Jean-Baptiste Carrier

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Jean-Baptiste Carrier
Lithographie de F.-S. Delpech,d'après le portrait de J.-B. Belliard
Lithographie de F.-S. Delpech,
d'après le portrait de J.-B. Belliard
Fonctions
Député du Cantal
16 mars 179116 décembre 1794
Groupe politique Montagne - Hébertistes
Biographie
Date de naissance 16 mars 1756
Lieu de naissance Yolet
Date de décès 16 décembre 1794 (à 38 ans)
Lieu de décès Paris
Nationalité Français
Profession Procureur

Jean-Baptiste Carrier, né le 16 mars 1756 à Yolet, près d'Aurillac, mort guillotiné le 16 décembre 1794 (26 frimaire an III à Paris), est un homme politique français, un des acteurs de la Révolution française, et particulièrement de la Terreur. Son nom reste associé aux massacres et aux noyades de Nantes de 1793 et 1794.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils de Jean Carrier et de Marguerite Puex, il est le troisième enfant de cette famille composée de trois filles et de trois garçons. Il épouse le 4 octobre 1785 Françoise Laquairie. En 1784, Jean-Baptiste Carrier, à force de travail, parvient à obtenir la place de procureur à Aurillac, mais son office est supprimé en 1789.

En 1790, il est conseiller pour le bailliage d'Aurillac.

Les débuts de la Convention (septembre 1792-septembre 1793)[modifier | modifier le code]

En septembre 1792, il est élu député à la Convention nationale par le département du Cantal grâce à la victoire des extrémistes. Il était déjà connu comme orateur et comme l'un des membres influents des clubs des Cordeliers et des Jacobins. Il s'oppose violemment à Guillaume François Laennec. Après la prise de contrôle des Flandres, il y est nommé commissaire par la Convention à la fin de 1792. L'année suivante, il vote pour l'exécution du roi Louis XVI (janvier 1793), puis il prend part à l'établissement du tribunal révolutionnaire, est l'un des premiers à demander l'arrestation du duc Philippe d'Orléans (1747-1793) et joue un rôle essentiel dans la chute des Girondins. Durant l'été 1793, il est envoyé en mission en Normandie pour y réprimer les fédéralistes girondins.

Carrier à Nantes (septembre 1793-février 1794)[modifier | modifier le code]

Jean-Baptiste Carrier
Miniature, auteur anonyme, fin XVIIIe siècle.

Après ses missions en Normandie et une autre à Rennes, il est envoyé à Nantes en vendémiaire an II (septembre 1793) pour faire cesser la révolte vendéenne par les moyens les plus extrêmes.

La Guerre de Vendée sous Carrier[modifier | modifier le code]

À cette date, après la bataille de Nantes (29 juin 1793), la situation militaire s'est un peu améliorée : les armées républicaines, l'Armée des côtes de Brest, commandée par Canclaux, l'Armée des côtes de La Rochelle (Beysser) et l'Armée de Mayence, avec Kléber, sont en opération dans le sud du département et dans l'ouest du Maine-et-Loire. Les Républicains subissent deux revers : à Tiffauges (18 septembre) et à Montaigu (21 septembre). Beysser est destitué et convoqué à Paris.

Des changements importants ont lieu à la fin du mois de septembre : la formation de l'Armée de l'Ouest, regroupant sous le commandement de Léchelle l'Armée de La Rochelle et l'Armée de Mayence, ainsi que les forces de l'Armée de Brest opérant en Loire-Inférieure. Canclaux est privé de son commandement, qui passe à Rossignol. Cette armée réorganisée remporte une victoire importante à Cholet (17 octobre), les Vendéens de l'Armée du Haut-Poitou s'engagent alors au nord de la Loire dans la Virée de Galerne et sont écrasés le 23 décembre à Savenay. Des forces militaires vendéennes, il ne reste plus que l'Armée de Charette contre laquelle des opérations sont engagées au début de 1794.

Ces succès militaires amènent un nombre considérable de prisonniers dont plusieurs milliers sont amenés à Nantes et s'entassent dans les prisons. En décembre 1793, une commission militaire formée au cours de la Virée de Galerne, la commission Bignon, s'installe à Nantes.

La répression à Nantes[modifier | modifier le code]

Carrier prend la ville en charge en s'appuyant sur le Club Vincent-la Montagne, particulièrement sur un Comité révolutionnaire dirigé par les sans-culottes Chaux et Goullin. De plus, il forme une brigade de police politique, le groupe Lamberty[1] ainsi qu'un corps d'hommes déterminés, appelé la « Compagnie Marat » ou les « hussards américains » (du fait de la présence dans leurs rangs d'anciens esclaves ou colons de Saint-Domingue), qui multiplient les exactions.

