Parti populaire français

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Parti populaire français
Image illustrative de l'article Parti populaire français
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Présentation
Fondation 1936
Disparition 1945
Idéologie Fascisme

Le Parti populaire français ou PPF (1936-1945), fondé et dirigé par Jacques Doriot, était le principal parti politique d’inspiration fasciste français en 1936-1939 et l’un des deux principaux partis collaborationnistes en 1940-1944, avec le Rassemblement national populaire (RNP) de Marcel Déat.

Le PPF avant guerre (1936-1940)[modifier | modifier le code]

Historique : envolée, puis chute (1936-1940)[modifier | modifier le code]

Affiche de propagande du PPF.

Création du PPF[modifier | modifier le code]

Le Parti populaire français est créé en juin 1936 par Jacques Doriot, ancien chef des Jeunesses communistes (JC) en 1923, député en 1924, membre du comité central du Parti communiste français (PCF), maire de Saint-Denis en 1931. Il est exclu du PCF en août 1934, car il était favorable à une alliance avec la SFIO, avant que celle-ci ne soit autorisée. Il était également le principal rival de Maurice Thorez.

Au niveau des chefs comme de celui des militants, les deux plus forts contingents de membres du PPF proviennent du Parti communiste français et des ligues nationalistes (notamment des Croix-de-feu, lassés de la modération du colonel de La Rocque), de l'Action française, de la Solidarité française et quelques personnes issues du francisme de Marcel Bucard, comme Vauquelin des Yveteaux, chargé de la propagande au PPF. En définitive, « Aux origines du PPF, on retrouve donc les deux courants de la fusion qui caractérise le premier fascisme : l’extrême-gauche révolutionnaire et le nationalisme anti-parlementaire » selon la théorie de Michel Winock[1].

Plus précisément, les premiers dirigeants du PPF seront issus des groupes suivants :

Le PPF connaît un démarrage très rapide en 1936 et 1937, dopé par l’anticommunisme croissant en réaction au Front populaire. Gabriel Le Roy Ladurie réunit autour du parti une équipe d'intellectuels. Le PPF et Jacques Doriot suscitent alors un grand espoir chez ses partisans : Jacques Benoist-Méchin dira : « Je n'hésite pas à affirmer qu'aucun parti politique français ne disposa jamais d'un pareil potentiel intellectuel[3]. » De même, Pierre Pucheu écrira : « Je n'ai pas connu, dans notre génération, d'homme ayant reçu à tel point du ciel, des qualités d'homme d'État[4]. » Outre ses soutiens intellectuels et militants, le PPF bénéficie du financement par le grand patronat par l’intermédiaire en particulier de Pierre Pucheu et de Gabriel Leroy-Ladurie (directeur de la banque Worms). La haute banque, y compris juive, est très présente : « dont la Banque Vernes, la banque Rothschild Frères, la Banque L. Louis-Dreyfus, la Banque Lazard, la BNCI et la Banque de l'Indochine[5] ». Ainsi, quand en avril 1938, une grève éclate aux usines Berliet de Vénissieux, un « comité pour la reprise du travail » chez Berliet est créé par le P.P.F. lyonnais, dont les activités sont financées par le patronat local[6].

En 1937, Doriot tente alors de s’imposer comme le principal leader anticommuniste en constituant un Front de la liberté pour s'opposer au Front populaire, avec le Parti républicain national et social, dirigé par Pierre Taittinger (avatar des Jeunesses patriotes, également dissoutes en juin 1936), le Parti agraire et paysan français de Fleurant Agricola et la Fédération républicaine, l'un des deux grands partis de droite de l'époque. L'Action française, sans y adhérer formellement, en est très proche et soutient les candidats du Front aux élections, notamment aux législatives partielles de 1937, 1938 et 1939. Le rassemblement du Front de la liberté échoue en grande partie par des intérêts contradictoires entre les partis participants ainsi que par la question que pose le Parti social français dont l'affaiblissement est le véritable objectif du Front de la liberté.

Le PPF va ensuite intégrer de plus en plus de militants issus des classes moyennes (au détriment des ouvriers) et des chefs venus de la droite nationaliste (alors que les chefs issus de la gauche dominaient en 1936). En effet, Doriot ne va pas développer un programme communiste national, mais plutôt, sous l’influence de jeunes technocrates, un programme reprenant les idées d’une société technocratique, néo-socialiste et planiste.

