Procope de Césarée

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Procope de Césarée (en grec Προκόπιος Καισαρεύς / Prokópios Kaisareús), en Palestine, est un historien byzantin du VIe siècle (vers 500-560), dont l'œuvre constitue un récit détaillé du règne de l'empereur Justinien.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il passe l'essentiel de sa vie à Constantinople où il entre au service du grand général de Justinien, Bélisaire, comme symboulos puis paredros, en 527, servant à la fois de secrétaire et d'homme de confiance. Il l'accompagne ensuite dans la plupart de ses campagnes, en Orient (527), en Afrique du Nord (533) et en Italie (536). Procope est à Constantinople au moment de la sédition Nika (532) aussi bien que lors de la peste de 542, événements dont il donne des comptes-rendus détaillés en tant que témoin oculaire. C'est dans les années 550 que prend place, probablement, son activité littéraire, mais on ignore quelle fut la réception immédiate de ses œuvres. On ignore également tout de la fin de sa vie : sa chronique du règne de Justinien s'arrête en 560, et il est probable que sa fortune a souffert de la disgrâce de Bélisaire. Il était proche, en tout cas, du palais impérial. À un titre ou un autre, il semble qu'il l'ait fréquenté régulièrement. Après avoir obtenu le rang d’illustris, c'est lui, probablement, qui est nommé préfet de la ville en 562. En dépit de ses exagérations, de certains fragments injustes et de ses lacunes, l'œuvre de Procope est incontestablement la meilleure des sources narratives du VIe siècle.

La Souda (pi,2479) dit de lui :

« Illustre de Césarée en Palestine. Rhéteur et sophiste. Il écrivit une Histoire romaine, sur les guerres du patrice Bélisaire, les actions menées à Rome et en Libye. Il vécut au temps de l'empereur Justinien, fut employé en tant que secrétaire de Bélisaire et l'accompagna dans toutes les guerres et les événements qu'il relata. Il écrivit aussi un autre livre, les Anecdota, sur les mêmes événements. Les deux ouvrages tiennent en huit tomes. Le livre de Procope appelé Anecdota contient des abus et des moqueries sur l'empereur Justinien et sa femme Théodora, et de même sur Bélisaire lui-même, et sa femme. »
  • Son premier ouvrage historique, intitulé Histoires ou Discours sur les Guerres (Ἱστορίαι / ou Ὑπὲρ τῶν πολέμων λόγοι) traite ainsi, en huit livres, des campagnes victorieuses de Bélisaire, respectivement contre les Perses, les Vandales et les Goths. Il aurait été publié en 552 et complété en 554.
  • Son deuxième ouvrage est probablement dû à l'initiative de Justinien : intitulé Sur les monuments (Περὶ κτισμάτων, De Ædificiis), c'est un traité, en six livres, des monuments construits sur l'ordre de Justinien dans tout l'empire, classés par ordre géographique. Œuvre restée probablement inachevée, car la dernière partie en est composée de simples listes de lieux et de monuments qui devaient être des notes temporaires, elle est de qualité inégale, et ne doit être lue ni comme un guide ni comme un document administratif. Les sources utilisées sont perdues, mais ne paraissent pas être des observations personnelles de l'auteur. L'exactitude des informations données sur de nombreux sites a largement été remise en cause par leur confrontation avec les données archéologiques et épigraphiques — en particulier, Procope attribue à Justinien de nombreuses fortifications qui datent en fait d'Anastase Ier. Le livre aurait été publié en 561.
  • Le troisième ouvrage de Procope, probablement une publication posthume, a parfois vu son authenticité mise en doute : l'« Histoire Secrète » (Ἀνέκδοτα, Historia arcana) est d'un ton radicalement différent des œuvres précédentes. Il s'agit d'une diatribe ordurière, une compilation des pires ragots et calomnies de la cour contre Justinien, Théodora, Bélisaire et son épouse Antonina, qui dut seulement circuler sous le manteau : le titre grec signifie d'ailleurs « choses inédites » (c'est l'origine du mot anecdote). Certains passages sont tellement grossiers et si proches de la pornographie qu'il n'en exista longtemps que des traductions latines, parfois expurgées : dans le chapitre consacré à Justinien de son célèbre Decline and Fall of the Roman Empire (chap. 40), l'historien Edward Gibbon ne recule pas devant l'utilisation des passages incriminés mais prend la précaution de les citer en grec avec des commentaires en latin. Il se justifie auprès de son lecteur en écrivant à propos de Théodora que « ses arts doivent être voilés dans l'obscurité d'une langue savante » !

La duplicité de Procope, à la fois auteur du panégyrique qu'est le De Ædificiis et du violent libelle que représente l'Histoire secrète a beaucoup été discutée mais reste difficile à expliquer sans éléments biographiques supplémentaires.

Dans ces diverses œuvres, Procope fait preuve d'une grande culture classique et d'une bonne maîtrise des langues (latin, syriaque, gotique, perse en plus de son grec maternel). Thucydide est son modèle stylistique et littéraire, et comme lui, il s'efforce à l'objectivité dans son œuvre historique.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Éditions[modifier | modifier le code]

  • J. Haury et G. Wirth (éd.), Procopii Caesariensis opera omnia, 3 vols., Teubner, Leipzig, 1962-1964 ;
  • H. B. Dewing (éd.), Procopius, 7 vols., Loeb Classical Library, 1914-1940 (avec traduction anglaise).

Traductions[modifier | modifier le code]

  • S. A. Williams, History of the Wars, Penguin Books, 1966 ;
  • D. Roques, La Guerre contre les Vandales, Guerres de Justinien, livres 3-4, La Roue à Livres, Les Belles Lettres, Paris, 1990 ;
  • P. Maraval, Histoire secrète, La Roue à Livres, Les Belles Lettres, Paris, 1989.

Sources secondaires[modifier | modifier le code]

  • (en) Alexander Kazhdan (dir.), The Oxford Dictionary of Byzantium, Oxford University Press,‎ 1991, 3 vols. (ISBN 0195046528), s. v. Prokopios of Caesarea, vol. 3, p. 1732
  • Henning Börm, Prokop und die Perser. Untersuchungen zu den römisch-sasanidischen Kontakten in der ausgehenden Spätantike, Stuttgart 2007
  • Averil Cameron, Procopius and the Sixth Century, Berkeley-Los Angeles 1985
  • Anthony Kaldellis, Procopius of Caesarea. Tyranny, History, and Philosophy at the End of Antiquity, Philadelphia 2004.
  • Charlotte Roueché, Jean-Michel Carrié, Noël Duval (éd.), Le De Aedificiis de Procope : le texte et les réalités documentaires, Antiquité Tardive, 8 (2000), p. 7-180.

Ressources en ligne[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]