Henri Ier de Guise

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Henri 1er de Guise
Réplique en rapport avec un portrait de Versailles.

Henri de Lorraine, 3e duc de Guise, dit « le Balafré » (, Joinville - , château de Blois) est un prince français issu d'une branche cadette de la Maison de Lorraine.

À la tête d'un puissant clan aristocratique, il devint populaire pendant les guerres de religion en se posant comme le défenseur de la foi catholique. Après avoir participé au massacre de la Saint-Barthélemy (1572), il s'illustra à plusieurs reprises sur le champ de bataille en combattant les protestants. D'abord prince de Joinville, puis duc de Guise (1563), il tint en tant que grand Maître et pair de France, une place d'importance à la cour.

Chef de la Sainte Union (1584), il ambitionna de gouverner la France. Son but avoué était de réduire l'influence politique du parti protestant en France, en vertu du principe de catholicité de la couronne, mais on ne peut exclure une ambition personnelle appuyée sur une logique de clan et une rivalité entre diverses factions proches du pouvoir et de la famille royale. Il devint le maître de Paris après la journée des Barricades (12 mai 1588) mais fut assassiné sur l'ordre d'Henri III lors des États Généraux de Blois. Sa mort provoqua indirectement l'assassinat du roi.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Henri de Guise (vers 1570)
Musée de Versailles.

Henri de Guise est le fils aîné de François de Guise, deuxième duc de Guise, chef militaire de prestige, assassiné en 1563 par un gentilhomme protestant. Sa mère Anne d'Este est une importante princesse de la cour. Par elle, il descend du roi Louis XII, d'Anne de Bretagne et de Lucrèce Borgia.

À la mort de son père, Henri de Guise n'a que treize ans. Il est alors placé sous la tutelle de son oncle Charles, cardinal de Lorraine qui se charge de son éducation. Soucieux de son apprentissage militaire, le cardinal le pousse à voyager en Europe pour acquérir de l'expérience. En 1565, il se bat en Hongrie contre les Turcs. Quand il revient en France, devenu adulte et chef de la maison de Guise, il reprend naturellement la place que tenait son père parmi les chefs catholiques. À la tête d'un puissant réseau nobiliaire, il cherche à entretenir le prestige et la popularité acquis autrefois par son père. C'est ainsi qu'il participe activement aux deuxième et troisième guerres de Religion, aux côtés du duc d'Anjou (le futur Henri III). Il s'illustre aux batailles de Saint-Denis () et de Jarnac (), où est assassiné le prince de Condé. Après s'être couvert de gloire lors de la défense de Poitiers, assiégée par Coligny, il prend part à la bataille de Moncontour (), au cours de laquelle il est blessé.

À vingt ans, Henri de Guise a l'ambition d'épouser la sœur du roi, la princesse Marguerite de France, espérant ainsi resserrer les liens entre sa maison et la dynastie régnante. Mais cette alliance, qui n'est pas du goût de la reine-mère Catherine, ne se fera pas. Henri de Guise s'unit donc le à Catherine de Clèves, comtesse d'Eu et princesse de Château-Renault, fille du feu duc de Nevers.

La Saint-Barthélemy[modifier | modifier le code]

Certains soupçonnent Henri de Guise d'avoir été le commanditaire du meurtre de l'amiral Gaspard de Coligny, chef de file du parti protestant en 1572. Le duc de Guise aurait ainsi voulu venger son père François, assassiné neuf ans auparavant par le huguenot Jean de Poltrot de Méré ; bien que Coligny ait toujours nié avoir armé le bras du tueur, l'amiral s'était néanmoins publiquement réjoui de la mort du chef militaire catholique qui assiégeait Orléans lors de la première guerre de religion (1562–1563).

Aucune preuve ne permet d'affirmer que le jeune duc Henri ait pu jouer concrètement un rôle dans cette vendetta familiale. Il est possible qu'il se soit fait déborder par certains membres dépendant de sa maison et portés sur une action violente, ou qu'il ait fermé les yeux sur leurs intentions meurtrières. De nombreux incidents avaient éclaté en province à la fin de l'automne 1571 entre les partisans des Guise et ceux de Coligny. L'attitude du cardinal de Lorraine, qui se trouvait alors à Rome, montre que les Guise avaient surtout l'intention en cette période tendue de ne pas déplaire au roi et d'accepter la paix.

