Maërl

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Panier rempli de maërl

Le maërl est un substrat et un milieu (ou habitat) biogénique (c'est-à-dire produit par des espèces vivantes) qui se forme notamment le long des côtes de Bretagne et qui est constitué de débris d'algues marines riches en calcaire (notamment Lithothamnium corallioides), souvent mélangé avec du sable et des débris coquilliers. Sous une autre forme, du maërl existe aussi en Méditerranée[1].

Les algues qui l'ont produit ont la propriété de cristalliser certains éléments minéraux de l'eau de mer, ce qui explique qu'il soit très riche en calcium et en magnésium, fer et oligoéléments bioassimilables, ce pourquoi il a été exploité jusqu'à localement faire disparaître la ressource.

La croissance de ces algues étant très lente, la formation des bancs de maërl peut prendre plusieurs centaines d'années dans l'Atlantique nord. On en recense une trentaine de bancs en Bretagne, dont un important gisement dans l'archipel des Glénan, actuellement surexploité.

Utilisations[modifier | modifier le code]

Le maërl est traditionnellement utilisé dans l'agriculture côtière de la Ceinture dorée bretonne car il constitue un très bon amendement pour sa richesse en magnésium, (l'un des micronutriments les plus demandés par les plantes à croissance rapide) ainsi qu'en fer et en oligo-éléments.

De plus le maërl corrige les pH trop bas et ainsi permet à la plante de mieux absorber les nutriments du sol.

Le maërl est aussi utilisé en traitement de l'eau potable, pour la minéralisation, la correction du pH et de l'agressivité de l'eau. En 2006, cette utilisation représentait 50 % du volume total extrait (soit un volume de 24 000 m3 brut).

Devant la hausse des demandes en maërl et la réduction de la ressource, les extractions sont totalement interdites depuis avril 2010 (décision préfectorale).

On utilise également le maërl en aquariophilie, ainsi que pour aménager des allées en remplacement des gravillons.

Écologie et protection de la nature[modifier | modifier le code]

Raie brunette de la rade de Brest sur un fond de maërl

Les bancs de maërl (vivant ou mort) constituent une biocénose remarquable, comparable – toutes proportions gardées – au corail des zones tropicales ; leur destruction par les extractions (désormais conduites avec des dragues industrielles) menace la biodiversité dans les zones côtières, et cette exploitation sera très probablement interrompue dans les prochaines années, d'autant qu'il existe des substituts pour toutes les applications du maërl. Les bancs de maërl sont également menacés par l'eutrophisation, les rejets des cultures et élevages marins et sont dégradés par les engins modernes de pêche. Des études menées sur le site d'extraction des Glénan ont montré qu'en vingt ans tous les thalles vivants ont disparu du banc exploité et que les zones concomitantes à la concession étaient contaminées par les particules fines remises en suspension. Toute vie microfaunique a disparu de la zone d'extraction proprement dite[2].

Sauf en France, elle a déjà été quasiment arrêtée dans les pays européens où il existe du maërl (notamment au Royaume-Uni).

La directive Habitats considère les bancs de maërl comme habitat nécessitant protection et gestion, tandis que les deux espèces formant le maërl (Lithothamnium corallioides et Phymatholithum calcareum) ne doivent théoriquement pas être exploitées.

Localisation[modifier | modifier le code]

Deux sabliers devant le port de Lézardrieux, sur le Trieux, à mi-marée montante. Le Banco (en vert) manœuvre pour se mettre à quai, contre le courant, et y décharger son maërl. Le Côtes-d'Armor (en arrière-plan, en bleu) remonte vers Pontrieux avec le flot pour y arriver avant la pleine mer.

En Bretagne, cinq bancs sont exploités à l’intérieur de zones Natura 2000 (dont trois représentent 80 % des 500 000 tonnes débarquées annuellement). Le ministère français chargé de l'environnement estime que la « protection de ces habitats suppose que l’on trouve un substitut au maërl, tels que les sédiments calcaires marins ou les coquilles de mollusques marins broyés, comme la crépidule, espèce envahissante »[3].

En Méditerranée, une sorte de maërl, différent du maërl breton, croît (très lentement) sur certains fonds meubles de l’étage circalittoral, à des profondeurs variant selon la turbidité de l'eau (-25 à -80 m).

On en trouve par exemple aux Baléares[4] ; en France autour des îles d'Hyères et près de Marseille[5],[6],[7] ou en Corse ; ou encore, plus au sud, en Algérie[8],[9],[10].

Ils sont produits par des algues calcaires des familles des Corallinacées et des Peyssonneliacées, souvent dominées par Phymatolithon calcareum, Lithothamnium corallioides, Peyssonnelia rosa-marina, Lithothamnium valens et Peyssonnelia crispata. Lépiflore est notamment constituée de Kallymenia spathulata, Cryptonemia tunaeformis, Dasyopsis penicillata… Ces milieux sont peu productifs en termes de biomasse mais constituent une grande partie des sédiments biogéniques du littoral[11],[12] (et jouent donc un rôle en termes de puits de carbone et de tampon du pH de l'eau.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Page du GIS Posidonie consacrée au Maërl méditerranéen
  2. Jacques Grall, Finistère. Encyclopédie Bonneton, 2003 [ISBN 2-86253-301-7]
  3. « Plan d’actions stratégique pour les milieux marins » (Ministère français chargé de l'environnement, 2005)
  4. FORNOS J. J., BALLESTEROS E., MASSUTTI C., RODRIGUEZ-PEREA A., 1988. Red algae sediments in the balearic shelf. Rapp. P. V. Reun. Commiss. internation. Explor. sci. Médit., 31 (2) : p. 86.
  5. JACQUOTTE R., 1962. Etude des fonds de maerl de Méditerranée. Rec. Trav. Stat. mar. Endoume, Fr., 28 (41) : 141-235.
  6. BOURCIER M.,1982. Evolution au cours des quinze dernières années, des biocénoses benthiques et de leur faciès dans une baie méditerranéenne soumise à l’action lointaine de deux émissaires urbains. Téthys. Fr., 10 (4) : 303-313.
  7. HUVE H., 1956. Contribution à l’étude des fonds à Lithothamnium ( ?) solutum Foslie (=Lithophyllum solutum (Foslie) Lemoine) de la région de Marseille. Rec. Trav. Stat. mar. Endoume, Fr., 18 : 105-133, 6 pl
  8. DIEUZEIDE R., 1940. Etude d’un fond de pêche d’Algérie. La gravelle de Castiglione. Bull. Trav. publ. Stat. Aquic. Pêche Castiglione, N. S., Alg., 1 : 31-57
  9. LE DANOIS E., 1925. Recherches sur les fonds chalutables des côtes de Tunisie et d’Algérie (Croisière du chalutier "Tauche" en 1924). Mém. off. sci. techn. Pêches marit., Fr., ser. spéc. N°3 : 1-55 + 3 pl. h. t.
  10. FALCONETTI C., 1969. Etude faunistique d’un faciès "La gravelette" ou maërl de Castiglione (Algérie). Téthys, 1 (4) : 1057-1096.
  11. PERES J.M., PICARD J., 1964. Nouveau manuel de bionomie benthique de la Méditerranée. Rec. Trav. Stat. mar. Endoume, Fr., 31 (47) : 5-137.
  12. FORNOS J. J., BALLESTEROS E., MASSUTTI C., RODRIGUEZ-PEREA A., 1988. Red algae sediments in the balearic shelf. Rapp. P. V. Reun. Commiss. internation. Explor. sci. Médit., 31 (2) : p. 86

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]