Programme du PPF[modifier | modifier le code]

  • Sur le plan institutionnel, le parti prétend rester les institutions républicaines mais n'exclut pas de modifier les institutions[7] : « Nous restons républicains », car s'agissant d'un changement de régime « la question ne paraît pas mûre pour l'instant[8] ». Cette possibilité de changer le régime dans un sens plus autoritaire attire à lui des éléments de droite radicale, y compris d'anciens militants de l'Action française, déçu par l'immobilisme de Maurras. Concernant le parlement, il réclame seulement que les assemblées soient ramenées à un rôle de contrôle et laissent l'exécutif diriger le pays[9] ; plus tard, l'« État populaire français » transformera les Chambres en assemblées corporatives et consultatives, où seront représentés les grands intérêts économiques et sociaux, métropolitains et coloniaux, nationaux et régionaux. Doriot évoque les trois leviers essentiels de l'État moderne : le conseil des provinces, le conseil des corporations, le conseil de l'empire. Le conseil des corporation peut évoquer la chambre des faisceau et des corporations créée par le fascisme en Italie mais la création de régions et de gouverneur de région préfigure une réforme mise en place par la Ve République. Concernant le conseil des régions, il développe l'idée que que c'est dans le cadre régional que se regroupent les organisations économiques et sociales, les associations patronales et syndicales, pour lesquelles le département représente un cadre étriqué : « La région permettrait de concentrer les moyens d'action du pays, d'éviter l'éparpillement des efforts ; elle permettrait aux 25 grands commis de l'État de faire un œuvre constructive de longue haleine, où les 90 préfets, prisonniers des politiciens locaux, ne peuvent réaliser que la mise en route de petits travaux d'intérêt local » ; le conseil des provinces aurait pour tâche de « guider, coordonner, inspirer le travail de nos provinces, auprès du gouvernement[10]. »
  • Sur le plan historique, le parti entend rompre les vieux clivages et unir le pays au lieu de le diviser : le futur « État populaire français jettera dans un même creuset pour les fondre et les rénover, toutes nos grandes traditions : celle des rois capétiens et des Jacobins, toutes nos grandes réformes, celles de Richelieu, de Colbert, de Napoléon, de la IIIe République ; toutes nos grandes idées, celles de Saint-Simon, de Fourier, de Proudhon, de Le Play, de La Tour du Pin ; tous nos grands noms, de Jeanne d'Arc à Clemenceau[11]. » Le PPF dépose à quelques jours d'intervalle deux couronnes, l'une au pied de la statue de Jeanne d'Arc, l'autre au mur des Fédérés[12].
  • Sur les plans organisationnel et formel, si le parti refusa de se doter d'une organisation paramilitaire, il y eut ainsi des rituels inspirés des mouvements fascistes : le salut quasi similaire au salut romain (repris par les fascistes et les nazis), le cri « en avant, Jacques Doriot », l'existence d'un drapeau et d'un serment de fidélité[réf. nécessaire]. Le serment du PPF porte « Au nom du peuple et de la patrie, je jure fidélité et dévouement au Parti populaire français, à son idéal, à son chef - je jure de consacrer toutes mes forces à la lutte contre le communisme et l'égoïsme social »[13][réf. insuffisante].
  • Sur le plan sociologique, la volonté d'unir des classes, et le recrutement à partir d'une base dirigeante d'origine communiste des éléments nationalistes de droite n'est pas sans rappeler en Italie la naissance du parti fasciste à partir d'une base socialiste et syndicaliste révolutionnaire de nationalistes et anciens combattants.
  • Sur le plan humain, le PPF ambitionne de façonner un homme nouveau, qui doit avoir « le goût du risque, la confiance en soi, le sens du groupe, le goût des élans collectifs ».
  • Sur le plan de l'anticommunisme, le PPF a toujours été en pointe. En 1938, une affiche du PPF appelle Daladier, au nom des « Nationaux » qui le « soutiennent », à procéder à « la dissolution du Parti communiste[14] ».
  • Sur le plan de l'antisémitisme, le programme du parti ne contient pas explicitement de mesures d'exclusion des Juifs ; mais après la mort d'Alexandre Abremski, amis juif de Jacques Doriot en février 1938 et le départ en janvier 1939 de Bertrand de Jouvenel dont la mère était juive[15], le parti se laissa influencé par des discours antijuifs. Alors que plusieurs banques juives comme les banques Rothschild, Lazard et Worms comptaient parmi les bailleurs de fonds initiaux du PPF[16], lors du congrès du parti en Afrique du nord en novembre 1938, on commença à discuter de la « question juive », Victor Arrighi parlant de chasser les Juifs d'Afrique du Nord[17]. Jusqu'en 1938, la direction du PPF se garde de verser dans l'antisémitisme, expliquant que le parti a mieux à faire que s'en prendre aux Juifs, ou a fortiori de les défendre — tout en laissant les sections algériennes et marocaines développer un antisémitisme raciste et virulent. Mais à partir de l'automne de cette année-là, les positions évoluent rapidement : l'influence du nazisme et des éléments antijuifs du fascisme italien s'affirme.

