La Tène
La Tène ou Second âge du fer est une période succédant au Hallstatt (-1300 BC à -400 BC) et marquant la fin de la Protohistoire. Elle tire son nom d'un site archéologique découvert en 1857 à Marin-Epagnier, sur la pointe nord-est du lac de Neuchâtel, à l'embouchure de la Thielle, dans le canton de Neuchâtel en Suisse. La Tène donne l'adjectif « laténien(ne) ».
Sommaire |
Historique [modifier]
La fin de la période de La Tène marque le début de la guerre des Gaules en 58 avant J-C.
Les fouilles de La Tène ont débuté en 1857 après la correction des eaux du Jura qui a abaissé le niveau du lac de Neuchâtel de près de 3 mètres. Menées par Hans Kopp, pêcheur et collecteur d'objets et conduites par le colonel Friedrich Schwab, elles ont permis la découverte de nombreuses armes (épées) et parures.
L'archéologue suisse Ferdinand Keller interprète en 1863 les vestiges comme ceux d'un village celtique sur pilotis (influence des travaux de Pierre Jean Édouard Desor sur la « civilisation lacustre »), publiant ses conclusions en 1868 dans son premier rapport sur les palafittes suisses (Pfahlbaubericht)[1]. Eduard Desor, un géologue de Neuchâtel, considère le site comme une manufacture d'armes construite sur pilotis puis détruite par un ennemi. Emile Vouga met à jour quantité d'objets dans un paléochenal et publie en 1885 Les Helvètes à La Tène, synthèse suivie de La Tène, un oppidum helvète de Victor Gross en 1886. Les recherches officielles de la Commission des fouilles (1907-1917), dirigées par William Wavre, puis Paul Vouga à partir de 1909, s'achèvent avec la publication en 1923 de La Tène : monographie de la station à Leipzig qui propose les hypothèses d'entrepôt, de poste de contrôle ou de douane[2]. En 2007 un bilan documentaire financé par le Fonds de Recherche suisse est réalisé et aboutit à la publication La Tène : la recherche - les questions - les réponses[3].
Le musée archéologique le Laténium inauguré en 2001 a des « réserves ouvertes » pour voir les vestiges de la Tène [1].
Le site a livré une importante quantité d'objets et plusieurs habitats protohistoriques. Il a donné son nom au Second âge du fer en 1872, lorsque l'archéologue suédois B. E. Hildebrand élabora une chronologie de la Protohistoire européenne, tandis que l'âge du fer ancien était nommé Hallstatt.
L'interprétation qui prévaut toujours aujourd'hui, est qu'il s'agit d'un site de sacrifices : deux ponts qui passaient sur l’antique rivière Thielle sont les points d’offrande jetées directement dans l'eau d’un vaste sanctuaire de plein air ou bien le culte fut effectué à partir de plates-formes sacrificielles sur les ponts et sur lesquelles ont été immolés des guerriers[3].
Systèmes chronologiques [modifier]
Système de Tischler [modifier]
En 1881, Otto Tischler proposa de subdiviser la période de La Tène en trois phases en fonction de la forme des épées et des fibules :
- phase ancienne -400 à -300 : fibule à pied libre (Duchkov) et épée à pointe effilée avec fourreau à bouterolle circulaire
- phase moyenne -300 à -100 : fibule à pied rattaché au sommet de l'arc, épée plus longue et fourreau à bouterolle pointue ou légèrement arrondie
- phase récente -100 au début de l'ère chrétienne : fibule avec cadre en guise de porte ardillon, épée à bout arrondi, de taille uniquement.
Ce système a servi par la suite de base pour les chronologies régionales.
Systèmes allemand (Reinecke) et français (Déchelette) [modifier]
La période a néanmoins été découpée à nouveau en quatre phases par Paul Reinecke en 1902 pour l'Allemagne, et par Joseph Déchelette qui corrige la chronologie de Tischler en 1914 pour la France. Déchelette ajoute notamment une phase « la Tène IV » pour les Îles Britanniques :
- La Tène I (à partir de la seconde moitié du Ve siècle av. J.-C.)
