, évéchez, abbayes et prieurez de France, tant d'hommes, que de filles, de nomination et collation royale., t. 2, Alexis-Xavier-René Mesnier,‎ 1726 (lire en ligne), p. 953 :

    « Abbaye d'Hommes de l'Ordre de S. Benoist.

    SAINT MAHÉ DE FINETERRE.

    Saint Mahé de Fineterre, ou saint Mathieu de Fineterre, en latin, Sanctus Mattheus finis terræ, feu Mattheus in finibus terræ, situee en basse Bretagne, à cinq lieuës de Brest, sur le bord de la Mer, dans un Bourg du même nom, au Cap qui est à l'extrémité de la basse Bretagne où finit nôtre continent. On ignore précisément le tems de la fondation de cette Abbaye, mais on sait qu'elle étoit déjà fondée en 555. il y a la réforme de saint Maur. »
  4. Selon la Chronique de Saint-Maixent éditée et traduite par Jean Verdon « Les Belles Lettres » (Paris 1979) p. 61, vers 860 « Au temps de Salomon, roi et duc de Cornouaille, le corps de l'apôtre saint Mathieu fut transporté dans la ville de Léon et placé dans l'église de l'évêque saint Paul »
  5. http://www.infobretagne.com/abbaye_de_plougonvelin.htm

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dom Yves Chaussy, « L'abbaye de Saint-Mathieu de Fine-Terre, Esquisse de son histoire », Bulletin de la Société archéologique du Finistère, t. CXXII, 1993.
  • Y. Chevillotte, « Recueil de textes sur l'abbaye de Saint-Mathieu de Fin-de-Terre », Bulletin de l'association Histoires et choses d'autrefois à Plougonvelin, fascicule 17, 1997.
  • M-C Cloitre, « L'abbaye retrouvée », in Saint-Mathieu de Fine-Terre, actes du colloque, Bannalec, 1995.
  • R. Daniel, « La mort de l'abbaye bénédictine de Saint-Mathieu de Fine-Terre », Bulletin de la Société archéologique du Finistère, t. XCII, 1964.
  • J-Y Eveillard, « La pointe Saint-Mathieu », in Saint-Mathieu de Fine-Terre, actes du colloque, Bannalec, 1995.
  • H. Guillotel, « Les vicomtes de Léon sont-ils les fondateurs de l'abbaye de Saint-Mathieu ? », in Saint Mathieu de Fine-Terre, actes du colloque, Bannalec, 1995.
  • R. Largillière « Les saints dans l'organisation chrétienne primitive dans l'Armorique bretonne, Crozon, 1995
  • G. Le Duc, « La Translation de saint Mathieu, in Saint-Mathieu de Fine-Terre, actes du colloque, Bannalec, 1995.
  • M. Le Goffic, « Du probable agrandissement du collatéral sud de l'abbatiale au XIIIe siècle », in Saint-Mathieu de Fine-Terre, actes du colloque, Bannalec, 1995.
  • B. Merdrignac, « Les Navigations fabuleuses dans les Vies des saints bretons », in Saint-Mathieu de Fine-Terre, actes du colloque, Bannalec, 1995.
  • F. Roudaut, « L'abbaye de Saint-Mathieu, de l'introduction de la Réforme mauriste (1656) à la Révolution », in Saint-Mathieu de Fine-Terre, actes du colloque, Bannalec, 1995.
  • R. Sanquer, « Plougonvelin, Abbaye de Saint-Mathieu », Bulletin de la Société archéologique du Finistère, tome CI, 1973.
  • B. Tanguy, « Saint-Mathieu, le haut Moyen Âge : légende et histoire », in Saint-Mathieu de Fine-Terre, actes du colloque, Bannalec, 1995.
  • A. Villecroux, « La « Navigation » des moines de Saint-Mathieu », in Saint-Mathieu de Fine-Terre, actes du colloque, Bannalec, 1995.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]