Monument aux morts

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Un monument aux morts est un monument érigé pour commémorer et honorer les soldats[1], et plus généralement les personnes, tuées ou disparues par faits de guerre.

Il en existe de plusieurs types :

  • les cénotaphes (monuments mortuaires n’abritant aucun corps), généralement dans le centre d'une ville ou d'un village, mais qui ont aussi été, après la Première Guerre mondiale, élevé dans les entreprises, les écoles, les foyers fréquentés par les disparus de leur vivant ;
  • les mémoriaux, monuments nationaux élevés sur les champs de bataille (par exemple, à Douaumont) où les cimetières militaires abritent les tombes de soldats, parfois de centaines de milliers d'entre eux.

Historique[modifier | modifier le code]

Les monuments aux morts n’existent quasiment pas avant le XIXe siècle : les monuments commémorent les victoires militaires et portent rarement les noms des soldats morts, à moins qu'il ne s'agisse de personnalités.

Jusqu’au début du XXe siècle[modifier | modifier le code]

En Allemagne[modifier | modifier le code]

Des monuments sont érigés pour commémorer les soldats morts lors des guerres d’unification allemandes (guerre austro-prussienne et guerre franco-prussienne de 1870).

Les monuments édifiés à cette époque se soucient plus d'honorer les combattants (même les vivants) que les morts. Dans tout le pays, les mairies, les écoles, les places et les jardins publics voient fleurir plaques et monuments financés par les associations d'anciens combattants et les communes.

Les motifs les plus fréquemment employés y sont la victoire, Germania, l’aigle aux ailes déployées, ou l’obélisque, emblèmes traditionnels des vainqueurs. Les monuments en l’honneur des morts proprement dits sont des représentations baroques de sarcophages, d’urnes ou de gisants.

Cette prolifération de monuments est favorisée par une loi de 1890 qui confie la responsabilité de leur érection aux communes. À partir de cette date en effet on voit se multiplier les nouveaux monuments à la guerre de 1870, en particulier lors du jour de la victoire, ou pour le 25e et le 40e anniversaires en 1896 et en 1911. Les communes s’étaient enrichies grâce aux retombées de la révolution industrielle, et les anciens combattants, ayant atteint l’âge mûr, n’hésitent pas non plus à se faire construire un monument. De nombreux monuments à la guerre de 1870 érigés après 1900 sont également un signe de la remilitarisation de la société sous Guillaume II.

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Aux États-Unis[modifier | modifier le code]

Les premiers monuments à la mémoire des combattants apparaissent après la guerre de Sécession aux États-Unis. Il s'agit par exemple du Memorial Shaw, à Boston inauguré en 1897 et commémorant les soldats du 54e régiment d'infanterie des volontaires du Massachusetts, monument d'autant plus remarquable que ce régiment était composé de soldats afro-américains qui figurent ainsi pour la première fois sur un monument civique.

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En France[modifier | modifier le code]

Les premiers monuments aux morts[modifier | modifier le code]

Le premier exemple français de monument portant les noms de combattants morts est le cas de la porte Désilles à Nancy, édifiée entre 1782 et 1784 pour commémorer l'indépendance de l'Amérique et qui rend également hommage aux Nancéiens morts durant la bataille de Yorktown.

Un projet de Lucien Bonaparte avait cependant prévu en 1800 que seraient inscrits sur des Colonnes départementales élevées « à la mémoire des braves du département morts pour la défense de la patrie et de la liberté. » les noms de « tous les militaires domiciliés dans les départements qui, après s'être distingués par des actions d'éclats, seraient morts sur le champ de bataille. » L’Arc de triomphe de l'Étoile, dont la construction débute en 1806, porte seulement le nom d'officiers supérieurs, qui ne moururent pas forcément au combat, et parfois encore vivants lors de la construction du monument.

Guerre de 1870-1871[modifier | modifier le code]

Des monuments sont également érigés pour commémorer les soldats morts lors des guerres de la guerre franco-prussienne de 1870 et des guerres coloniales.

Au Royaume-Uni[modifier | modifier le code]

La colonne Nelson, à Londres, n'est associée qu'au nom du héros vainqueur de Trafalgar, l'amiral Nelson.

