Féodalité

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Jean II adoubant des chevaliers, enluminure des XIVe / XVe siècle, BNF.

La féodalité est un système politique ayant notamment existé en Europe entre le Xe siècle et le XIIe siècle, dans lequel l'autorité centrale s'associe avec les seigneurs locaux et ceux-ci avec leur population selon un système complet d'obligations et de services. Le terme féodalité est issu du latin médiéval[1] feodum, « fief », qui vient probablement lui-même du francique fehu, « bétail », et/ou du gotique faihu, « argent, possession »[2]. Le mot « féodalité » est un mot savant et tardif employé au XVIIe siècle. Il dérive du mot fief par l’intermédiaire de l’adjectif féodal. Fief et Féodal sont beaucoup plus anciens : sous leur forme latine — la seule usitée à l’origine — « fief », en latin fevum, remonte au Xe siècle, mais ne s’est guère répandu qu’au XIe siècle, tandis que « féodal », feodalis date du XIe siècle[3].

Définition : une ou plusieurs féodalités ?[modifier | modifier le code]

Plusieurs définitions peuvent être proposées au terme de féodalité[4]. La féodalité peut être conçue comme un système politique caractérisé par de forts liens de dépendance d'homme à homme, avec une forte hiérarchisation d'instances autonomes, l'autorité centrale, le pouvoir souverain, la puissance publique étant partagée dans les faits avec des principautés ou des seigneuries, et un important morcellement du droit de propriété s'appuyant sur la détention de fiefs. La féodalité peut aussi être définie comme un ensemble d'institutions et de relations concernant toute la société dite féodale[5], créant et régissant des obligations et des services — principalement militaires — de la part d'un homme libre, dit « vassal », ayant le plus souvent pour effet la concession par le seigneur au vassal d'un bien, dit « fief »[4].
Le sens de féodalité utilisé au XVIIIe siècle dépend du contexte chronologique et spatial : il renvoie en réalité au système de gestion diluée de la puissance publique, la potestas en latin, en Occident entre la fin du IXe et le XIIIe siècle. L'État, l'autorité publique, issus du monde gréco-romain, restaurés sous l'empire carolingien, se disloquent. Les anciens agents de l'Empire responsables des prérogatives régaliennes se les approprient et affirment leur autonomie à partir de l'affaiblissement de la lignée carolingienne à la fin du IXe siècle

Historiographie du paradigme de la société féodale[modifier | modifier le code]

Cette société féodale serait, d'après certains historiens, le résultat de la disparition de l'autorité publique entre le Xe siècle et le XIIe siècle, due à une crise sociopolitique, la mutation féodale[6], mais d'autres ne distinguent pas de changement majeur entre les temps carolingiens et le XIIe siècle[7], allant jusqu'à nier cette notion de féodalité[8]. Au IXe siècle, l'Occident connaît de nouvelles invasions. Grâce à leurs navires bien adaptés, les Vikings, venus de Scandinavie (Nord de l'Europe d'où « Normands »), parviennent à remonter les cours d'eau et à piller l'Occident. La défense du pays est exercée par les représentants du roi dans une circonscription, comtes, abbés et évêques, car le roi n'a pas d'armée pour surveiller en permanence les estuaires et les fleuves. En se substituant localement au roi et en exerçant les mêmes droits que lui dans leurs seigneuries, ils gagnent un certain pouvoir envers les populations.

Principes[modifier | modifier le code]

On peut caractériser le féodalisme par l'ensemble des institutions et usages contractuels entre suzerains et vassaux : le suzerain doit à son vassal l'entretien, généralement sous la forme d'une concession de fief (terres ou droits, ou encore rente), et la protection. En retour le vassal est tenu de fournir à son suzerain aide et conseil (foi et hommage).

Le vassal était celui qui, ayant reçu une propriété territoriale nommée bénéfice ou fief, se trouvait par là dans la dépendance du garant de cette propriété, auquel il devait foi et hommage, en échange d’une assistance de son suzerain dans certains cas. Le suzerain était celui qui, ayant conféré le fief, avait droit à l'aide du vassal. Du reste, le même seigneur pouvait être suzerain pour certains fiefs (ceux qu'il avait conférés), et vassal pour d'autres (ceux qu'il avait reçus).

Ce type de relations, au départ limité à l'aristocratie guerrière, où le roi, « suzerain des suzerains », attribue des fiefs à ses fidèles pour protéger plus efficacement son domaine, s'est étendu à l'ensemble de la société, les « serfs », personnes attachées à la terre du seigneur, ayant un rapport de vassal à suzerain avec leur seigneur. La féodalité désigne alors une société caractérisée par la hiérarchie des terres et des personnes, le morcellement des terres et de l'autorité, la domination de la classe combattante.

À partir des invasions germaniques, le principe de lien personnel entre le Princeps, l'empereur Romain, et les rois germaniques a pour conséquence l'introduction, dans la sphère publique, des liens de dépendance. Ainsi Sigismond, roi des Burgondes, écrit-il en 518 à l'empereur romain Justin, installé à Constantinople, pour rappeler les liens de dépendance personnelle que ces deux personnes entretiennent l'une envers l'autre : Sigismond n'est que le délégué de l'empereur sur un certain nombre de comtés, et il n'est délégué du Princeps que parce qu'il lui a rendu hommage ; ce lien entre vassalité et service public perdure au XIVe siècle[9].

Origines[modifier | modifier le code]

Un système féodal reposant sur le clientélisme paraît avoir existé en germe chez les Celtes et les Germains ; il fut régulièrement établi en Gaule à l'époque de la conquête par les Francs ; toutes les terres conquises sont alors divisées en « terres libres » dévolues par le sort à des chefs indépendants, et bénéfices ou fiefs (comme on les nomma plus tard) terres concédées par un chef à ses compagnons d'armes en récompense des services qu'ils lui avaient rendus à la guerre.

