Conomor

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Conomor (Comorre, Konomor [1] ou Cognomorus[2]) est un comte régnant sur la partie Ouest de la Bretagne au VIe siècle. Il était comte du Poher à une époque où celui-ci a pu s'étendre jusqu'aux côtes nord et sud[réf. nécessaire]. Il est dit aussi roi de la Domnonée[réf. nécessaire] qui couvrait alors la partie nord de la Bretagne. Il est également assimilé parfois à Marc'h souverain des deux Domnonées[réf. nécessaire].

Étymologie[modifier | modifier le code]

Son nom, attesté en Pays de Galles sous la forme Cynmawr[réf. nécessaire] signifie « grand chien » (de con « chien », nom que l'on trouve dans Conan, et « grand » meur[réf. nécessaire]).

Biographie[modifier | modifier le code]

Les données historiques les plus sûres semblent venir de Grégoire de Tours, mais les commentaires de l'auteur franc sont à prendre avec prudence, il ne fait guère preuve d'objectivité quand il parle des Bretons ennemis des Francs et dont il réprouve les pratiques religieuses d'origine celtique[réf. nécessaire].

Selon Grégoire de Tours[modifier | modifier le code]

Dans le livre IV de Dix livres d’histoire, Grégoire de Tours mentionne deux comtes bretons : Chonomor et Chonobre.

D’abord pour l'année 550, il mentionne Conomor (orthographié Chonomor) le montrant comme protecteur des fils de Waroc'h Ier, roi du Broërec : Macliauus (Macliau, futur évêque de Vannes), ainsi que son frère[réf. nécessaire] Chanao (Canao Ier qui succédera à son père), comte des Bretons, voulait assassiner trois de ses frères. Il monte un subterfuge et le prince menacé est mis sous un tumulus avec un soupirail pour lui permettre de respirer. Chanao vient constater l'existence de la tombe et y donne une fête. Macliauus se serait enfui à Vannes, aurait été nommé évêque, puis aurait apostasié et repris son épouse.

Vers 555, Conomor, comte de Poher et Tudal, prince de Domnonée (appuyé par le roi des Francs, Childebert), mène un combat contre ses sujets révoltés au Relec (en Plounéour-Ménez, au pied des Monts d'Arrée. Ensuite en 560, Chonoobro (Chonober et Chonoo) aurait à nouveau accueilli un prince, mais cette fois, il s'agissait de Chramn, fils de son ennemi, le roi Clotaire Ier. Celui-ci amène une armée, capture son fils et le fait étrangler. Chonober est tué au combat, soit à Merlevenez (Morbihan), soit au Relec en Plounéour-Ménez (Finistère) (dans un combat avec des Bretons)[3].

Dans la tradition bretonne[modifier | modifier le code]

Un roi sanguinaire[modifier | modifier le code]

En Bretagne armoricaine, Conomor est beaucoup plus maltraité par la légende, car, dans la tradition orale, il est Conomor le Maudit[réf. nécessaire]. Il est une sorte de Barbe-Bleue qui tue ses épouses successives dès qu'elles ont un enfant. Sa dernière épouse, sainte Tréphine (nom d'une sainte sicilienne), fille de Waroc'h Ier (sœur de Canao Ier et Macliau), ayant accouché de saint Trémeur (Trec'h meur = grand vainqueur), il décapite celui-ci. Saint Gildas remet la tête en place et l'enfant va voir son père pour l'éprouver. À cette vue celui-ci est frappé d'épouvante et meurt de la vengeance divine. Dans la Vita de saint Gildas, c'est celui-ci qui est l'artisan du châtiment en provoquant l'écroulement sur Conomor des murailles de son château par le jet d'une poignée de terre.

Cependant, il apparaît comme roi de Domnonée péninsulaire et c'est dans sa ville de Carhaix que Thomas d'Angleterre place le mariage de Tristan avec Iseult aux Blanches Mains, fille du duc de Bretagne, et c'est là qu'il fait mourir son héros, peut-être donc dans un fief de son oncle Marc Conomor. Mais, on peut aussi penser au Carhays d'outre-Manche.