Il existe quelques monuments en Angleterre à la mémoire des combattants et morts des Guerres des Boers (1880-1881 et 1899-1902), qui ont impliqué les soldats de toute l'Angleterre combattant les Boers de l'actuelle Afrique du Sud.

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En Italie[modifier | modifier le code]

L'Autel de la Patrie, au centre du Vittoriano, le monument érigé en 1911 en l'honneur de Vittorio Emanuele II, premier roi de l'Italie unifiée, accueille la tombe du soldat inconnu.

Après la Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

La Première Guerre mondiale qui se déroula de 1914 à 1918 est la principale guerre commémorée par les monuments aux morts. Cette guerre a mis en jeu plus de soldats, provoqué plus de décès et causé plus de destructions matérielles que toute guerre antérieure. Plus de 60 millions de soldats y ont pris part[4],[5]. Pendant cette guerre, environ 9 millions de personnes sont décédées et environ 8 millions sont devenues invalides[6],[7].

En France[modifier | modifier le code]

Le deuil de la Grande Guerre a déterminé les communes à rendre hommage à leurs morts pour la Patrie. Dans les années 1920-1925, ce sont quelque 36 000 monuments aux morts qui furent érigés malgré les difficultés de la reconstruction. L'État est intervenu pour accorder des subventions et réglementer les édifications[8],[9], les souscriptions populaires couvrant parfois la totalité des dépenses[10].

Les pertes massives (en France, il y eut 1,4 million de morts et 3 millions de blessés sur 8 millions de mobilisés, pour une population de 40 millions d'habitants) amènent, le plus souvent, non à glorifier la victoire, mais à honorer ceux qui ont perdu la vie. Cet aspect est important, car la très grande majorité des monuments élevés à cette occasion le sont à l’initiative, ou au moins avec la participation financière des anciens combattants, qui formaient 90 % des hommes de 20 à 50 ans en France[11]. Leur motivation à continuer de se battre était l’espérance que cette guerre serait la dernière (« la Der des Ders »), et que leur sacrifice ne serait pas vain ; les monuments sont aussi là, dans une certaine mesure, pour rappeler ce sacrifice. Il n'est donc pas étonnant de trouver une forte concentration de ces lieux de mémoire dans les régions où se sont déroulés les combats, par exemple en Lorraine.

Leur construction commence dans l’immédiat après-guerre, mais se prolonge tout au long du XXe siècle (quelques petites communes se dotent d’un monument aux morts seulement dans les années 1990, comme Fontaine-le-Comte). Dans la plupart des pays, on ajoute à la liste des morts de la Grande Guerre ceux de la Seconde Guerre mondiale, puis des guerres suivantes (guerres de décolonisation (Indochine, Algérie en France) ou guerre du Viêt Nam aux États-Unis). En France, on y trouve parfois aussi une copie de l’Appel du 18 juin. Dans les autres pays, les monuments restent collectifs : les listes de noms sont très rares dans l’URSS, la Chine ou le Japon.

La période principale de construction est cependant les années 1920, dans les pays occidentaux : 30 000 de 1918 à 1925 en France, soit quinze inaugurations par jour les trois premières années d’après-guerre[11]. En 1924, par exemple, un double monument « Aux héros de l'Armée noire » est élevé à la mémoire des soldats africains tombés pendant la Grande guerre, l'un à Reims, l'autre à Bamako (Mali). Le premier fut détruit par les troupes d'occupation en 1940[12]. Il a été « reconstitué » en 2013. Celui de Bamako existe toujours.

Par ordre alphabétique de départements et de communes :

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En France, Aristide Croisy est l'auteur de nombreux monuments, au Mans, à Sedan, à Mézières. En Moselle, le plus important Mémorial aux Soldats Français tombes sur le sol Roumain 1914 – 1918, est réalisée à Dieuze par le sculpteur Remus Botar Botarro, majestueuse œuvre d’art contemporaine en bronze - monument commémoratif inauguré le 9 novembre 1998 par M Jean-Pierre Masseret, Secrétaire d’État aux Anciens Combattants et M Victor Babiuc, Ministre de la Défense de Roumanie.

