Mouvement breton (Emsav)

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Le Mouvement breton, ou Emsav (nom dérivé du verbe breton en em sevel, se (re)lever), désigne un ensemble informel d'organisations politiques, de syndicats, de groupes économiques ou d'associations culturelles soucieux de préserver et de développer la spécificité de la Bretagne, ou certains de ses aspects. Ses activités sont disparates, allant de la simple promotion de la culture bretonne à l'expression de courant politiques qui revendiquent l'autonomie, voire l'indépendance. L'Emsav est une mouvance polymorphe sans structure, ni représentant, ni porte-parole propre. Les divergences en son sein sont nombreuses et le poids respectif de ses composantes fluctuant selon les périodes.

Quelques acteurs du mouvement (principalement, la Fondation culturelle bretonne-Emgleo Breiz) emploient le terme breton Ledemsav (Emsav au sens large) pour désigner les institutions et regroupements bretons non politiques, comme les écoles de musiques bretonnes (bagadoù), les cercles celtiques (danses), les médias centrés sur la Bretagne, les fédérations de jeux et sports bretons, les institutions culturelles bretonnes, que beaucoup d'autres classent dans l'Emsav tout court.

Son histoire est marquée par une période de préformation s'étalant tout au long du XIXe siècle, avant les débuts du premier Emsav marqué par la création de l'Union régionaliste bretonne en 1898. Un second Emsav prend lui le relais à partir de la fin de la première Guerre mondiale, auquel succède un troisième Emsav à partir de la fin des années 1940.

Préhistoire du mouvement[modifier | modifier le code]

Traditionnellement, l'histoire du mouvement breton est divisée en trois périodes, précédée du XIXe siècle[1] qui est une période de lente maturation d'idées plus philosophiques que sociales concernant la Bretagne, son histoire, sa littérature, ses langues, ses coutumes, etc.

Après une sorte de préhistoire sous l'Ancien Régime où une élite très fermée ne fait état, après 1532, date du rattachement du duché au domaine royal, que "(des) droits de la province", il y a donc une lente appropriation de différents thèmes bretons, puis une cristallisation sous la forme de la première organisation, qui ajoute des points de vue politiques, l'Union régionaliste bretonne. Dès lors, les aspects politiques du mouvement breton seront les plus en évidence, au risque de masquer le reste.

Peut-on, pour autant, se limiter au XIXe siècle et à son esprit romantique pour dater les prémices de la "question bretonne" (expression souvent utilisée)? Francis Favereau pointe que l'hypothèse d'un nationalisme breton" né uniquement dans les cerveaux enfiévrés de quelques gentilshommes plus ou moins marginalisés politiquement ne laisse pas d'être réductrice. Les idées ne sortent pas du sol et nul mouvement d'idée est né sans père. Des recherches plus fines seraient nécessaires[2].


Développement d'une historiographie régionaliste et premières études de la langue bretonne[modifier | modifier le code]

Le mouvement breton est né dans la première moitié du XIXe siècle, dans le courant du nationalisme romantique qui toucha toute l’Europe et suscita de l'intérêt pour :

  • L'histoire du peuple et des nations, alors que l'histoire n'était alors que celle des princes régnants,
  • Les richesses culturelles populaires et nationales, parfois rencontrée dans la langue du peuple, alors que la culture n'était jusque-là que l'affaire des nobles et des puissants et ne s'exprimait qu'en latin ou dans la langue de l'élite.
  • Les Celtes antiques dont on recherche les traces historiques et archéologiques dans l'ancienne Gaule et, particulièrement, en Bretagne où est encore parlée le breton, une langue celtique. Le Finistérien, Jacques Cambry, fonctionnaire de la Révolution, puis préfet de l'Empire, crée une Académie celtique à Paris en 1804. Quelques Bretons l'y rejoignent dont Jacques Le Brigant et Jean-François Le Gonidec.

En Bretagne, la « Renaissance romantique » s'exprima essentiellement au sein d’une noblesse légitimiste marginalisée après 1830 par la Monarchie de Juillet et se repliant sur ses terres.

À la nostalgie de l'Ancien-Régime s'ajoute un esprit conservateur en ce qui concerne la religion, les traditions et lesprivilèges féodaux, sans pour autant croire à un retour effectif à l'Ancien Régime. Les traditions sont présentées comme préservant le peuple breton de l’irréligion et des idées nouvelles issues de la philosophie des Lumières.

Les quatre grands axes de ce régionalisme breton naissant sont :

Chronologie[modifier | modifier le code]

Le premier Emsav (1898-1914)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Premier Emsav.