Si le programme du PPF d'avant-guerre n'est pas spécifique du fascisme[18], certaines thématiques apparues en 1937 et 1938 vont dans le sens sinon d'un rapprochement avec le fascisme et le national-socialisme : volonté de créer un homme nouveau, corporatisme, association de l'anticommunisme et de l'anticapitalisme, culte du chef, nationalisme. S'ajoute à cela le soutien financier de l'Italie qui semble indiquer une parenté idéologique. Mais le PPF se distingue du PNF et du NSDAP par l'absence de recours à des moyens paramilitaires comme ceux du squadrisme ou des SA et la revendication assumée d'un système totalitaire fondé sur un parti unique. Interdit puis recrée après l'armistice, le PPF prônera la mise en place assumée d'un État totalitaire mais avant 1940, un seul parti français, le parti franciste de Marcel Bucard se réclame du parti fasciste de Benito Mussolini.

La crise du PPF[modifier | modifier le code]

Mais ce succès du PPF semble n’être qu’un feu de paille pour deux raisons :

Par conséquent, « À la veille de la guerre, le parti de Doriot est en pleine déconfiture[1] ». Doriot tente de réagir à cette crise en donnant une dimension nationaliste de son parti en 1939 et 1940. Le 3 septembre 1939, la France entre en guerre au côté de la Grande-Bretagne, et Doriot est mobilisé. Il affirme que le but des Alliés doit être de supprimer la puissance allemande, mais il ajoute que Staline est tout autant l'ennemi que Hitler. Il espère que l'après-guerre verra s'installer l'ordre nouveau dont il rêve, avec une carte de l'Europe redessinée au détriment de l'Allemagne et de l'URSS. Choqué par le pacte soviétique, il s'en prend à l'Allemagne hitlérienne et lors du conseil national du 31 mars 1940 il déclare qu'au traité de paix, « la France devrait réclamer la possession de la rive gauche du Rhin pour se mettre à l'abri de toute agression ultérieure[19] ». Quand la Wehrmarcht passe à l'offensive le 10 mai 1940, le PPF appelle à serrer les rangs pour défendre le sol national et le sergent-chef Doriot se bat sur la Loire entre les 17 et 20 juin, récoltant une Croix de guerre avec citation à l'ordre du corps d'armée[20].

Profil et organisation du PPF (1936-1939)[modifier | modifier le code]

1) Origine politique des membres du PPF : En novembre 1936 (au 1er congrès du PPF), sur 625 (ou 623 ?) membres :

En mars 1937, sur 130 000 membres, le PPF aurait compté 35 000 anciens communistes (soit 27 % des membres) (Pascal Ory, Les collaborateurs). En fait alors que les anciens communistes sont nombreux en région parisienne, l’extension en province se fait en recrutant des membres des ligues. C'est plus particulièrement net en dehors de l'agglomération parisienne. La section de la Côte-d'Or, jugée représentative de la province, comptait une moitié de militants issus du mouvement de La Rocque, un tiers venus l'Action française, et seulement 10 % venus du Parti communiste ou de la SFIO[22].

2) Origine sociale des membres du PPF[23] : Au Congrès de 1936 :

  • ouvriers : 49 %
  • classes moyennes : 43 % (dont employés de bureau : 21 % ; et ingénieurs, entrepreneurs, professions libérales : 21 %).
  • autres : 8 %

Au Congrès de 1938 :

  • ouvriers : 37 %
  • classes moyennes : 58 % (employés et fonctionnaires, enseignants, ingénieurs, entrepreneurs professions libérales).
  • autres : 5 %

(source : idem). « Après 1936, la base du PPF en France et Algérie fût de plus en plus constituée de membres des classes moyennes tout comme les cadres de mouvement et les responsables du bureau politique et du comité central[5] ».

Selon Pierre Milza (voir bibliographie), l'embourgeoisement du PPF et son corollaire, l'abandon des revendications sociales osées, seraient encore plus rapides dans le parti de Jacques Doriot que dans celui de Mussolini (ce qui est nié par de nombreux historiens du fascisme italien qui pensent que la conjonction monde ouvrier agricole et industriel avec le fascisme est indéniable au moins jusqu'en 1940).

