Lœss

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Page d'aide sur les redirections Cet article concerne un matériau observé en géologie. Pour la méthode statistique (LOESS), voir Régression locale.
Coupe de lœss de Vicksburg
Paysage loessique : le Plateau de Lœss, Hunyuan, Shanxi (très fort taux d'érosion dans cette région du fleuve Jaune (Huang He) et problèmes de désertification)

Le lœss (ou loess) est une roche sédimentaire détritique meuble formée par l'accumulation de limons issus de l'érosion éolienne (déflation), dans les régions désertiques et périglaciaires.

Les dépôts éoliens de couverture résultent du transport par le vent à moyenne et longue distance. Ils s'étendent en couverture sur plus de 10 % de la surface des continents et concernent les sables fins (sables de couverture) et les limons (loess).

Étymologie et autres dénominations[modifier | modifier le code]

Le terme « lœss » ou « loess » est une transcription de l'allemand « Löss », terme introduit par le géologue allemand K.C. von Leonhard, probablement formé à partir de l'alémanique (dialecte suisse) lösch « peu compact, meuble, gros caillou ».

D'autres termes sont utilisés dans la littérature francophone :

  • le limon des plateaux, terme consacré par les notices des cartes géologiques du BRGM, bien que leur position en sommet de plateau ne soit pas systématique ;
  • la terre à brique ou lehm : expression ancienne qui désigne la partie superficielle de la couverture lœssique, décalcifiée, enrichie en argile et rendue brune ou rouge par la pédogenèse ;
  • l'ergeron : lœss calcaire, non pédogenisé, autrefois impropre à la réalisation de briques.

Lithologie et formation[modifier | modifier le code]

La définition du lœss est double : lithologique (limon calcaire) et génétique (dépôt éolien).

Composition et structure[modifier | modifier le code]

Poupée de lœss. Localisation : Geispolsheim (Bas-Rhin).

Le lœss est formé principalement de silice (quartz détritique) et de carbonate de calcium (Ca CO3). Il contient, en proportion moindre, des feldspaths, de la biotite (mica) (deux minéraux qui, avec le quartz, entrent dans la composition des sables) et des argiles, souvent de la kaolinite (ces argiles pouvant être agglomérées et former des grains de limon fin).

Le loess typique est une roche meuble limoneuse, homogène, finement poreuse, de couleur jaunâtre à brunâtre, souvent calcaire (10 à 30 % de CaC03). La composition granulométrique d'un loess typique correspond à du sable fin pour 10 %, du limon pour 75 % (essentiellement du limon grossier) et 15 % d’argile. Les sables éoliens de couverture sont limono-sableux avec une dominante de sable fin (voir sédimentologie).

La structure se caractérise par un très bon tri granulométrique dû à son origine éolienne, avec essentiellement des grains compris entre 10 et 50 micromètres (une taille entre 2 et 50 micromètres correspondant à un limon). Il est homogène, sans stratification mais avec une très forte porosité résultant de traces de racines et d’une cimentation carbonatée des grains.

Dans le lœss peuvent se trouver des concrétions calcaires appelées poupées de lœss.

Genèse[modifier | modifier le code]

Le lœss résulte, au cours du Pléistocène, de l'accumulation au sol, sous climat froid et sec, périglaciaires, de limons transportés par le vent depuis des zones sources (alluvions, dépôts fluvio-glaciaires, sédiments côtiers et estuariens, zones arides) soumises à une déflation éolienne alors que la végétation est steppique, clairsemée.

Lorsque les couvertures sont épaisses, les loess comportent des paléosols (sols anciens fossilisés) interglaciaires qui montrent que ces dépôts se sont mis en place au cours de plusieurs cycles interglaciaire-glaciaire. Le loess de couverture le plus récent date de la fin du Weichselien ou du Würm et s'est déposé il y a 25 000-13 000 ans.

Les lœss sableux[modifier | modifier le code]

Une dérive granulométrique vers les sables (lœss « sableux ») peut être due à la proximité de la zone source lœss et donc à un tri éolien moins poussé. Ainsi une zone dite « sablo-limoneuse » sépare en Belgique les sables éoliens de Campine des lœss de Hesbaye. Une granulométrie plus grossière peut également être due à l’enrichissement par des matériaux locaux disponibles en abondance.

Processus post-dépositionnels[modifier | modifier le code]

Un lœss typique, bien défini en texture et structure, est susceptible d’être soumis à de nombreux processus, contemporains ou postérieurs au dépôt, qui modifient la lithologie originelle : érosions, ruissellements (lœss lités), processus périglaciaires (structurations cryogéniques, coins de glaces, cryoreptation, cryoturbations…) et pédogenèses. De nombreux faciès issus de ces processus ont une signification paléoclimatique et chronologique. Ils permettent de développer une stratigraphie des couvertures sédimentaires lœssiques.

