Fée Viviane

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La Dame du Lac enlevant Lancelot à sa mère

La fée Viviane ou la Dame du Lac est un personnage des légendes arthuriennes qui donne l'épée Excalibur à Merlin qui la remet ensuite au roi Arthur, guide le roi mourant vers Avalon après la bataille de Camlann, enchante Merlin, et éduque Lancelot du Lac après la mort de son père. Les différents auteurs et copistes de la légende arthurienne ont donné à la Dame du Lac divers noms tels que Viviane, Niniane, Nyneve ou Nimue.

Les noms de la Dame du Lac[modifier | modifier le code]

Les nombreuses variantes des noms donnés à la Dame du Lac peuvent être séparés en deux groupes: ceux qui ont un lien avec la forme Niniane, ou Nimue, et ceux qui ressemblent à Viviane. Les spécialistes ont débattu pendant des années sur l'origine des noms mentionnés dans chacune des œuvres relatives à la légende arthurienne, ce qui a donné lieu à des études détaillées de chaque hypothèse[1],[2].

Nimue et ses variantes[modifier | modifier le code]

On pense que le nom Nimue est lié à Mnémé, ou Mnémosyne, mère des muses dans la mythologie grecque et romaine. Une autre racine possible est le nom celtique Niamh. Parfois, il semble que ce nom soit lié à la déesse galloise Rhiannon. Cette hypothèse est étayée par l'étymologie donnée dans la Suite du Merlin. On peut aussi penser que le nom est lié à la rivière Ninian en Bretagne continentale.

Viviane et ses variantes[modifier | modifier le code]

Certains favorisent la forme Viviane et soutiennent qu’il s’agit probablement d’un dérivé de Vi-Vianna, lui-même issu de Co-Vianna, une variante de Coventina, nom d'une déesse des eaux romano-celtique. Il est probable que ce nom, à son tour, s’applique à Gwendoloena, la compagne de Merlin, son nom latin étant prononcé de manière similaire à Coventina en latin. On a également supposé que Viviane pouvait être une forme dérivée de Diana. Parfois, on voit dans cette forme une adaptation française de l’héroïne irlandaise légendaire Béfinn, ou Bé-Binn, dont le nom signifie « femme blanche », car le blanc a souvent été associé aux compagnes de Merlin[3].

Présentation[modifier | modifier le code]

Viviane vivait dans les forêts de Brocéliande, de Darnantes et de Briosque (dans lesquelles vivraient de nombreuses espèces féeriques comme les dragons). Elle enleva le jeune Lancelot, alors qu'il était encore enfant, après la mort de son père le roi Ban de Bénoïc (mort de tristesse en voyant brûler sa chère ville de Trèbes). Elle l'emmena au plus profond de son Lac, appelé aussi Lac de Diane[4], où elle l'éleva. Lancelot n'en ressortit pas avant l'âge de dix-huit ans. De son côté, sa mère, la reine Elaine, se retira dans un couvent jusqu'à la fin de sa vie. Viviane enseigna les arts et les lettres à Lancelot, lui insufflant sagesse et courage, faisant de lui un chevalier accompli. Elle le mena alors à la cour d'Arthur, à Camelot, afin d'y être adoubé et le présenta aux chevaliers de la Table Ronde, dont il devint le plus célèbre représentant.

Après la mort de sa mère Ygraine, Viviane prit soin de Morgane, faisant d'elle une magicienne, tandis que Merlin l'enchanteur s'occupait de l'éducation de son demi-frère, le futur roi Arthur. Selon d'autres textes, Morgane ne serait pas la demie-sœur d'Arthur mais sa sœur et n'aurait pas été élevée par Viviane mais aurait appris, elle aussi, sa magie de Merlin. Viviane protège Arthur, sa cour et l'idéal courtois et chevaleresque qu'il incarne, tandis que Morgane veut la perte de son frère et de sa belle-sœur, la reine Guenièvre (cf. le Lancelot en prose, le Merlin Huth est La Mort le roi Arthur par exemple). On dit aussi qu'elle aurait écrit une lettre d'amour à Arthur.