Le système vassalique[modifier | modifier le code]

Les Pippinides héritent du système de relations personnelles germaniques, de la clientèle de la noblesse Mérovingienne. Rapidement, pour être en mesure de rémunérer les fidélités, les maires du palais pratiquent le procédé du « chasement » : un vassal est doté d'un bénéfice, souvent les revenus d'un domaine, souvent ecclésiastique et doit subvenir à ses besoins, les siens et ceux de sa petite suite, sur ce domaine. En général, lorsqu'il s'agit d'un domaine ecclésiastique, le guerrier est placé sous la dépendance de l'abbé, mais cette fiction est permise par la mise en place de la précaire : l'abbé confie au maire du palais pippinide le domaine, qui le rétrocède en précaire (precaria en latin) aux fidèles. À ce système se superpose la conception du pouvoir romain, la potestas, qui est détenue par le « Sénat et le Peuple », le Sénat devenant le roi. À aucun moment, cette notion n'est remise en cause, et le Princeps est le dépositaire suprême du pouvoir ; il est donc indispensable, même s'il n'a aucun pouvoir réel. La vacance du trône mérovingien entre 737 et 743 est tellement émaillée de révoltes que Charles Martel éprouve en 743 le besoin de tirer d'un monastère un rejeton mérovingien, installé sur le trône, mais sans pouvoir réel[10][réf. insuffisante].

Le système vassalique carolingien, moyen de gestion de l'État[modifier | modifier le code]

C'est naturellement que les Carolingiens reprennent à leur compte le système mis en place par leur ancêtre Charles Martel, mais l'appliquent à la gestion territoriale de l'État.

Le bénéfice, rémunération d'un office public[modifier | modifier le code]

La dynastie carolingienne s'appuie sur le système vassalique pour réorganiser l'État. Charlemagne réorganise les royaumes en vastes ensembles territoriaux, placés sous la tutelle des missi dominici (« envoyés du maître ») qui gèrent une circonscription territoriale le missacatus, constitué de plusieurs comtés, placés chacun d'entre eux sous la férule d'un fonctionnaire public, le comte, rémunéré par la remise temporaire de terres et/ou de revenus publics, le bénéfice, qui constitue sa rémunération.

Le comte est régulièrement contrôlé par le roi, qui délègue sur place des missi dominici, deux en général, un évêque et un comte de son entourage, qui contrôlent sa gestion, s'assurent que la part du roi est régulièrement versée[10].

Le fonctionnement du système[modifier | modifier le code]

Durant le règne de Charlemagne et une partie de celui de son fils, le système fonctionne bien, sans révolte nobiliaire grave, mais le système s'appuyait sur l'existence de butin, prélevé lors de campagnes victorieuses. La disparition du butin, liée à la fin des guerres d'expansion, est donc l'une des causes principales de la fragilisation du système. Le butin permet en effet au roi de récompenser les fidélités sans pour autant aliéner ses biens propres et les fiscs royaux. Au cours du règne de Louis le Pieux, l'essor territorial ne prend plus la forme de campagnes militaires victorieuses, mais de lents efforts de grignotages de terres à l'Est et en Espagne. La part due au roi du versement des amendes et les nominations sont contrôlées par le roi jusque dans les années 830, dans tout l'empire, et dans certaines contrées jusque dans les années 870. Les missi assurent leurs fonctions au service du roi, mais la restriction de l'horizon territorial finit aussi par les toucher dans les années 865[11][réf. insuffisante],[12][réf. insuffisante] et c'est à ce moment que Charles le Chauve cesse de se manifester en Catalogne, par exemple.

Le dérèglement du système sous le règne de Louis le Pieux[modifier | modifier le code]

À partir des années 830, l'empire franc s'enfonce dans les guerres civiles autour de la succession de Louis le Pieux, avec d'une part, l'empereur Louis appuyé sur le clan Welf de son épouse Judith, qui soutient son fils Charles le Chauve, et d'autre part, les deux fils, Louis et Lothaire. Les grands du royaume profitent des dissensions familiales pour augmenter leurs revenus, leurs immunités, les terres publiques qu'ils contrôlent déjà… Ils dessinent ainsi les configurations mouvantes des années 830, se rapprochant des fils ou du père, selon leurs intérêts ; pendant cette période, chacune des parties, les fils aînés de Louis d'une part, et Louis de l'autre, mènent une lutte d'influence pour le soutien de la noblesse, chacun débauchant les fidèles de l'autre en promettant et en donnant beaucoup : des domaines, des abbayes, des charges lucratives. Cependant, à aucun moment, la fiction du contrôle de ces bénéfices par le roi n'est remise en cause : la potestas (pouvoir de juger) se parcellise, mais ne disparaît pas[13][réf. insuffisante]

Charles le Chauve et le système : un louvoiement perpétuel[modifier | modifier le code]

À peine entré en possession de sa part d'héritage, Charles le Chauve définit par le capitulaire de Coulaines en 843 les termes du contrat qui le lie à son aristocratie, dont une partie a été déracinée, selon les clauses du traité de Verdun : aux uns, « la jouissance paisible de leur fonction » à l'autre, « aide et conseil »[14]. Cette formation (« fonction ») indique que Charles le Chauve s'appuie sur une noblesse de fonctionnaires (entendu, qui exerce des fonctions au sein de l'État), de plus en plus territorialisée et de moins en moins amovible. En outre, si le roi dispose d'un pouvoir de contrôle, mais aussi de nomination aux grands commandements, les nominations, de fait, sont validées par les grands de son royaume. Le roi contrôle directement un certain nombre de domaines, de monastères et de revenus et dispose donc encore d'une certaine marge de manœuvre face à son aristocratie ; en outre, il s'appuie sur le clergé, dont Hincmar, archevêque de Reims, théoricien et garant du système mis en place durant son règne. Charles le Chauve dispose encore de pouvoirs réels, mais au fil de son règne, ses moyens s'amenuisent, et c'est par une intense activité qu'il parvient à les maintenir, et sur certains points à les abonder, appuyé sur un clergé fidèle, groupé autour d'Hincmar de Reims.

Le roi, arbitre du système et garant de son équilibre[modifier | modifier le code]

À aucun moment la présence du roi n'est remise en cause, mais dans les faits, celui-ci se cantonne au nord de la Loire, là où le danger est le plus proche et le plus pressant, là où, abbé laïc, il contrôle le plus grand nombre d'abbayes, notamment les plus riches, là où il contrôle directement ses comtes, sans la médiation d'un duc ou d'un marquis.