Le thème de la préservation et de la promotion du breton est promu avec une vigueur nouvelle sous l'impulsion de personnes ayant fait des études universitaires en langues celtiques, comme François Vallée et François Jaffrennou, d'autant que les mesures prises, vers 1900-1905, par Émile Combes pour limiter l'usage du breton dans le catéchisme et les prones apparaissent comme des agressions d'un gouvernement uniquement parisien.

La création de l'Union régionaliste bretonne (URB) suscite beaucoup d'espoirs pour la constitution d'un large front à vocation de lobbyisme dans tous les domaines culturels, pour le maintien, sans exclure la modernisation, des traditions spécifiques à la Bretagne : costumes, danses, musique, langue, théâtre, coutumes religieuses. Les questions de l'enseignement de la langue et de l'enseignement religieux entraînent des controverses réciproques avec l'appareil de l'État et ses soutiens[3].

L'URB a, au début, un caractère frontiste, puisque des aristocrates monarchistes côtoient des républicains et acceptent qu'Anatole Le Braz, professeur public, soit le premier président. Celui-ci s'éloigne au bout de quelques années, car les notables conservateurs ont pris le dessus, probablement à la faveur des crispations entraînées par les affaires religieuses (séparation de l'Église et de l'État en 1905 et affaire des sanctions contre les prêtres des paroisses qui font "un usage abusif" du breton).

En 1911, la nouvelle Fédération régionaliste bretonne, issue d'une scission de l'URB, met, d'emblée, l'accent sur une question destinée à devenir très importante, celle du développement économique autocentré de la Bretagne, dont les principaux penseurs sont Jean Choleau et Pierre Mocaër. Elle met aussi plus en avant la question de la langue bretonne, car ses principaux fondateurs sont tous engagés dans l'illustration du breton.

L'idée d'une fraternité politique possible avec les autres pays de langue celtique ouvre une autre espace de réflexion, le panceltisme, qui inclut souvent la complémentarité économique (importation du charbon gallois pour développer la sidérurgie en Bretagne et exportations agricoles vers les Îles britanniques, par exemple).

Fin 1911 marque aussi la création, par des jeunes gens, du parti nationaliste breton (PNB), première manière, qui, le premier, défend l'idée de l'indépendance, mais n'ouvre pas de réflexion sérieuse sur la viabilité d'une Bretagne indépendante. Anatole Le Braz qui soutient la FRB et est classé comme républicain, demande publiquement qu'ils ne soient pas ostracisés, les présentant comme les enfants un peu radicaux de la grande famille bretonne. Un Joseph Duchauchix est simultanément actif à la FRB et au PNB sans que cela pose problème.

Le deuxième Emsav (1914-1945)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Second Emsav.

La Première Guerre mondiale est une véritable coupure. La Bretagne, comme le reste de la France, est saignée à blanc. Plus de la moitié des hommes bretons entre 20 et 40 ans sont morts, l'impression d'avoir été systématiquement en première ligne est très vive et ravive la victimisation[4]. Le régionalisme (qui prétend unir la petite et la grande patrie), conservateur, obtient de succès publics (organisation de fêtes bretonnes officielles[5], revues centralisant les actualités des organisations bretonnes[6]), campagnes de presse contre le refus d'introduire le breton dans l'enseignement, mais ne démontre pas sa capacité à influer sur le politique.

Développement de la littérature de langue bretonne[modifier | modifier le code]

La littérature bretonne s'ouvre au monde entier par de nombreuses traductions, rénovation et élargissement des thèmes littéraires : création d’une véritable littérature moderne en langue bretonne. La langue bretonne est rénovée et actualisée par la rédaction de nombreux dictionnaires et grammaires.

  • Elle met l'accent sur l'importance de l'Art, comme levier de libération des individus, notamment en soutenant les Seiz Breur qui regroupent plusieurs dizaines d'artistes, artisans d'art, créateurs qui veulent donner un nouveau souffle à la création artistique en Bretagne.

Politique : nationalistes contre fédéralistes[modifier | modifier le code]

En 1918 est créée l’Union de la jeunesse bretonne (Unvaniez Yaouankiz Breiz) qui se regroupe autour du journal Breiz Atao en 1919 organe du Groupe régionaliste breton, autour de Maurice Marchal. Ce groupe se caractérise par la volonté de rompre avec l'idée régionaliste qu'elle considère comme trop inféodée au système politique français.