Durant la nuit de la Saint-Barthélemy, le , Henri est à la tête des groupes qui doivent exécuter les principaux chefs protestants. Il aurait donc eu le bonheur de voir mourir défenestré l'amiral de Coligny, l'homme qu'il tenait pour responsable de la mort de son père. Selon certains témoignages, le duc de Guise aurait donné un coup de pied au cadavre de l'amiral. Accompagné de son oncle, le duc d'Aumale, Henri de Guise pourchasse ensuite les chefs protestants qui, logés sur la rive gauche, dans le faubourg Saint-Germain sont parvenus à s'échapper. Henri n'est donc pas dans la ville au plus fort du massacre de la Saint-Barthélemy. Il n'y rentre que le lendemain, bredouille, sans avoir pu mettre la main sur le comte Gabriel Ier de Montgomery, chef militaire huguenot.

Pendant les jours suivants, il assure sur l'ordre du roi le rétablissement de l'ordre dans la cité. Envoyé dans les rues pour arrêter les massacres et les pillages, les témoignages laissent penser qu'il fut plutôt complaisant avec les massacreurs. Il détient avec son oncle le contrôle des portes de la ville et délivre les passeports pour en sortir. Son hôtel sert toutefois de refuge pour les protestants qui sont ses clients. Il escorte enfin sa grand-mère protestante Renée de France pour la mettre en sécurité en dehors de la ville.

Un prince de la cour d'Henri III[modifier | modifier le code]

Henri de Guise représenté avec sa balafre sur la joue (vers 1575-1580)
Musée du Louvre.

Sous le règne d'Henri III, le duc de Guise continue d'être le pilier du catholicisme ultra. Il accroît sa renommée en battant les protestants à la bataille de Dormans (). Il y reçoit une importante blessure au visage qui le marque physiquement et qui est à l'origine de son surnom d'Henri le Balafré (son père avait le même surnom). Chef d'opposition aux protestants, il semble avoir secrètement soutenu les premières ligues populaires qui naissent en 1576.

Dans une cour dominée par le conflit entre le roi et son frère, son influence politique semble moins importante. Le duc de Guise y exerce la charge de grand-maître de France.

Il s'oppose à l'ascension sociale des mignons du roi.

D'une commune volonté avec son épouse, il ordonne la construction du château d'Eu, au Nord de la Normandie, en 1578.

Le chef de la Ligue[modifier | modifier le code]

En 1584, Henri III reconnaît comme son héritier légitime Henri de Navarre, le chef de la maison de Bourbon, la maison rivale des Guise. Henri de Guise mène alors un mouvement de fronde, connu sous le nom de Ligue. À ce titre, il signe le traité de Joinville avec le roi Philippe II d'Espagne, en vertu duquel ce dernier apportait son soutien financier à la ligue.

Il est l'un des promoteurs du traité de Nemours () par lequel Henri III révoqua l'édit de pacification et relança la guerre contre les protestants.

Lors de la huitième guerre de religion, à la tête des troupes catholiques, il vainc successivement les protestants à Vimory () puis à Auneau ().

Henri de Guise (vers 1585-1590)
Musée Carnavalet.

Revenu à Paris le malgré l'interdiction formelle du roi, il prend une part très active dans la journée des barricades (). D'autre part, on le soupçonne d'être à la solde de Philippe II, principal ennemi des protestants en Europe, qui prépare une offensive décisive contre le protestantisme en envoyant le l'Invincible Armada contre l'Angleterre. Toutes ces menaces affaiblissent Henri III et contraignent le roi à signer l'édit d'Union () par lequel le duc de Guise devenait lieutenant général des armées du royaume.

Le débutent les États généraux au château de Blois. La nouvelle de l'échec de l'« Invincible Armada » en conforte le roi. Cependant, la ligue est majoritaire et le duc entame une nouvelle épreuve de force contre le roi. Le , Louis, cardinal de Guise, représentant du clergé aux États généraux, aurait porté un toast à son frère le duc de Guise en disant : « Je bois à la santé du roi de France ».