Répartition et ampleur des formations loessiques[modifier | modifier le code]

La répartition spatiale du lœss est liée aux conditions de dépôts, en marge des inlandsis continentaux et des déserts glaciaires.

L'épaisseur des sédiments lœssiques peut dépasser plusieurs dizaines de mètres. Les plus importants dépôts se situent en Chine où ils atteignent environ 200 m de puissance et sont incisés en plateaux.

Ils peuvent s'étendre en couverture continue, couvrant l'ensemble de la topographie

Le lœss est présent aux latitudes moyennes de l'hémisphère Nord, entre 30 et 60° : Europe (de la Beauce à l'Ukraine), États-Unis (au Sud des Grands Lacs), en Chine sur environ 10 % de la surface. Dans l'hémisphère Sud, des dépôts de lœss existent en Argentine, en Nouvelle-Zélande, etc.[1].

Ces dépôts éoliens de couverture se répartissent en une zonation éolienne périglaciaire où se succèdent, depuis la région source, des particules prises en charge par le vent au niveau des accumulations fluviatiles ou fluvio-glaciaires, une zone sableuse (des sables de couverture), une zone sablo-limoneuse étroite ou absente (une zone de transition), une zone limoneuse (une zone des loess proprement dits) où la couverture éolienne est d'abord continue puis devient progressivement discontinue avec une épaisseur qui s'amenuise et enfin, sporadique. Ainsi, dans le Nord-Ouest de l'Europe, en considérant la zonation entre les Pays-Bas et le Nord de la France : la région source est représentée par les dépôts fluviatiles du Rhin-Meuse-Escaut qui s'étendaient en mer du Nord et étaient alors émergés en raison de la régression marine glacio-eustatique en période de plein glaciaire (pléniglaciaire).

Caractéristique agronomique[modifier | modifier le code]

Érosion régressive des parcelles cultivées et ravinement (Linxia, Gansu)
Ravinement intense et formation en badlands dans la basse vallée de Daxia (Linxia, Gansu)

Les terres lœssiques sont réputées favorables à l'agriculture, en particulier grâce à leur capacité de rétention en eau. Les régions lœssiques sont traditionnellement des terres à blé, par exemple : la Beauce, la Plaine d'Allemagne du Nord, le Plateau de Lœss en Chine du Nord (vallée du Fleuve jaune).

Cependant, les problèmes d'érosion deviennent particulièrement alarmants, en particulier en Chine où les taux d'érosion des régions agricoles sont considérables. Les désordres concernent non seulement l'agriculture mais le fonctionnement hydrologique (avec ses conséquences sur les écosystèmes aquatiques sur l'ensemble du tracé des cours d'eau) et la remise en suspension des sédiments loessiques qui entraînent de véritables tempêtes de sable jusque dans la région de la capitale chinoise. Il s'agit d'un véritable processus de désertification.

Les paysages de lœss[modifier | modifier le code]

Habitat troglodytique dans la couverture de loess, Yulin (Nord-Shaanxi)

Quand les formations lœssiques sont abondantes, elles tendent à générer une morphologie propre, soit héritée de son dépôt (adoucissement et empâtement des versants, constitution de petites collines, désorganisation du réseau hydrologique de rang inférieur...), soit liée à leur sensibilité à l'érosion (plateaux de lœss chinois, développement de badlands...)

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Pour la répartition géographique, lire Roger Brunet (dir.), Les mots de la géographie, Paris, Reclus-La Documentation française, 1993, article « lœss », page 306, ISBN 2-11-003036-4

Annexes[modifier | modifier le code]

Orientation bibliographique[modifier | modifier le code]

  • Antoine, Pierre (2002), « Les lœss en France et dans le Nord-Ouest européen », in Revue française de géotechnique, 99, p. 3-21
La bibliographie sur les lœss est abondante mais souvent difficile d'accès et spécialisée (sur une région ou un thème). L'article cité, bien que traitant plus précisément du Nord-Ouest européen, est synthétique, accessible et aborde de nombreux aspects, avec de nombreuses références.
  • Jamagne M. (1973), Contribution à l'étude pédogénétique des formations loessiques du Nord de la France - Thèse Doc. en Sc. Agr. Fac. Gembloux - 475 p.
  • Jamagne M. & al. (1989) La cartographie des sols en France à moyenne échelle. Programmes en cours et évolution des démarches ; Sciences du sol ; Vol. 27,4, 301-318 5 ; pdf, 18p

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]