Une partie des membres de ce groupe évolue vers le pacifisme, l'internationalisme, le progressisme de gauche, le fédéralisme social, "l'autonomisme rouge" avec la création de la Ligue fédéraliste de Bretagne (LFB), et l'éphémère Parti national révolutionnaire breton (PNRB) (cf travaux de l'universitaire, journaliste Erwan Chartier). Dans cette mouvance se situe Ar Falz, créé en 1933, représentée par Yann Sohier et soutenue par Marcel Cachin est marquée par le communisme. Proche de la gauche, se situent aussi des personens comme Charles Brunellière ou Yves Le Febvre, et prône le fédéralisme comme Maurice Duhamel, ou encore anarchiste avec Émile Masson. En 1938, Erwan ar Moal, dit Dirnador condamne le fascisme et le national-socialisme dans un article qui paraît dans Breiz. Il compare ces idéologies à une peste.

Une autre partie (le Parti national breton, créé en 1932) tend à basculer vers l'idéologie national-socialiste, espérant qu'une Allemagne éventuellement victorieuse en Europe permette l'indépendance d'envers la France. Ils parviennent cependant à poursuivre leur action sur la scène bretonne (à l'instar de la République irlandaise) (François Debeauvais, Olier Mordrel). Plusieurs actes terroristes liés à cette tendance sont effectués par l'organisation Gwen-ha-Du de Célestin Lainé, à partir de 1932, les deux plus spectaculaires ont été commis en 1932 quand les autorités célébraient le quatrième centenaire du rattachement de la Bretagne à la France en 1532.

À partir de 1939 la plupart des organisations bretonnes, minées par les divergences entre les engagements de leurs membres éclatent voire le plus souvent disparaissent. Le gouvernement prend des mesures d'interdiction contre le parti nationaliste breton et son journal Breiz Atao au motif que les chefs, Debauvais et Mordrel ont pris des contacts avec le gouvernement nazi.Ces décisions sont approuvées par les milieux régionalistes comme l'influent Grand Druide de Bretagne, François Jaffrennou, dans sa revue culturelle bretonne An Oaled-Le Foyer breton, car il estime que les Bretons doivent être Français devant l'étranger.

Le troisième Emsav (1945 à nos jours)[modifier | modifier le code]

Fin des années 1940 et années 1950 : la culture[modifier | modifier le code]

À la suite de la collaboration de la plupart des mouvements politiques bretons encore actifs à l'époque[7], le militantisme politique est condamné par l'opinion. L'engagement des militants bretons se fera donc sur le terrain de l’action culturelle :

Ce sont les lieux de rencontre, de réflexion, de recrutement pour les militants bretons. C'est aussi grâce à plusieurs dizaines d'anciens résistants[8] que des mouvements culturels, puis politiques bretons (régionalistes notamment) sont lancés ou relancés en Bretagne et à Paris[citation nécessaire]. On note la création d'un mouvement politique en 1945, An Avel autour de Youen Olier

Parallèlement, le mouvement breton continue le travail entamé avant-guerre dans le domaine de la langue et de la littérature et crée de nombreuses revues bretonnantes, dont la revue littéraire Al Liamm, continuateur de Gwalarn.

Á l'initiative de l'État[9], Pierre-Jakez Hélias, Pierre Trépos, et Charles Le Gall recréent des émissions de radio, puis de télévision à partir de 1964, en breton populaire. D'abord de quelques minutes hebdomadaires, ils mènent une véritable « guerre d'usure » contre l'ORTF pour obtenir l'allongement minute par minute de la durée de ces émissions.

On retrouve aussi des mouvements et revues d'inspiration chrétienne, généralement proche des idées de Feiz Ha Breiz, autour des abbés Loeiz Ar Floc'h, Marsel Klerg, et Armand Le Calvez. La fédération Kendalc’h qui regroupe les organisations culturelles du mouvement breton est créée en 1951 ainsi que celle du Kuzul ar Brezhoneg, fédération créée en 1958 qui elle regroupe les associations bretonnes militant pour l'orthographe unifiée du breton.

En région parisienne, la « diaspora » bretonne met en place des cercles où se retrouvent ceux qui ont été condamnés à l'indignité nationale, Ker Vreizh à Montparnasse, La Mission bretonne, la « cité bretonne » de Keranna à Yerres (ancien département de Seine-et-Marne, actuel département de l'Essonne). Dans les années 1950-1960, Jean-Jacques Le Goarnic combat pour la reconnaissance des prénoms en langue bretonne.

La fin des années 1960 voit se créer la maison d’éditions Kelenn qui publiera des textes littéraires en langue française de Glenmor, Xavier Grall et Alain Guel qui lancent le journal satyrique breton La Nation bretonne au début des années 1970.

Années 1950 et 1960 : l’économie[modifier | modifier le code]

À partir du début des années 1950, le mouvement breton commence à s’investir dans le domaine de l’économie aussi avec en 1951 la création du CELIB, le Comité d’étude et de liaison des intérêts bretons par Joseph Martray et René Pleven. Le CELIB sera à l'origine de l'impulsion économique qui fera sortir la Bretagne de son sous-développement agricole et industriel en constituant une instance officieuse de coordination des collectivités locales à l'échelle de la Bretagne historique (5 départements), dans une optique décentraliste. En 1955 le CELIB devient un Comité Régional d'Expansion (Coder).

