Quai de la Fosse

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Quai de la Fosse
Image illustrative de l'article Quai de la Fosse
Quai de la Fosse. Au premier plan, Navibus Le Chantenay au ponton de la Gare Maritime (quai Ernest-Renaud) et derrière lui, le Maillé-Brézé
Situation
Coordonnées 47° 12′ 32″ N 1° 34′ 02″ O / 47.2088844, -1.5673542 ()47° 12′ 32″ Nord 1° 34′ 02″ Ouest / 47.2088844, -1.5673542 ()  
Pays Drapeau de la France France
Région Pays de la Loire
Ville Nantes
Quartier centre-ville
Dervallières - Zola
Tenant Rue Jean-Jacques-Rousseau
Aboutissant Rue Meuris
Morphologie
Type Quai portuaire
Histoire
Création Milieu du XVIIIe siècle
Monuments Maison Trochon
Hôtel O'Riordan
Hôtel Durbé
Ancien pont transbordeur de Nantes (détruit en 1958)

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Quai de la Fosse

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Quai de la Fosse

Le quai de la Fosse est un quai portuaire des bords de Loire à Nantes (Loire-Atlantique), en France.

Localisation[modifier | modifier le code]

Le quai s'étant essentiellement sur le centre-ville depuis la rue Jean-Jacques-Rousseau et la place de la Bourse, jusqu'à la rue Meuris et la place de Jacksonville dans le quartier Dervallières - Zola[1].

Présentation[modifier | modifier le code]

De même que l'île Feydeau, le quai de la Fosse a gardé du XVIIIe siècle de nombreux hôtels particuliers d'armateurs en tuffeau, dont certains penchent sensiblement en raison des terrains marécageux sur lesquels ils ont été construits. Les mascarons affichent des thèmes tantôt marins, tantôt bachiques.

Mais le quai de la Fosse doit surtout sa réputation aux nombreux « bars à marins » et maisons closes qu'il concentrait. S'il garde sa réputation de « quartier chaud » (quelques uns de ces « bars de nuit » subsistent encore), sa rénovation récente tend à le rendre plus respectable.

Dénomination[modifier | modifier le code]

Jeton Maison close - Demi-lune - Nantes

.

La « Fosse » est le nom donné à un chenal naturel de faible profondeur creusé par la Loire, qui court le long du quai et allait naguère jusqu'au pied du palais de la Bourse situé place du Commerce[2].

Le quai de la Fosse porta par le passé les noms de « quai d’Ansain », « quai du Sanitat », « quai de la Chézine », « quai d’Estrées » ou « quai Chourand »[3].

Mais sa réputation le fait souvent appeler ironiquement « quai de la fesse » par les nantais, en raison du nombre important de prostituées qui y travaillaient, à l'époque où le port était actif dans ce secteur[4].

Historique[modifier | modifier le code]

XVe et XVIe siècles[modifier | modifier le code]

En 1442 le duc Jean V de Bretagne accorde une exemption d'impôt à Pierre de Cornilz, qui possède un logement à Couëron et un autre à « la Fosse de Nantes ». Ce document attestant l'ancienneté de la dénomination du quai renseigne également sur sa dépendance juridique et fiscale : il est du ressort de l'évêque de Nantes. Ces prérogatives sont en vigueur jusqu'en 1789[B 1].

Le premier quai construit à la Fosse est édifié en 1516, sur des terres appartenant à l'évêque de Nantes, dans une zone alors occupée par des cabanes de pêcheurs[5].

Lors de son voyage à Nantes le , le roi Charles IX est reçu par le plus riche marchand de la ville, André Rhuys de Embito, dans son hôtel particulier du no 4 du quai de la Fosse dite « maison des Tourelles » (au niveau de rue Maréchal-de-Lattre-de-Tassigny). Le roi assiste sur le quai au défilé des « compagnons de milice »[6].
C'est également à cette adresse que, selon la tradition populaire, le roi Henri IV signa, le , l'Édit de Nantes reconnaissant la liberté de culte aux protestants[7],[3].