En 1923, le Bulletin de la Société préhistorique française signale que le monument aux morts de la commune de La Verpillière en Isère est construit à partir de deux mégalithes et celui de Quiberon à partir d'un menhir tombé[13].

En Italie[modifier | modifier le code]

En Italie, les dépouilles mortelles des soldats enterrés dans les cimetières de fortune surgis sur le théâtre des batailles immédiatement après la grande guerre ont été, dans le cadre de la politique de « monumentalisation » des lieux de mémoire mise en œuvre par le régime fasciste, ramenés dans les grands sacrari (sanctuaires) comme le cimetière militaire de Redipuglia où était glorifiée la patrie victorieuse[14]. Le Monumento Nazionale al Carabiniere à Turin fait partie des centaines de monuments aux morts érigés en Italie après la Seconde Guerre mondiale. Il est remanié en 1948.

Au Royaume-Uni[modifier | modifier le code]

Le plus grand monument aux morts britannique se situe en Belgique dans le cimetière militaire britannique de Tyne Cot près de Passendale (de nos jours section de la commune de Zonnebeke). Outre les 11 952 tombes de soldats britanniques qui s'y trouvent, sur le monument figurent les noms gravés des 34 857 disparus britanniques dans le saillant d'Ypres[15].

Le Château_d'Édimbourg contient le "mémorial national d'Écosse de la guerre" qui commémore les morts des première et seconde guerres mondiales et des campagnes militaires depuis 1945.

Monuments aux morts des conflits contemporains[modifier | modifier le code]

Guerres mondiales, les guerres de 1914-1918 et de 1939-45 ont fait des victimes dans le monde entier. Elles sont commémorées également dans les anciennes colonies des différents pays européens belligérants ou chez leurs alliés. On peut citer l’Australian War Memorial à Canberra (Australie), édifié en 1941 et remanié plusieurs fois depuis; le National War Memorial à Wellington (Nouvelle-Zélande) à la mémoire des combattants de la Seconde Guerre des Boers, des deux guerres mondiales, de la guerre de Corée et de la guerre du Viêt Nam, Tamaki Paenga Hira, le mémorial des morts au combat à Auckland (Nouvelle-Zélande) (anciennement Auckland's War Memorial).

Avec l'apparition des bombardements, l'emploi de la force nucléaire (Hiroshima) ou du terrorisme, et la reconnaissance juridique du génocide, apparaissent des monuments commémorant des victimes civiles. Il existait déjà des monuments à visée nationaliste (Voortrekker Monument à Pretoria).

Dans plusieurs endroits, au lieu d'ériger un monument, les autorités laissent les ruines servir de mémorial. C'est le cas d'Oradour-sur-Glane, du clocher tronqué de la Kaiser-Wilhelm-Gedächtniskirche à Berlin, ou du monument pour la paix de Hiroshima (Dôme de Genbaku).

Une nouvelle sensibilité se développe autour de l'idée de devoir de mémoire. Il ne s'agit plus de glorifier des actes héroïques ni même d'honorer les soldats morts au combat, mais garder en mémoire les erreurs du passé. L'allemand crée d'ailleurs le terme de Mahnmal[16]. Des monuments rétrospectifs sont élevés aux victimes de l'Holocauste : Mémorial de l'Holocauste (Berlin), Mémorial de Yad Vashem (Israël), de l'esclavage ou d'autres génocides, comme le génocide arménien.

Également rétrospectif, le mémorial des soldats Afro-américains morts pendant la guerre de Sécession (1861-1868) s’ouvre au public en 1999 à Washington D.C. Il est consacré à la mémoire des 209 145 soldats et marins noirs américains qui se sont battus pour l'Union pendant la guerre de Sécession.