Il existe d'autre part un Tribunal révolutionnaire, formé dès mars 1793, qui continue d'opérer sous Carrier. Les grands massacres concernent les prisonniers militaires et sont dus aux fusillades dirigées par la Commission Bignon et aux noyades.

Les fusillades[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Fusillades de Nantes.

De la fin décembre 1793 à la fin février 1794, 2 600 prisonniers sont fusillés[2].

Les noyades[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Noyades de Nantes.

Il fait aussi mourir de nombreux condamnés ou prisonniers en les faisant noyer dans la Loire, procédé que Carrier appelait « la déportation verticale », la Loire étant en conséquence qualifiée dans ses écrits de « fleuve républicain ». L'ampleur de ces massacres et des sévices les accompagnant dans une ville largement livrée au désordre, a donné lieu à des exagérations rétrospectives quant aux moyens mis en œuvre pour les accomplir : rien n'assure qu'ait été effectivement systématisée la construction de bateaux équipés de trappes (« bateaux à soupapes ») ou la célébration de « mariages républicains » consistant à attacher les condamnés deux par deux (de préférence un homme avec une femme, nus) avant de les jeter à l'eau, tout comme on peut douter de la multiplication des orgies organisées par Carrier avec la participation forcée de suspectes... Cependant au total, sur les 13 000 prisonniers détenus à Nantes, environ 10 000 furent tués (1 800 à 4 000 noyés, environ 2 000 fusillés et guillotinés et environ 3 000 morts du typhus[3] ou autres maladies).

Les difficultés[modifier | modifier le code]

Francastel, Tréhouart, Prieur de la Marne, membres du comité de salut public, sont dénoncés par Jean-Baptiste Carrier pour leur modérantisme. Il exhortait à la répression la plus féroce : « Il vous est ordonné, écrit-il au général Haxo, d'incendier toutes les maisons des rebelles, d'en massacrer tous les habitants et d'en enlever toutes les subsistances ». Sur son ordre, il entérine les décisions des sans culottes qui envoient à Paris 132 notables nantais, modérés et girondins, pour être jugés et guillotinés. S'il proteste que parfois ses instructions ne sont pas suivies : « J'avais écrit à Francastel à Angers, de les faire noyer en cet endroit, mais le foutu coquin n'a pas osé le faire », Francastel les reçoit très mal à Angers et Carrier n'a pas voulu les faire mourir à Nantes, ce qui incite à penser que ses pouvoirs sont plus limités qu'il ne le dit et que l'histoire le retient. Tréhouart ayant à sa disposition un brigand, Le Batteux, qui pillait les campagnes au nom de Jean-Baptiste Carrier, ce dernier le dénonça au Comité de salut public comme contre-révolutionnaire et fédéraliste. Le Comité de salut public pencha en faveur de Jean-Baptiste Carrier, mais Jullien de Paris, fils du député de la Drôme à la Convention, (Marc Antoine Jullien) agent de ce Comité, ayant, lors de son séjour à Nantes, constaté la folie meurtrière de Jean-Baptiste Carrier, appuiera les dires de Tréhouart.

On dit que son esprit avait été perturbé par les horreurs qu'il avait vues durant les affrontements avec les royalistes et par son alcoolisme. Il fait sur la fin de son séjour à Nantes arrêter 132 notables en les accusant de fédéralisme. Mais sentant le vent tourner, Carrier demanda dans le même temps son rappel à Paris, qu'il obtint le 20 pluviôse an II. Il repart à Paris surtout parce qu'il s'est opposé aux sans-culottes nantais et qu'il a été dénoncé par Jullien auprès de Robespierre. Carrier est décrit comme un proconsul sanguinaire. Carrier est proche alors des Hébertistes parisiens, il n'est pas concerné par leur élimination en mars 1794, mais comme Fouché il était opposé à Robespierre.

Sa chute[modifier | modifier le code]

Portrait pris sur le vif de Carrier lors de son procès, par Vivant Denon. Coll. part.

