Élections législatives françaises de 1919

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Élections législatives françaises de 1919
Représentation de l'assemblée
Diagramme
Gouvernement
Sortant
Élu
Législature élue
XIIe de la IIIe République

Les élections législatives françaises de 1919 ont eu lieu le 16 et le 30 novembre 1919. Elles ont élu la Chambre des députés de la douzième législature de la Troisième République.

La majorité politique bascule à droite, à la suite de la victoire de l'alliance des forces centristes et conservatrices au sein de la formation dite du « Bloc national », formé à l'initiative de l'Alliance démocratique. La nouvelle assemblée fut surnommée « Chambre bleue horizon », en référence à la couleur bleu horizon des uniformes des très nombreux anciens combattants qui y siègeront.

Contexte historique[modifier | modifier le code]

Les séquelles de la guerre[modifier | modifier le code]

Bilan humain[modifier | modifier le code]

À la fin de la Première Guerre mondiale, la France est exsangue : le conflit — 1 697 800 morts militaires et civils et 4 266 000 blessés — puis la grippe de 1918 dite « espagnole » ont fait des ravages dont l'ampleur n'est pas évidente à chiffrer (on parle de 408 000 morts).

Bilan économique et financier[modifier | modifier le code]

L'économie a été durement touchée par la guerre : près de 50 % des paysans sont morts[1], 120 000 hectares du territoire ont été classés en zone rouge, dénotant des destructions très importantes, 13 départements ont été touchés par les destructions à des échelles diverses[2], 812 000 immeubles ont été entièrement ou partiellement détruits[2], 54 000 kilomètres de routes ont été détruits[2], 20 000 usines et de nombreuses mines ont été détruites[réf. nécessaire], la moitié du réseau routier est inutilisable[réf. nécessaire], le réseau ferroviaire est désorganisé et de nombreux ponts ont été détruits.

La dette de la France vis-à-vis de l'étranger est d'environ 31 milliards de francs-or après la guerre[3], ses dépenses de guerre totalisent 177 milliards de francs-or, financés à 80 % par des emprunts[3]. La Commission des réparations estime par ailleurs à 125 milliards de francs-or (valeur de 1914) le montant des dommages matériels subis[3].

Une nouvelle loi électorale[modifier | modifier le code]

L’adoption, en juillet 1919, d'un nouveau système électoral (loi du 12 juillet 1919) mixte, alliant scrutin proportionnel plurinominal et scrutin majoritaire plurinominal à un tour dans le cadre du département, amène à l'abandon du scrutin majoritaire à deux tours par arrondissement, en vigueur depuis 1889. Il a été demandé à l'électeur de voter pour un candidat membre d'une liste. Il y a ensuite trois moyens d'être élu. D'une part, les candidats ayant rassemblé une majorité absolue de suffrages exprimés sur leur nom sont élus. Les sièges non-pourvus ainsi ont ainsi été répartis à la représentation proportionnelle, au quotient, entre les différentes listes (le score d'une liste étant bien entendu égal à l'addition des voix recueillies individuellement par les candidats qui y figurent). Enfin les sièges restants ont été tous attribués à la liste ayant recueilli le plus de voix. Le but de ce changement était de mettre fin aux fiefs politiciens et de permettre la formation de majorités politiques plus larges et plus stables, capables de soutenir les différents gouvernement plus longtemps[4].

La campagne électorale[modifier | modifier le code]

Divisions à gauche[modifier | modifier le code]

La constitution des listes doit tenir compte de trois facteurs : d’une part, la tendance de l’opinion à penser que l’Union sacrée doit être prolongée dans la paix afin de résoudre les nouveaux problèmes de la France de l’après-guerre ; d’autre part, le refus de la SFIO, alors en crise, de prendre position sur la question du bolchevisme, qui a pourtant, semble-t-il, attiré de nombreux nouveaux adhérents durant la guerre.

Pour préserver leur unité, les socialistes décident en avril 1919 de ne conclure aucun accord en vue des élections législatives de la fin de l’année. Cette décision isole de fait les radicaux, contraints de renoncer à une nouvelle alliance à gauche, et permet la mise en branle d’une campagne agressive de la droite et du centre dirigée contre la SFIO, accusée de cautionner le bolchevisme[4].

Rapprochement de la droite et du centre[modifier | modifier le code]

Les divisions partisanes au sein de la droite persistent. Les monarchistes de l’Action française sont isolés, mais les nationalistes, clairement antiparlementaristes, les catholiques, hostiles à la laïcité et les « progressistes » (qui sont en fait les républicains les plus modérés de l’avant-guerre) opèrent un rapprochement avec les républicains modérés du centre-droit, rassemblés en plusieurs petites organisations souvent membres de l’Alliance démocratique, qui rejettent toute éventualité d’accord de quelque sorte que ce soit avec les radicaux.

Ces derniers se retrouvent par conséquent pris en étau entre une SFIO qui hésite entre la radicalisation et le statu quo, et une droite plus que jamais anti-gauchiste[4].

Constitution des listes[modifier | modifier le code]

À la suite de complexes négociations, 324 listes se constituent. Les socialistes optent pour des listes homogènes, tandis que les radicaux se divisent entre alliés au centre-droit et listes isolées. Les listes du Bloc national regroupent, dans la plupart des cas, des membres de l’Alliance démocratique, des progressistes, des nationalistes et des catholiques.