3) Effectifs du parti : vers 100 000-120 000 membres (selon Dieter Wolf, Jean-Paul Brunet) à 60 000 (selon Philippe Burrin, Winock) à l’apogée vers 1937-début 1938. Le PPF jouira de quelques forts bastions historiques : la région parisienne, Marseille (après ralliement de Simon Sabiani et son Parti d’action socialiste) et par extension la Côte d'Azur (Nice).

4) L’Union populaire de la jeunesse française (UPJF). Le mouvement de jeunes du PPF, est créées en 1936 par 6 jeunes (3 venus des Jeunesses communistes, un des Jeunesses socialistes, un JOCiste). Son chef à Bordeaux en 1937 est le futur constitutionnaliste Maurice Duverger.

5) La presse du PPF :

Personnalités du PPF (1936-1940)[modifier | modifier le code]

Premier bureau politique en 1936 : 8 membres (source : Robert Soucy, Fascismes français ?, 1933-1939, Autrement).

  • Chef : Jacques Doriot.
  • Secrétaire général (jusqu’en 1939) : Henri Barbé (membre du bureau politique du Parti communiste à partir de 1927, l’un des quatre dirigeants en 1929-1930, exclu du PCF en 1934, secrétaire général du PPF de 1936 à 1939.Quitte le PPF vers 1939. Sous l’occupation : rejoint le RNP, à la Libération il participe à la revue anticommuniste Est & Ouest[réf. nécessaire]).
  • Chef Afrique du Nord : Victor Arrighi (membre du Parti communiste, directeur de la Banque ouvrière et paysanne du PCF. Puis radical-socialiste de 1930 à 1936. Au PPF en 1936, puis le quitte vers 1938-1939).
  • Porte-parole : Paul Marion (membre du Parti communiste(1922), du comité central du PCF (1926), secrétaire de la section Agit-prop. En 1927-1929, à Moscou, il appartient au bureau de propagande du Komintern. Rompt avec le PC en 1929, rejoint la SFIO puis l’USR, pacifiste de gauche néo-socialiste (Notre temps). Puis rejoint le PPF (1936) ou il sera rédacteur en chef de L'Émancipation nationale puis de La Liberté. Après 1940 : sera ministre de l’information au gouvernement de Vichy, ultra-collabo).
  • Jules Teulade (membre du Parti communiste, secrétaire de la Fédération CGTU du bâtiment, délégué du Profintern en 1926-1928, écrit dans L’Humanité. Puis membre du bureau politique du PPF (1936), collabore à La Liberté, L’Émancipation nationale, Le Cri du peuple. Également codirigeant du Comité ouvrier de secours immédiat de 1942 à 1944).
  • Alexandre Abremski (ancien conseiller municipal communiste de Saint-Denis. Ami juif de Jacques Doriot qu’il suit en 1934. Mort accidentelle en 1938).
  • Marcel Marschall (ancien conseiller municipal communiste de Saint-Denis. Suit Doriot en 1934. Devient maire de Saint-Denis et conseiller général de la Seine. En 1948 : condamné à mort mais non exécuté).
  • Yves Paringaux (ingénieur, ex-VN des Croix-de-feu. Au PPF en 1936 puis le quitte en 1938-1939. Après 1940 : sera au cabinet de Pierre Pucheu dans le gouvernement de Vichy).

Autres membres du bureau politique en 1937-1940 : (source principale : Robert Soucy, Fascisme français ?). De 1937 à 1939, le bureau politique du PPF, au départ peuplé d’anciens communistes, va de plus en plus accueillir des nationalistes (qui domineront à partir de 1938) :

Autres responsables PPF (1936-1940) (Chebel d’Appollonia, Robert Soucy)

