Guillaume IX de Poitiers

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Guillaume de Poitiers

Guillaume IX de Poitiers[1] (en limousin, Guilhem IX de Peitieus), né le 22 octobre 1071, mort le 11 février 1127[2], surnommé depuis le XIXe siècle le Troubadour, comte de Poitiers sous le nom de Guillaume IX et duc d'Aquitaine et de Gascogne de 1086 à sa mort. Il est également le premier poète connu en occitan.

La forme limousine de son prénom est Guilhem. Il succède à son père Guillaume VIII à l'âge de 15 ans, ce qui lui vaut le surnom de Guillaume le Jeune au début de son règne. Il est aussi le grand-père d'Aliénor d'Aquitaine.

Généalogie Ramnulfides[modifier | modifier le code]

Fils de Guillaume VIII de Poitiers et d'Hildegarde de Bourgogne, il est brièvement marié à Ermengarde d'Anjou (fille de Foulque IV le Réchin, comte d'Anjou), avant d'épouser Philippe de Toulouse (fille de Guillaume IV, comte de Toulouse) ou Philippie en 1094, dont il a

L'apogée de la principauté d'Aquitaine[modifier | modifier le code]

Il continue à développer l'embryon d'organisation administrative de ses prédécesseurs, avec l'ajout d'un prévôt à Surgères en 1087 et la création d'agents forestiers. Il prend et détruit le château de Blaye au comte Guillaume V d'Angoulême, afin de réfréner les entreprises de celui-ci en Saintonge.

Ayant acquis des droits sur Toulouse par sa femme Philippe, il les fait valoir par les armes en prenant Toulouse en 1098. Guillaume le Troubadour rejoint la première Croisade, menée par Godefroy de Bouillon, après la chute de Jérusalem, en mars 1101. Il reste une année et demie en Orient, à combattre le plus souvent en Anatolie, où il est gravement battu deux fois.

Il est comte de Rouergue de 1110 à 1120.

Il s'empare de biens de l'Église en 1113 pour financer sa campagne contre Toulouse, et abandonne sa femme Philippe pour l'épouse de son vassal le vicomte de Châtellerault. Ces actes lui valent l'excommunication. Il marie néanmoins son fils Guillaume à la fille de sa maîtresse en 1121.

À la fin de sa vie, il participe à un épisode de la Reconquista : allié au roi de Castille et León, Alphonse le Batailleur, qui a épousé sa sœur Béatrice. De 1120 à 1123, ils guerroient pour la conquête du royaume de Valence, remportant notamment la bataille de Cutanda.

Mécène et troubadour lui-même[modifier | modifier le code]

Guillaume IX de Poitiers marque surtout l'histoire comme homme de lettres, qui sait entretenir une des cours les plus raffinées d'Occident.

Il accueille à sa cour le barde Gallois Blédri ap Davidor, qui réintroduit sur le continent l'histoire de Tristan et Iseut.

Il est lui-même un poète, utilisant la langue d'Oc pour ses œuvres, poèmes mis en musique.

C'est le plus ancien poète médiéval, depuis saint Fortunat au VIe siècle (qui réside longtemps à l'abbaye Sainte-Croix de Poitiers), dont des œuvres en langue vulgaire, ni sacrées ni à la gloire de héros guerriers, soient conservées. Ses vers traitent le plus souvent des femmes, d'amour et de ses prouesses sexuelles. Sa poésie est parfois très crue (par exemple dans la chanson convenable, quand il demande à ses compagnons quel cheval il doit monter, d'Agnès ou d'Arsens) et peut même aller jusqu'à parler d'amour entre hommes[réf. nécessaire], reflet d' une époque où l'Église n'a qu'une emprise limitée sur la société[réf. nécessaire]. Considéré comme un des précurseurs de l'amour courtois (fin amor en occitan), il est l'un des modèles influents de l'art des troubadours, dont la poésie va devenir plus galante.

À son retour de croisade, il répudie sa femme et prend pour maîtresse une femme mariée, qu'il invoque comme muse dans ses poèmes sous le nom de Dangereuse (la Maubergeonne). Il évoque aussi la fondation d'un couvent, dont les nonnes seraient choisies parmi les plus belles femmes du comté. À la bataille de Cutanda, il aurait combattu avec le corps de sa maîtresse peint sur son bouclier.

Il évoque également la guerre et des conséquences qu'elle a eu pour lui : selon Orderic Vital, il raconte sa captivité en Orient de manière plaisante.

Il fait de grosses donations à l'Église, dont certaines pour la fondations de monastères. Il reconstruit le palais des comtes de Poitiers.

Exemple de chanson[modifier | modifier le code]

Voici une des œuvres composées par le comte duc, en langue d'oc, en limousin, accompagnée de la traduction française :

Je n'adorerai qu'elle !

(occitan)

Farai chansoneta nueva,
Ans que vent ni gel ni plueva:
Ma dona m'assaya e-m prueva,
Quossi de qual guiza l'am;
E ja per plag que m'en mueva
No-m solvera de son liam.

(français)

Ferai chansonnette nouvelle
Avant qu'il vente, pleuve ou gèle
Ma dame m'éprouve, tente
De savoir combien je l'aime ;
Mais elle a beau chercher querelle,
Je ne renoncerai pas à son lien

Qu'ans mi rent a lieys e-m liure,
Qu'en sa carta-m pot escriure.
E no m'en tenguatz per yure,
S'ieu ma bona dompna am!
Quar senes lieys non puesc viure,
Tant ai pres de s'amor gran fam.

Je me rends à elle, je me livre,
Elle peut m'inscrire en sa charte ;
Et ne me tenez pour ivre
Si j'aime ma bonne dame,
Car sans elle je ne puis vivre,
Tant de son amour j'ai grand faim.

Per aquesta fri e tremble,
Quar de tam bon'amor l'am,
Qu'anc no cug qu'en nasques semble
En semblan del gran linh n'Adam.

Pour elle je frissonne et tremble,
Je l'aime tant de si bon amour !
Je n'en crois jamais née de si belle
En la lignée du seigneur Adam.

Que plus es blanca qu'evori,
Per qu'ieu autra non azori:
Si-m breu non ai aiutori,
Cum ma bona dompna m'am,
Morrai, pel cap sanh Gregori,
Si no-m bayza en cambr'o sotz ram.

Elle est plus blanche qu'ivoire,
Je n'adorerai qu'elle !
Mais, si je n'ai prompt secours,
Si ma bonne dame ne m'aime,
Je mourrai, par la tête de Saint Grégoire,
Un baiser en chambre ou sous l'arbre !

Qual pro-y auretz, dompna conja,
Si vostr'amors mi deslonja
Par que-us vulhatz metre monja!
E sapchatz, quar tan vos am,
Tem que la dolors me ponja,
Si no-m faitz dreg dels tortz q'ie-us clam.

Qu'y gagnerez-vous, belle dame,
Si de votre amour vous m'éloignez ?
Vous semblez vous mettre nonne,
Mais sachez que je vous aime tant
Que je crains la douleur blessante
Si vous ne faites droit des torts dont je me plains.

Qual pro i auretz s'ieu m'enclostre
E no-m retenetz per vostre
Totz lo joys del mon es nostre,
Dompna, s'amduy nos amam.
Lay al mieu amic Daurostre,
Dic e man que chan e bram.

Que gagnerez-vous si je me cloître,
Si vous ne me tenez pas pour vôtre ?
Toute la joie du monde est nôtre,
Dame, si nous nous aimons,
Je demande à l'ami Daurostre
De chanter, et non plus crier.

Chronologie succincte[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]