Toute une génération d'agriculteurs issue de la Jeunesse agricole chrétienne s'organise au niveau local et régional. Une série de grèves très dures en 1960 pour obtenir les conditions de la modernisation de l'agriculture culmine par la « prise » par 2000 agriculteurs de la sous-préfecture de Morlaix le 8 juin 1961. L'emprisonnement des leaders déclenche une vague de manifestations qui embrase toute la Bretagne jusqu'au 22 juin. Un « modèle agricole breton » se met progressivement en place.

1962 : Le CELIB adopte une loi-programme pour la Bretagne préparée par Michel Phlipponneau. L'État refuse de s'engager sur un plan pluriannuel d'investissements. 1092 conseils municipaux bretons soutiennent la loi-programme. La Bretagne engage la bataille des tarifs ferroviaires pour désenclaver l'économie régionale, forçant l'État à céder.

À partir de la fin des années 1960 : le retour du politique[modifier | modifier le code]

Indirectement, le CELIB légitime donc la renaissance d’un courant politique en Bretagne, et à partir des années 1960, on observe le retour de courants modérés bretons dans l’arène politique :

En 1957, création du Mouvement pour l’Organisation de la Bretagne (MOB), premier parti politique créé depuis la Seconde Guerre mondiale.

En 1963, scission de la gauche du MOB pour créer l’UDB (Union démocratique bretonne). Le CAB (Comité d'Action pour la Bretagne) rassemble la CFDT, la CFTC, le PCF, la SFIO, le PSU, la FEN, le SNI.

Mais tout cela reste très marginal au cours des années 1960, malgré l’essor sans précédent des mobilisations à caractère et à dimension régionale au sein des mondes ouvrier et paysan.

Dans les années 1960 le macaron BZH fleurit sur les voitures. Il est rapidement interdit (décret Ortoli du 7 août 1967). Plusieurs automobilistes font l'objet de poursuites mais la police ferme les yeux.

1966 Le FLB (Front de libération de la Bretagne) revendique son premier attentat. Le plan routier breton de 1968 est considéré comme une conséquence de ces actions puisqu'on nommera longtemps en Bretagne autoroutes du FLB les deux voies express qui desservent la péninsule. En 1972 le « procès du FLB » devant la Cour de sûreté de l'État se transforme en « procès de la colonisation française en Bretagne »; 2000 personnes viennent soutenir le FLB au palais de la Mutualité à Paris.

La même année 1966, Alan Stivell commence à chanter, ce qui va susciter une véritable révolution culturelle en France au début de la décennie suivante.

Décennie des années 1970[modifier | modifier le code]

Une réelle renaissance d’un sentiment d’appartenance régionale en Bretagne avec :

La « révolution culturelle » en musique[modifier | modifier le code]

Essor sans précédent de la musique bretonne, à l'initiative d'Alan Stivell. Ne pas oublier l'influence culturelle du chanteur et écrivain Milig Ar Skanv, autrement dit Glenmor, qui fut le premier à réveiller la culture bretonne.

D'innombrables musiciens et chanteurs vont lui emboîter le pas, dont Gilles Servat et les Tri Yann, aussi bien dans les concerts que dans les festoù-noz (fête bretonne, avec de la musique et des danses traditionnelles). Ces festoù-noz, souvent « de soutien » à une cause « de gauche », deviennent le rendez-vous de toute une génération, et progressivement de toutes les générations.

Multiplication des conflits sociaux qui prennent un caractère breton marqué[modifier | modifier le code]

Cette section ne cite pas suffisamment ses sources (juillet 2009). Pour l'améliorer, ajouter en note des références vérifiables ou le modèle {{Référence nécessaire}} sur les passages nécessitant une source.
  • Multiplication des conflits sociaux qui prennent un caractère breton marqué[réf. nécessaire]
  • Géographie des réseaux de solidarité qui se créent à l’occasion des conflits sociaux qui prennent une dimension bretonne[réf. nécessaire]
  • Rhétorique construite et développée au cours du conflit social qui dénonce l’oppression supposée de la Bretagne par Paris, le « colonialisme intérieur » dont serait victime la Bretagne qui prendrait la forme d’une oppression politique (par le centralisme), économique et sociale (par le capitalisme) et culturelle (par le jacobinisme)
  • Lancement d'un nouveau mouvement musical par Alan Stivell (1967)
  • Création de Skoazell Vreizh en 1969, du foyer culturel de Menez Kamm en 1970

