Allégorie

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Page d'aide sur les redirections Pour l'allégorie dans les arts plastiques, voir Allégorie (représentation).

Une allégorie (du grec : ἄλλον / állon, « autre chose », et ἀγορεύειν / agoreúein, « parler en public ») est une forme de représentation indirecte qui emploie une chose (une personne, un être animé ou inanimé, une action) comme signe d'une autre chose, cette dernière étant souvent une idée abstraite ou une notion morale difficile à représenter directement. Elle représente donc une idée abstraite par du concret. En littérature, l'allégorie est une figure rhétorique qui consiste à exprimer une idée en utilisant une histoire ou une représentation qui doit servir de support comparatif. La signification étymologique est : « une autre manière de dire », au moyen d'une image figurative ou figurée.

Allégorie de l'eau

Différentes formes de l'allégorie[modifier | modifier le code]

Historia, allégorie de l'Histoire
Peinture de Nikolaos Gysis (1892).

On peut distinguer l'allégorie figure de style, ou, plus précisément, figure d'« élocution » et l'allégorie comme procédé d'« invention ».

La première déborde rarement le cadre de la phrase. Il s'agit en fait d'une métaphore qui est présentée point par point. Par exemple, quand un amoureux s'écrie : « C'est une tigresse ! », il recourt à une métaphore. Mais s'il dit : « Cette tigresse me guette, puis bondit sur moi et me dévore le cœur », c'est une allégorie. Quand une telle allégorie se prolonge un peu, on parle en général de « métaphore filée ».

L'allégorie-invention tient une place plus importante et s'étend à tout un paragraphe, un chapitre ou même un livre. Ce type d'allégorie constitue alors une histoire où les personnages et les événements ont un second sens symbolique. Par exemple, le Lion de Jean de La Fontaine est en fait une allégorie de la monarchie[1].

Allégorie veut exprimer par exemple dans l'art, une idée, une pensée par un élément d'une image.

Littérature[modifier | modifier le code]

La littérature juive qualifiée d'apocalyptique ou eschatologique est un des plus ancien exemple d'œuvres allégoriques[2]. Elle apparaît au IIe siècle av. J.-C. et avant la découverte des Manuscrits de la mer Morte, elle n'était connue que parce que le mouvement chrétien l'avait préservée alors que le judaïsme traditionnel l'avait oubliée[3].

Dans la littérature occidentale, une des premières œuvres entièrement allégorique est la Psychomachie de l'auteur latin, Prudence. Elle met en scène le combat des vices et des vertus qui se battent pour dominer l'âme humaine. Très influente, cette longue poésie épique inspira les poètes et les auteurs médiévaux, mais aussi les artistes[réf. nécessaire].

En français, l’apologue, la fable, la parabole, mettent souvent en œuvre des allégories sous la forme de personnifications d'une idée abstraite, ainsi les deux premiers vers de la fable le Loup et l’Agneau de La Fontaine "La raison du plus fort est toujours la meilleure", annoncent la portée allégorique du récit qui va opposer deux protagonistes :

La raison du plus fort est toujours la meilleure ; / / nous l’allons montrer tout à l’heure.

L’allégorie peut également investir une œuvre plus longue, ainsi que le montre le Roman de la Rose de Guillaume de Lorris[réf. nécessaire]. Ainsi on peut dire qu'une allégorie peut se présenter sous plusieurs formes, en image, en parole ou encore en textes.

En tant que figure de continuité, constituée par la conjugaison de figures de métaphores qui renvoient toutes au contenu signifié, l’allégorie est le topos par excellence de l’analyse psychologique.

Dans la littérature médiévale, l'écriture allégorique était un genre très développé. Ce genre trouve son origine dans l'œuvre de Prudence (IVe)[réf. nécessaire].

Allégories célèbres[modifier | modifier le code]

Hans Aachen, Allégorie du triomphe de la justice, 1598, Munich, Ancienne Pinacothèque

Les antiques poètes ont souvent eu recours aux allégories. Dans le chant VI (268-281) de l'Énéide, Virgile évoque les ombres infernales sous forme d'allégories errantes, le Chagrin, les Remords, la Peur, la Faim, pour finir par la Discorde :

Discordia demens vipereum crinem vittis innexa cruentis[4].