Dans le cycle de la Post-Vulgate, Viviane n’est pas celle qui donne l’épée. Celle-ci est offerte par une dame anonyme contre la promesse d’un service. Elle arrive un jour à la cour d'Arthur pour le demander : elle veut la tête du chevalier Balin pour venger un membre de sa famille, mais c’est finalement elle qui est décapitée par Balin. L’auteur révèle plus loin qu’il s’agissait en fait d’une personne de peu de valeur morale voulant venger, non la mort d’un parent, mais celle d’un amant illicite. Thomas Malory a repris la version de la Post-Vulgate.

Variations modernes du thème[modifier | modifier le code]

Le thème de la Dame du Lac, avec ou sans Lancelot, connut un regain de faveur au XIXe siècle avec en particulier The Lady of the Lake de Walter Scott qui inspira La Donna del Lago (1819), opéra de Rossini. Les Chants d’Ellen du poème de Scott furent mis en musique par Franz Schubert (le troisième - Ellens dritter Gesang - est connu aujourd'hui sous le nom d'Ave Maria). Alfred Tennyson la mit plusieurs fois en scène dans Idylls of the King. Chez lui, Viviane est une traitresse qui emprisonne Merlin, alors que la Dame du Lac qui élève Lancelot et donne son épée à Arthur reste anonyme.

En 1852, Paul Féval, dans son recueil de romans Les nuits de Paris, mentionne la Fée Viviane sous le nom de Veiven, et en fait une « Prêtresse du Soleil » qui dérobe à Merlin une coupe magique qui rend amoureux quiconque boit dedans.

Au XXe siècle, Robert Graves fait de Nimue l'une des formes de la triple déesse de son roman Seven Days in New Crete (Watch the North Wind Rise)[5]. Dans L’Enchanteur, René Barjavel préfère la rappeler comme étant amoureuse et sage, n'ayant pas abusé de Merlin pour obtenir ses pouvoirs, mais en lui étant une douce complice. Dans le Cycle de Pendragon, Stephen Lawhead reprend la figure de la Dame du Lac sous un nom différent : Charis, fille du Roi Suprême d'Avalon (plus connue sous le nom d'Atlantide). Marié au prince breton Taliesin, dans la Bretagne de bien avant Pendragon, ceux-ci auraient enfanté dans la douleur Merlin l'Enchanteur. Après la mort de Taliesin, Charis s'occupera de Merlin et elle ira reposer dans le lac de Logres, d'où son nom de Dame du Lac. Puis, elle forma une jeune fille du nom de Malycea, qui découvrit plus tard qu'elle était princesse d'un royaume dit du vent (La légende de Malycéa en ORIENT, traduit du hindou).

Dans Le Cycle d'Avalon de Marion Zimmer Bradley, la Dame du Lac est le titre de la grande prêtresse détenu à la suite de Viviane par Niniane puis par Morgane. Nimue est le nom d’une autre jeune prêtresse qui séduit Kevin le Barde (successeur de Merlin).

Dans Kaamelott, série télévisée française, la Dame du Lac est un ange, intermédiaire des Dieux pour la quête du Graal menée par le Roi Arthur.

Lieux associés à la légende[modifier | modifier le code]

L'étang qui, selon la légende, cacherait le palais de la fée Viviane.

Le château de Comper est, par confusion avec Morgane, tout particulièrement associé à la fée Viviane, Yann Brekilien et Michel Renouard rapportent que c'est Diane chasseresse qui aurait la première érigé ce château avant d'en faire don au seigneur Dymas qui y vit naître sa fille, Viviane[6],[7],[8]. Cette légende est connue au moins depuis 1906[9], et se retrouve dans bon nombre de guides touristiques[10]. Le château de Comper n'est toutefois pas le seul à se revendiquer lieu de naissance de Viviane.

