Congrès de Tours (SFIO)

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Congrès de Tours
Date 25 au 30 décembre 1920
Lieu Tours
Adhésion à l'Internationale communiste Pour 3208 voix
Contre 1022 voix

Le congrès de Tours est le 18e congrès national de la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO). Il se tint dans la salle des Manèges jouxtant l'ancienne abbaye Saint-Julien de Tours du 25 au 30 décembre 1920.

Au cours de ce congrès, fut créée la Section française de l'Internationale communiste (SFIC, futur Parti communiste français — PCF). Il a constitué un événement majeur dans l'histoire de la gauche française et a longtemps marqué sa structuration.

Contexte[modifier | modifier le code]

L'unité de la SFIO s'est décomposée en raison de l'attitude à adopter face au conflit de la Première Guerre mondiale (1914-1918). A la déclaration de guerre, la quasi-totalité des socialistes rejoint l'Union sacrée, quelques-uns participant directement aux gouvernements (Marcel Sembat, Jules Guesde, Albert Thomas). L'idée répandue est que la guerre sera courte et que la parenthèse patriotique sera rapidement refermée. Mais la guerre s'installe dans la durée, et dès 1915, les partisans du pacifisme, tels les syndicalistes révolutionnaires regroupés autour de la revue La Vie ouvrière animée par Pierre Monatte commence à contester le bien-fondé de l'Union sacrée. Même si le Congrès de décembre 1915 se prononce pour la poursuite de l'effort de guerre à une large majorité, la tendance pacifiste appelée Minorité de guerre ne va cesser de progresser. La Commission administrative permanente (CAP) élue au congrès de décembre 1916 ne compte plus que 13 majoritaires contre 11 minoritaires [1]. La Révolution russe en 1917 et la paix de Brest-Litovsk sont suivis avec sympathie par les socialistes français. Au congrès d'octobre 1918, la motion internationaliste de Jean Longuet l'emporte, et les minoritaires dominent désormais la CAP.

Les années 1919 et 1920 marquent un développement important du mouvement ouvrier. Dès mars 1919, des grèves démarrent dans les mines, le textile, les chemins de fer et dans les banques. La répression de ces grèves tournantes de la CGT a été marquée par le licenciement de 18 000 métallurgistes, ce qui met à mal le syndicalisme révolutionnaire mais aboutit à la journée de huit heures. Ces événements provoquent de fortes pressions sur la SFIO, où deux franges s'affrontent : les « zimmerwaldiens » et les réformistes.

Au congrès extraordinaire d'avril 1919, Léon Blum justifie l'existence de tendance diverses, mais conclut par un appel à l'unité[1]. L'épreuve des élections législatives de novembre 1919 constitue un échec pour le parti qui perd le tiers de ses députés. En février 1920, au congrès de Strasbourg, les adhérents acceptent à 92 % le retrait de la SFIO de la Deuxième Internationale, discréditée par son manque de fermeté à s'opposer à la guerre. Il est décidé aussi d'envoyer une délégation à Moscou pour examiner les conditions d'un rattachement à la Troisième Internationale. Les délégués sont Frossard et Cachin.

Pour le congrès suivant, la ville de Tours fut choisie comme terrain neutre près de Paris car les militants les plus hésitants avaient peur d'être submergés par les partisans de l'adhésion à la IIIe Internationale communiste majoritaires dans la fédération de la Seine[2].

Préparation du Congrès[modifier | modifier le code]

Arrivés à Moscou en juin 1920, les deux délégués subissent une opération de séduction avant d'être invités à participer en juillet aux travaux du deuxième congrès du Komintern. De retour en France, Frossard et Cachin vont proposer une motion d'adhésion mais basée sur un malentendu concernant les fameuses conditions d'admission. Ces conditions s'élevaient à 9 lors du voyage à Moscou ; elles sont portées à 21 en septembre après le départ des deux délégués français[3].

Depuis mai 1919, une fraction active autour de Boris Souvarine est favorable à l'adhésion et s'est organisée en Comité de la Troisième internationale[4]. Elle dispose de fonds fournis par les bolchéviks et d'un organe propre Bulletin communiste. Y participent des syndicalistes révolutionnaires non membres de parti, tel Pierre Monatte. C'est le noyau dur qui prône l'adhésion[5].