À partir de ce moment, toutes les révoltes nobiliaires ont pour but de ramener le roi dans les limites fixées à Coulaines. Les grands se font entendre, lors de plaids ou de révoltes[10][réf. insuffisante], lorsque le roi transgresse ses prérogatives, trafique les honneurs, ou modifie à son profit les règles du droit, car il est garant de l'équilibre de l'ensemble et le soutien qu'il reçoit est fonction de sa politique, conforme à la justice et au droit. Cependant, s'il y a progressivement patrimonialisation des charges publiques, l'héritier doit voir sa fonction confirmée par le roi ou son représentant (duc ou marquis), par la remise du cingulum et du pallium, rappel des insignes consulaires romains, et symboles de la potestas. Il y a un souvenir de cette pratique quand Hugues Capet demande à un de ses comtes « Qui t'a fait comte ? » preuve de la survivance de cette croyance[10][réf. insuffisante],[15][réf. insuffisante].

Expansion de l'empire carolingien sous Charlemagne.

Le pouvoir royal s'affaiblit considérablement et l'Europe se divise en principautés entre lesquelles les communications diminuent[16]. En France, l'hérédité des fiefs, déjà préservée en 587 par le traité d'Andelot, l'est de nouveau trois siècles plus tard par le capitulaire de Quierzy (877) qui l'étend aux gouvernements des provinces de l'empire carolingien. Commence alors la véritable époque féodale ; les possesseurs des fiefs devenus héréditaires accroissent facilement leur puissance sous les derniers Carolingiens, et certains de ces grands feudataires deviennent de fait indépendants.

Les principales sources sont ecclésiastiques et doivent être analysées avec prudence ; les nombreuses exactions dénoncées par les clercs, comme les brigandages, ne sont pas forcément des actes de violence directe : les châtelains essayent d'imposer des taxes aux habitants des terres d'église ce qui ampute les revenus des religieux. Ces « brigands » sont bien souvent des spoliateurs de l'Église en ce sens qu'ils contestent ou rejettent les droits des églises sur les terres dont ils sont les héritiers. Les adversaires de l'Église sont des puissances laïques que l'autorité politique ne parvient pas seule à réprimer. Les couvents et les églises, subissent souvent les pressions de descendants des donateurs qui cherchent à récupérer les biens patrimoniaux dont ils auraient dû hériter[17]. L'Église prend donc sa propre défense, ce qui est révélateur du glissement de l'autorité en direction de l'Église et de l'affaiblissement de la législation étatique. L'Église représente la seule force morale, le seul frein à la violence des seigneurs et des chevaliers[18]. Au total, les intérêts des châtelains sont en conflit avec ceux de la paysannerie, du clergé et des puissants et le mouvement de la Paix de Dieu découle des efforts de ces trois groupes sociaux pour neutraliser les excès de la noblesse naissante.

Moralisation des conduites guerrières par l'Église[modifier | modifier le code]

Statue-reliquaire de Sainte-Foy (IXe siècle). Trésor de l'abbatiale Sainte-Foy de Conques

L'Église n'est pas épargnée par les désordres des IXe et Xe siècle. Des charges d'abbés, paroissiales ou ecclésiastiques sont données à des laïcs pour se former des clientèles, ce qui entraîne un relâchement de la discipline monastique et un abaissement du niveau de culture des prêtres[19]. Les rares monastères qui ont conservé une conduite irréprochable acquièrent une grande autorité morale. Ceci d'autant plus que l'approche de l'an mil travaille les esprits : l'Apocalypse est le texte sacré qui retient l'attention la plus passionnée[20]. On y lit que « Les mille ans écoulés, Satan, relâché de sa prison, s'en ira séduire les nations des quatre coins de la terre, Gog et Magog, et les rassembler pour la guerre, aussi nombreux que le sable de la mer. »[21]. Les exactions des guerriers semblent correspondre à la prophétie. Dès lors, un soin particulier est mis à se laver de ses péchés. En particulier les monastères intègres reçoivent de nombreuses donations pour obtenir des prières en particulier post mortem[22]. Le choix des abbés se fait de plus en plus vers des hommes d'une grande intégrité et certains, tels Guillaume d'Aquitaine, vont jusqu'à donner l'autonomie et l'immunité à des monastères qui élisent donc leur abbé. Ce fut le cas de Gorze, Brogne ou Cluny. D'autres monastères utilisent des faux certificats d'immunité pour acquérir l'autonomie[23][réf. insuffisante].

De tous, Cluny a le développement et l'influence les plus impressionnants. Sous la férule d'abbés dynamiques tels qu'Odon, Maïeul ou Odilon, l'abbaye, entraînant d'autres monastères qui lui sont rattachés, constitue bientôt un ordre très puissant (en 994, l'ordre de Cluny compte déjà 34 couvents)[24]. L'une des grandes forces de Cluny est de recruter une bonne partie de ses membres et particulièrement ses abbés dans la haute aristocratie : Bernon (909-927) appartient à l'aristocratie du comté de Bourgogne, Odon (927-942) est issu d'une grande famille de Touraine, Mayeul (948-994) appartient, à la famille provençale des Valensole, Odilon de Mercœur (994-1048) fait partie du lignage comtal d'Auvergne, Hugues de Semur (1049-1109) est le beau-frère du duc capétien de Bourgogne et sa nièce épousera le roi de Castille Alphonse VI, Pons de Melgueil (1109-1122) est apparenté aux comtes d'Auvergne et de Toulouse, Pierre de Montboissier, dit le Vénérable (1122-1156), est issu d'une famille seigneuriale d'Auvergne[25][réf. insuffisante]. Aimard (942-948) est le seul abbé issu d'un milieu modeste.

La Paix de Dieu est un mouvement conciliaire mené par les ecclésiastiques en vue de moraliser la conduite des guerriers

Pour favoriser la conversion des populations païennes, le culte des saints, et donc des reliques, a été vivement encouragé dès le VIe siècle. La possession de reliques par les monastères et autres édifices religieux est très prisée, car l'afflux de pèlerins qu'elles entraînent est source de bénéfices importants[19]. Les pèlerinages se développent intensément et c'est d'ailleurs sur les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle que Cluny étend son influence à cette époque[26].

