Joseph de Puisaye

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Joseph de Puisaye
Joseph de Puisaye
Joseph de Puisaye

Surnom Comte Joseph
Naissance
Mortagne-au-Perche, Normandie, France
Décès (à 72 ans)
Hammersmith, Londres, Royaume-Uni
Origine Français, Britannique
Allégeance Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Drapeau français Royaume de France
Drapeau français République française
Flag of France.svg Fédéraliste, Girondin
France Chouan
Royaume de Grande-Bretagne Royaume de Grande-Bretagne
Grade Lieutenant Général
Années de service 17831797
Conflits Insurrections fédéralistes
Chouannerie
Faits d'armes Bataille de Brécourt
Bataille de Beignon
Bataille de Liffré
Expédition de Quiberon
Autres fonctions Député de la noblesse du Perche aux États généraux

Joseph-Geneviève, comte de Puisaye, né à Mortagne-au-Perche le , mort à Hammersmith, près de Londres le , est un militaire et un homme politique français qui a pris part à la Révolution française, d'abord comme partisan de la monarchie constitutionnelle, puis, après la chute de Louis XVI, comme chef de la Chouannerie en Bretagne. Il a joué un rôle essentiel dans le débarquement de Quiberon (juin 1795), un nouvel échec des adversaires de la République.

Militaire, issu d'une vieille famille de noblesse normande, Joseph de Puisaye entame une carrière politique en siégeant aux États généraux, où il se montre partisan des idées nouvelles de la Révolution française. Admirateur de la monarchie parlementaire britannique, il se montre favorable à l'instauration d'une monarchie constitutionnelle, mais défend farouchement les privilèges de la noblesse.

Il reprend les armes lors de la Terreur, et prend le parti de la Gironde. Second de Wimpffen, il commande les troupes fédéralistes de Normandie et de Bretagne mais est battu par les armées de la Montagne à la bataille de Brécourt.

Entré en clandestinité, il gagne la Bretagne et rallie les Chouans. Son activité importante lui permet d'être reconnu lieutenant-général dans l'armée britannique et dans l'armée catholique et royale de Bretagne dont il reçoit le commandement en chef.

En 1795, Puisaye est à l'origine de l'expédition de Quiberon visant à débarquer une armée d'émigrés et des troupes britanniques en Bretagne. Mais la déroute de cette expédition face aux armées républicaines de Hoche et la fuite de Puisaye lors de l'affrontement mettent à mal son autorité. Il finit pas perdre tout crédit suite à la pacification de 1796 et gagne le Canada, puis l'Angleterre où il s'établit. Il met fin à ses activités politiques et militaires et est naturalisé britannique. Il ne rentra jamais en France et meurt en Angleterre en 1827.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Né dans une famille normande d’ancienne noblesse occupant la charge héréditaire de grand bailli du Perche, Puisaye est, comme beaucoup de cadets de familles nobles, destiné aux ordres : on le tonsure à l'âge de 7 ans, mais il préférera finalement embrasser une carrière militaire.

En 1783, il achète une charge de colonel des Cent-Suisses de la Maison du Roi. En 1788, il épouse Louise Le Sesne (1771-1795), héritière du marquis de Ménilles, propriétaire du château de Ménilles à proximité de Pacy-sur-Eure, dont il aura une fille unique Joséphine décédée à l'âge de 17 ans. Ses attaches avec sa région natale demeurent pourtant fortes puisqu’en 1789, il est élu député de la noblesse du Perche aux États généraux.

Il se range du côté de la minorité de cet ordre et se réunit au tiers état en juin 1789 ; dans l'ensemble, il intervient peu à l’Assemblée nationale. Il proteste pourtant le contre l’abolition de la noblesse.

Promu en 1791 maréchal de camp, il se retire après la fin de l'Assemblée constituante dans sa terre de Ménilles. Il est élu à la tête de la garde nationale du district d’Évreux.

Du fédéralisme à la contre-révolution[modifier | modifier le code]

Quoique grand admirateur de la constitution britannique et favorable aux réformes[1], il devient un opposant résolu au régime républicain établi en septembre 1792, surtout en raison du procès et de l'exécution de Louis XVI.

En juin 1793, il rejoint l’opposition girondine et reçoit, conjointement avec Wimpffen, le commandement de l’armée fédéraliste de Normandie.

