Canal de Nantes à Brest

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Canal de Nantes à Brest
Illustration.
Le canal de Nantes à Brest en Loire-Atlantique, avec borne kilométrique 37 et parallèle à la rivière Isac.
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Coordonnées 47° 12′ 42″ N 1° 32′ 22″ O / 47.21166667, -1.5394444447° 12′ 42″ N 1° 32′ 22″ O / 47.21166667, -1.53944444  
Début Loire, Nantes
Fin Rade de Brest, Brest
Traverse Pays de la Loire
Bretagne
Caractéristiques
Longueur 364 km
Gabarit 25,70 m sur 4,50 m
Mouillage 1,60 m
Hauteur libre 2,40 m
Infrastructures
Écluses 238
Histoire
Année début travaux 1803
Année d'ouverture 1858

Le canal de Nantes à Brest est un canal à petit gabarit qui relie les villes de Nantes et de Brest et emprunte les vallées de l'Erdre, de l’Isac, de l’Oust, du Blavet (qu’il rejoint à Pontivy), du Doré, de l’Hyères et de l’Aulne ; ces rivières sont reliées par trois canaux de jonction franchissant des lignes de partage des eaux. Sa construction remonte à la première moitié du XIXe siècle et sa longueur totale est de 364 km.

Géographie[modifier | modifier le code]

Le canal
Écluse no 234, Toul ar rodo.

De l’Erdre à l’Aulne, le canal mesure 364 km, mais seul 20 % de sa longueur (soit environ 73 km) est artificiel. Huit cours d'eau sont canalisés pour l’alimenter, ou aménagés pour les rendre navigables, devenant les ramifications d’un assez surprenant réseau navigable breton.

Histoire[modifier | modifier le code]

Borne 354 du canal.

L'idée d'ouvrir une voie de navigation intérieure en Bretagne remonte au XVIe siècle lors de l'union du duché de Bretagne au royaume de France : la canalisation de la Vilaine est décidée en 1538 par les États de Bretagne, rendant navigable le fleuve de Rennes à Messac, ce qui permet dès 1585 la première liaison fluviale de la capitale bretonne à Redon et au « golfe de Gascogne » par la Vilaine maritime.

L'intérêt économique d'un canal de Nantes à Brest est de désenclaver le Centre-Bretagne (avec peu de chemins à peine carrossables, il est appelé « la Sibérie de la Bretagne »), permettant à tous les points de ce territoire d'être à moins de 15 kilomètres d'une voie d'eau (mer et ses rias, rivières ou canal). En 1627, les États de Bretagne approuvent un projet destiné à relier Brest à Carhaix par un canal, mais ce projet avorte par manque de financement[1].

En 1730, l'ingénieur Abeille propose de canaliser la Vilaine, l'Ille et la Rance, afin de relier la Manche et l'océan Atlantique par un réseau fluvial[2]. Ce sont les différents blocus maritimes, imposés depuis 1688 sous le règne de Louis XIV, qui conduisent les États de Bretagne à faire étudier la mise en place d’un réseau de canaux, en Bretagne, et aussi dans le Maine. En 1745, le comte François Joseph de Kersauson initie un vague projet de Nantes à Brest qui est abandonné, faute de financement. En janvier 1783, une commission de navigation intérieure est nommée pour étudier tous les projets. Partant de cette idée, cette commission présente au roi Louis XVI, le 31 octobre 1784, une carte générale des projets qu'elle lui commente[3]. Cette commission spéciale s'entoure des compétences de membres de l'Académie royale des sciences, dont l'abbé Rochon ou Nicolas de Condorcet qui analysent notamment les mémoires des différents projets de navigation. Il faut cependant attendre le début du XIXe siècle et le blocus de Brest par les Britanniques, pour convaincre Napoléon Ier de l’intérêt stratégique de débloquer Brest par l’arrière-pays, d'approvisionner en vivres et munitions les arsenaux de Brest et Lorient avec Nantes et Saint-Malo[3].