Les invasions du IXe siècle entraînent leur lot de malheurs. On prend l'habitude, à cette époque de sortir les reliques de leur sanctuaire, en particulier pour des processions lors des calamités publiques, et pour réclamer la justice contre les ennemis ou les usurpateurs d'une église[27][réf. insuffisante]. Cet usage s'applique bien entendu aussi aux déprédations dues aux seigneurs locaux : c'est d'un de ces rassemblements expiatoires que démarre le mouvement de la Paix de Dieu. On dénombre 21 assemblées de paix, mais nous ne connaissons les décrets que pour seulement 8 d'entre elles[28][réf. insuffisante]. Il s'agit d'assemblées, réunies en plein champ, dans des lieux choisis pour leur très antique sociabilité populaire, au cours lesquelles les évêques font jurer la paix. Si la Paix de Dieu se base sur un mouvement populaire dans sa première phase (989-1010), elle bénéficie ensuite du soutien du roi Robert II le Pieux et de la haute noblesse qui y voient un moyen de structurer et de pacifier le royaume[29]. Les conciles en Aquitaine ont souvent été convoqués par le duc Guillaume d'Aquitaine. Si la contestation paysanne a un caractère anti-seigneurial, l'Église ne cherche pas à se substituer au pouvoir central, mais plutôt à moraliser la conduite de la noblesse[30]. Les serments établissent un compromis juridique et foncier entre laïcs armés et ecclésiastiques : ils institutionnalisent la seigneurie[31]. La lutte de l'Église contre les violences seigneuriales assoit aussi, par les décisions de ses conciles, le nouvel ordre social organisant la société en trois ordres[29]. Ce mouvement est renforcé dans un deuxième temps par la Trêve de Dieu qui est tout autant soutenue par Cluny.

Par la Paix de Dieu, l'Église ne cherche pas à interdire la guerre et à promouvoir la paix : elle moralise la paix et la guerre en fonction de leurs objectifs et de ses intérêts. C'est en cela que la Paix de Dieu constitue une étape préparatoire importante de la formation de l'idée de croisade.

Les ducs et comtes retrouvent assez de pouvoir pour reprendre en main le mouvement de paix : en 1047, en Normandie, la Paix de Dieu devient la paix du duc (concile de Caen) ; en 1064 en Catalogne, elle devient la paix du comte. Dans le même temps, la paix s'internationalise, s'étendant aux pays voisins de la France : Catalogne, Angleterre, pays germaniques. La papauté conforte enfin le mouvement : Urbain II, ancien moine clunisien, reprend lors du concile de Clermont (1095) les dispositions promulguées aux conciles de paix. Il y invite tous les chrétiens à observer entre eux une paix perpétuelle et à aller combattre l'hérétique. C'est ainsi que la Paix de Dieu débouche sur la Croisade.

Le XIIe siècle, en même temps qu'il est période de reconstruction du pouvoir royal, voit se transformer ce mouvement de paix. Durant la première moitié du siècle, le roi reprend en main le domaine royal, faisant reculer les ambitions des châtelains. Dans le même temps, l'Église et la papauté font de nouveau appel aux autorités civiles (roi et princes) pour assurer les prérogatives judiciaires. C'est dans le cadre de cette restauration de l'autorité royale que le roi Louis VII récupère en 1155 l'institution de paix : la Paix de Dieu devient la Paix du roi.

Empire Angleterre Flandres concile de Bourges concile de Limoges concile de Vic concile de Beauvais concile de Poitiers concile d'Anse concile du Puy concile de Charroux Plaid de Laprade Plaid de Coler Plaid de Clermont concile de Verdun-sur-Doub Philippe Ier de France Henri Ier de France Robert II de France Hugues Capet Louis V de France Lothaire de France Louis VI de France Urbain II Grégoire VII Alexandre II Nicolas II Léon IX Benoît IX Benoît VIII Jean XIII Serge IV Jean XVIII Sylvestre II Grégoire V Jean XV Jean XIV Benoit VII Jean XIII Jean XII Agapet II Hugues de Cluny Odilon de Mercœur Maïeul de Cluny Aymard de Cluny


La féodalité : relations entre guerriers[modifier | modifier le code]

La féodalité, comme relation entre professionnels de la guerre, est née entre Loire et Meuse au IXe siècle, de la déliquescence de l'Empire carolingien détruit par les agressions extérieures (Normands, Sarrasins, Hongrois) et morcelée à l'intérieur entre les héritiers et leurs partisans. Elle s'étendit à l'Allemagne, l'Italie du Nord, l'Espagne chrétienne dans un premier temps ; puis à l'Italie du Sud, à l'Angleterre par la conquête normande, et fut transposée dans les États latins d'Orient avec les Croisades. Ce mode d'organisation politico-sociale s'est développé dans une société presque exclusivement rurale, sous-peuplée, où la richesse et la puissance se confondent avec la possession de la terre.

Ce système est né de la disparition de toute autorité publique, et de l'insécurité majeure : invasions extérieures, guerres à l'intérieur d'un royaume, famines (souvent issues des guerres). Il implique la prédominance d'une caste de guerriers professionnels (qui n'existe pas à proprement parler à l'époque mérovingienne) et des relations d'homme à homme, qui permettent son extension à toute la société par la suite. La féodalité est issue de la présence d'un régime seigneurial dès la fin de l'Empire romain, où l'aristocratie guerrière s'était partagée la terre. Elle y agrège le régime vassalique de l'époque mérovingienne, où les hommes libres se mettent au service d'un puissant contre sa protection, et contre un bénéfice s'il n'est pas propriétaire. Ces bénéfices étaient aussi attribués comme récompense aux compagnons (comes, qui donne comte) du puissant.

Ce système de liens personnels hiérarchisé fut utilisé et renforcé par les Carolingiens, qui y voyaient un moyen d'être à la tête de tous les hommes libres. Cependant les invasions du IXe siècle brisent le lien envers le souverain, et renforcent les pouvoirs des puissants locaux : comtes, ducs, marquis. La hiérarchie se met en place, le clergé s'y intègre. Le seul privilège du roi est, en France, de ne prêter en général[32] hommage à personne.

En 987, Hugues Capet consomme le triomphe de la féodalité en renversant la dynastie régnante ; mais aussi dès la même époque commence la lutte du pouvoir royal contre la féodalité. Hugues Capet et ses premiers successeurs ne sont encore vraiment souverains que dans leurs domaines personnels.