En 2003, en France, à la suite d'une commande du ministère de la Défense pour un Mémorial national de la guerre d'Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie, quai Branly à Paris, l'artiste Gérard Collin-Thiébaut change radicalement la forme du monument aux morts traditionnel, utilisant des diodes lumineuses sur trois colonnes. La première déroule en continu, par année et par ordre alphabétique, les noms des 23 000 soldats et harkis, morts pour la France en Afrique du Nord. La deuxième colonne passe des messages rappelant la période de la guerre d’Algérie et le souvenir de tous ceux qui ont disparu après le cessez-le-feu. Le 26 mars 2010, le président de la République et son gouvernement ont décidé d’inscrire sur la colonne centrale du Mémorial du quai Branly les noms des victimes civiles de la manifestation de la rue d’Isly, à Alger, le 26 mars 1962. La troisième colonne, grâce à l’utilisation d’une borne interactive située au pied du monument, permet de voir s’afficher le nom d’un soldat recherché parmi l’ensemble des noms de la liste[17].

Le mémorial du World Trade Center, à New York, qui commémore les victimes des attentats du 11 septembre 2001, est encore en construction.

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Calendrier des commémorations[modifier | modifier le code]

Les monuments aux morts sont le lieu de cérémonies, régulières ou exceptionnelles, qui commémorent les événements auxquels ils sont consacrés.

  • 11 novembre: Remembrance Day (Royaume-Uni, Canada), Jour du Souvenir (Québec), Poppy Day (Afrique du Sud), Veterans Day (États-Unis), Jour des anciens combattants (France) : date anniversaire l'armistice de la guerre de 1914-1918.
  • 5 décembre : Morts pour la France de la guerre d'Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie.
  • 25 avril ANZAC Day (Australie et Nouvelle-Zélande) commémore l'engagement des troupes australiennes et néo-zélandaises dans les deux guerres mondiales (mais également d'autres conflits) à la date anniversaire du débarquement de Gallipoli (1915).

Typologie[modifier | modifier le code]

Formes[modifier | modifier le code]

Inspirés de stéréotypes architecturaux, les premiers monuments aux morts réemploient les mêmes dispositifs. Néanmoins chaque pays et chaque culture offre des variantes.

En France, l’une des formes privilégiées est l’obélisque. Elle concerne essentiellement les monuments communaux, placés au centre de l’espace public (sur la place principale) ou dans des lieux symboliques : près de la mairie ou encore près de l’école, près de l’église ou du cimetière. Une statue représentant un poilu est une forme également très fréquente, plusieurs modèles sont produits en série. La statue la plus courante, érigée à plus de 900 exemplaires, est Le Poilu victorieux d'Eugène Bénet. Ces monuments sont subventionnés par l’État, en partie financés par les municipalités, mais le plus souvent une souscription publique représente une partie importante de la somme nécessaire à l’élévation du monument.

Des plaques commémoratives ont également été placées dans d'autres lieux fréquentés par les victimes comme les écoles, les églises, les mairies, les lieux de travail (on peut voir dans la plupart des gares de France une plaque listant les cheminots morts au cours des deux guerres mondiales), les lieux où elles succombèrent. Dans de nombreux foyers, les veuves de guerre aménagent un espace perpétuant le souvenir de leur époux mort à la guerre : une photo portant les décorations, encadrée de cierges, fait là aussi office de monument aux morts.

Certaines communes choisissent d’élever un mur formant une stèle monumentale, une colonne (reprenant le motif antique de la colonne civique), une statue, ou encore une colonne brisée, monument aux morts pacifiste érigé en contestation à cette maudite guerre.

Ruinée, l'Allemagne ne dispose pas de fonds publics pour ériger des monuments à la mémoire des millions de morts de la guerre 1914-18. Dans un premier temps, ce sont les églises qui prennent le plus souvent l'initiative de collecter des fonds et de faire graver des listes de noms sur des plaques de marbre exposées à l'intérieur des lieux de culte. On trouve aussi dans les grandes villes des livres du souvenir, et un certain nombre de monuments collectifs dans les villages. La situation change en 1933, où l'on voit apparaître des monuments qui exaltent l'esprit de sacrifice à la nation allemande.