Les dates clés :

  • 1803 : l’ingénieur en chef des Ponts et Chaussées Guy Bouessel est chargé de l’étude du projet ;
  • 1804 : Bouëssel se rend sur le terrain[4] ;
  • 1806 : timide début du chantier, sur la section Nantes-Redon[5] ;
  • 1811 : des décrets autorisent l'emploi de prisonniers de guerre et de condamnés, répartis en bataillons[5]. Suite au décret impérial de construction des canaux de Bretagne signé le 7 juin 1811 par Napoléon, début des travaux aux deux extrémités (en Loire-Inférieure et dans le Finistère). Le 7 septembre 1811, pose de la première pierre de la première écluse sur l’actuel "bief de Guilly Glaz", à la frontière des communes de Port-Launay et Châteaulin ;
  • 1812-1814 : construction du "bief des Bouts-de-Bois", par des Espagnols prisonniers de guerre ; ces forçats, logés dans le camp des Jarriais, près de Saffré, connaissent des conditions très dures ; ils sont libérés en 1814[6] ;
  • 1813 : le 6 mars, les travaux commencent à Nantes, sur l'Erdre, depuis le pont Morand vers la Loire, entraînant la destruction de maisons[7] ;

Les ouvriers et les ingénieurs créent au total près de 600 kilomètres de voies et 325 écluses dans les cinq départements traversés par le canal. Ces ouvriers, parfois des paysans (des recruteurs battant la campagne), rarement des mendiants (bien que le préfet des Côtes-du-Nord le comte de Bagneux prenne un arrêt anti-mendicité à cet effet), souvent des bagnards ou des prisonniers de guerre (camp militaire de Glomel, prisonniers espagnols dans les landes des Jarriais en Loire-Inférieure, payés 30 centimes puis un franc par jour mais une bonne part du salaire est retenu pour la nourriture, l'habillement, le logement et les soins, ce qui provoque révoltes et désertions, poussant les attributaires des adjudications à les payer au volume déblayé)[3].

  • 1822 : création de la Compagnie des Canaux de Bretagne, dont les emprunts relancent le chantier freiné par la complexité des travaux, la période révolutionnaire puis la chute du premier Empire, travaux sous la direction du comte Jean-Marie de Silguy ;
  • mai 1826 : ouverture des quatre premiers kilomètres du canal dans le Finistère ;
  • 1829 : 28 écluses entre Port-Launay et Pont-Tiffen sont ouvertes à la navigation[8] ;
  • 1836 : ouverture à la navigation de la section Nantes-Redon et Brest-Carhaix ;
  • 1er janvier 1842 : la voie d'eau entre Nantes et Brest de 360 km est ouverte à la navigation sur toute sa longueur[8] ;
  • 1855 : mise en eau du bassin de Redon[8] ;
  • 1858 : inauguration du canal par Napoléon III et l’Impératrice Eugénie sur le site de l’écluse maritime de "Guilly Glaz".

« L’eau coulant dans le canal, portera dans tous les esprits,
Comme le sang dans les veines, le baume de la vie,
L’éguillon stimulant de l’industrie. Tout va changer par la navigation. »

— M. de Brie, Mémoire (1784)

L'industrie ardoisière s'est beaucoup développée au XIXe siècle le long du canal, celui-ci facilitant le transport des ardoises: des ardoisières ouvrent ou trouvent un nouveau dynamisme (certaines étaient déjà en activité les siècles précédents) à Saint-Coulitz, Saint-Ségal, Lothey, Pleyben, Gouézec (Pont-Coblant), Châteauneuf-du-Faou, Saint-Goazec (l'ardoisière du Rick en Saint-Goazec fut la plus grande carrière à ciel ouvert de Bretagne), Landeleau, Cléden-Poher, Spézet, Motreff, etc. dans le Finistère, à Mûr-de-Bretagne et dans la région de Guerlédan comme à Caurel, etc. dans les Côtes-du-Nord. Port-Launay, débouché maritime du canal sur la Rade de Brest, devint un port important pour l'exportation des ardoises à destination de Brest et des ports de la Manche[9].

Le développement du chemin de fer à partir des années 1850 (notamment la ligne Carhaix-Châteaulin-Camaret en 1911), la construction de routes et la construction du barrage hydroélectrique de Guerlédan (qui isole les parties finistérienne et costarmoricaine du reste du réseau et donne naissance au plus grand lac artificiel breton, le lac de Guerlédan) à partir de 1923, mettent un terme au « fret » (composé de denrées alimentaires — céréales, vins, sucre, sel ; de matières premières — bois, sable de Loire, ardoise, tuffeau angevin, houille pour les forges de Loudéac ; engrais agricoles — chaux du Maine et Loire, sable calcaire ; produits divers — charbon, cire, chanvre, lin…[10]) par voie d’eau douce entre Nantes et la rade de Brest, d'autant plus que le canal était d'un gabarit trop faible pour la batellerie bretonne qui avait pourtant motorisé ses bateaux dans les années 1930. Le trafic, ayant progressé de 10 000 tonnes (1859) à 174 000 tonnes (1911), a dès lors décliné. C'est en 1942 que le dernier chaland franchit l'écluse de Châteauneuf-du-Faou[11].