Au XIIe siècle, la féodalité se modifie, avec l'arrêt des invasions, l'expansion démographique et économique. La chevalerie, base du système, se ferme et devient uniquement héréditaire. L'aide du vassal se limite aux quatre cas (aide aux quatre cas). Son fief devient sa pleine propriété, et le roi de France renforce son pouvoir (notamment par la procédure de l'appel judiciaire).

L'exemple normand[modifier | modifier le code]

Chevaliers du Christ par Jan van Eyck

Aux XIe et XIIe siècles, l'organisation féodale du duché de Normandie peut se résumer ainsi :

  • Le duc de Normandie est un prince territorial du royaume des Francs et doit prêter hommage au roi, son seigneur. Pour faire la guerre, le duc peut lever l'arrière-ban, c'est-à-dire faire appel à tous les hommes de son duché.
  • Le duc de Normandie est entouré de barons desquels il a reçu l'hommage. Les barons disposent d'une dizaine de fiefs ou davantage qu'ils tiennent du duc. Ils ont aussi généralement le titre de comte. Ils forment la cour ducale.
  • Les seigneurs disposent de fiefs de haubert (ou fiefs de chevaliers) et doivent rendre l'hommage au baron dont ils sont les vassaux.
  • Enfin, les vassaux de ces seigneurs, les vavasseurs, en bas de la hiérarchie, tiennent des fractions de fiefs de haubert.

Le vassal doit à son seigneur l'ost, le service armé gratuit de quarante jours. Mais dès le XIIe siècle, ce service est remplacé par une somme d'argent.

La féodalité comme organisation de la société[modifier | modifier le code]

Les 3 états

Tout comme la disparition de la puissance centrale avait favorisé l'apparition de principautés, les désordres publics qu'elle avait entraînés avaient suscité un fort sentiment d'insécurité. Sur le modèle des relations d'homme à homme, des liens se créèrent entre la classe guerrière et la classe des paysans. Dans le système tel que présenté par les élites médiévales, pour l'essentiel cléricales, le chevalier assurait la protection aux paysans, qui en échange lui fournissaient subsistance et moyens de s'équiper.

La protection revêtait plusieurs formes :

  • guerrière : combat personnel du chevalier contre des attaques ;
  • défensive : abri procuré par le château pour les personnes, le bétail et les récoltes ;
  • chasse : autant qu'un entraînement à la guerre, la chasse avait une utilité pour la communauté paysanne, qui se voyait ainsi débarrassée des animaux sauvages destructeurs des cultures (cerfs, daims, chevreuils, sangliers) ou menaçants pour le bétail (loups, renards, ours).

Le déclin du système féodal[modifier | modifier le code]

Dans un premier temps, le système féodal s'est avéré efficace face aux invasions. Mais, celles-ci achevées, il n'a pas tardé à se créer une situation d'anomie due à la multiplicité des conflits locaux entre seigneurs, professionnels de la guerre. De plus, l'éclatement de la souveraineté en une multitude de principautés indépendantes a considérablement réduit le pouvoir du roi. Sa seule attribution demeure la suzeraineté qui en fait le « seigneur suprême ». L'historiographie traditionnelle appelle cette période de déclin du XIe et XIIe siècles l'« anarchie féodale » bien que l'État royal ne se construise pas contre cette anarchie mais pour l'« ordre féodal »[33].

Ce sont les Capétiens qui, en s'appuyant sur le système féodal pour augmenter constamment leur domaine personnel, lui portent le coup fatal en France. Le roi s'impose en jouant au maximum de sa suzeraineté et en exploitant les permanentes dissensions de ses vassaux. Ainsi, dans le courant du XIIe siècle, se met en place la monarchie féodale qui use des obligations vassaliques pour forcer à l'obéissance les grands seigneurs territoriaux.

Louis VI est le premier qui attribue à la royauté un rang particulier. L'établissement des communes, en fournissant aux rois un auxiliaire contre la puissance des vassaux ; les Croisades, en forçant les seigneurs d'engager à la couronne des domaines qu'ils ne purent depuis recouvrer, portèrent les premiers coups à la féodalité ; Philippe Auguste, Saint Louis, Philippe le Bel, soit par la force des armes, soit par jugement, achat, donation, succession, réunissent nombre de fiefs au domaine royal. Leurs successeurs, devenus plus forts, attaquent victorieusement les privilèges des feudataires.

À la fin du XIIIe siècle, la féodalité est déjà pratiquement vidée de tout son contenu. Elle évolue vers le régime seigneurial, ensemble de charges et de redevances héritées du passé qui pèsent sur la paysannerie et qui progressivement apparaissent dépourvues de sens, puisque le seigneur, en contrepartie, n'a plus d'obligation précise. C'est Louis XI qui effectue les acquisitions décisives qui lui permettent de ne plus dépendre de l'aide de ses vassaux pour soumettre une révolte de ceux-ci, aussi étendue soit-elle. Le traité du Verger (1488), qui conclut la guerre folle entre les grands vassaux et son fils Charles VIII, est un des tout derniers actes relevant vraiment du droit féodal : c'est encore un engagement entre deux hommes. Moins de dix ans plus tard le contrat de mariage de Louis XII et Anne de Bretagne est un engagement entre deux pays puisqu'il est destiné à rester valable après la mort des deux époux. Dès lors le système féodal français n'est plus qu'une coquille vide et le Moyen Âge est terminé. [réf. nécessaire]

La féodalité se prolonge au-delà du Moyen Âge par la survivance de ces droits et de privilèges attachés aux propriétaires (l'Église ou la Noblesse). Il a fallu attendre la Révolution française et la nuit du 4 août 1789 pour qu'il soit mis fin à cette situation et que soit abolie la société d'ordres. Les révolutionnaires parlaient de « féodalité » or ils voulaient dénoncer le régime seigneurial, la vraie féodalité ayant disparu avec le Moyen Âge. La Révolution propagea cette abolition en Europe occidentale par les Guerres de la Révolution et de l'Empire (Recès d'Empire).

Émergence de la bourgeoisie[modifier | modifier le code]

Depuis la renaissance de l'an mille où elle s’est structurée, la société médiévale a considérablement évolué. L’Europe a fortement progressé techniquement, artistiquement et démographiquement. Les villes se sont développées créant de nouvelles classes sociales centrées sur l’artisanat et le commerce. Le système féodal et religieux à trois ordres instauré depuis le mouvement de la paix de Dieu est adapté à une société agricole et décentralisée. La noblesse protège les terres et rend la justice. Les religieux sont les guides spirituels de la communauté : ils s’occupent des œuvres sociales et contribuent à maintenir et à développer la culture. Les paysans, quant à eux, par leur travail, assurent la fonction productrice.