De nombreux endroits stratégiques sont réputés avoir été des lieux de séjour de Conomor, en particulier, Castel-Finans, au bord du Blavet à l'est de Carhaix et près de Saint-Aignan (Morbihan), où saint Gildas l'aurait poursuivi et châtié. À Tréglamus, près du Menez Bré, où on trouve des retranchements lui étant attribués. À Lanmeur, dans un ancien fort osisme appelé Castel-Beuzit ou La Boissière, proche de la Manche qu'il souhaitait sans doute pouvoir surveiller. Près de Quimperlé et de Clohars-Carnoët où les vestiges d'un château (château de Karnoët), sur les bords de la rive droite de la Laïta, subsistent. Près du Moustoir en Saint-Goazec, où se voient les ruines du Castel Commor. Enfin, à Montafilant (Côtes-d'Armor), près de la vieille cité gallo-romaine de Corseul, ce qui lui permettait de contrôler les vallées de la Rance et de l'Arguenon.[réf. nécessaire]

[réf. nécessaire] que saint Gildas fustige dans le De Excidio et Conquestu Britanniae comme indigne d'être le descendant d'Aurelius Ambrosianus[réf. nécessaire] et le parent de Saint Pol Aurélien[réf. nécessaire] que son hagiographe Bili désigne comme domnonéen, donc comme ayant fait des fondations d'abbaye loin du Léon, par exemple à Lamballe qui porte son nom.

Dans la tradition cornique[modifier | modifier le code]

Les traces de Conomor baignent dans deux légendes différentes de chaque côté de la Manche, or il a pu être en être le roi ou tout au moins un prince engagé avec ses égaux post-arthuriens[travail inédit ?] et peut-être le Roi des Francs Childebert Ier dans une alliance navale et militaire dirigée contre les pirates irlandais, pictes et scandinaves[réf. nécessaire], les Anglo-saxons étant moins dangereux depuis la victoire du Mont-Badon vers 500, attribuée à Arthur.

La Légende[modifier | modifier le code]

En Cornouailles britannique, proche du Devon qui est la Dumnonia-Domnonée insulaire, a été trouvé une inscription du IVe siècle[4] portant les noms de Conomor et de Tristan[citation nécessaire] qui rattache peut-être Conomor à l'histoire de Tristan et de son oncle, le roi Marc'h. Elle est toujours visible à Castel-Dore , près d'un lieu-dit Carhays[réf. nécessaire] : Drustanus hic jacit cunomori filius [cum domina Ousilla] (Ci-gît Tristan, fils de Conomor, avec son épouse Essylt, cette dernière inscription ayant été effacée depuis le XVIe siècle[réf. nécessaire]). [réf. nécessaire].

Selon les historiens britanniques[réf. nécessaire], Castel-Dore était la capitale des princes de Cornouailles, placée sur l'isthme Padstow-Fowey par lequel passa saint Samson en route pour Saint-Malo. Conomor pourrait avoir donc été à la fois un prince de Grande-Bretagne, membre de l'aristocratie celte romanisée, le protecteur venu sur place de l'émigration en Armorique et l'allié de Childebert dans la protection militaire des côtes de la Manche.[réf. nécessaire]

Conomor pourrait donc avoir été un des hommes les plus importants du VIe siècle, lié aux puissances établies des deux côtés de la Manche[réf. nécessaire], puis s'étant révolté contre Clotaire Ier en soutenant Chramn, le fils de celui-ci. Ceci lui aurait valu la vindicte de l'Église et, d'abord, de saint Gildas, puis de saint Samson et expliquerait les aspects noirs de sa légende[réf. nécessaire].

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. "Le complexe de Konomor" in Ethnopsychiatrie en Bretagne, Philippe Carrer, éditions Coop Breizh, 2011
  2. Cognomorus et sainte Triphine, Anatole Le Braz, 1904
  3. Chroniques de Marius d'Avenches (455-581), note no 20.
  4. Venceslas Kruta, « Cunomorus », in Les Celtes, histoire te dictionnaire, Paris, Robbert Laffont, collection « Bouquins », 2000

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Léon Fleuriot, Les Origines de la Bretagne : L’émigration, 1980, Payot, 353 p., p. 118, 188-189
  • Goulven Péron, Marcus Conomorus et la pierre de Fowey / L’étrange serment du comte Conomore, Cahier du Poher, n°36 et n°38, 2012
  • Christian Y. M. Kerboul, Les Royaumes brittoniques au très haut Moyen Âge, Coop Breizh, Éd. du Pontig,‎ 1997
  • Jean-Christophe Cassard, Les Bretons et la mer au Moyen Âge, PUR, 1998
  • Gilles Rihouay, Konomor, Barbe-bleue breton, Éd. Keltia Graphic, 29540 Spézet, 2001
  • Christiane Kerboul-Vilhon, Conomor entre histoire et légende, Spézet, Keltia Graphic,‎ 2004, 140 p. (ISBN 2-913953-73-5 et 978-2-913953-73-4)
  • Marcel Gozzi et Isabelle Thieblemont. La Laïta. Liv'Éditions 2014. Pages 145 et 146.