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Ornements[modifier | modifier le code]

En France, les ornements les plus courants sont la couronne de feuilles de chêne (ou la branche de chêne), symbole des vertus civiques et de la gloire; la couronne de feuilles de laurier (ou la branche de laurier), symbole des vertus militaires ; la palme ; la branche d'olivier, représentative de la paix ; la croix de guerre 1914-1918, plus ou moins épurée au point de n'être parfois qu'une simple croix pattée ; l'urne funéraire ; le coq gaulois ; le casque du poilu. Le poilu lui-même peut être représenté, en buste ou à la taille réelle (avec son équipement, et dans diverses attitudes). Assez souvent, peuvent figurer des civils (tels qu'une femme veuve et un(e) enfant) penchés sur une tombe ou tenant un bouquet, comme à Corbie et à Guise. Ponctuellement, le civil représenté peut être muni d'un signe particulier en référence à la région ou à une activité spécifique, générale (comme une charrue tirée par un cheval évoquant de toute évidence le monde agricole), ou bien plus précise, comme un outil (un louchet à tourbe à La Faloise). Dans quelques cas, un combattant est montré soutenant le corps de son frère d'armes. En Allemagne, la disparition de l'empire et la dissolution de l'armée impériale coïncidant avec la fin de la guerre de 1914-18, les motifs nationaux disparaissent ; restent les emblèmes guerriers (casque, épée) ou chrétiens (croix).

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Inscriptions[modifier | modifier le code]

Les inscriptions gravées sur les monuments peuvent revêtir un caractère patriotique (Si vis pacem, para bellum « Si tu veux la paix, prépare la guerre », Invictis victi victuri « À ceux qui n’ont pas été vaincus, les vaincus, mais qui vaincront »[18]), civique (La commune de … à ses enfants morts pour la France/la Patrie) ou pacifiste comme « L'union des travailleurs fera la paix du monde » : citation d'Anatole France sur le monument de Mazaugues, « Maudite soit la guerre et ses auteurs », « Guerre à la guerre — Fraternité entre les peuples », « La guerre à la guerre », « Fraternité humaine », « Contre la guerre. À ses victimes. À la fraternité des peuples. Que l'avenir console la douleur. » : inscription gravée sur le monument de Dardilly, « La guerre est le massacre de gens qui ne se connaissent pas au profit de gens qui se connaissent mais ne massacrent pas entre eux » : citation de Paul Valéry sur le monument de Saint-Appolinaire ou Nie wieder Krieg (« Plus jamais la guerre »), « Le courage nourrit les guerres, mais c'est la peur qui les fait naître » citation d’Émile Auguste Chartier sur le monument de Costaros[19].

Dans les régions françaises qui ont subi les combats, les monuments insistent plus sur les malheurs de la guerre (ruines, deuil, orphelins), en une sorte de réquisitoire contre les crimes allemands. En Alsace-Moselle l'inscription « morts pour la France » qui suit la liste des noms est remplacée par des formules plus « neutres » (« La commune de … à ses enfants », ou « Morts pour la Patrie »). En effet les monuments regroupent sur une même stèle les noms des militaires originaires du village quel qu'ait été leur uniforme. Lors de la Première Guerre mondiale, l'Alsace-Moselle étant allemande, les morts militaires l'étaient souvent sous uniforme allemand. Ce fut encore le cas lors de la Seconde Guerre mondiale, au cours de laquelle de nombreux Alsaciens et Mosellans ont été incorporés de force (« malgré-nous »). Ces villages sont souvent plus que d'autres frappés par l'absurdité de la guerre, ayant vu leurs enfants s'entretuer sous des uniformes différents.

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Monuments sur le champ de bataille national[modifier | modifier le code]

Allemagne
France
Italie
Autres pays d'Europe 

Russie impériale : le 21 juin 2011, en présence du Premier ministre russe, Vladimir Poutine, et de François Fillon, Premier ministre français, fut inauguré un monument aux morts dédié aux soldats et officiers russes du corps expéditionnaire envoyé en France, en 1916, sur décision de l'empereur Nicolas II de Russie. Ce monument fut érigé Cours la Reine à Paris. Cette œuvre du sculpteur russe Vladimir Sourovtsev représente « un jeune officier avec la croix de Saint-André sur la poitrine auprès de son cheval. Il vient juste d'arriver en France, il regarde au loin, se remémore sa maison, ses proches. C'est la pause avant le combat »[20],[21].