Il est alors nommé secrétaire de la Convention et prend part à la chute de Robespierre le 9 Thermidor an II (27 juillet 1794). Les Thermidoriens le laissent tout d'abord en paix mais, couverts d'injures par lui et disposant de témoignages accablants à son encontre du Comité révolutionnaire de Nantes, ils décrètent son arrestation le 3 septembre 1794. Les notables nantais emprisonnés, transférés à Paris pour y être jugés, sont acquittés (procès des Nantais). Carrier est amené à ce procès devant le Tribunal révolutionnaire, mais se défend avec maladresse. Rejetant toute responsabilité, il dit avoir agi selon des consignes venant de la Convention. Sentant le vent tourner, Joseph Fouché, qui porte la responsabilité des massacres lyonnais, comprend l'utilité de présenter Carrier en bouc-émissaire et demande au journaliste Gracchus Babeuf de monter une campagne de presse contre celui-ci. Le 29 octobre 1794, la Convention forme une commission pour enquêter et le 13 novembre, l'Assemblée vote la levée de son immunité parlementaire. Le 27 novembre, Carrier est mis en accusation. Il fait alors le procès de l'assemblée en s'écriant : « Tout est coupable ici, jusqu'à la sonnette du président. Vous serez tous enveloppés dans une proscription inévitable ». Lors du procès du Comité nantais, il est chargé par ses ex-complices dans le rapport de Charles-Gilbert Romme, et guillotiné en place de Grève le 26 frimaire an III (16 décembre 1794), contrairement à Jean-Jacques Goullin qui réussit à obtenir son acquittement.

Postérité[modifier | modifier le code]

Jules Michelet a recueilli, des dizaines d'années après la Révolution, de nombreux témoignages sur Carrier qu'il évoque dans son Histoire de la Révolution française. Surnommé par Michelet le « missionnaire de la Terreur », il a laissé un souvenir sanglant dans la ville de Nantes et ses environs. La maladresse politique et les excès rhétoriques de Carrier, autant que sa brutalité, lui ont assuré sa réputation sanguinaire : cependant d'autres envoyés de la Convention, tels Fouché ou Collot d'Herbois à Lyon, furent responsables de massacres tout aussi considérables sans que la postérité les juge aussi sévèrement.

Tous ces jugements se sont appuyés sur la propagande qui naît au moment du procès des 132 Nantais (94 survivent) qui sont acquittés par le tribunal révolutionnaire et qui est le déclenchement des procès du Comité révolutionnaire de Nantes puis de Carrier. La campagne qui se déroule est orchestrée par un certain nombre de révolutionnaires désireux de faire oublier leur propre rôle, comme Fouché à Lyon. C'est Fouché qui finance Babeuf auteur d'un pamphlet peu lu en fait en 1794, mais qui est repris au XXe siècle, dénonçant le « populicide » vendéen. Carrier fait front et attaque la Convention, à la différence de Fouché, de Barras ou d'autres « terroristes » qui se font oublier. Cette attitude le conduit à l'échafaud et sa mémoire envahit l'imaginaire français. Nantes et la Loire deviennent les exemples les plus connus de la terreur et Carrier devient un adepte du robespierrisme alors qu'il était hostile à Robespierre.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Alfred Lallié, Les noyades de Nantes, Nantes, Imprimerie Vincent Forest et Émile Grimaud,‎ 1878, 104 p., [lire en ligne].
  • Alfred Lallié, Le Comité révolutionnaire de Nantes : ses attributions, ses origines, son personnel, ses exactions et sa chute, Vannes, Imprimerie de Lafolye, 1901, 76 p., [lire en ligne].
  • G. Lenotre, Les noyades de Nantes, Paris, Librairie académique Perrin et Cie,‎ 1912, [lire en ligne], [compte rendu en ligne].
  • Gaston Martin, Carrier et sa mission à Nantes, Paris, Presses universitaires de France, 1924, in-8°, IX-385 p., [compte rendu en ligne].
  • Jean-Clément Martin, La Vendée et la France, Paris, Seuil, 1987.
  • Collectif, Actes de la table ronde Jean-Baptiste Carrier (Aurillac, 30 mai 1987), Société des Lettres Aurillac, 1988.
  • Bronislaw Baczko, Comment sortir de la Terreur, Paris, Gallimard, 1989.
  • Jacques Dupâquier (éd.), Carrier : procès d'un missionnaire de la Terreur et du Comité révolutionnaire de Nantes (16 octobre-16 décembre 1794), Éditions des Étannets, coll. « Les grands procès de l'histoire », 1994.
  • Jean-Joël Brégeon, Carrier et la Terreur nantaise, Paris, Perrin, 1993.
  • Corinne Gomez-Le Chevanton :
    • Carrier et la Révolution française en 30 questions, La Crèche, Geste Éditions, 2004, 64 p., [compte rendu en ligne], [compte rendu en ligne].
    • « Le procès Carrier. Enjeux politiques, pédagogie collective et construction mémorielle », in Annales historiques de la Révolution française, no 343, 2006, p. 73-92, [lire en ligne].
  • Roger Dupuy, Nouvelle histoire de la France contemporaine. Tome 2 : La République jacobine, Paris, Seuil,‎ 2005 (ISBN 2020398184)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Paul Bois, Histoire de Nantes, chapitre "La Révolution et l'Empire", Editions Privat.
  2. Roger Dupuy 2005, p. 170.
  3. Voir l'article : Épidémie de typhus à Nantes (1793-1794)