- La Tène II/III (jusqu'à la conquête romaine)
- La Tène IV (réservée aux Îles Britanniques)
Styles artistiques de Jacobsthal [modifier]
En 1944, Paul Jacobsthal publie sa chronologie dans Early Celtic Art. Elle est fondée sur l'observation de quatre styles artistiques propres à l'espace celtique :
- Style ancien : -500 à -400
- Style de Waldalgesheim : -400 à -300
- Style plastique : début du IIIe siècle
- Style des épées hongroises : début du IIIe siècle
Synthèse [modifier]
On pourrait gloser ainsi :
- 460 av JC - 400 av JC : La Tène A ou La Tène I précoce
- 400 av JC - 320 av JC : La Tène B1 ou La Tène I moyenne
- 320 av JC - 260 av JC : La Tène B2 ou La Tène I tardive
- 260 av JC - 150 av JC : La Tène C ou La Tène II
- 150 av Jc - 30 av JC : La Tène D ou La Tène III
- avec La Tène D1 : 150 - 70 av JC; La Tène D2 : 70 -30 av JC
- La Tène D1a : 150 - 120 La Tène D2a : 70 - 50
- La Tène D1b : 120 - 70 La Tène D2b : 50 - 30
- avec La Tène D1 : 150 - 70 av JC; La Tène D2 : 70 -30 av JC
Civilisation [modifier]
La civilisation celtique de La Tène atteint les Balkans, la Grèce (prise de Delphes en -279), l’Asie Mineure (Galates en -275) la Gaule tout entière (entre la Garonne et la Seine, v. -500), l’Espagne (Celtibères, v. -500).
Conséquence d’une crise interne, de la réorganisation des circuits commerciaux ou des luttes entre Grecs et Étrusques pour le contrôle des échanges, les citadelles des Celtes du Premier âge du fer, poumon des relations commerciales sont abandonnées les unes après les autres vers -500 au profit d’un mode de vie plus rural dominé par une chefferie guerrière. Des régions se distinguent comme les nouveaux centres de la civilisation celtique au Ve siècle : la Rhénanie (culture de l’Hunsrück Eifel, la Bohême, la Champagne et les Ardennes). Une lente évolution se produit dans les coutumes et les productions. On trouve le stamnos étrusque (vase contenant le vin pur) dans les tombes riches du Ve siècle, à la Motte-Saint-Valentin (Haute-Marne) ou à Altrier (Luxembourg). Le miroir importé d’Étrurie, ou son imitation, est fréquent dans les sépultures féminines (Uetliberg, près de Zurich, la Motte-Saint-Valentin). Les mobiliers funéraires laissent entrevoir une moindre disparité sociale entre les puissants et le reste du peuple. Les importations méditerranéennes baissent, les bijoux sont moins somptueux. Les sépultures des chefs perdent de leur monumentalité, en conservant leur mobilier type : le poignard de parade fait place à la panoplie guerrière complète, le char à deux roues, plus léger et rapide, remplace le char de parade.
En Champagne, les vastes cimetières du Second âge du fer comportent, signe d’un peuplement dense, des tombes plates sans tumulus, creusées dans le sol crayeux. Les tessons de céramique retrouvés présentent des caractères régionaux « marniens » (vase de la Cheppe). Des œnochoés étrusques (Somme-Bionne, Somme-Tourbe et Sept-Saulx) attestent des relations avec l’Étrurie. Les hommes les plus importants (150 tombes) sont inhumés sur leur char à deux roues, généralement armés, et portent un casque pointu en bronze. Plus nombreux, les fantassins ne gardent que leurs armes : épées, lances et javelots. Les femmes ont des agrafes de ceinture, des fibules, des bijoux comme le torque, qui, porté dès l’adolescence, paraît investi d’une signification sacrée. Le Ve et le début du IVe siècle jouissent d’une grande stabilité, sensible dans les productions. La société semble assez égalitaire. La prédominance nette des tombes féminines marque cependant le départ progressif des hommes.