Or le quartier de la Fosse était à cette époque hors des fortifications ; il semble que malgré cela, les plus riches négociants et les notables y résidaient[6].

XVIIe et XVIIIe siècles[modifier | modifier le code]

Représentation du quai de la Fosse, tel qu'il devait être en 1785.
Vue aérienne du quai de la Fosse avant 1958. On voit l'ancien pont transbordeur de Nantes et l'église Notre-Dame-de-Bon-Port
De nos jours, immeubles du quai de la Fosse inclinés par les mouvements de terrain, pont Anne-de-Bretagne

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, le développement du commerce transatlantique, alimenté en particulier par le commerce triangulaire, accroît considérablement le trafic portuaire[8].

Pour faire face à cette augmentation, en 1622, un nouveau quai long de 127 toises, fait en pierre de taille, est réalisé. Ce quai est prolongé de 200 toises en 1624. Au total, la Fosse présente un quai de pierre de plus de 600 mètres de long[5].

Le quai est réparé au début du XVIIIe siècle, et à cette occasion les maisons qui le bordent sont alignées, en 1710 et en 1724[5]. Lorsque cette année-là le maire Gérard Mellier fait procéder à l'alignement des façades, le quartier abrite un quart de la population nantaise[B 2].

C'est à cette époque que les Montaudouin, famille d'armateurs nantais, font construire au no 56 du quai de la Fosse un hôtel particulier, au cœur du quartier du négoce d'alors. En 1725, cette famille est la première fortune de la ville, après avoir armé, de 1716 à 1722, la moitié des expéditions négrières nantaises. Ils investissent une partie de leurs bénéfices dans l'achat de titres de propriétés et de charges anoblissantes[9].

Ce cas illustre l'essor économique de la ville reposant sur le négoce et l'activité maritime, que l'article consacré à Nantes rédigé en 1765 par Louis de Jaucourt pour l'Encyclopédie évoque en ces termes :

« L'université de Nantes fut fondée en 1460. Mais c'est l'université du commerce qui brille dans cette ville. Ils arment tous les ans plusieurs navires pour la traite des nègres dans les colonies françaises. Ce débit de toutes sortes de marchandises est plus aisé et plus vif à Nantes que dans toutes les villes du royaume[9]. »

Le quai est agrandi au milieu du XVIIIe siècle par les armateurs, désireux de trouver un vaste emplacement répondant à l’accroissement de leurs besoins, alors que l'ancien « port au Vin » (actuelle place du Commerce) arrive à saturation[10]. Les chantiers de construction naval sont déplacés : il quittent La Fosse pour rejoindre le quartier à l'embouchure de la Chézine. En 1755, le duc d'Aiguillon fait procéder à l'allongement du quai de la Fosse jusqu'au quai d'Estrée, au niveau du Sanitat[5].

Les trafics de coton, de bois exotiques et de tabac se concentrent au quai de la Fosse. Ces marchandises sont rapportées de la Martinique, de la Guadeloupe, de Saint-Domingue et des Amériques par les navires négriers nantais. D'autres produits d'importation deviennent à la mode au sein de la noblesse et de la grande bourgeoisie : le cacao, le café, et surtout à Nantes le sucre, produits de luxe qui font leur apparition sur la table des catégories sociales les plus aisées. Rapidement, la bourgeoisie dans son ensemble adopte ces nouvelles pratiques culinaires[9]. En 1785, Nantes arme jusqu'à 200 navires et devient le plus grand port d'Europe[10].

XIXe siècle[modifier | modifier le code]

La gare de la Bourse, sur la ligne de Tours à Saint-Nazaire, vers 1900.

