Rationnement

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Le rationnement indique généralement l'intervention du pouvoir politique pour bloquer les prix ou minimaliser la distribution des denrées les plus indispensables (nourriture, combustiblesetc.) et organiser des circuits de distributions spéciaux. Il est habituellement mis en place en période de pénurie.

Cette photo datée de 1974 (pendant le premier choc pétrolier), montre des tickets de rationnement d’essence (imprimés, mais non utilisés) aux États-Unis, dus à la crise pétrolière de 1973.

Ration et rationnement[modifier | modifier le code]

Le terme rationnement semble n'apparaitre qu'en 1846 chez Pierre-Joseph Proudhon dans son Système des contradictions économiques. Il n'y apparaît qu'une seule fois dans l'ouvrage et n'y est pas défini. Victor Hugo l'utilise en 1870 dans ses Carnets intimes en parlant de la viande.

Le rationnement étant le fait de rationner — donc de définir des rations, des portions de vivres pour l'homme ou de fourrage pour l'animal — est cependant une pratique ancienne qui découle de la bonne gestion par une autorité des individus, des animaux ou d'une collectivité. Dans une famille, ce sont les parents qui décident de la portion de pitance à octroyer aux enfants et aux animaux. Dans l'armée et la marine, l'administration doit déterminer les quantités d'aliments à fournir aux hommes et aux animaux (ration de biscuit, ration d'eau-de-vie, ration de fourrageetc.).

Selon la quantité octroyée et la perception de l'utilisateur, la ration peut être considérée comme abondante, normale ou réduite ; elle est souvent ressentie comme restrictive dans le cadre d'un régime diététique.

La pénurie, due aux circonstances climatiques ou économiques, aux guerres ou aux catastrophes, a imposé de tous temps la nécessité de rationner les vivres. La ration est alors une quantité d'aliments ou de boisson déterminée distribuée par intervalles et qu'il n'est pas permis de dépasser. Ce rationnement est établi dans la sphère privée ou collective ; dans ce dernier cas, il constitue une mesure prise par les autorités pour répartir à la population des biens ou des denrées qui ne sont disponibles qu'en quantité limitée.

Tickets de rationnement[modifier | modifier le code]

Ticket de rationnement de savon russe (1990).
Tickets de rationnement français – J2, J3, T, denrées diverses, juillet 1944.
Menu du 25 décembre 1870
Café Voisin, 261 rue Saint-Honoré

En période de rationnement, la population reçoit des cartes ou des coupons appelés « tickets de rationnement », qui peuvent être échangés, dans les services administratifs ou dans les magasins, contre certaines denrées de base.

Rationnement en France[modifier | modifier le code]

Siège de Paris de 1870[modifier | modifier le code]

Lors de la guerre de 1870, Paris est assiégé et le rationnement est mis en place.

  • 6 octobre 1870 : rationnement de la viande et création des boucheries municipales.
  • 29 et 30 novembre 1870 : les éléphants Castor et Pollux (en) du Jardin des plantes sont abattus[1],[2] et vendu 13 500 francs, chaque[3], à la boucherie anglaise du boulevard Haussmann, qui écoulait la viande des animaux du Jardin, sous la dénomination de « viande de fantaisie ».
  • 4 décembre 1870 : le quotidien Les Nouvelles publie un menu de circonstance, utilisant toutes les ressources alimentaires dont les parisiens peuvent encore disposer :
Consommé de cheval au millet
Brochette de foie de chien à la maître d'hôte
Émincés de râble de chat sauce mayonnaise
Épaule de filet de chien sauce tomate
Civet de chat aux champignons
Côtelettes de chien aux petits pois
Salmis de rats à la Robert
Gigot de chien flanqué de ratons
Plum pudding au jus de moelle de cheval
  • 16 décembre 1870 : les vivres diminuent, la viande qui était rationnée manque totalement, ainsi que le bois et le charbon.
    Le gouverneur de Paris ordonne que l'on procède au réquisitionnement des chevaux pour les abattre, et les manger. Les queues s'allongent pour un morceau de pain. On mange du chat, du chien et on chasse le rat.
  • Menu du 25 décembre 1870 — 99e jour du siège —, servi au café Voisin, 261, rue Saint-Honoré. Il s'agit d'un menu de siège dont le prix n'est pas indiqué, reproduit sur l'image ci-contre.
  • 31 décembre 1870 : pour fêter son élection en tant que maire du 3e arrondissement de Paris, Théodore Jacques Bonvalet offre un repas à vingt de ses amis, servi au restaurant Noël Peter’s 95, rue de Richelieu - 24, passage des Princes[4]. Les mets sont composés d'animaux du zoo du Jardin des Plantes.
  • 18 janvier 1871 : le pain, qui constitue alors la base de l’alimentation, est rationné : 300 grammes à 10 centimes[3] pour les adultes, 150 grammes pour les enfants au-dessous de cinq ans. Ce pain, officiellement, doit ne contenir que du blé, du riz et de l’avoine, mais il est essentiellement fait de paille moisie hachée. Parfois, les municipalités font des distributions de viande séchée, de haricots, d’huile, de café, mais la misère est vraiment terrible dans les quartiers populaires[5].
  • 8 février 1871 : le maire de Paris, Jules Ferry, prend un arrêté indiquant la fin du rationnement du pain et son prix.
Arrêté du maire de Paris

« Le membre du gouvernement, maire de Paris,
ARRÊTE :
Art.1er. À dater du 10 février, le rationnement du pain cessera d'avoir lieu.
En conséquence, l'arrêté du 18 janvier est rapporté.