Une autre légende (très récente) associée au même lieu nous dit que l'enchanteur Merlin créa par amour pour Viviane, sa belle élève, un château de cristal qui se trouve au fond des eaux profondes du grand étang entourant le château de Comper, caché aux yeux des curieux et visible uniquement à ceux qui y croient. C'est là que la fée éleva le futur chevalier Lancelot lorsqu'il était enfant[11]. Jean Markale racontait cette histoire aux groupes d'écoliers en 1996[12] et Claudine Glot, fondatrice du Centre de l'Imaginaire Arthurien, la raconte encore aujourd'hui aux visiteurs du site et à qui veut l'entendre[13]. L'origine de cette légende se trouvait, selon Louis Bouyer et Mireille Mentré, dans le reflet du manoir sur les eaux de l'étang[8], mais Jean Markale a avoué être l'inventeur de cette légende.

En Grande-Bretagne, de nombreux sites prétendent être son domaine, dont Dozmary Pool et Loe Pool (Cornouailles), Llyn Llydaw sur les flancs du mont Snowdon et Llyn Ogwen (Pays de Galles), Pomparles Bridge, Loch Arthur, Aleines.

La plus ancienne localisation du Lac se trouve dans le Lancelot en prose, écrit vers 1230. Le lieu où est élevé Lancelot se trouve en effet au nord de Trèves-Cunault, sur la Loire, en un lieu appelé Saint-Pierre-du-Lac, au milieu de la forêt (aujourd'hui disparue) de Beaufort-en-Vallée (le "Bois en Val" du roman)[14].

Culture populaire[modifier | modifier le code]

  • Dans la série de comics Hellboy, Viviane, après avoir fait prisonnier Merlin, développe de grands pouvoirs et entend les voix du dragon Ogdru Jahad, ce qui la rend folle. Les autres sorcières la tuent, et éparpillent des morceaux de son corps; ceux-ci se rejoignant toujours, elles décident de les enfermer dans un coffre. Des générations plus tard, elle est rendue à la vie par Gruagach, se proclame déesse de la guerre et décide de lever une armée.
  • Dans la série Stargate SG-1, La Fée Vivianne, sous le nom de Morgane, était en fait une Ancienne, qui avait pour mission de surveiller Moros, plus connu sous le nom de Merlin et qui le plongea en stase lorsqu'il découvrit une machine permettant de détruire ceux qui ont effectué l’Ascension, attendant le moment où, inévitablement, les Oris tenteraient d'envahir la Voie Lactée.

En jeu[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Alvar, C. Breve diccionario artúrico., p. 220.
  2. Britannia.com:Her name (anglais).
  3. Alvar, C. op. cit., p. 220.
  4. Merlin Huth, roman du XIIIe siècle
  5. Robert H. Canary, « Utopian and Fantastic Dualities in Robert Graves's Watch the North Wind Rise », in Science Fiction Studies, Volume 1, No. 4, Fall 1974.
  6. Brekilien 1983, p. 59
  7. Renouard 1977, p. 224
  8. a et b Bouyer et Mentré 1986, p. 49
  9. Annales de la Société d'histoire et d'archéologie de l'arrondissement de Saint-Malo, 1906
  10. Collectif, Bretagne, Michelin,‎ 2010, 661 p. (ISBN 9782067146594, lire en ligne), p. 138
  11. Markale 1997, p. 207
  12. Ronecker 2006, p. 85
  13. François Le Divenah et Thierry Jigourel, Bretagne, terre d'enchantement, Petit Futé,‎ 2010, 123 p. (ISBN 9782847682090, lire en ligne), p. 91
  14. Goulven Péron, La légende de Lancelot du Lac en Anjou, Les Cahiers du Baugeois, no 92, mars 2012, p. 55-63, ISSN 0999 6001.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]