On retrouve la Discorde vaincue par la Joie dans l'Ode à la Joie de Schiller, mise en musique par Beethoven dans sa 9e symphonie et choisie comme hymne européen.

  • Allégorie de la caverne : Une allégorie est un tableau constitué d'images ou de symboles ayant chacun un sens déterminé qu'il est possible de décrypter à partir de clefs d'interprétation précises[5]
  • Allégorie de la justice : Le titan Thémis dans la mythologie grecque avec dans une main un glaive, dans l'autre une balance, un bandeau lui couvrant les yeux.
  • Allégorie de la mort : Elle est représentée par un squelette armé d'une faux (souvent appelée « La faucheuse » car elle se servirait de cette arme pour faucher les vies).
  • Allégorie de la grenouille : Se laisser prendre par des habitudes…[6]
  • Allégorie du roi : Dans les fables de La Fontaine, le roi Louis XIV était représenté par un lion et ses sujets par le renard (rusé, fourbe) et les autres animaux. Le Tiers état était symboliquement dessiné sous les traits d'un mouton ou d'un agneau.

Arts plastiques[modifier | modifier le code]

Dès l'Antiquité, les sculpteurs ont représenté des idées abstraites sous formes de figures humaines ou animales, ou d'objets symboliques. Au Moyen Âge, l'art roman puis l'art gothique utilisent l'allégorie dans la représentation des Vices et des Vertus, par exemple la Justice avec son glaive et sa balance, représentations qui connaîtront une longue popularité. La vogue de l'allégorie dans les beaux arts se développe aux XVIe et XVIIe siècles avec celle des livres d'emblèmes, et connaît son apogée dans l'art baroque souvent inspiré par l'ouvrage encyclopédique de Cesare Ripa, Iconologia (1593).

Article détaillé : Allégorie (représentation).

Figures allégoriques nationales[modifier | modifier le code]

Avant l'Oncle Sam : Columbia
La liberté sous les traits de la France révolutionnaire

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Benoît Monginot, "Allégorie et tautologie: la politique du poème de Baudelaire à Mallarmé", Romantisme, n°152, Armand Colin, 2010. I.S.B.N. 9782200927349
  • Jean Pépin, Mythe et allégorie, Aubier, 1958.
  • Édités par Brigitte Pérez-Jean et Patricia Eichel-Lojkine, Actes du colloque international de Montpellier (10-13 janvier 2001) : « L’Allégorie, de l’Antiquité à la Renaissance », Paris,‎ 2004, 688 p. (ISBN 978-2745310071, lire en ligne) ;
  • Armand Strubel, « Grant senefiance a ». Allégorie et littérature au Moyen Âge, Paris, Champion, coll. « Moyen Âge-Outils de synthèse 2 »,‎ 2002, 464 p. (ISBN 2745306146) ;
  • Anne Rolet (dir.), Allégorie et symbole : voies de dissidence ? (De l’Antiquité à la Renaissance), Rennes, PUR, coll. « Interférences », 2012, 597p., ISBN 978-2-7535-1982-4 [consulter le site de l'éditeur : http://www.pur-editions.fr/detail.php?idOuv=2931]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le lion est une allusion à Louis XIV et permet au poète de représenter le pouvoir, Fables, Livre XI, fable I, le Lion
  2. Daniel Assefa, L' "Apocalypse des animaux" (1 Hen 85-90) une propagande militaire ?, éd. Brill, Leiden, 2007, p. 169-170.
  3. Simon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du VIe siècle avant notre ère au IIIe siècle de notre ère, Paris, 2012, éd. PUF.
  4. La furieuse Discorde aux cheveux de vipère retenus par des rubans sanglants
  5. République, Livre VII, Les intégrales de philo, édition Nathan, 2005.
  6. Une allégorie du développement durable