Louis René Villermé

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Louis René Villermé, né à Paris le 10 mai 1782 et mort à Paris le 16 novembre 1863, est un médecin français, un des précurseurs de la sociologie et est considéré notamment comme un pionnier de la médecine du travail.

Sa vie[modifier | modifier le code]

Sa mère était une proche parente du général Lecourbe ; son père, René Jean Chrysostome Villermé, procureur au Grand Châtelet de Paris avait du renoncer à sa charge et s’était retiré à Lardy (Essonne) dont il était originaire ; le jeune René fut baptisé à Paris en l'église Saint-Séverin, pour cacher le fait qu'il était un enfant né hors mariage ; il passa toute son enfance à Lardy où ses parents se marièrent en 1792.

À l’issue de ses études à l’école du village, il décide de suivre la voie tracée par son grand-père paternel qui était médecin et il réussit à convaincre son père de l’envoyer à Paris. La convention nationale ayant supprimé les universités en septembre 1793, la création d’écoles de médecine avait pour objet, non de faire avancer la science, mais d’organiser un enseignement complet de l’art de guérir et de former des officiers de santé pour les armées et les départements de la République. Après trois années de travail, René Villermé est envoyé, en 1804, avec ses camarades sur les champs de bataille de l’Empire avec le grade de sous-aide major au 75ème régiment d’infanterie ; bien qu’il n’ait pas eu le titre de docteur en médecine, qui était indispensable pour obtenir de l’avancement, il est nommé chirurgien aide-major en 1806. Il participe à de nombreuses batailles en Pologne puis en Espagne, où il séjourne quatre années ; en 1810, las de remplacer son chef de service, il demande la protection de Percy mais ce n’est que trois ans après, en 1814, qu’il est promu au grade de chirurgien-major ; c’est avec ce grade qu’il fait la campagne de France et qu’il est licencié en juin 1814.

Rendu à la vie civile, il prépare sa thèse en deux mois et la soutient le 22 août 1814 avec un mémoire intitulé « Des fausses membranes », dédié à son père et à Philippe Pinel. Aussitôt son diplôme obtenu, Villermé commence à exercer ; dès février 1815, il publie à la Société Médicale d’Emulation de Paris un mémoire sur les amputations partielles de l’avant-pied, fruit de son expérience en chirurgie de guerre ; l'étendue de ses connaissances et la qualité de ses publications le font rapidement remarquer et il est admis dans de nombreux cercles.

En 1817, il épouse Mlle Morel d’Arleux, fille de Louis Morel d'Arleux, conservateur au Louvre et peu après, il abandonne la pratique pour se consacrer à l’écriture.

En 1819, il devient secrétaire général de la Sté d’Emulation en même temps qu’il est admis dans un grand nombre de sociétés médicales ; il est élu membre de l'Académie de médecine en 1823 et de l'Académie des sciences morales et politiques en 1832 et il en sera le président en 1849. Il entre par ailleurs en 1831 au Conseil d'Hygiène publique et de Salubrité.

Il reprend partiellement ses activités cliniques pendant l’épidémie de choléra qui fit près de 19 000 morts en mars 1832 à Paris.

Devenu veuf en 1851, il vivait auprès de sa fille, Mme de Freville et malgré sa santé déclinante, il continua à suivre, de loin, des débats auxquels son âge ne lui permettait plus de prendre part.

Il s’est éteint à son domicile parisien, au 26 rue Vieille-du-Temple, le 16 novembre 1863.

Une rue de Paris, dans le 11ème arrondissement porte son nom.

Son œuvre[modifier | modifier le code]

À partir de 1819, il se consacre exclusivement à sa collaboration au « Dictionnaire des Sciences Médicales » : il a laissé de très nombreux articles, en faisant appel à ses souvenirs de guerre, sur les prisons, les prisonniers de guerre, le scorbut, le typhus

Il est, en 1829, l’un des fondateurs des « Annales d’Hygiène Publique » et il participe à la rédaction de nombreuses revues passant d’un article sur la « Santé des moissonneurs » à des « Recherches statistiques sur la Ville de Paris ».

À la suite de l’épidémie de choléra de 1832, il publie une étude intitulée « Le choléra dans les maisons garnies de Paris[1] » ; c’est la statistique la plus détaillée que l’on ait dressée sur les méfaits de l’absence d'hygiène.