La prolongation de la ligne de chemin de fer vers Saint-Nazaire depuis la Gare de Nantes en 1857 et qui venait du centre-ville, avant de poursuivre vers la gare de Chantenay, change la physionomie des lieux pendant presque un siècle. Deux gares sont construites aux deux extrémités du quai : la gare de la Bourse à l'est (située à l'emplacement de l'actuelle station de tramway Médiathèque) et la gare maritime à l'ouest, servant plus particulièrement à l'acheminement des marchandises et cargaisons du port (elle était située non loin de l'actuelle station de tramway homonyme).

L'ancienne capitainerie, aujourd'hui dénommée Maison de la Mer, ainsi que les quelques vestiges des anciennes salorges (magasins à sel) situées à son extrémité ouest sont des témoignages de ce passé.

L'écrivain Jules Verne, né à Nantes en 1828, évoque ainsi en 1891 la Loire de son passé, dans son œuvre intitulée Souvenirs d'enfance :

« Je revois la Loire, dont une lieue de ponts relie les bras multiples, ses quais encombrés de cargaisons, sous l'ombrage des grands ormes, et que la double voie de chemin de fer, les lignes de tramway ne sillonnaient pas encore. Des navires sont à quai sur deux ou trois rangs, d'autres remontent ou descendent le fleuve. Pas de bateaux à vapeur à cette époque, ou très peu (...). En ce temps-là, nous n'avions que de lourds bâtiments à voile de la marine marchande. Mais que de souvenirs ils me rappellent »[8].

XXe siècle[modifier | modifier le code]

Le comblement des bras de Loire pendant la période de l'entre-deux-guerres, notamment le « Bras de la Bourse » et le « Bras de l'Hôpital », ampute la partie orientale du quai jusqu'au niveau de la capitainerie, donnant naissance à l'actuel « terre-plein de l'île Gloriette » (qui accueille depuis, le marché qui se tenait autrefois place de la Petite-Hollande). Ces travaux permettent également la déviation de la ligne ferroviaire, qui dès lors, ne passe plus par le quai.

L'activité du quai perdure jusqu'au début du XXe siècle[8] mais décline peu à peu pour se déplacer vers l'aval, vers le quai Wilson et les terminaux de Cheviré et de Roche-Maurice, toujours à Nantes[11].

Durant la Seconde Guerre mondiale, le quai est touché lors des bombardements de la ville, notamment celui du 23 septembre 1943, au cours duquel la « maison des Tourelles » d'André Rhuys, où Henri IV aurait signé l'édit de Nantes, est détruite.

Le quai est libéré de la voie ferrée qui l'empruntait après la construction du tunnel ferroviaire de Chantenay, achevé en 1955, qui traverse la voie au niveau de la rue Neuve-des-Capucins. Cette partie de l'ouvrage est une galerie couverte. Une bouche d'évacuation est ouverte à proximité[12].

En 1960, le quai sert de décor extérieur lors du tournage du film Lola (1961) de Jacques Demy[13].

Les derniers entrepôts sont démolis dans les années 1980 pour dégager la vue sur les hôtels particuliers du XVIIIe siècle. Durant cette même période, la médiathèque Jacques-Demy, la plus importante et la plus ancienne de la ville, est inaugurée le 1er octobre 1985, après trois ans de travaux[14],[15].

XXIe siècle[modifier | modifier le code]

Mémorial de l'abolition de l'esclavage

Le Mémorial de l'abolition de l'esclavage, bâti sur le quai de la Fosse, a ouvert ses portes au public le 25 mars 2012. Ce monument est l'un des plus importants au monde consacré à la traite négrière, à l’esclavage et à son abolition. Il est composé d'une promenade extérieure longeant la Loire depuis le pont Anne-de-Bretagne jusqu'au bâtiment de l'ancienne capitainerie, et d'un passage souterrain, évoquant l'atmosphère des navires négriers[16].