Aujourd’hui, les chevaux de halage (dont la vitesse moyenne était de 2 km/h en charge) ont laissé place aux pêcheurs, promeneurs et sportifs. Gabares et chalands disparus, le canal n’ouvre plus ses écluses qu’aux amateurs de canoës ou kayaks, aux plaisanciers sur péniches, voiliers ou bateaux motorisés, l'outil industriel et commercial s'étant mué en axe touristique.

Tourisme et loisirs[modifier | modifier le code]

Écluse abandonnée du canal sur la portion désormais non navigable Pontivy - barrage de Guerlédan.

À l'origine de l’édification du barrage de Guerlédan, il devait être construit une échelle d'écluses en parallèle au barrage afin de maintenir le trafic fluvial sur le Canal. Ce projet n'a jamais abouti, divisant ainsi le canal en deux tronçons et limitant la navigation : à l'ouest de Nantes à Pontivy (branche est Loire Atlantique et morbihannaise) et de Carhaix à la mer (branche ouest finistérienne).

Les promeneurs à pied ou à vélo peuvent, quant à eux, le longer entièrement grâce aux chemins de halage.

Finistère[modifier | modifier le code]

Le Finistère comporte 46 écluses sur environ 100 km et 22 communes riveraines avec de nombreux ports et points de séjour accessibles aussi bien aux promeneurs, à pieds, à vélo, à cheval, kayak, pénichettes, qu’aux campings caristes, campeurs, etc.

Loire-Atlantique[modifier | modifier le code]

La Loire-Atlantique comporte 18 écluses sur environ 74 km. L'écluse no 1 de Saint-Félix délimite le début du canal entre la Loire et l'Erdre.

Caractéristiques techniques[modifier | modifier le code]

Le canal de Nantes à Brest est jalonné de 238 écluses dont 18 englouties par le barrage de Guerlédan (la dernière écluse est la 237 mais il existe une 17 bis à Redon). Les huit cours d’eau canalisés sont : l’Erdre, l’Isac, l’Oust, le Blavet, le Doré, le Kergoat, l’Hyères et l’Aulne. On dénombre trois biefs de partage sur le canal de Nantes à Brest : Bout-de-Bois (altitude 20 mètres), Hilvern (altitude 129 m), Grande Tranchée à Glomel (altitude 184 m). Les travaux ont coûté 160 millions de francs-or de 1860 (soit 150 millions d’euros en 2000).

Photos[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Kader Benferhat, Le canal de Nantes à Brest, éd. Ouest-France, réed. 13 février 2007, 142 p.
  2. Abed et Sigot 1998, p. 7.
  3. a, b et c Jean Kergrist, émission La marche de l'histoire sur France Inter, 28 juin 2011.
  4. Abed et Sigot 1998, p. 15.
  5. a et b Abed et Sigot 1998, p. 19.
  6. Abed et Sigot 1998, p. 30.
  7. Abed et Sigot 1998, p. 24.
  8. a, b et c Abed et Sigot 1998, p. 31.
  9. Léna Gourmelen, Ardoise en Bretagne, Coop Breizh, 2008, [ISBN 978-2-84346-383-9]
  10. [PDF] Pourquoi des canaux en Bretagne ?
  11. Balades en vallée de l'Aulne : le canal de Nantes à Brest

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages historiques[modifier | modifier le code]

  • Loïc Abed et Jacques Sigot (dir.), Bretagne - Le canal de Nantes à Brest, Montreuil-Bellay, Éditions C.M.D., coll. « Patrimoine »,‎ 1998, 132 p. (ISBN 2-909826-82-1).
  • Marie-Josée Christien, Aspects du canal, La Chevallerais, Sac à mots éditions,‎ 2010, 67 p. (ISBN 978-2-915299-37-3).
  • Jean Kergrist, Les bagnards du canal de Nantes à Brest : la vie au camp de Glomel, 1823-1832, Spézet, Editions Keltia Graphic,‎ 2003, 189 p. (ISBN 2-913953-59-X).
  • Michel Penven, Le canal de Nantes à Brest en Centre Finistère, Spézet, Keltia graphic,‎ 1993, 108 p.
    Association « sur les traces de François Joncour » ; pas de référencement à la BNF.
  • Stéphane Thomas, La vie du canal de Nantes à Brest dans le Finistère 1826-1914, Spézet, Keltia graphic,‎ 2009, 223 p. (ISBN 978-2-35313-048-1).

Guides[modifier | modifier le code]

Fictions[modifier | modifier le code]

Jean Kergrist, Bagnards en cavale, Spézet, Keltia Graphic,‎ 2005, 204 p. (ISBN 2-913953-80-8).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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