Le , Henri de Guise est assassiné sur l'ordre d'Henri III, dans la propre chambre de ce dernier, par des membres des « Quarante-cinq », la garde personnelle du roi. On retrouve sur le duc ce billet portant son écriture : « Pour entretenir la guerre en France, il faut 700 000 livres tous les mois ». Son corps est brûlé dans une des salles du château puis ses cendres sont jetées dans la Loire. Le même jour sont arrêtés sa mère Anne, son fils Charles et son frère le cardinal de Lorraine. Celui-ci est exécuté dans sa prison le lendemain.

Quoique apocryphe[1], un célèbre mot historique est continuellement prêté à Henri III. Voyant étendu à ses pieds le corps de son ennemi qui mesurait presque deux mètres[2], le roi se serait exclamé : « Il est plus grand mort que vivant ! ».

Mariage et enfants[modifier | modifier le code]

Portrait de Catherine de Clèves, épouse d'Henri de Guise.

De Catherine de Clèves, il a eu 14 enfants dont 7 ont atteint l'âge adulte.

Littérature[modifier | modifier le code]

Théâtre[modifier | modifier le code]

  • Pierre Matthieu, La Guisiade (1589).
  • Christopher Marlowe, The Massacre at Paris (1593).
  • George Chapman, The Tragedy of Bussy D'Ambois (1607), centrée autour du personnage de Bussy et de ses amours avec la comtesse de Montsoreau.
  • George Chapman, The Revenge of Bussy D'Ambois (1613), qui met en scène l'assassinat du duc de Guise.
  • John Dryden et Nathaniel Lee, The Duke of Guise (1683), qui met en scène le conflit entre Henri III et le duc et finit par son assassinat.

Cinéma[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Jean-Marie Constant, Les Guise, Hachette, 1984, 270 p.
  • La Tragédie de Blois. Quatre siècles de polémique autour de l'assassinat du duc de Guise, Blois, Château de Blois, 1988, 264 p.
  • Yves-Marie Bercé, « Les coups de majesté des rois de France, 1588, 1617, 1661 », in Complots et conjurations dans l'Europe moderne, Actes du colloque international de Rome (1993), Rome, Publications de l'École française de Rome, 1996, p. 491-505, (ISBN 2-7283-0362-2), [lire en ligne].
  • Yvonne Bellenger (dir.), Le mécénat et l'influence des Guises. Actes du Colloque organisé par le Centre de Recherche sur la Littérature de la Renaissance de l'Université de Reims et tenu à Joinville du 31 mai au 4 juin 1994 (et à Reims pour la journée du 2 juin), Honoré Champion Éditeur, coll. « Colloques, congrès et conférences sur la Renaissance », 1997, 758 p. Divers articles :
    • Jean-Marie Constant, « La culture politique d'Henri de Guise vue à travers son comportement », p. 497-508.
    • Jean-Louis Bourgeon, « Les Guises valets de l'étranger, ou trente ans de collaboration avec l'ennemi (1568-1598) », p. 509-522.
    • Laura Willett, « Anomalies picturales dans la représentation d'Henri de Guise », p. 523-546.
    • Véronique Larcade, « Le duc d'Épernon et les Guises », p. 547-555.
    • Donald Stone, « Le duc de Guise, personnage littéraire », p. 557-565.
    • Louis Lobbes, « L'exécution des Guises, prétexte à tragédie », p. 567-579.
    • Luigia Zilli, « Le meurtre des Guises et la littérature pamphlétaire de 1589 », p. 581-593.
    • Yves-Marie Bercé, « Les échos du drame de Blois », p. 595-610.
  • Xavier Le Person, « Practiques » et « practiqueurs ». La vie politique à la fin du règne de Henri III (1584-1589), Genève, Droz, 2002.
  • Étienne Vaucheret, « Un portrait éclaté de Brantôme : Henri de Guise », in Cahiers Brantôme, vol. 1, « Brantôme et les Grands d'Europe », Presses Universitaires de Bordeaux, Éditions du Centre Montaigne de l'Université de Bordeaux 3, janvier 2003, p. 155-165.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Charles Ier de Guise