Les forces en présence sont hétéroclites et la campagne confuse ; les candidats du Bloc national s’accordent tout de même généralement à axer leurs revendications sur la plus stricte application des traités de guerre, la fin du dirigisme et la lutte sans conditions contre le bolchevisme. Alexandre Millerand, enfin, parvient à rassembler autour de lui une très large coalition dans son bastion du deuxième secteur de la Seine en prônant un renforcement des pouvoirs présidentiels[4].

Résultats[modifier | modifier le code]

Analyse générale[modifier | modifier le code]

Composition de la Chambre à l'issue des élections de 1919.

Les résultats sont assez confus, à l’exception de ceux de la SFIO qui progresse, parvenant cette fois à présenter des candidats dans toutes les circonscriptions. Les radicaux, particulièrement lorsqu’ils sont isolés, ont tendance à reculer, et la victoire du Bloc national est sans ambiguïté : c’est un vague bleue qui déferle sur la chambre basse, surnommée durant cette législature « Chambre bleue horizon », en raison du très grand nombre d’anciens combattants qui y siègent (44 % du total des députés).

Cette victoire reste la plus grande de la droite et du centre-droit jusqu’aux législatives de 1968. On dénombre plus de 60 % de nouveaux élus dans cette nouvelle législature[4].

Résultats détaillés[modifier | modifier le code]

Professions des élus[modifier | modifier le code]

  • 140 avocats
  • 41 médecins ou chirurgiens
  • 50 industriels
  • 52 propriétaires
  • 52 agriculteurs et viticulteurs
  • 27 armateurs, négociants, commerçants
  • 32 professeurs des trois ordres
  • 44 publicistes et hommes de lettres
  • 5 instituteurs
  • 13 ingénieurs
  • 8 magistrats
  • 5 diplomates
  • 4 curés
  • 3 pasteurs
  • 10 avoués
  • 4 notaires
  • 4 membres du Conseil d'Etat
  • 4 chefs de cabinet de ministres
  • 6 pharmaciens
  • 5 banquiers
  • 3 administrateurs de société
  • 2 généraux et 20 anciens officiers de carrière
  • 1 vice-amiral et 3 officiers de marine
  • 11 anciens fonctionnaires
  • 8 employés d'administrations publiques
  • 16 employés de commerce ou de banque
  • 4 entrepreneurs de travaux publics
  • 15 ouvriers de diverses professions
  • 1 architecte
  • 1 agréé
  • 1 ancien acteur dramatique
  • 1 agent d'affaires
  • 2 aviateurs


Corps électoral[modifier | modifier le code]

Corps électoral
Inscrits Votants Abstention
11 604 322 8 148 090 29,78 %

Résultats[modifier | modifier le code]

Résultats des élections à la Chambre des députés[5]
Parti Nb. de voix Pourcentage
Bloc national 4 353 025 53,42 %
Union républicaine démocratique 1 819 691 22,33 %
Indépendants et conservateurs 1 139 794 13,99 %
Républicains de gauche 889 177 10,91 %
Radicaux indépendants 504 363 6,19 %
Autres :
Section française de l'Internationale ouvrière 1 728 663 21,22 %
Parti républicain, radical et radical-socialiste 1 420 381 17,43 %
Républicain-socialistes 283 001 3,47 %
Socialistes indépendants 147 053 1,80 %
Anciens combattants 128 004 1,57 %
Autres 87 963 1,08 %

Composition de l'assemblée[modifier | modifier le code]

Les résultats sont très confus et les groupes parlementaires formés après les élections, en particulier ceux issus du Bloc national, sont issus de diverses tendances et partis politiques.

Députés de la XIIe législature par groupe politique[6]
Affiliation Groupe politique Membres
Gauche Parti socialiste 68
Centre gauche Républicains socialistes 26
Radical et radical-socialiste 86
Centre droit Gauche républicaine démocratique 93
Action républicaine et sociale 46
Républicains de gauche 61
Droite Union républicaine démocratique 183
Indépendants 29
Députés n'appartenant à aucun groupe 21
Total 613

Conséquences[modifier | modifier le code]

Le mode de scrutin amplifie la victoire des partis de droite. La SFIO, très isolée, perd un tiers de ses sièges. La défaite semble plus importante pour le parti radical qui ne retrouve que la moitié de ses sièges. Toutefois les députés du Bloc national éclatent rapidement en de multiples groupes parlementaires dont certains sont susceptibles de s'allier avec le parti radical. Les élections suivantes renouvelant les Conseils municipaux et généraux montrent une plus grande stabilité du corps électoral par rapport aux positions d'avant-guerre. De fait, aux élections sénatoriales de janvier 1920, les radicaux minimisent les pertes et restent la formation la plus forte de la Haute Assemblée (106 sénateurs sur 240)[7].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Claude Gégot, La population française aux XIXe et XXe siècles, éditions Ophrys, 1989, p.48.
  2. a, b et c Dominique et Michèle Frémy, Quid 2006, éd. Robert Laffont, Paris, 2005, p. 853, colonne A.
  3. a, b et c J.E. Valluy et P. Dufourcq (collaboration), La Première Guerre mondiale, tome deux, 1916-1918, éd. Larousse, Paris, 1968.
  4. a, b, c, d et e Jean-François Sirinelli, La France de 1914 à nos jours
  5. (fr) Résultats sur le site France-politique.fr.
  6. (fr) Groupes AN sur le site France-politique.fr.
  7. Christian Delporte, La IIIe République de Poincaré à Paul Reynaud, Pygmalion 1998, p.32-33

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Institutions[modifier | modifier le code]

Histoire[modifier | modifier le code]