Le mémorial indique que plus de 1 800 expéditions négrières sont parties du port de Nantes entre les XVe et XIXe siècles, entraînant la déportation de 550 000 captifs africains vers les colonies d'Amérique. Ces chiffres sont à rapprocher des 4 220 expéditions négrières recensées au départ des ports de France durant la même période, entraînant la déportation de plus de 1 380 000 captifs africains, et des 27 233 expéditions recensées au départ des ports européens, entraînant la déportation de plus de 12,5 millions d'hommes, de femmes et d'enfants pour les réduire en esclavage en Amérique et aux Antilles[17].

Monuments historiques[modifier | modifier le code]

Trois immeubles situés sur le quai de la Fosse sont classés ou inscrits aux monuments historiques

Vue panoramique[modifier | modifier le code]

Nantes : vue panoramique du quai d'Aiguillon, du quai Ernest Renaud et du quai de la Fosse

De gauche à droite : le Belem, le Marité et le Maillé-Brézé.

De gauche à droite sur la photo (d'aval en amont de la Loire) : le Belem, le Marité et le Maillé-Brézé à quai, et le centre des Salorges, le dôme de Notre-Dame-de-Bon-Port, les façades du quai de la Fosse et la Tour Bretagne à terre.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Louis Bodinier, Jean Breteau et Nicolas de La Casinière, Le Quai de la Fosse, Rennes, Éditions Apogée,‎ 1997, 92 p. (ISBN 2-909275-99-X) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Catherine Decours, Le port de Nantes a 3000 ans, éditions Giotto,‎ septembre 2006, 114 p. (ISBN 2-910561-24-0) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Pierre Lelièvre, Nantes au XVIIIe siècle : urbanisme et architecture, Paris, Éditions Picard, coll. « Architectures »,‎ 1988, 295 p. (ISBN 2-7084-0351-6).
  • Jean-Louis Renault, Le tunnel ferroviaire de Chantenay. Un point noir au cœur de Nantes., Nantes, Groupement d'analyse et d'étude de Loire-Atlantique,‎ 2012, 144 p. (lire en ligne).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

Bodinier, Breteau et de La Casinière, Le Quai de la Fosse,‎ 1997 (Voir en bibliographie).

  1. p. 7
  2. p. 8

Autres références.

  1. « Fosse (quai de la) », sur catalogue.archives.nantes.fr, archives municipales de Nantes (consulté en 15 2013).
  2. Histoire de Nantes par Paul Bois - (ISBN 2708947176) - page 14
  3. a et b Pied 1906, p. 123
  4. Bruno Abescat, « Nantes - La ville, l'Eglise... et les nantais », L'Express,‎ 16 novembre 2000
  5. a, b, c et d Lelièvre 1988, p. 81
  6. a et b Lelièvre 1988, p. 24
  7. Baron Gaëtan de Wismes, « Les personnages sculptés des monuments religieux et civils de Nantes », p. 99.
  8. a, b et c Panneau touristique urbain de présentation du site
  9. a, b et c Panneau Les bénéficiaires de la traite négrière, consulté au quai de la Fosse de Nantes le 27 novembre 2011
  10. a et b Decours 2006, p. 55 op. cit.
  11. Voir le Grand port maritime de Nantes-Saint-Nazaire
  12. Renault 2012, p. 23-24.
  13. [PDF] « Laissez-vous conter Nantes, une ballade avec Jacques Demy », mairie de Nantes,‎ septembre 2011 (consulté le 21 juillet 2013).
  14. La médiathèque Jacques-Demy sur pss-archi.eu
  15. Historique de la bibliothèque municipale de Nantes
  16. Nantes Passion n°224, mai 2012
  17. Plaque de présentation du Mémorial, précisant que ces chiffres peuvent être amenés à évoluer à mesure des nouvelles recherches.
  18. « 86 quai de la Fosse », base Mérimée, ministère français de la Culture. Consulté le 4 juillet 2010
  19. « 70 quai de la Fosse », base Mérimée, ministère français de la Culture. Consulté le 4 juillet 2010
  20. « 17 quai de la Fosse », base Mérimée, ministère français de la Culture. Consulté le 4 juillet 2010