Déroulement du congrès[modifier | modifier le code]

Durant le congrès, la SFIO se divisa en trois camps :

  • Le premier, largement majoritaire, le plus à gauche de la SFIO, rassemble les partisans de l'adhésion à la IIIe Internationale communiste (qui ne partageaient cependant pas toutes les 21 conditions des bolchéviks, qui de fait ne furent pas votées lors du congrès). Il s'agit surtout des plus jeunes dirigeants du parti soutenus par un très grand nombre de membres, d'une part les animateurs du Comité de la troisième Internationale (« zimmerwaldiens »), (Fernand Loriot, Charles Rappoport, Boris Souvarine), d’autre part des anciens des courants socialistes de droite ou du centre (Marcel Cachin et Ludovic-Oscar Frossard). Ce camp révolutionnaire, pacifiste et désirant que le parti soit dirigé par des élites socialistes issues du monde ouvrier et non de la bourgeoisie intellectuelle, obtient les trois quarts des votes[6].
  • Le deuxième camp au centre, pacifistes menés par une minorité acceptant l'adhésion (Jean Longuet et Paul Faure), mais seulement sous de nombreuses conditions : par exemple ils contestent l'article 17 qui mentionne que le parti doit respecter les directives centrales de la IIIe Internationale (c'est-à-dire qu'ils ne sont plus libres de leur politique) et l'article 21 qui met en place la révolution par une insurrection (révolution « blanquiste » des bolcheviks).
  • Le troisième camp, mené par Léon Blum, Jules Guesde, Albert Thomas refusait totalement l'adhésion (on y trouvait entre autres la droite des « guesdistes » et la droite des « reconstructeurs »). Ce camp avait soutenu les gouvernements français entre 1914 et 1918, le vote des crédits de guerre, il souhaitait rester au sein de la IIe Internationale.

En réalité, les jeux sont faits car les délégués ont un mandat impératif et les grandes fédérations telles la Seine (un quart des délégués), le Nord et le Pas-de-Calais ont voté majoritairement pour l'adhésion[5].

Les débats sont houleux[7]. Le matin du 28, un message de Zinoviev soutient la motion Cachin-Frossard et dénonce le réformisme des autres. Longuet s'élève contre cette ingérence en lancant : « Le socialisme de Jaurès ne peut aller à Moscou la corde au cou et la tête couverte de cendres »[1]. La présence de la marxiste allemande Clara Zetkin (du KPD) est en partie décisive sur l'issue du congrès, moins par son discours que par son action lors de réunions en marge du congrès[8]. Aussi bien Zinoviev que Zetkin ont pesé sur la décision d'exclure Longuet, jugé opportuniste par Lénine malgré son appartenance à la minorité de guerre et le fait qu'il soit le petit-fils de Karl Marx.

La motion présentée par le camp de Léon Blum, intitulée « Motion du comité de résistance socialiste », est retirée du vote par ses auteurs, si bien que la scission en deux sections est inévitable : d'une part la « Section française de l'Internationale communiste » (SFIC, futur PCF), majoritaire à Tours (3208 voix), formée du premier camp et rassemblant la majorité des militants, et d'autre part la SFIO, minoritaire (1022 voix), regroupant les deux autres camps, et représentant la majorité des élus.

La motion Paul Mistral sur le refus de s'engager dans la voie des exclusions réclamées par Zinoviev est repoussée le lendemain 30 par 3247 voix contre 1398[1].

Conséquences[modifier | modifier le code]

Les communistes conservent la direction de l'Humanité grâce aux actions cédées par Camélinat[3]

La SFIO socialiste plaça alors à sa tête Paul Faure.

Cette scission fut suivie par celle de la CGT en 1921, avec la formation de la Confédération générale du travail unitaire (CGTU), de tendance révolutionnaire (communistes et libertaires).

Déclarations marquantes[modifier | modifier le code]

Déclaration de Léon Blum au cours du Congrès[modifier | modifier le code]

Appréciation d'Antonio Gramsci le 4 janvier 1921[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Claude Estier, Un combat centenaire 1905-2005, Histoire des socialistes français, Le cherche midi 2005, p.33-41
  2. La naissance du Parti communiste français émission 2000 ans d'histoire sur France Inter, 21 décembre 2010
  3. a et b Christian Delporte, La IIIe République de Poincaré à Paul Reynaud, Pygmalion 1998, p.52-55
  4. Elle se dissoudra en octobre 1921 à la demande de l'IC
  5. a et b Naissance du Parti communiste français dans la revue L'Histoire, décembre 2010
  6. Romain Ducoulombier, Camarades ! La naissance du parti communiste en France, Perrin, 2010, p. 357
  7. Compte rendu sténographique du congrès sur Gallica
  8. Magazine L'Histoire, n° 359, décembre 2010, page 48.

Annexe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Annie Kriegel, Aux origines de communisme en France, 1914-1920, Mouton 1964 (réed, Flammarion 1969)
  • Danielle Tartakowsky, Les Premiers Communistes français, Presse de la FNSP 1980
  • Romain Ducoulombier, Camarades! La naissance de Parti communiste en France, Perrin 2010

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]