Cette création d’une conscience nationale ou régionale bretonne de gauche par les conflits sociaux, se fait en deux temps :

Multiplication des partis bretons[modifier | modifier le code]

Multiplication des partis bretons, presque tous situés à gauche voire à l’extrême gauche, à l’instar du Parti communiste breton, d'orientation mao-guévariste, ou du Front socialiste autogestionnaire breton (1974). Création de Sav Breizh avec Erwan Vallerie et Yann Choucq, de la taupe bretonne avec Jean-Yves Guiomar et Alain Le Guyader. L’UDB reste le plus important parti en Bretagne. Strollad Ar Vro est un mouvement attrape-tout, dans la ligne de l'ancien MOB. Aux législatives de mars 1973, Strollad Ar Vro présente 32 candidats, l’UDB en présente cinq.

L'autogestion[modifier | modifier le code]

L'autogestion, qui est de tous les conflits sociaux en France, est déclinée en Bretagne dans son point de vue politique, l'autonomie, à savoir :

  • le PSU est particulièrement représenté (Yves Le Foll, maire de Saint Brieuc, est longtemps le seul élu de ce parti) ;
  • le colloque Bretagne et autogestion rapproche PSU, PC, CFDT et de nombreux mouvements bretons de toutes tendances ;
  • 1973 : Strollad Ar Vro présente 32 candidats aux législatives de mars et l'UDB en présente cinq ;
  • en 1979 le Plan Alter Breton, un document de 40 pages élaboré par des scientifiques membres du PSU, constitue une alternative déjà écologiste et objectivement autonomiste au plan quinquennal du ministère de l'économie et a un retentissement important chez les militants de tous partis.

Activisme clandestin de « propagande armée »[modifier | modifier le code]

Dans les années 1970, apparaît un nationalisme clandestin de « propagande armée » : Front de libération de la BretagneArmée révolutionnaire bretonne. Ces groupes pratiquent une violence symbolique, via des actions violentes, contre « les symboles de l’oppression de la Bretagne » : contre l’État français, contre le capitalisme. Après une première vague d'attentats à la fin des années 1970, une relative accalmie suit l'amnistie accordée en 1981 par François Mitterrand. Dans les années 1990, on assiste à une reprise des attentats revendiqués par une Armée révolutionnaire bretonne dont les liens et la filiation avec le FLB des années 1970 n'apparaissent pas clairement. Des liens avec l'organisation basque ETA sont mis au jour lors de l'affaire de Plévin. Le 19 avril 2000, une explosion provoque la mort de Laurence Turbec, employée au restaurant McDonald's de Quévert dans la banlieue de Dinan; cet acte non revendiqué est unanimement condamnée. C'est la première fois qu'une personne innocente est tuée (jusqu’à ce jour seuls deux poseurs de bombes avaient été tués par leur engin en 1976 et 1985). En mars 2004, les quatre militants poursuivis sont acquittés pour ce fait. Le parquet ayant fait appel de trois de ces quatre acquittements[10], cet appel est jugé irrecevable en novembre 2008[11]. Le parquet s'étant pourvu en cassation contre cet arrêt, la Cour de cassation lui donne tort. Les militants poursuivis sont donc définitivement blanchis[12].

Les partis politiques actuels du mouvement breton[modifier | modifier le code]

Un mouvement politique divisé :

  • À l'extrême gauche :
  • À gauche :
    • L’UDB, parti autonomiste ayant le poids électoral le plus important, fort de quelques centaines de membres. Il a environ 80 élus municipaux sur des listes d’unions de la gauche ou de gauche anti-libérale, et surtout depuis 2004, trois conseillers régionaux (plus un apparenté) grâce à une alliance avec les Verts. Et 4 conseillers régionaux actuellement.
    • Mouvement Bretagne et progrès, parti régionaliste, regroupé autour de la personnalité de Christian Troadec, maire de Carhaix
  • Au centre :
    • Le Parti breton: un parti fédéraliste se réclamant de la « nation bretonne » mais non du « nationalisme », axé sur le rassemblement au-delà du clivage droite-gauche, est apparu en 2000 et revendique environ 450 adhérents. Il compte aujourd'hui quelques dizaines d'élus au sein de la structure Askol dont un maire – Gwenole Guyomarc'h à Locquirec)
  • À la droite :
    • Adsav est un mouvement créé en 2000 par Padrig Montauzier, ce parti indépendantiste revendique 720 adhérents. Il a annoncé sa première participation aux élections cantonales de 2008.
    • Jeune Bretagne est un parti identitaire et régionaliste. Ce parti revendique 200 adhérents. Créé en 2008, il a participé aux élections cantonales de 2010 et participent aux élections législatives de 2012 en présentant dix candidats sur tout le territoire de la Bretagne historique.
    • Fédération bretonne légitimiste (FBL), apparu dans les années 1980, est royaliste et regroupe la majeure partie des monarchistes bretons dans plusieurs cercles. Fidèle à l'esprit qui anima le combat des grands défenseurs de l'autonomie bretonne dans le cadre de la monarchie française (le marquis de La Rouërie, Georges Cadoudal, etc.), la FBL s'affirme dans sa spécificité bretonne.
  • Certains élus de partis français ont des positions régionalistes très affirmées, à l’instar de Patrick Mareschal, président socialiste du conseil général de Loire Atlantique et fondateur de Bretagne réunie.
  • Pendant les années 1990, émergence du syndicat étudiant régionaliste ou nationaliste modéré et progressiste de transformation sociale, Dazont, qui devient au milieu de la décennie le premier syndicat étudiant en Bretagne mais disparait en 1998. Création d’un syndicat nationaliste breton : Sindikad Labourerien Breizh (SLB) qui prend la suite du syndicat Dazont et obtient en janvier 2006 trois élus à l'université de Haute-Bretagne Rennes-II.