Chronologie du second Âge du fer [modifier]
- vers -600 (Civilisation de Hallstatt) fondation de la colonie phocéenne de Massalia sur le territoire des Ségobriges
- -396 Les Gaulois franchissent les Alpes à l'initiative d'Ambigat, le roi des Bituriges (Sénons, Andes, Insubres et Boïens)
- -386 Défaite des Romains face aux Sénons sur l'Allia. 30 000 Celtes menés par Brennus rançonnent Rome
- -367 Des mercenaires celtes sont engagés contre les Thébains dans un corps expéditionnaire de Syracuse
- -332 Traité de paix entre Rome et les Sénons
- -279 Sac de Delphes par les Celtes migrant vers l'Est
- -232 Le territoire des Sénons (ager gallicus) est confisqué par Rome
- -218 Incursion d'Hannibal en Gaule cisalpine. Soulèvement des Boïens contre Rome.
- -125 Conquête de la Narbonnaise
- Vers -82 à -44 Les Boïens de Pannonie sont victimes de l'attaque des Daces menés par leur roi Burebistas. Destruction de l'oppidum de Bratislava.
- -58 Début de la guerre des Gaules
- -52 Défaite de l'armée gauloise de Vercingétorix à Alésia. Le chef gaulois est fait prisonnier par Jules César
- -51 Défaite des vaincus d'Alésia qui s'étaient réfugiés à Uxellodunum : la Gaule est sous contrôle romain.
- -9 à -6 L'oppidum de Stradonice (cs) (Bohême) est incendié, probablement par les Germains : invasion des Marcomans.
- ensuite, développement d'une civilisation germanique sur ces terres.
Notes et références [modifier]
- Béat Arnold, « La Tène, un site, un mythe, 1. Chronique en images (1857-1923) », Archéologie neuchâteloise, vol. 39, 2009
- Gilbert Kaenel, « La Tène (site archéologique) », Dictionnaire historique de la Suisse
- Thierry Lejars, « La Tène, site mythique de l’archéologie celtique. Histoire d’une découverte », Conférence organisée par l'AOROC (Archéologies d'Orient et d'Occident et textes anciens) à l'École normale supérieure de Paris, juin 2012
Annexes [modifier]
Bibliographie [modifier]
- Collectif, Les Celtes, catalogue de l'exposition européenne d'archéologie celtique au Palazzo Grassi à Venise, Venise, EDDL, Paris, 2001, (ISBN 2-237-00484-6)
- Albert Grenier, Les Gaulois, Petite bibliothèque Payot, Paris, 1970, (ISBN 2-228-88838-9)
- Christian-J. Guyonvarc'h et Françoise Le Roux, La Civilisation celtique, Ouest-France Université, coll. « De mémoire d’homme : l’histoire », Rennes, 1990, (ISBN 2-7373-0297-8)
- John Haywood (intr. Barry Cunliffe, trad. Colette Stévanovitch), Atlas historique des Celtes, éditions Autrement, Paris, 2002, (ISBN 2-7467-0187-1)
- Venceslas Kruta, Les Celtes, Histoire et Dictionnaire, Éditions Robert Laffont, coll. « Bouquins », Paris, 2000, (ISBN 2-7028-6261-6)
Articles connexes [modifier]
- Le Laténium est un musée dont le nom dérive de celui de la période de La Tène. Il est situé à quelques kilomètres du site éponyme, sur la commune de Hauterive.
Liens externes [modifier]
- Les Gaulois d'Acy-Romance : voyage à la rencontre des Rèmes dans un village gaulois fouillé par Bernard Lambot. Site produit par le ministère de la culture et de la communication (collection Grands sites archéologiques).
- Les Gaulois en Provence : l’oppidum d’Entremont par Patrice Arcelin directeur de recherche au Centre Camille Jullian; Gaétan Congès, conservateur en chef du patrimoine, Martine Willaume, conservatrice en chef du patrimoine produit par le ministère de la culture et de la communication (collection Grands sites archéologiques).
- Lattes en Languedoc, les Gaulois du Sud par Thierry Janin et Michel Py (CNRS, UMR 5140) produit par le ministère de la culture et de la communication (collection Grands sites archéologiques).