  • Bertrand de Maud’huy (financier à la banque Worms, ancien membre du cabinet d’Aristide Briand, puis proche du PDP démocrate-chrétien, puis responsable des VN des Croix-de-feu, puis au PPF en 1936 (membre du comité centrale dès 1936). Quitte le PPF en 1938-1939).
  • Henri Lèbre (ex-Action française. En 1942 : participe à l’Association des journalistes antijuifs).
  • Alfred Fabre-Luce (radical rénovateur, rédacteur du Plan du 9 juillet 1934, rédacteur en chef de L’Europe Nouvelle, revue de la féministe Louise Weiss. Au PPF en 1936, puis le quitte en 1938-1939. Après 1940 : pétainiste mais opposé au STO. Il sera plus tard pour un représentant du libéralisme).
  • Jacques Martin-Sané (1907-1977) (juriste, ex-Jeunesses patriotes. Membre du comité central du PPF vers 1937. Après 1940 : préfet sous le régime de Vichy).
  • Jean-Marie Aimot (ex-Franciste et ex-"Ami du Peuple". Membre du comité central du PPF vers 1937. Après 1945 : écrira dans Défense de l'Occident).
  • Georges Deshaires (?) (ex-PCF. Membre du comité central du PPF vers 1937).
  • Marius Paquereaux (maire communiste d'Athis-Mons (1928-1931), membre du bureau politique du Parti communiste(1922). Exclu du PCF en 1930. Puis membre du comité central du PPF vers 1937. Abattu en 1944 par la résistance communiste).
  • Maurice Lebrun (Joseph Serre dit) (communiste, secrétaire de rédaction à L’Humanité. Puis membre du comité central du PPF vers 1937 et administrateur de L'Émancipation nationale. Après 1940 : reste au PPF).
  • Abel Bonnard (ex-Action française, membre de l'Académie française. Après 1940 : ministre de l’Education du régime de Vichy).
  • docteur Alexis Carrel (ex-Action française, prix Nobel de médecine en 1912. Après 1940 : fonde à Vichy la Fondation française pour l'étude des problèmes humains destinée à « améliorer » la population française, et devenue en 1945 l'Ined).
  • Camille Fégy (secrétaire de rédaction de L'Humanité. Rallie le PPF en 1936 ; rédacteur en chef de "La Liberté". Après 1940 : rédacteur en chef de l’hebdomadaire La Gerbe).
  • Maurice-Yvan Sicard journaliste de gauche, antifasciste. Rejoint le PPF en 1936, rédacteur en chef de L'Émancipation nationale. Après 1945, sera écrivain sous le nom de Saint-Paulien).

Autres membres du PPF (1936-1940) :

Le PPF, principal parti collaborationniste (1940-1945)[modifier | modifier le code]

Historique du PPF entre 1940 et 1945[modifier | modifier le code]

La croix francisquée, emblème du PPF pendant la seconde guerre mondiale.

En 1940, le PPF est interdit en zone sud, mais Doriot relance son activité politique de plusieurs manières :

  • Il crée un Rassemblement pour la Révolution nationale (RNRN) qui réunit d’anciens communistes passés au PPF : Marcel Gitton (ex-secrétaire du PCF aux côtés du Thorez et Duclos), Jean-Marie Clamamus, Marcel Capron, André Parsal, Marcel Bront, Fernand Soupé, Albert Clément, Émile Nédélec. Mais certains vont le quitter (Clamamus, Capron, Gitton) début 1941 pour créer le Parti ouvrier et paysan français, regroupant plus spécifiquement les communistes collaborationnistes (Lambert, Le Marec, page 9).
  • Doriot se rapproche d'Adrien Marquet, député néo-socialiste avec qui il entretient d'excellentes relations ; Marquet devenu ministre de l'intérieur complote avec lui une révolution de palais qui porterait le PPF au pouvoir ; Laval est averti et le 6 septembre Marquet est remplacé par Marcel Peyrouton, ancien franc-maçon et républicain à poigne hostile au PPF[24].
  • En octobre 1940, Doriot lance son journal, Le Cri du peuple (qu'il aurait voulu appeler L’Humanité nouvelle) (tirage : autour de 50 000 en moyenne).
  • Le PPF poursuit son activité camouflée au sein d’autres mouvements (Jeunesse, Jeunesses impériales françaises, etc.).
  • Enfin, dès avril 1941, Doriot recrée le PPF, mais c’est sa participation à la LVF qui va permettre d’obtenir une légalisation de la part des Allemands en décembre 1941.

Le PPF va alors devenir l’un des deux principaux partis collaborationnistes, grand rival du RNP de Marcel Déat. Tandis que le RNP tente d’unifier les partis collaborationnistes autour de lui, le PPF mène une ligne plus exclusive, centrée sur la forte personnalité de son chef.

Les principales différences de fond entre PPF et RNP :

  • Le style : le RNP est plus « intellectuel » et théoricien, le PPF est plus jeune et violent.
  • Les idées : le RNP qui veut édifier une IVe République totalitaire dénonce les campagne contre les francs-maçons alors que le PPF est violemment antimaçonnique ; le RNP, constitué majoritairement de socialistes venus à la collaboration par pacifisme est davantage motivé par l'intégration continentale dans une unité européenne et socialiste.
  • L’empire : le RNP s’intéresse peu à l’outremer, et abrite en son sein des nationalistes algériens, contrairement au PPF, fort en Afrique du Nord.