Domaine de l’éducation[modifier | modifier le code]

La création et la promotion d'un enseignement en breton ne sont pas à relier de manière globale au mouvement politique, bien que celui-ci soit présent de manière discrète dans les structures parentales de gestion.

  • 1977 : création de la première école Diwan avec enseignement du breton par immersion. Développement du réseau depuis 30 ans avec aujourd’hui, une trentaine d’écoles (dont 4 collèges et un lycée) et près de 3 000 élèves. Mais Diwan connaît toujours énormément de problèmes : finances, tracasseries administratives, non-reconnaissance officielle par la République française.
  • 1984 : le gouvernement français (socialiste) crée une filière partiellement bilingue dans l'enseignement public.
  • 1990 : Filière similaire dans l'enseignement catholique, sous le nom de Dihun.
  • Aujourd’hui (2015), environ 20 000 élèves sont scolarisés en breton, soit 2 %.

Vie publique et mouvement culturel[modifier | modifier le code]

  • Les arts (notamment musique et danse) connaissent un succès croissant depuis 50 ans. Le secteur musical est le plus dynamique avec des centaines de groupes divers, des milliers de joueurs de musique traditionnelle ou d’inspiration bretonne qui demeure très populaire. Plus d’une centaine de bagadoù partout en Bretagne ont atteint aujourd'hui un très haut niveau et on constate l'organisation de très nombreux groupes de fest-noz très inventifs. La musique bretonne est très créative et ouverte sur le monde ; avec des créations telles que la Symphonie celtique : Tír na nÓg d'Alan Stivell, ou plus tard, l’Héritage des Celtes de Dan Ar Braz, ou encore le succès énorme des festivals de musique celtique, comme le Festival interceltique de Lorient. Les danses bretonnes sont également très populaires : quand un fest-noz est organisé, il regroupe généralement plus de 500 personnes.
  • La langue bretonne reste non reconnue dans le cadre de la République française, jusqu'à l'inscription en 2008, des langues régionales comme patrimoine français dans la Constitution, décision symbolique mais de peu de portée dans le quotidien des brittophones. Jusque dans les années 1950, elle est interdite à l’école et dévalorisée. On comptait dans les années 1950, plus d'un million de bretonnants quotidiens. Il n'en reste aujourd’hui en Basse-Bretagne que 250 000 mais il faut y ajouter les bretonnants de Haute-Bretagne et de la diaspora.
  • Le drapeau breton, interdit dans les années 1960, sur le front des luttes sociales les plus dures dans les années 1970, flotte aujourd'hui sur beaucoup de mairies, dont celles de toutes les grandes villes.
  • *Domaine de la vie publique : dans les années 1980 on assiste à un combat pour la signalisation en langue bretonne (Stourm ar Brezhoneg, créée en 1984) avec barbouillage de panneaux, même partiellement en région gallèse (régions de Bretagne ne parlant autrefois pas breton mais le gallo, la "frontière" linguistique n'étant plus guère d'actualité du fait du développement de l'enseignement bilingue ou Diwan et de la mobilité de la population, brittophones inclus). C'est la seule victoire pour les nationalistes bretons avec la mise en place de nombreux panneaux de signalisation routière bilingues. La République française refuse toute introduction du breton dans la vie publique, avec par exemple le refus de ratifier la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires.
  • Dans les tendances actuelles, on peut évoquer enfin une certaine institutionnalisation du mouvement breton[réf. nécessaire].
  • Le président de la république Valéry Giscard d'Estaing signe une charte culturelle avec diverses institutions locales en 1977. Elle déclare : « Le propos de la présente Charte est de mettre fin au divorce qui existait entre une culture régionale, toujours riche et vivante, mais qui risquait de se replier sur elle-même, et une culture dominante qui l'ignorait trop souvent ». Un ensemble d’institutions sont créées, dont l’Institut culturel de Bretagne (dont sortira en 2000, l’Office de la langue bretonne, qui est l'organe officiel de normalisation de la langue bretonne). Le Comité consultatif à l'identité bretonne de la mairie de Rennes est créé en 1996. Lancement de la Journée de la langue bretonne en 2004.
  • Le 4 octobre 1977, l’État, l’Établissement public régional de Bretagne (appellation de la région dans le document) et les conseils généraux des Côtes-du-Nord (aujourd’hui Côtes-d'Armor), du Finistère, d'Ille-et-Vilaine, du Morbihan et aussi de la Loire-Atlantique, signent la Charte culturelle bretonne. Un ensemble d’institutions sont créées, dont, en 1981, l’Institut culturel de Bretagne/Skol-Uhel ar Vro, organe commun du conseil régional de Bretagne et du conseil général de Loire Atlantique (dont sortira en 1999, l’Office de la langue bretonne/Ofis ar Brezhoneg, qui est l'organe officiel de normalisation de la langue bretonne). Le Comité consultatif à l'identité bretonne de la mairie de Rennes est créé en 1996. Lancement de la Journée de la langue bretonne en 2004.