Grande Charte, copie de 1225.

À partir de la fin du XIIIe siècle, l’équilibre entre les trois ordres se rompt. Le développement des villes a nécessité la création d’un État centralisé rendant justice, unifiant la monnaie et devant protéger le pays contre les attaques éventuelles de royaumes capables de lever des armées importantes. Une telle structure doit être financée et l’État a d’autant plus besoin de ressources financières que le système féodal se maintient par la redistribution de richesses vers ses vassaux. Le grand patriciat commerçant possède des ressources financières très abondantes qu’il prête aux princes et aux ecclésiastiques : il devient un acteur incontournable[34].

En France, ne disposant pas d’une administration suffisante et voulant limiter la puissance des grands féodaux, les Capétiens délèguent aux bourgeois de plus en plus de pouvoirs politiques, fiscaux et judiciaires créant de véritables zones franches aux grands carrefours commerciaux. La multiplication des affaires à régler a rendu impossible leur seul traitement par les rois et la grande noblesse qui ont alors délégué une partie de leurs pouvoirs judiciaires à des parlements et autres cours de justice. À l’époque, plutôt que d’entretenir une coûteuse administration, les souverains ont pris l’habitude de faire prélever les taxes par de riches particuliers qui leur cèdent le montant souhaité et se remboursent en percevant les impôts pour leur compte, ce qui assure de confortables bénéfices[35]. En Angleterre, les revers de Jean sans Terre contre Philippe Auguste avaient conduit les barons anglais à lui imposer en 1215 la Magna Carta, la Grande Charte, qui instituait, entre autres, la liberté des villes et le contrôle de la fiscalité par le Parlement.

En France, Philippe le Bel instaure des États généraux où la noblesse, le clergé et les villes sont représentés, pour avoir une légitimité à lever des impôts y compris sur les terres d’Église et rassembler la nation naissante pour faire bloc contre le pape qui ne peut accepter de telles taxes et proclame la primauté du spirituel sur le temporel (par la bulle pontificale Unam Sanctam de 1302, Boniface VIII revendique l’instauration d’une théocratie).

D’autre part, pour les besoins du commerce, puis pour sa propre ascension sociale le patriciat urbain a pris en charge une partie de la culture, créant des écoles laïques[36] et finançant un mécénat culturel[37]. De la même manière, il finance nombre d’œuvres sociales[38][réf. insuffisante]. La plupart des innovations techniques sont alors le fait de laïcs, ingénieurs, architectes (tels Villard de Honnecourt)[39], artisans (tels Jacopo Dondi et son fils Giovanni concepteurs de l’horloge à échappement[40]). Le clergé perd une partie de son rôle culturel ou social dans les espaces urbains.

Pour obtenir le rôle politique que leur importance croissante dans la société devrait leur donner, de nombreux bourgeois tentent d’être anoblis. C’est la voie que choisit par exemple Robert de Lorris qui, devenu proche conseiller de Jean le Bon, use de son soutien ou d’alliances matrimoniales judicieuses pour placer ses proches. La haute bourgeoisie adopte des comportements qui rappellent ceux de la noblesse : la prévôté organise par exemple en 1330 un tournoi où les bourgeois combattent comme des chevaliers[41]. Ceux qui, comme Étienne Marcel, n’appartiennent pas au cercle très restreint du pouvoir sous Jean le Bon et dont la promotion sociale est bloquée deviennent les plus fervents promoteurs d’une réforme politique qui doit aboutir au contrôle de la monarchie par les États.

Crise de la féodalité[modifier | modifier le code]

Alors que, sous l’effet des progrès des techniques agraires et des défrichements, la population s’accroît en Occident depuis le Xe siècle, on franchit un seuil qui dépasse les capacités de productions agricoles dans certaines zones d’Europe dès la fin du XIIIe siècle. Par le jeu des partages successoraux les parcelles se réduisent : elles n’ont plus en 1310 que le tiers de leur superficie moyenne de 1240[42]. Certaines régions comme les Flandres sont en surpopulation et essayent de gagner des terres cultivables sur la mer, néanmoins pour couvrir leurs besoins elles optent pour une économie de commerce permettant d’importer les denrées agricoles. En Angleterre, dès 1279, 46 % des paysans ne disposent que d’une superficie cultivable inférieure à 5 hectares. Or, pour nourrir une famille de 5 personnes, il faut de 4 à 5 hectares[42]. La population rurale s’appauvrit, le prix des produits agricoles baisse et les revenus fiscaux de la noblesse diminuent alors que la pression fiscale augmente et donc les tensions avec la population rurale. Beaucoup de paysans tentent donc leur chance comme saisonniers dans les villes pour des salaires très faibles engendrant aussi des tensions sociales en milieu urbain. Le refroidissement climatique[43] et l’évolution de l’économie vers la spécialisation de la production et le commerce[44] provoquent de mauvaises récoltes qui se traduisent du fait de la pression démographique en famines (qui avaient disparu depuis le XIIe siècle) dans le nord de l’Europe en 1314, 1315 et 1316 : Ypres perd 10 % de sa population et Bruges 5 % en 1316[42].

La noblesse doit compenser la diminution de ses revenus fonciers et la guerre en est un excellent moyen : par les rançons perçues après capture d’un adversaire, le pillage et l’augmentation des impôts justifiée par la guerre. C’est ainsi que la noblesse pousse à la guerre et particulièrement la noblesse anglaise dont les revenus fonciers sont les plus touchés[45]. En France, le roi Philippe VI a besoin de renflouer les caisses de l’État et une guerre permettrait de lever des impôts exceptionnels.

L’essor du commerce a rendu certaines régions dépendantes économiquement de l’un ou de l’autre royaume. À cette époque le transport de fret se fait essentiellement par voie maritime ou fluviale. La Champagne et la Bourgogne alimentent Paris via la Seine et ses affluents et sont donc pro-françaises. La Normandie est partagée, car elle est le point d’union entre ce bassin économique et la Manche qui devient une zone d’échanges de plus en plus intenses grâce aux progrès des techniques maritimes (le contournement de la péninsule ibérique par les navires italiens devient de plus en plus fréquent). L’Aquitaine qui exporte son vin en Angleterre, la Bretagne qui exporte son sel et les Flandres qui importent la laine britannique ont tout intérêt à être dans la sphère d’influence anglaise[46].