Art. 2. Sont également rapportés les arrêtés du maire de Paris, du 3 décembre 1870, limitant les livraisons de la caisse de la boulangerie ; du 12 décembre, défendant la vente des farines ; du 5 janvier 1871 défendant la sortie du pain du 12 janvier, interdisant la fabrication et la vente de pain de luxe, et le blutage des farines par les boulangers.
Le commerce des farines, la fabrication et le colportage du pain, sous quelque forme que ce soit, ne seront désormais soumis à aucune restriction, sauf la taxe municipale, qui est maintenue jusqu'à nouvel ordre.

Art. 3. Le pain sera désormais taxé au prix de 47 centimes 1/2 le kilogramme, comme avant l'arrêté du 18 janvier dernier.
Fait à Paris, le 8 février 1871
Le maire de Paris,
Jules Ferry »

Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

La pénurie alimentaire se développant après le début de la guerre, le rationnement du pain a été mis en place dès décembre 1914 dans certaines parties de la zone occupée. Il est ensuite étendu à l'ensemble du pays[6] et à un grand nombre de denrées (farine, viande, lait, pétrole, sucreetc.), et perdure après la guerre[7] (jusqu'en 1921 pour le sucre).

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Un système de rationnement similaire à celui établi pendant la guerre précédente a été mis en place dès mars 1940 et fut prolongé, pour certains produits, comme le pain, jusqu'en 1949[8].

Rationnement en Espagne[modifier | modifier le code]

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La période après la guerre civile espagnole a été marquée par la pénurie. Un décret ministériel en date du 14 mai 1939, a établi un système de rationnement pour les produits et les aliments de base. Ce rationnement ne couvrait pas les besoins alimentaires de base de la population, qui a connu la misère et la famine pendant des années. Il existait deux cartes de rationnement, l’une pour la viande et l’autre pour les autres aliments. La population était divisée en plusieurs groupes : hommes adultes, femmes adultes (80 % de la ration adulte de sexe masculin), enfants jusqu’à quatorze ans (60 % de la ration des hommes adultes) et adultes de plus de soixante ans (80 % de la ration des hommes adultes). L’attribution de quotas pourrait également différer selon le type de travail du chef de ménage. Au départ les cartes de rationnement étaient familiales, avant d’être remplacées en 1943 par des cartes individuelles, ce qui a permis de contrôler plus strictement la population. Dès l’entrée en vigueur de la carte individuelle, en mai 1943, le nombre de rationnés espagnols s’élevait à 27 071 978. La distribution des rations alimentaires était caractérisée par la mauvaise qualité des produits et a révélé une corruption généralisée et le marché noir. Le rationnement a duré officiellement jusqu’en mai 1952, pour les produits alimentaires. Entre 1950 et 1960, la consommation par habitant de viande et de papier a doublé tandis que celle de sucre ou d’électricité triplait.

Définition en comptabilité[modifier | modifier le code]

En comptabilité et finance, le rationnement est l'ensemble des contraintes portant sur les sommes à effectuer à l'acquisition d'immobilisations, imposées par la direction lors de l'établissement du budget des investissements.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La Gazette des Absents : abattage d'un éléphant du Jardin des plantes durant le siège de Paris.
  2. Les dates indiquée dans La Gazette des Absents (29 et 30 décembre) semblent erronées puisqu'il semble que ces animaux furent consommés le 25 décembre puis le 31 décembre.
  3. a et b La guerre de 1870 (1 franc de l'époque vaut environ 4 € de 2005) [PDF].
  4. Célèbre aussi pour avoir inventé le « plat du jour » et le homard à l’américaine.
  5. Fernand Hazan : Dictionnaire de la Commune.
  6. Par exemple à Paris où la pénurie ne se fait sentir qu'à partir de 1916 : cartes de rationnement sur le sucre imposées en 1917, sur le pain en 1918.
  7. « Guerres, Crises économiques et les monnaies... — Le rationnement en France pendant la Première Guerre mondiale , sur le site nithart.com, consulté le 24 octobre 2009.
  8. « Guerres, Crises économiques et les monnaies... — Le rationnement en France pendant la Deuxième Guerre mondiale », sur le site nithart.com, consulté le 24 octobre 2009.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]