Domaine économique[modifier | modifier le code]

  • Regroupement de nombreux patrons au sein de l'Institut de Locarn pour défendre les intérêts des petites et moyennes entreprises en Bretagne.
  • Ces mêmes dirigeants créent le label « produit en Bretagne », qui se veut un label de qualité pour promouvoir l'image de la Bretagne. Il s’appuie notamment sur un patriotisme économique des Bretons et rencontre un succès notable, contrairement à la première tentative qui avait été faite dans les années 1980 (Made in Breizh).
  • En 2001, création de TV Breizh, 1re télévision totalement bretonne, mais où la langue bretonne reste très minoritaire (à peine plus d’heures que sur la télévision publique France 3 Ouest), et disparaît quasiment au fil des années 2000.
  • En 2002, lancement de la boisson Breizh Cola.
  • En 2004, création d'un opérateur régional de téléphonie mobile Breizh Mobile.

Sources[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ce découpage est adopté par Francis Favereau, professeur à l'Université de Haute-Bretagne, dans Bretagne contemporaine : culture, langue, identité. Skol vreizh, 2005
  2. Dans Bretagne contemporaine : culture, langue, identité. Skol vreizh, 2005, il s'appuie sur les conclusions d'un colloque "1491 - Bretagne, terre d'Europe (Université de Brest) pour dire que "La farouche volonté d'indépendance du duché" et sa "prospérité au XVIe siècle" est la source d'une "historiographie alors très fournie, qui cherche à créer un fort patriotisme breton porteur d'un sentiment national plus ou moins affirmé... qui n'a donc rien à envier à d'autres futurs États-nations en voie de formation en Europe occidentale". Il met en opposition l'approche "plus ou moins" marxiste qui voit dans l'Emsav un produit des contradictions françaises.
  3. Dans ses souvenirs, François Jaffrennou indique que L'Aurore, journal radical-socialiste, a fait campagne en 1908 pour l'interdiction de son journal "Ar Vro" qu'elle voyait comme contraire aux intérêts républicains, car soutenant le régionalisme et la langue bretonne.
  4. Voir le Dictionnaire de l'histoire de Bretagne, article « Guerre de 14 », pages 344-345.
  5. Les cérémonies publiques annuelles du Gorsedd de Bretagne sont insérées dans les fêtes de deux ou trois jours organisées par les autorités et les organisations régionalistes. Des affluences populaires importantes sont parfois relatées.
  6. Il s'agit surtout du magazine Le Consortium breton et de An Oaled-Le Foyer breton, tous deux dirigés par François Jaffrennou, entre 1927 et 1934, et rassemblant beaucoup d'auteurs éminents.
  7. Selon Michel Nicolas « On doit à la vérité de dire que la quasi-totalité du Mouvement breton organisé politiquement a collaboré d’une manière ou d’une autre pendant la guerre. », Histoire du mouvement breton, Syros, 1982, p. 102.
  8. Francis Favereau, Bretagne contemporaine, culture, langue, identité, Skol Vreizh, page 146 et suivantes, Morlaix 2005, (ISBN 2-911447-72-7),
  9. Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte ; aucun texte n’a été fourni pour les références nommées Librairie_-_Cairn.info.
  10. Le parquet ayant fait appel de l'acquittement de Christian Georgeault, Paskal Laizé et Gaël Roblin pour les attentats contre les Mac Do de Pornic et Quévert et la tentative d'attentat contre le bureau de poste du mail Mitterrand de Rennes, un procès en appel est annoncé pour novembre 2008. Presse-Océan, juin 2008
  11. Ouvert le lundi 17 novembre 2008, le procès en appel tourne court, la cour d'assises spéciale ayant « jugé irrecevable l'appel du ministère public, le parquet général ayant cinq jours pour se pourvoir en cassation ». Ouest-France, 20 novembre 2008, pages 1, 4 et 6
  12. La Cour de Cassation a confirmé en juin 2009 l'irrecevabilité de cet appel. Ce dossier pénal est donc clos. Le Télégramme, p. 10, 26 juin 2009