Ainsi, les marchands flamands en voulant échapper à la pression fiscale française, se révoltent de manière récurrente contre le roi de France ; d’où les batailles successives de Courtrai en 1302 (où la chevalerie française est balayée et où les bourgeois flamands montrent que les villes peuvent battre militairement l’ost royal), de Mons-en-Pévèle en 1304 et de Cassel en 1328 (où Philippe VI mate les rebelles flamands). Les Flamands apportent leur soutien au roi d’Angleterre, déclarant même en 1340 qu’Édouard III est le légitime roi de France. Les deux États ont donc intérêt à augmenter leurs possessions territoriales pour accroître leurs rentrées fiscales et renflouer leurs finances. Dès lors, les intrigues des deux rois pour faire passer la Guyenne, la Bretagne et la Flandre sous leur influence conduisent rapidement à une guerre entre les deux États[47] qui dura 116 ans. Bien évidemment les conséquences de cette guerre interminable furent lourdes pour le commerce, d’autant qu’elles avaient entraîné une augmentation de la pression fiscale.

Angleterre, Royaume-Uni[modifier | modifier le code]

Au sein du royaume d'Angleterre, la féodalité n'a été introduite qu'avec la conquête normande. Elle a eu beaucoup de mal à s'implanter, et a pris fin avec la dynastie des Tudors et la Renaissance anglaise (XVIe siècle). Toutefois elle a subsisté en Écosse jusqu'en 2001 et resta en vigueur sur l'île de Sercq jusqu'au 4 octobre 2006.

Allemagne[modifier | modifier le code]

Sous Louis le Germanique, dans le royaume de Germanie, puis durant le Saint-Empire romain germanique, la notion de fief public a toujours été active jusqu'à l'Interrègne (1250-1273). Les empereurs s'appuyaient sur des réseaux de fidélité stables, des chevaliers serfs devant tout à l'empereur, et surtout une expansion géographique de nature à alimenter constamment le système en terres publiques nouvelles, distribuées par la suite aux fonctionnaires royaux. Le système se grippe, à l'image du système carolingien à partir du moment où il se heurte à des états aussi bien organisés que lui : la parade est alors trouvée par les Angevins de Naples, roi de Naples, de Hongrie, de Croatie, podestat der Florence, seigneur de Parme, prince de Duras… qui empilent des couronnes, modèle pour les Jagellon et les Habsbourg. Les fidèles peuvent alors être récompensés en terres et en fonctions publiques dans les royaumes les moins densément peuplés. Ce système est celui adopté par les Habsbourg lors de la reconquête de la plaine de Hongrie au XVIIIe siècle. En outre, les fréquentes descentes italiennes des empereurs, avec le butin qu'elles génèrent, leur permettent de garder la haute main sur les terres publiques, les fidélités étant récompensées en cadeaux et en fief de bourse.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. On ne trouve pas le mot dans le dictionnaire latin-français Gaffiot, mais on le trouve dans Du Cange, Glossarium mediae et infimae latinitatis.
  2. Centre national de ressources textuelles et lexicales.
  3. Jean-François Lemarignier, La France médiévale. Institutions et société, Armand Colin, 2005, p. 100.
  4. a et b (Ganshof 1982, p. 12-13)
  5. C. Laurenson-Rosaz, « Le débat sur la mutation féodale », dans Scienza & Politica, 26. 2002, Bologne, p. 3-24.
  6. Les chefs de file de l'école dite « mutationniste » sont Pierre Bonnassie et Jean-Pierre Poly. Voir P.Bonnassie, La Catalogne du milieu du Xe siècle à la fin du XIe siècle ; croissance et mutation d'une société, Toulouse, 2 vol., 1975/1976. et Jean-Pierre Poly, La Provence et la société féodale, 879-1166. Contribution à l'étude des structures féodales dans le Midi, Paris, 1976.
  7. La ligne anti-mutationniste est représentée par Dominique Barthélemy, voir D. Barthélémy, L'an Mil et la paix de Dieu. La France chrétienne et féodale (980-1060), Paris, 1999.
  8. D'après Elizabeth Brown, la féodalité est seulement une construction théorique. Voir Elizabeth Brown, « The tyranny of a Construct : Feudalism and historians of Medieval Europ », American Historical Review, 1975, p. 1063.
  9. K.F. Werner, Naissance de la Noblesse, p. 179-181.
  10. a, b, c et d Karl Ferdinand Werner, Naissance de la noblesse, Fayard, 1998.
  11. Laurent Theis, Nouvelle histoire de la France médiévale. L'Héritage des Charles.
  12. François-Louis Ganshof, Qu'est-ce que la féodalité ?, op. cit..
  13. Laurent Theis, Nouvelle histoire de France. L'Héritage des Charles, op. cit..
  14. Laurent Theis, Histoire du Moyen Âge français, p.  46.
  15. Laurent Theis, Histoire du Moyen Âge français, op. cit..
  16. Marc Girot, De Charlemagne à la féodalité, Site de l'IUFM de Créteil.
  17. Jacques Paviot, Le moine est maître chez lui dans La France féodale], p.  42.
  18. Christian Lauranson-Rosaz, La Paix des Montagnes : Origines auvergnates de la Paix de Dieu, p. 4 Site de l'Université de droit de Clermont-Ferrand.
  19. a et b Georges Duby, Les féodaux (980-1075) tiré de Histoire de la France, Larousse 2007, p. 277.
  20. Georges Duby, Les féodaux (980-1075), op. cit., p. 274.
  21. Saint Jean, L'Apocalypse XX,7 et XX,8.
  22. Georges Duby, Les féodaux (980-1075), op. cit., p. 276.
  23. Christian Lauranson-Rosaz, La Paix des Montagnes. Origines auvergnates de la Paix de Dieu, p. 19.
  24. Michel Balard, Jean-Philippe Genet et Michel Rouche, Le Moyen Âge en Occident, Hachette 2003, p. 104-105.
  25. Jacques Paviot, Le moine est maître chez lui dans La France féodale, p. 43.
  26. Georges Duby, Les féodaux (980-1075), op. cit., p. 278.
  27. Edina Bozoky, Les reliques : un marché en pleine expansion.
  28. Sylvain Gouguenheim, Les fausses terreurs de l'an mil, Picard, 1999.
  29. a et b Site de l'université de droit et de science politique de Clermont-Ferrand Paix de Dieu.
  30. Les Mouvements de la Paix de Dieu. 2e partie Encyclopédie universelle.
  31. Stéphane Pouyllau, La Paix de Dieu et la Trêve de Dieu.
  32. Ce n'est pas toujours le cas, par exemple, en 1357 Charles V de France prête hommage à Charles IV du Saint-Empire.
  33. Michel Kaplan, Moyen âge : XIe-XVe siècle, Éditions Bréal,‎ 1994, p. 123
  34. Le Goff 2006, p. 60-62
  35. Autrand 1994, p. 234
  36. Le Goff 2006, p. 97-98
  37. Le Goff 2006, p. 104-108
  38. Marie-Thérèse Lorcin, Des Restos du cœur avant la lettre dans Un Moyen Âge inattendu, p. 48-51.
  39. Jean Gimpel, La révolution industrielle du Moyen Âge, Éditions seuil 1975 p. 113-140.
  40. Jean Gimpel, La révolution industrielle du Moyen Âge, op. cit., p. 149-157.
  41. Autrand 1994, p. 237
  42. a, b et c Michel Balard, Jean-Philippe Genet et Michel Rouche, op. cit., p. 222-223.
  43. Les constatations décrites par exemple par (en) Scott A. Mandia, The Little Ice Age in Europe (lire en ligne), sont corroborées par des médiévistes ayant analysé les chroniques de l’époque tels Philippe Contamine, La guerre de Cent Ans, coll. Que sais-je ?, no 1309, PUF, 2002 ; pour d’autres auteurs le refroidissement climatique survient plus tard et d’autres modèrent l’impact que les changements climatiques en question ont eu sur l’économie : Emmanuel Le Roy Ladurie Histoire humaine et comparée du climat, Fayard 2006.
  44. (en) Eileen Power, The Wool Trade in English medieval History, Ford Lectures, 1961, page 9.
  45. Michel Balard, Jean-Philippe Genet et Michel Rouche, op. cit., p. 231-232.
  46. Philippe Richardot, Stratis.orgY a-t-il une pensée navale dans l’occident médiéval ? .
  47. Georges Bordonove, La guerre de 600 ans, Laffont 1971, p. 135.