Autres continents

Monuments sur le champ de bataille étranger[modifier | modifier le code]

Certains mémoriaux ou cimetières militaires ont été construits non pas sur le territoire national, mais directement sur des champs de batailles étrangers ou à proximité de ceux-ci. C'est le cas en France d'un grand nombre de monuments à la mémoire des troupes alliées ou ennemies tels les cimetières allemands en Normandie, ou, plus au nord, le Beaumont-Hamel Newfoundland Memorial Park, l'Ossuaire de Douaumont, Notre Dame de Lorette, le Mémorial des batailles de la Marne à Dormans, le Mémorial de Verdun, le Mémorial canadien de Vimy, le cimetière américain de Neuville-en-Condroz, le cimetière américain de Romagne-sous-Montfaucon ou le cimetière américain de Saint-Avold, le plus grand cimetière militaire de la Seconde Guerre mondiale situé en Europe.

Monuments internationaux collectifs[modifier | modifier le code]

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Monument commémoratif des attentats de Bali de 2002

Monuments nationaux collectifs[modifier | modifier le code]

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Monuments pacifistes[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Monument aux morts pacifiste.

Quelques monuments aux morts portent un message pacifiste, soit dans le texte (« Que maudite soit la guerre ! »), soit dans la forme, comme le Mémorial de l'holocauste à Berlin, le Mahnmal Bittermark (de) à Dortmund, les monuments de Düsseldorf, Hambourg, Wuppertal, du camp de concentration de Kemma en Allemagne, de l'Albertina Plats à Vienne en Autriche, d'Aniane (Hérault), Ausseing (Haute-Garonne), Balnot-sur-Laignes (Aube), La Couarde (île de Ré), Dardilly (Rhône, une pleureuse avec un enfant, et l’inscription « Contre la guerre, à ses victimes, à la fraternité des peuples »), Équeurdreville (Manche, un bilan de la guerre est placé sur une face du monument), Gentioux (Creuse, une statue de bronze d’un enfant orphelin tendant le poing est placée devant le monument, qui porte l'inscription « Maudite soit la guerre » après la liste des soldats tués), Gy-l'Évêque (Yonne), Mazaugues (Var, Plogoff (Finistère, une veuve et un orphelin), Saint-Martin-d'Estréaux (Loire), Riom (Puy-de-Dôme, commémorant les fusillés pour l'exemple de 1917) en France ou le Genbaku Dome (原爆ドーム), 1996 d'Hiroshima au Japon.

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cependant, au cimetière du Père-Lachaise à Paris, un imposant monument aux morts a été érigé en 1899, destiné à honorer tous les morts sans distinction d'état ou d'époque, c'est un cas isolé.
  2. Vernon, l'Ardèche et la guerre de 1870 document sur le site vernon-visite.org
  3. Souvenir des fêtes républicaines à Aurillac (1889-1903) document sur le site Photosapiens
  4. (en) Julián Casanova, « The Treaty of Versailles and its Consequences »,‎ 16 décembre 2002 (consulté le 23 décembre 2008)
  5. (en) Klaus J. Bade et Allison Brown, Migration in European History, Blackwell,‎ 2003, 167 p. (ISBN 0631189394)
  6. Encyclopédie de la Grande Guerre 1914-1918, Paris, Bayard,‎ 2004 (ISBN 2-227-13945-5)
  7. (en) Michael Duffy, « Military Casualties of World War One »,‎ 2 mars 2006 (consulté le 23 décembre 2008)
  8. Ministère de la Culture, La Somme à ses enfants. Monuments aux morts de 1914-1918 : [1]
  9. Dominique Guerrini, Jean-Etienne Guerrini, Itinéraires du patrimoine réalisée par l'Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France. Direction régionale des Affaires culturelles de Picardie, Amiens, 24 p. (Coll. Itinéraires du patrimoine, ISSN 1159-1722 ; 85)
  10. Odon Abbal, Les monuments aux morts de l'Hérault, 1914-1918, Presses Universitaires de la Méditerranée,‎ 1998, p. 42
  11. a et b Historiographie des monuments aux morts
  12. Le souvenir de la 1re GM en Champagne-Ardenne - Les monuments - Le monument à l'Armée noire de Reims présenté par Jean-Pierre Husson
  13. « Séance du 22 mars 1923 », Bulletin de la Société préhistorique française, vol. 20, no 3,‎ 1923, p. 89-92 (lire en ligne).
  14. (it) Anna Maria Fiore, op. cit., 2001
  15. [2]
  16. Voir l'article allemand Mahnmal : Mahnmal dont la définition est « forme particulière de monument (Denkmal) destiné à commémorer un événement négatif sous forme d'avertissement ».
  17. Document sur le site memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr
  18. Georges-Henri Soutou, « 1918 : la fin de la Première Guerre mondiale ? » Revue historique des armées, 251 | 2008, [En ligne], mis en ligne le 9 juin 2008. [3]. Consulté le 22 août 2009.
  19. Mairie de Costaros (Haute-Loire)
  20. premier.gov.ru
  21. www.moinillon.net