Le PPF sera ouvertement antisémite. Une ligne qu’il suit en fait depuis 1938-1939 alors qu’il ne l’était pas à ses débuts (parmi les premiers dirigeants, Abremski était juif ; les grandes banques juives le soutiennent au début autant que les banques protestantes ou les catholiques). La mort accidentelle d’Abremski en 1938 ôtera à Doriot toute inhibition à ce sujet.

Jacques Doriot, qui multiplie les gestes de bonne volonté à l'égard des Allemands jusqu’à s’engager personnellement dans la LVF pour aller combattre sur le front russe, n’aura de cesse d’espérer que les Allemands lui confient le pouvoir en France. En vain. Le 4 novembre 1942, il réunit à cet effet à Paris un « Congrès du pouvoir » de 7 200 délégués (qui s’achève par de violents heurts entre les membres du PPF et la police parisienne selon Lambert et Le Marec). Mais les Allemands sont, à ce moment, partisans de la création en France d’un parti unique au sein duquel se fonderaient les mouvements collaborationnistes et qui serait sous le contrôle de Marcel Déat. Ce sera le Front révolutionnaire national (FRN) dans lequel le RNP jouera un rôle moteur et auquel le PPF refuse de se joindre (hormis Jean Fossati, qui sera exclu du PPF pour cette raison).

En 1943 et 1944, le PPF tente de se militariser en créant les Gardes françaises, unités de protection contre les attentats sans cesse plus nombreux qui touchent le Parti, ses dirigeants, ses militants et leurs familles. Mais les Gardes françaises seront un échec. Elles ne recevront pas d'armes, ou très peu de la part des Allemands, et ne bénéficieront que très tard d'un entraînement militaire. En 1944, le Parti met sur pied des Groupes d'action pour la justice sociale destiné à protéger les familles des militants et faire la chasse aux réfractaires au STO. Ces groupes sont plus communément appelés les Groupes d'Action du PPF ou GAPPF. Ces groupes vont échapper au contrôle du Parti pour ne plus travailler qu'au profit du Sipo/SD. Ils livrent des résistants et des juifs à la Gestapo, comme par exemple le GAPPF de Cannes. Mi-août 1944, les membres du PPF se regroupent à Nancy pour échapper aux représailles. Début septembre, ils passent en Allemagne où, le 6 janvier 1945, Jacques Doriot devient – enfin – le chef d’un « Comité de libération de la France » auquel se joignent une partie des personnalités collaborationnistes réfugiées en Allemagne. Jacques Doriot est tué par un avion sur le territoire de la commune de Menningen, le 22 février 1945[25]. Après sa mort, le bureau politique du PPF confie la direction du parti à Christian Lesueur, nommé secrétaire général, titre cédé par Victor Barthélémy[26].

Relations avec l'Ambassade d'Allemagne[modifier | modifier le code]

Progressivement, Doriot entre en relation avec les Allemands, qui lui apportent l'appui et les ressources matérielles nécessaires pour rester dans la course. Cependant, les Allemands ne soutiennent pas le PPF car ils ne souhaitent pas l'émergence d'un mouvement politique puissant qui rendrait à la France sa force : le 3 août 1940, Hitler demande en effet à son ambassadeur en France, Otto Abetz de faire en sorte que la « France reste faible » et que « tout soit entrepris pour susciter la division interne », affirmant qu'il n'y a « aucun intérêt à soutenir réellement des forces völkisch ou nationales en France[27] ». Suivant les directives de Berlin, Abezt va donc travailler à maintenir la division des partis collaborationnistes pour empêcher que l'hégémonie d'un mouvement national et autoritaire de type fasciste ou national-socialiste susceptible de rendre à la France sa force ; Otto Abetz écrit en 1942 qu'il faut contrer les initiatives de Jacques Doriot car « il pourrait finir par s'imposer et susciter une mystique nationale capable de rénover la France dans le sens national-socialiste [28] » et il suscite et soutient donc des des concurrents au PPF. De plus, Abetz, en tant qu'ancien social-démocrate, se sent plus proche de Marcel Déat et du RNP où prédominent les socialistes, d'autant que ces derniers sont venus à la collaboration par pacifisme et volonté d'intégration européenne alors que le PPF est suspecté de concevoir davantage la collaboration comme une alliance entre partenaires. Quand l'ambassade cherchera tardivement à unifier les mouvements collaborationnistes, ce sera sous l'égide de Marcel Déat et l'Allemagne ne soutiendra Doriot qu'une fois chassée de France à la fin de la guerre.

Profil et organisation du PPF entre 1940 et 1944[modifier | modifier le code]

Jeunesses populaires françaises : en mai 1942, le PPF fédère les organisations de jeunesses du PPF ou proches (UPJF, JIF, etc.) au sein des Jeunesses populaires françaises. Chef : Roger Vauquelin des Yvetots (réactionnaire, lire plus bas).