La crise économique, qui allait en s’accentuant depuis 1827, arrivait à son comble après la Révolution de Juillet : en 1831, dans l’Aisne, des chômeurs menaçaient de pillage en réclamant des secours, à Lille, on comptait vingt cinq pour cent d’indigents ; dans les régions du nord, la misère était effroyable et l’espérance de vie avait baissé chez les tisserands et chez les ouvriers des manufactures de laine et de coton, où la mortalité infantile avait progressé ; la situation des filatures de coton de l’Alsace n’était pas plus enviable malgré les améliorations apportées par certains patrons à Mulhouse ou à Guebwiller[réf. nécessaire]. Villermé fait le tableau des enfants en haillons, pieds nus, allant travailler dans les usines de Mulhouse, n'ayant qu'un morceau de pain pour leur repas.

À la suite de plusieurs pétitions réclamant une réglementation sur le travail des enfants, l’Académie des Sciences morales décida, en 1835, de se pencher sur le sujet et désigna deux enquêteurs : Louis-François Benoiston de Châteauneuf et Villermé : à ce dernier fut confiée entre juin 1835 et août 1837, la visite des départements où les industries du coton, de la laine et de la soie occupaient le plus d’ouvriers ; c’est ainsi qu’il se rendit dans la région de Mulhouse, mais aussi à Lille, Roubaix, Tourcoing puis à Nîmes, Carcassonne et au printemps 1836, il était dans la région de Lyon Saint-Étienne : lors de chacun de ses déplacements, il étudia les conditions de travail des ouvriers mais également leur logement, leur alimentation, leur salaires …

L’ouvrage né de ces patientes recherches porte le titre de Tableau de l'état physique et moral des ouvriers employés dans les manufactures de coton, de laine et de soie[2]. Paru en 1840, il est à l'origine de deux lois :

• la loi sur le travail des enfants dans les manufactures, en 1841[3] limita l'âge d'admission dans les entreprises à 8 ans, mais uniquement dans les entreprises de plus de 20 salariés ; elle sera amendée en 1851[4] puis en 1874 la Loi sur le travail des enfants et filles mineures dans l'industrie, limitant l'emploi avant 12 ans.

• la première loi d’urbanisme en France interdisant la location de logements insalubres, en 1850

Après la publication de son grand ouvrage, il fait paraitre, en 1843, un mémoire sur « Le Travail et conditions des enfants dans les mines de Grande-Bretagne » puis un grand nombre de rapports sur des accidents du travail « Accidents produits dans les ateliers industriels par les appareils mécaniques », en véritable promoteur des lois sur la Médecine du travail.

Publications[modifier | modifier le code]

  • De la santé des anciens ouvriers employés dans les fabriques (s.d.) Texte en ligne
  • Des épidémies sous les rapports de l'hygiène publique (s.d.) Texte en ligne
  • Des sociétés de prévoyance ou de secours mutuels (s.d.) Texte en ligne
  • Mémoire sur la taille de l'homme en France (s.d.) Texte en ligne
  • Note sur la mortalité parmi les forçats du bagne (s.d.)Texte en ligne
  • Note sur les ravages du choléra morbus dans les maisons (s.d.) Texte en ligne
  • Sur la durée moyenne des maladies aux différens âges (s.d.) Texte en ligne
  • Des prisons telles qu'elles sont et telles qu'elles devraient être : par rapport à l'hygiène, à la morale et à la morale politique (1820) Texte en ligne
  • De la mortalité dans les divers quartiers de la ville de Paris (1830) Texte en ligne, publié en 2008 à La Fabrique, Paris.
  • Mémoire sur la distribution de la population française (1837)Texte en ligne
  • De la mortalité des enfants trouvés (1838) Texte en ligne
  • Tableau de l'état physique et moral des ouvriers employés dans les manufactures de coton, de laine et de soie (2 volumes, 1840). Réédition sous le titre Tableaux de l'état physique et moral des salariés en France, Les Éditions La Découverte, Paris, 1986. Texte en ligne
  • Des associations ouvrières (1849) Texte en ligne
  • Sur les cités ouvrières (1850) Texte en ligne

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Astruc P. (Dr) Les Biographies Médicales Juillet 933 Lib. Baillière et Fils Paris


Références[modifier | modifier le code]

  1. Sous le nom de maisons garnies, il rande les hôtels, les meublés, les chambres communes, les logements de nuit
  2. http://sspsd.u-strasbg.fr/IMG/pdf/Villerme1.pdf
  3. Votée sous le ministère de Adolphe Thiers en 1840, elle fut promulguée le 21 mars 1841
  4. Limitation de la durée du travail à 8h avant 14 ans et 12h entre 14 et 16 ans