Source partielle[modifier | modifier le code]

Marie-Nicolas Bouillet et Alexis Chassang (dir.), « Féodalité » dans Dictionnaire universel d’histoire et de géographie,‎ 1878 (Wikisource)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Dominique Barthélemy, L'an mil et la paix de Dieu. La France chrétienne et féodale (980-1060), Fayard, Paris, 1999.
  • Dominique Barthélemy, L'ordre seigneurial, XIe ‑ XIIe siècle, Seuil, Paris, 1990.
  • Dominique Barthélemy, La mutation de l'an mil a-t-elle eu lieu ? Servage et chevalerie dans la France des Xe et XIe siècles, Fayard, Paris, 1997.
  • Dominique Barthélemy et Olivier Bruand, Les pouvoirs locaux dans la France du Centre et de l'Ouest (VIIIe ‑ XIe siècle). Implantations et moyens d'action, PU Rennes, Rennes, 2005.
  • Jérôme Baschet, La Civilisation féodale : de l'an mil à la colonisation de l'Amérique, Aubier, Paris, 2004 ; 3e éd. revue et mise à jour, Flammarion, Champs, 2006
  • Marc Bloch, La Société féodale, Albin Michel, Paris, 1939. [lire en ligne]
  • Robert Boutruche, Seigneurie et féodalité, t.1 : Le premier âge des liens d'homme à homme ; t.2 : L'apogée (XIe ‑ XIIIe siècles), Paris, 1959 et 1970.
  • Franck Collard et Michel Balard, Pouvoirs et culture politique dans la France médiévale, Ve ‑ XVe siècle, Hachette, Paris, 1999.
  • Hélène Débax, La Féodalité languedocienne, XIe-XIIe siècles : Serments, hommages et fiefs dans le Languedoc des Trencavel, Toulouse, Presses universitaires du Mirail,‎ 2003 (ISBN 285816651X et 9782858166510, présentation en ligne)
  • Georges Duby, Hommes et structures du Moyen Âge, Paris, 1973 (recueil d'articles) ; rééd. Flammarion, coll. Champs, t.1 : Seigneurs et paysans, t.2 : La société chevaleresque, Paris, 1988.
  • Georges Duby, Les trois ordres où l'imaginaire du féodalisme, Gallimard, Paris, 1978.
  • Laurent Feller, Paysans et seigneurs au Moyen Âge : VIIIe ‑ XVe siècle, Armand Colin, collection U Histoire, 2007.
  • Robert Fossier, Enfance de l'Europe. Aspects économiques et sociaux (XIe ‑ XIIIe siècle), Collection Nouvelle Clio, PUF, Paris, 1987.
  • François-Louis Ganshof, Qu'est-ce que la féodalité ?, Paris, Tallandier,‎ 1982, 4e éd., 297 p. (ISBN 2-235-01299-X)
  • Alain Guerreau, Le Féodalisme : un horizon théorique, Paris, Sycomore, 1980.
  • Jean-Pierre Poly et Eric Bournazel, La Mutation féodale Xe ‑ XIIe siècle, Collection Nouvelle Clio, PUF, Paris, 1980.
  • Jean-Pierre Poly et Éric Bournazel, Les Féodalités, PUF, Paris, 1998.
  • Laurent Theis, Nouvelle histoire de la France médiévale. L'héritage des Charles, de la mort de Charlemagne aux environs de l'an mil, Seuil, 1990, 280 pages
  • Karl Ferdinand Werner, Naissance de la Noblesse, Paris, Fayard,‎ 1998, 587 p. (ISBN 2-213-02148-1)
  • Jacques Le Goff, Marchands et banquiers du Moyen Âge, Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? »,‎ 2006 (ISBN 2-13-051479-0)
  • François Autrand, Charles V : le Sage, Fayard,‎ 1994, 909 p. (ISBN 9782213027692)

Articles[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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