Presse :

  • zone sud : L’Émancipation nationale. Rédacteur en chef : Maurice-Yvan Sicard (au PPF depuis les années 1930).
  • zone nord : Le Cri du peuple. Rédacteur en chef : Albert Clément (PCF, rédacteur en chef de « La Vie ouvrière » de la CGT de 1929 à 1939. Après 1940 : rallie le PPF. Abattu en 1942 à Paris par des résistants communistes). Les lecteurs y retrouvent aussi les dessins de Dubosc, ancien caricaturiste de L'Humanité.
  • l’influence du PPF est également relayée dans la presse grand public, au Petit Parisien (via Claude Jeantet) (qui tire 500 à 600 000 exemplaires pendant la guerre) et à Paris-Soir (via Pierre-Antoine Cousteau) (Pascal Ory, les Collaborateurs).

Les fascistes italiens donnent à la presse du PPF, par l'intermédiaire de Victor Arrighi, une somme de 300 000 F.

Membres du PPF collaborationniste : vers 20 000 (Handzourtel et Buffet) ou 30 000 maximum en 1943 (Azéma dans le livre dirigé par Winock).

Profil sociologique du PPF collaborationniste : ouvriers, classes moyennes urbaines, réactionnaires. Bien implanté en Afrique du nord. Parti plus jeune, violent, ouvertement fasciste que le RNP.

Profil politique du PPF collaborationniste : En 1942 (au « Congrès du pouvoir » de Doriot), sur 7 200 membres présents (venus de la région parisienne) :

- autres : vers 7 %

Dirigeants et personnalités du PPF entre 1940 et 1944[modifier | modifier le code]

Directoire du PPF en mars 1943 : Les 9 membres du directoire (hors Jacques Doriot) (dans Lambert et Le Marec, page 12) :

Autres dirigeants PPF sous l’Occupation (selon Lambert et Le Marec)

  • Émile Nédelec (aveugle de guerre, président (ou vice-président) de l'Association républicaine des anciens combattants (Arac), candidat du Parti communiste aux municipales à Paris en 1935. Après 1940 : au PPF et au Front franc),
  • Fernand Soupé (ouvrier, membre du comité central du Parti communiste, maire PCF de Montreuil. Après 1940 : rejoint le PPF en 1941. Il échappe à une exécution par la résistance),
  • Pierre Celor (membre du bureau politique du Parti communiste à partir de 1928, délégué auprès du Komintern, l’un des quatre dirigeants du PCF en 1929-1930. Exclu du PC en octobre 1932. Après 1940 : adhère en 1941 au RNP, puis au PPF en 1942, membre du bureau politique et secrétaire adjoint chargé des problèmes corporatifs au PPF).
  • Pierre Thurotte (conseiller municipal SFIO de Saint-Quentin en 1927-1933, membre suppléant de la CAP du parti socialiste SFIO, délégué national à la propagande du mouvement pacifiste et antifasciste Amsterdam-Pleyel. Après 1940 : membre du bureau politique du PPF, secrétaire national à la propagande).
  • Vincent (Émile Bougère dit) (collaborateur de l'Humanité. Rallie le PPF et devient chef de son bureau de presse sous l’occupation).
  • André Dufraisse (membre du Parti communiste, puis du PPF et de la LVF. Après 1945 : cofondateur en 1972 du Front national de Jean-Marie Le Pen, secrétaire national du FN, secrétaire fédéral (1983)[29].

Autres personnalités membres du PPF sous l’occupation La proportion des anciens communistes dans cette liste n'est pas proportionnelle à celle de l'ensemble du PPF.

À noter aussi que l'écrivain Louis-Ferdinand Céline, sans jamais être membre du Parti, exprimera ouvertement son soutien au PPF et à Jacques Doriot sous l'Occupation[30].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur le Parti populaire français.

  • Dieter Wolf, Doriot : Du communisme à la collaboration, Paris, Fayard, 1970.
  • Jean-Paul Brunet, Jacques Doriot : du communisme au fascisme, Paris, Balland, 1986.
  • Jean-Paul Brunet, « Un fascisme français : le Parti populaire français de Doriot (1936-1939) », p. 255-280, Revue française de science politique, volume 33, n°2, 1983.
  • Philippe Burrin, La dérive fasciste, Doriot, Déat, Bergery, Paris, Le Seuil, 1986.
  • Robert Soucy, Fascismes français ? 1933-1939 : mouvements antidémocratiques, Paris, Autrement, 2004.
  • Laurent Kestel, La conversion politique. Doriot, le PPF et la question du fascisme français, Paris, Raisons d'Agir, 2012.