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Histoire du Mouvement breton par périodes
    • Michel de Mauny.1532-1790. Les dessous de l'union de la Bretagne à la France. Édition France-Empire. 1986.
    • Bernard Tanguy (direction). Aux origines du nationalisme breton -. Union générale d'éditions. 1977. . Tome I : Le renouveau des études bretonnes au XIXe siècle ; Tome II : Essai sur l'histoire de la langue bretonne par Hersart de La Villermarqué suivi de Notes et éclaircissements
    • Hervé Le Boterf. La Bretagne dans la guerre. 2 volumes. France-Empire. 1969.
    • Hervé Le Boterf. La Bretagne sous le gouvernement de Vichy -. Édition France-Empire. 1982.
    • Henri Fréville. Archives secrètes de Bretagne, 1940-1944, Rennes, Ouest-France, 1985, réédité en 2004.
    • Thierry Guidet.Qui a tué Yann-Vari Perrot ? - Édition Coop Breizh. 1997.
    • Bertrand Frélaut. Les nationalistes bretons de 1939 à 1945 - Éditions Beltan, 1985, de
    • Jean-Jacques Monnier. Résistance et conscience bretonne, 1940-1945, l'hermine contre la croix gammée, Fouesnant, Yoran embanner, 2007, 400 p.
    • Christian Bougeard (direction). Actes du Colloque de l'université de Brest (2001) : " Bretagne et identités régionales pendant la Seconde Guerre mondiale ". Presses universitaires de Rennes.
    • Christian Hamon. Les nationalistes bretons sous l'Occupation, Le Relecq-Kerhuon, An Here, 2001.
    • Georges Cadiou. L'hermine et la croix gammée. Le mouvement breton et la collaboration, Ed. Mango, 2001.
    • Joseph Martray. Vingt ans qui transformèrent la Bretagne : l'épopée du CELIB, 22 juillet 1950-2 février 1969. France-Empire, 1983.
    • Tudi Kernalegenn. Drapeaux rouges et gwenn-ha-du. L'extrême gauche et la Bretagne dans les années 70, Rennes, Apogée, 2005.
    • Marc Bergère. Les usages politiques de la Seconde Guerre mondiale en Bretagne : histoire, mémoire et identité régionale.
  • Essais sur la doctrine du Mouvement breton
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    • Jean-Pierre Le DantecBretagne, renaissance d'un peuple, Gallimard, 1974). Collection Les Presses d'aujourd'hui, Gallimard (ISBN 2070290808).
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    • Annaig Le Gars. Breizh/Europa. Histoire d'une aspiration -. Édition Ijin. 1994.
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    • Erwan Chartier, Ronan Larvor. La Question bretonne : enquête sur les mouvements politiques bretons. Plougastel-Daoulas, An Here, 2002. Interviews de plus d’une cinquantaine de militants bretons, de l’extrême gauche à l’extrême droite, mettant en lumière leurs revendications et leurs parcours politiques ou personnels. illustré par Malo Louarn.
    • Joseph Martray, Jean Ollivro. La Bretagne au cœur d'un monde nouveau. Les Portes du Large, 2001. (ISBN 2-914612-00-1)
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  • Questions linguistiques
    • Yann Brekilien. Le Breton, langue celtique -. Nature et Bretagne. 1976
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    • Jean-Charles Pérazzi. Diwan : vingt ans d'enthousiasme et d'espoir. Spézet, Coop Breizh, 1998. (ISBN 2-84346-056-5)
    • Eva Vetter. Plus de breton? : conflit linguistique en Bretagne rurale. Plougastel-Daoulas, An Here, 1999.(ISBN 2-86843-193-3)
    • Erwan Evenou. La langue bretonne en quête de légitimité dans l'éducation et la vie publique. Spézet, Imprimerie Keltia Graphic, 2000. (ISBN 2-913953-14-X)

Articles connexes[modifier | modifier le code]