Écobuage

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L'écobuage, ou débroussaillement par le feu, est une pratique agricole ancestrale pratiquée dans le monde entier.

Originellement, le terme désigne le travail d'arrachage de la végétation et de la couche superficielle de l'humus au moyen d'une "écobue", outil proche de la houe, l'incinération en petits tas de ces éléments puis l'épandage des cendres sur les terrains afin de les enrichir en éléments nutritifs. Cette pratique coûteuse en main-d'œuvre, a progressivement disparu au profit de la technique qui consiste à brûler directement les végétaux sur pied dénommée brûlage pastoral ( voir aussi l'article qui lui est consacré) et qui a cependant conservé l'appellation d'écobuage plus usitée.

Histoire[modifier | modifier le code]

Xénophon parle déjà de la technique d'écobuage, qu'il décrit dans au Chapitre XVIII de l’Économique : le chaume, laissé sur la terre, fertilise si on le brûle ; si on le jette au fumier, il augmente la masse d’engrais.

Intérêts de la technique[modifier | modifier le code]

Cette technique offre de multiples intérêts :

  • Elle permet d'éliminer les broussailles et les résidus végétaux secs qui occupent l'espace et ralentissent le démarrage des plantes herbacées au printemps
  • Les cendres générées ont un effet fertilisant
  • Il s'agit souvent de la seule méthode économiquement acceptable d'entretien des espaces pastoraux en terrain accidenté
  • C'est une méthode efficace de diminution de la biomasse disponible en été lors des incendies
  • Les études existantes indiquent que, bien dosé, l'écobuage a un effet relativement neutre sur les sols, la faune et la flore. Dans certains cas, l'effet peut même être positif notamment par la réouverture des milieux qui contribue à la biodiversité.

En revanche elle comporte certains risques :

Ecobuage dans les Hautes-Pyrénées
  • Simplement utilisée, l'écobuage gène la protection et le repeuplement du gibier[1] ;
  • L'écobuage, surtout s'il est répété tous les ans peut porter atteinte au maintien de l'équilibre biologique ;
  • Mal utilisée, il dégrade les sols
  • En contexte d'eutrophisation aéroportée, il favorise l'invasivité de certaines plantes, dont certaines produisent alors des phénotypes riches en silice qui les rendent moins appétentes pour les moutons ou d'autres herbivores, ce qui peut leur conférer un caractère invasif[2]
  • Mal maîtrisée, elle dégénère en incendie ;
  • Pollution par émission de dioxines, furanes (notamment en contexte salin, près de la mer ou sur sol salinisé) et de divers goudrons ;

Il faut attendre un temps minimum avant de laisser paître le bétail de crainte de retrouver des polluants organiques dans la viande ou le lait ;

  • Les apiculteurs de montagne notent une diminution de la diversité de fleurs dans les zones écobuées.

L'écobuage en France[modifier | modifier le code]

En France, l'écobuage est pratiqué principalement dans les zones montagneuses ou accidentées où il persiste depuis des siècles.

Brûlage pastoral ou écobuage sur le Béout, à Lourdes (Hautes-Pyrénées)


Bien que l'étymologie du nom "Pyrénées" soit soumise à diverses interprétations, elle pourrait signifier "montagnes en feu" (du grec ancien πῦρ pŷr, feu) selon un récit de Diodore de Sicile (Ier siècle av. J.-C.). Ce massif est un témoin de cette pratique séculaire qui a profondément modelé les paysages sans appauvrir la nature qui ici est particulièrement riche en espèces endémiques ou protégées.

L'écobuage est pratiqué généralement sur un sol relativement froid, pendant la saison de repos de la végétation. Ainsi ses conséquences sur les milieux vivants sont radicalement différentes de celles observées sur un incendie d'été.

Consécutivement à l'abandon de nombreuses surfaces autrefois mises en culture et qui depuis ont été envahies par les broussailles, l'écobuage n'est plus désormais l'outil exclusif du pastoralisme : il est également utilisé dans un but environnemental notamment au titre de la réouverture des espaces.