Ses troupes sont mises en déroute en juillet, lors de la bataille de Brécourt, dite « bataille sans larmes », car, en réalité, il n'y a pas eu d’affrontement… Puisaye avait passé la nuit dans son château de Ménilles, où se trouvait son épouse, laissant son armée campée non loin de là, sur le plateau de Madrie, à proximité du château de Brécourt. Les troupes fédéralistes, assez peu motivées, et sans doute embrumées par les vapeurs des libations qu’elles avaient faites durant la nuit grâce aux caves du château et à celles du village voisin, furent réveillées en sursaut à l’aube par un coup de canon tiré par le camp opposé… Cela suffit à provoquer une panique, une retraite précipitée et une débâcle générale…

Puisaye entre alors dans la clandestinité. Il gagne la Bretagne, où il rallie et réorganise dans le département d’Ille-et-Vilaine les débris de la chouannerie. Il se montre très actif, se mettant en rapport avec d’autres chefs, créant un conseil militaire, émettant un papier-monnaie, envoyant des émissaires à Londres, d’où il finit par recevoir des pouvoirs du comte d'Artois et des secours en argent et en armes du gouvernement anglais. Redoublant d’efforts pour devenir le fédérateur du mouvement royaliste de Bretagne, il multiplie les proclamations, et, bien qu’il ne soit pas reconnu par la totalité des chefs chouans, il finit par apparaître comme l’âme du parti royaliste dans ce pays.

L’expédition de Quiberon[modifier | modifier le code]

Au mois de septembre 1794, il passe secrètement en Angleterre, où il est accueilli de façon réservée. Les émigrés le considèrent volontiers, en effet, comme un ami de circonstance, voire un agent de la Convention. Puisaye se lie pourtant avec le comte de Botherel et avec la Marche, évêque de Saint-Pol-de-Léon. Il finit par obtenir du comte d’Artois (futur Charles X), alors à Édimbourg, des pouvoirs quasi illimités, et gagne la confiance des ministres Pitt, William Windham (1750-1819), et Henry Dundas. Ces derniers finissent par lui confier la responsabilité d’une opération de débarquement sur les côtes de Bretagne, conjointement avec Louis Charles d'Hervilly. Ce dernier avait reçu le commandement des régiments d’émigrés, tandis que Puisaye, pourvu du titre de lieutenant général, avait pleine autorité sur les royalistes de l’intérieur en Bretagne et en Normandie.

Amenée par une flotte de trois vaisseaux de ligne, six frégates et quelques canonnières, escortant 97 bateaux de transport, l’armée des émigrés débarque en deux temps à Quiberon à partir du .

Le général Lazare Hoche, vainqueur de Quiberon.

Le plan de Puisaye consistait à marcher aussitôt après le débarquement dans l’intérieur de la Bretagne pour généraliser l’insurrection. D’Hervilly, au contraire, avec Charles de Sombreuil, hésite : il se confine dans la presqu’île de Quiberon en attendant des renforts. Le général Lazare Hoche profite de la situation, occupe le terrain, s’empare du fort Penthièvre, qui commande l’entrée de la presqu’île, et engage le combat contre un adversaire encore mal organisé. On dénombre 1 200 morts dans les rangs des émigrés[2]. 10 000 prisonniers sont faits par les troupes de Hoche.

Les instructions de la Convention, relayées par les commissaires de la République, Blad et Tallien, étaient sans appel. Les femmes et les enfants sont remis en liberté, mais 757 condamnations à mort sont prononcées (un peu plus de 600 émigrés et une centaine de Chouans) ; quelques rares condamnés parviennent à s’échapper avant l’exécution (entre six et trente suivants les sources)[3].

Puisaye, avec quelques émigrés, est parvenu à rejoindre la flotte anglaise. Ses adversaires dénoncent ses responsabilités dans l’affaire en utilisant les épithètes les plus outrageantes.

S’étant fait débarquer de nouveau en Bretagne dans des circonstances peu favorables, il échoue dans sa tentative de fédérer les forces royalistes. Sa morgue et sa hauteur le rendent impopulaire, d’autant qu’il est en butte aux critiques des proches de Cadoudal[4]. Désavoué par le comte d'Artois, dont il avait annoncé prématurément la venue en Vendée, il résilie son commandement le 5 décembre 1797.

Un réprouvé[modifier | modifier le code]

Il repasse alors à Londres, obtient du gouvernement anglais en août 1798 une concession dans le comté de York[Lequel ?], au Canada, assortie de quelques subsides. Suivi de quelques officiers et soldats lui étant restés fidèles, il tente d’y implanter une colonie chouanne. C'est un échec, et Puisaye s’installe à Niagara avant de revenir en Angleterre en 1803.