Le Parti populaire français, Vichy et le fascisme en France.

  • Michel Dobry (dir.), Le Mythe de l'allergie française au fascisme, Éditions Albin Michel, 2003.
  • Rémy Handourtzel - Cyril Buffet, La collaboration... à gauche aussi, Paris, Éditions Perrin, 1989.
  • Pierre Lambert - Gérard Le Marec, Partis et mouvements de la collaboration, Paris, Ed Jacques Grancher, 1993.
  • Pascal Ory, Les Collaborateurs, collection« Points », Éditions du Seuil, 1980.
  • Robert Paxton, La France de Vichy 40-44, Éditions du Seuil, 1973.
  • Robert Paxton, Le Fascisme en action, Éditions du Seuil, 2004
  • Bernard-Henri Lejeune, Jacques Doriot et le PPF, éditions du CERPES, 1977, réédité en 2012 par Les Bouquins de Synthèse nationale

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Michel Winock (dir), Histoire de l'extrême-droite en France
  2. Jacques Nobécourt, « La Rocque, etc. », note page 1007
  3. Jacques Benoist-Méchin, De la défaite au désastre, tome 1, Albin Michel, 1984, p. 54.
  4. Alain Decaux, Morts pour Vichy, 2000, éd. Perrin.
  5. a, b, c et d Soucy, Fascismes français ?, page 320). Le PPF reçoit aussi quelques subsides italiens
  6. Nicholas Atkin, Frank Tallett, The right in France: from Revolution to Le Pen, I. B. Tauris, réédition 2003, p.204.
  7. Jean-Paul Brunet, Jacques Doriot, du communisme au fascisme, éd. Balland, 1986, p. 258.
  8. Jacques Doriot, L'Émancipation nationale, 4 juillet 1936, 37 août 1937.
  9. Jean-Paul Brunet, Jacques Doriot, du communisme au fascisme, éd. Balland, 1986, p. 259.
  10. Jacques Doriot, Refaire la France, éd. Grasset, 1938, p. 103-104.
  11. Jean-Paul Brunet, Jacques Doriot, du communisme au fascisme, éd. Balland, 1986, p. 260.
  12. Jean-Paul Brunet, Jacques Doriot, du communisme au fascisme, éd. Balland, 1986, p. 261.
  13. assemblee-nationale.fr
  14. Philippe Buton et Laurent Gervereau, Le Couteau entre les dents : 70 ans d'affiches communistes et anticommunistes, Éditions du Chêne, 1989, p. 52.
  15. Jean-Paul Brunet, Jacques Doriot, du communisme au fascisme, éd. Balland, 1986, p. 260.
  16. Jean-Paul Brunet, Jacques Doriot, du communisme au fascisme, éd. Balland, 1986, p. 262-263.
  17. Jean-Paul Brunet, Jacques Doriot, du communisme au fascisme, éd. Balland, 1986, p. 263.
  18. Jean-Paul Brunet, Jacques Doriot, du communisme au fascisme, éd. Balland, 1986, p. 262.
  19. Victor Barthélémy, Du communisme au fascisme, éd. Albin Michel, 1978, p. 163.
  20. Victor Barthélémy, Du communisme au fascisme, éd. Albin Michel, 1978, p. 168-180.
  21. chiffres officiels du PPF, repris par D. Wolf et JP Brunet, puis par les autres historiens, dont Robert Soucy, etc.)
  22. Chiffres de Pascal Ory, Les Collaborateurs, 1980
  23. Chiffres officiels du PPF, cités JP Brunet, repris notamment par Robert Soucy, Chebel d’Appollonia et Michel Winock
  24. Dominique Venner, Histoire de la collaboration, éd. Pygmalion Gérard Watelet, 2004, p. 124.
  25. Rendez-vous tragique à Mengen, revue Batailles n°34, mai-juin 2009
  26. Jean Hérold-Paquis, Des illusions... désillusions !... Mémoires, 15 août 1944 - 15 août 1945, Paris : Bourgoin éditeur, 1948, p. 128
  27. Dominique Venner, Histoire de la collaboration, éd. Pygmalion Gérard Watelet, 2004, p. 378.
  28. Philippe Burrin, La dérive fasciste. Doriot, Déat, Bergery 1933-1944, Paris, éd. Le Seuil, p. 437.
  29. Colloque de l'association française de sciences politiques
  30. http://lewebceline.free.fr/contreceline/les_lettres.htm

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]