Cristallisant l'opposition entre l'agriculture et le monde de l'élevage d'une part et celui de la forêt d'autre part, la pratique de l'écobuage a connu des périodes allant de l'autorisation sans réserve à l'interdiction complète. Par exemple, à l'époque de la Révolution française, l'abolition des privilèges et la loi de 1793 sur le partage des biens communaux[3] ont déclenché une reprise des défrichements de bois et forêts parfois incendiées pour en vendre la cendre[4]. Ainsi, en 1804 le préfet du département des Deux-Sèvres, M. Dupin écrivait « L'écobuage détruit tous les principes de la végétation et la terre écobuée... tombe dans la classe des terres ruinées et stériles ; il est même de vastes communes qui sont entièrement dépourvues de bois. Les forêts du nord du département sont généralement dévastées »[4].

L'écobuage est en France aujourd'hui réglementée et fait l'objet d'arrêtés préfectoraux fixant les périodes d'autorisation, la procédure de déclaration préalable ainsi que les conditions de sécurité à respecter[5].

L'écobuage est souvent assimilé, par méconnaissance, à un incendie - Écobuage de grande ampleur dans les Hautes-Pyrénées

Bien qu'un équilibre réglementaire semble généralement avoir été trouvé, la pratique est cependant menacée par une perte progressive du savoir-faire due à la conjonction de plusieurs facteurs tels que notamment la crise de l'élevage, la crainte des conséquences et des poursuites en cas de débordement, les tensions fréquentes avec l'opinion qui, par méconnaissance, associe souvent les pratiquants de l'écobuage à des incendiaires.

Conscients de l'intérêt d'une pratique raisonnée de l'écobuage, certains départements mènent depuis plusieurs années des politiques d'accompagnement visant à faciliter la réalisation des travaux dans des conditions de sécurité améliorées. Ces actions portent sur la formation, la mise en commun des savoirs et des ressources, des aides financières ou plus exceptionnellement la mise à disposition d'un service de sécurité, voire la réalisation des chantiers par des équipes spécialisées. Dans les Pyrénées, ces politiques s'appuient généralement sur la mise en place de commissions locales d'écobuage.

Parallèlement, le Code forestier organise désormais la pratique du "brûlage dirigé", discipline voisine de celle de l'écobuage, pratiquée cette fois par l'État, les collectivités territoriales ou leurs mandataires (tels que notamment le Service départemental d'incendie et de secours ou l’Office national des forêts), dans un but de Défense des Forêts Contre l'Incendie (DFCI), au moyen de personnels spécifiquement formés et entraînés.

Toutefois, les sanctions financières par la simple pratique de l'écobuage dans certaines conditions peuvent être appliquées par exemple en Lozère : dans un premier temps, ce sera un rappel à la loi et une amende forfaitaire de 135 €. Cela pourra aussi aller, si les dégâts sont importants, à des amendes de 200 à 300 €. Enfin, pour ceux qui engendreront de graves préjudices, les amendes pourront aller jusqu'à plusieurs milliers d'euros assortis de peine de prison.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Conservation nature et biodiversité
  2. Barbara Köhler, Andreas Gigon, Peter J. Edwards, Bertil Krüsi, Regula Langenauer, André Lüscher, Peter Ryser (2005), Changes in the species composition and conservation value of limestone grasslands in Northern Switzerland after 22 years of contrasting managements ; Perspectives in Plant Ecology, Evolution and Systematics, Volume 7, Issue 1, 2005-03-31, Pages 51-67 (résumé)
  3. La loi du 10 février 1793, sur le partage des biens communaux
  4. a et b Becquerel (Antoine César, M.), Mémoire sur les forêts et leur influence climatérique (exemplaire numérisé par Google) ; 1865 voire pages 43 et suivantes
  5. http://droit-finances.commentcamarche.net/legifrance/22-code-de-l-environnement/65546/article-r422-91

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]