Pour approfondir[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Pour la France
  • Annette Becker, Les Monuments aux Morts - Mémoire de la Grande Guerre, éd. Errance, coll. « Art et Patrimoine », 1991, (ISBN 2-9034-4268-1)
  • Franck David, Comprendre le monument aux morts. Lieu du souvenir, lieu de mémoire, lieu d'histoire, éditions Codex, 2013, 130 pages (ISBN 978-2-918783-05-3)
  • Nicolas Offenstadt éd., Le chemin des Dames de l'événement à la mémoire, Paris, Stock, 2004.
  • Antoine Prost, Les Anciens combattants et la société française 1914-1939, thèse de doctorat, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, Paris, 1977.
  • Danielle Roy et Pierre Roy, Autour de monuments aux morts pacifistes en France
Études par département
  • Nadine-Josette Chaline (avec la collaboration de Daniel Moulinet), Gardiens de la mémoire. Les monuments aux morts de la Grande Guerre dans l'Allier, Yzeure, 2008. (ISBN 2-9518027-3-0)
  • Hervé Moisan, Sentinelles de pierre. Les monuments aux morts de la guerre de 1914-1918 dans la Nièvre, préface d'Antoine Prost, Saint-Pourçain-sur-Sioule, Bleu autour, 1999, 277 p., ill. (ISBN 2-912019-07-9)
Pour l'Allemagne
  • (de) Reinhart Koselleck, Kriegerdenkmale als Identitätsstiftungen der Überlebenden(Monuments aux morts comme création d'identité parmi les survivants) dans O. Marquart, Karl-Heinz Stierle (éd.), Identität, Münich, 1979
  • (de) Reinhart Koselleck et Michael Jeismann (éd.), Der politische Totenkult. Kriegerdenkmäler in der Moderne (Culte des morts et politique : monuments aux morts chez les modernes.), Münich, 1994
  • (de) Meinhold Lurz, Kriegerdenkmäler in Deutschland (6 vol.), (Monuments aux morts en Allemagne), Heidelberg, 1985–1987
Pour l'Italie
  • (it)Cesare Alberto Loverre, L'architettura necessaria/Culto del caduto ed estetica della politica, in Un tema del moderno: i sacrari della Grande Guerra, in "Parametro" XXVII, 1996, p. 18-32

Anna Maria Fiore, La monumentalizzazione dei luoghi teatro della Grande Guerra : i sacrari di Giovanni Greppi e di Giannino Castiglioni (1933-1941), thèse de doctorat sous la direction de Vittorio Zucconi et Howard Burns, Département d'histoire de l'architecture, Institut universitaire d'architecture de Venise, 2001.

  • Catherine Brice, Monumentalité publique et politique à Rome : le Vittoriano, Bibliothèque des écoles françaises d'Athènes et de Rome, no 301, Rome, École Française de Rome, 1998
  • Mario Isnenghi (dir), L'Italie par elle-même : Lieux de mémoire italiens de 1848 à nos jours, Paris, ENS Rue d'Ulm, 2006, 518 p. (ISBN 9782728803521)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]