À Londres, il doit faire face à l’hostilité des émigrés et des princes (le comte d’Artois notamment). Ils se montrent en effet dubitatifs quant à la sincérité de son royalisme ; ils contestent ses capacités militaires, et ils ne sont pas loin de le considérer comme un instrument du gouvernement anglais, d’autant qu’il avait obtenu la nationalité britannique en 1802. Puisaye irrite davantage en publiant ses Mémoires en six volumes, plaidoyer pro domo, vivement contesté par ses adversaires[5].

Puisaye ne rentra pas en France après la Restauration, certainement en raison de l’hostilité de Louis XVIII, du futur Charles X et de la plupart des anciens émigrés. Il continua à vivre en Angleterre, où il recevait une pension substantielle du gouvernement britannique. Il mourut à Blythe-House près de Hammersmith.

Ses archives ont été léguées au British Museum.

Regards contemporains[modifier | modifier le code]

« M. de Puisaye avait des talents de cabinet et de l'éloquence, un bel organe, une taille remarquable ; il s'exprimait bien et avec facilité ; ses vues étaient grandes, et si, à ces qualités, il avait joint l'audace nécessaire à un chef de parti , il eût pu réunir la Bretagne entière sous ses ordre ; mais dès la première affaire où il se trouva, il donna lieu de suspecter son courage ; en présence de l'ennemi, il ne savait ordonner aucune disposition, en sorte qu'on pensa bientôt qu'il ne s'occupait que de sa sûreté personnelle. Ce défaut lui fit un tort capital dans l'esprit des officiers et des soldats, et fut la principale cause de la désunion qui régna jusqu'à la fin entre lui et plusieurs corps d'armée, qui ne reconnurent jamais son autorité. [...]

M. de Puisaye a été faussement accusé d'être l'homme de l'Angleterre ; il n'a travaillé que pour le parti du Roi et n'a employé son crédit que pour procurer aux Royalistes les secours dont ils avaient besoin. Sans la jalousie et le intrigues de quelques Émigrés, l'expédition de Quiberon eût eu un tout autre résultat ; et, si l'on avait suivi ses avis, la catastrophe finale n'aurait pas eu lieu. [...]

Le comte de Puisaye a été jugé bien sévèrement. Lorsqu'on apprit que le ministère anglais lui avait procuré un établissement très avantageux dans le Canada, on ne balança pas à croire qu'il eût été uniquement l'homme et l'agent de l'Angleterre et qu'il ne fut nullement dévoué au parti du Roi. Mais ceux qui ont vécu dans son intimité et ont été à même de le connaître ont toujours pensé qu'il avait agi loyalement; c'était aussi l'opinion des officiers de Fougères et de Vitré. Il avait un mérite réel, des qualités supérieures pour le cabinet, mais il n'avait pas cette bravoure si nécessaire à un chef, surtout dans une guerre de partisans. Il paraît certain que c'est le seul reproche qu'il ait justement mérité »

— Toussaint du Breil de Pontbriand[6]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Il était proche de la maison d'Orléans et de Dumouriez.
  2. Parmi eux, figuraient des Français, marins ou soldats détenus en Angleterre, que l’on avait convaincus sans grande difficulté de s’enrôler dans l’armée. C’était pour eux une chance inespérée de quitter leurs pontons insalubres, de rentrer en France, et de retrouver leurs foyers au besoin en désertant une armée et une cause qui leur étaient, à tout le moins, indifférentes…
  3. D’après Le Guide du littoral, La Manufacture, 1993, p. 149 ("1795 : l’expédition de Quiberon"). Les condamnés furent exécutés en divers lieux dans la région, notamment dans un espace devenu site naturel protégé de la commune de Vannes, nommé "La pointe des Émigrés". Les restes des fusillés, recueillis et transportés en 1814 dans la cathédrale de la ville, ont été regroupés en 1829 dans un mausolée érigé près de la chartreuse d’Auray.
  4. Il aurait même fait l’objet d’une tentative d’arrestation de la part de chefs chouans.
  5. . Ces Mémoires parurent à Londres en 1803 sous le titre : Mémoires du comte J. de Puisaye, etc., qui pourront servir à l’histoire du parti royaliste français durant la dernière révolution, 6 vol. in-8°. Ils furent réimprimés à Paris en 1803-1806, in-8°. On connait encore de Puisaye : Réfutation d’un libelle diffamatoire publié par M. Besiade d'Avaray sous le titre de "Rapport à S.M. Très-chrétienne avec sa permission, suivi d’une réponse à M. le comte Joseph de Puisaye", Londres, 1809, in-8°.
  6. Mémoires du colonel de Pontbriand, p.61 et 390.