Livre tournois

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Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Livre (monnaie).
livre tournois
Ancienne unité monétaire
Pays officiellement
utilisateurs
Drapeau du Royaume de France Royaume de France (1203-1795)
Banque centrale Banque royale
Appellation locale livre tournois
Symbole local ₶, lt ou £
Sous-unité sou, denier
Chronologie de la monnaie
Précédent Livre parisis Franc français Suivant

La livre tournois est une monnaie de compte valant 240 deniers ou 20 sous, frappée originellement à Tours et qui fut utilisée en France sous l'Ancien régime. Elle remplace progressivement la livre parisis à partir du XIIIe siècle et disparaît au moment de la création du franc français en 1795.

Histoire de l'unité de compte[modifier | modifier le code]

Billet de la Banque royale de 50 livres tournois daté du 2 septembre 1720.

Au Moyen Âge, la livre tournois est d'abord utilisée à l'abbaye Saint-Martin de Tours où l'on frappait des deniers dits « tournois ». Elle est également utilisée dans plusieurs principautés, particulièrement en Hainaut et en Bourgogne.

En 1203, avec le rattachement de l'Anjou à la couronne, sous Philippe II de France, elle remplace la livre parisis comme monnaie de compte du domaine royal.

En 1262, la réforme monétaire de Saint Louis étend le cours légal de la livre tournois au royaume. La livre tournois vaut alors 20 sous ou gros tournois de 4,2199 grammes d'argent à 23/24 soit 20 x 4,044 = 80,88 grammes d'argent fin (ou environ 6,74 grammes d'or au cours de l'or variant à l'époque autour de 12 parts d'argent pour 1 part d'or[1]).

Philippe le Bel crée le double tournois, monnaie qui sera frappée jusqu'au règne de Louis XIII. Six doubles tournois valent un sou tournois (12 deniers).

En 1360 est créé le franc à cheval valant une livre tournois. Frappé à trois millions d'exemplaires, il va servir à payer la rançon du roi Jean II le Bon.

En 1549, la livre tournois est décrétée unité de compte pour la tenue des comptabilités. Cette ordonnance royale est confirmée en 1602, après une courte période, entre 1577 et 1602, pendant laquelle la tenue des comptes devait être faite en écu, qui était la monnaie de règlement.

En 1667, la livre tournois supplante définitivement la livre parisis, qui continuait à être utilisée dans quelques régions du royaume.

En 1720, après la banqueroute du système de Law, la dénomination officielle de la livre tournois devient la « livre » (0,31 grammes d'or pur). En 1726, la réformation institue la livre contenant 4,50516 g d'argent fin, ce qui constitue de fait une importante dévaluation par rapport à la fin du règne de Louis XIII.

En 1795, le franc remplace la livre comme unité de compte monétaire.

Valeur[modifier | modifier le code]

Cours légal[modifier | modifier le code]

La livre tournois avait un cours légal fixé par le Roi, en fonction de la situation économique et des besoins du Trésor public – ce qui ressort bien de la confrontation des deux graphiques ci-dessous.

La valeur d'une livre était définie par rapport à une quantité (la taille) d'or d'une pureté donnée (l'aloi). Par exemple, l'édit royal du 31 mars 1640[2] fixe la valeur d'une livre tournois à 1 louis d'or d' 1/36,25 marc d'or avec un aloi de 22/24 carats[3].

  • la taille, c'est-à-dire le poids, est comptée en marc (1 marc = 244,7 grammes environ).
  • l'aloi ou proportion de métal précieux se compte en carats (1 carat = 1/24e).

Au moment de sa création, la livre tournois vaut donc (1/36,25) x 244,7 g x 22/24 soit 6,19 g d'or pur.

Évolution du cours[modifier | modifier le code]

Entre 1602 et 1795, les périodes de stabilité monétaire sont deux fois plus longues que les périodes d’instabilité monétaire (130 contre 63 ans).

1602-1630

Période de stabilité : 1 lt = 0,862 g d’or pur.

1630-1640

Période de dévaluations : la livre tournois est dévaluée de 28 % (0,619 g d’or pur en 1640 contre 0,862 g en 1629).

1640-1683

Période de stabilité : 1 lt = 0,619 g d’or pur.

1683-1720

Période de dévaluations. Le cours légal de la livre est dévalué de 80 % entre les édits de 1683 et du 30 juillet 1720 : 0,124 g d’or pur contre 0,619. En 1720, suite à la faillite du système de Law, le cours légal de la livre tournois perd 50 % en 7 mois :

  • 1 lt = 0,249 g d’or pur le 1er janvier
  • 1 lt = 0,199 g d’or pur le 1er juillet
  • 1 lt = 0,124 g d’or pur le 30 juillet
  • 1 lt = 0,166 g d’or pur le 16 septembre
1720-1726

Période de réévaluations. La livre tournois est réévaluée de 151 % entre le 30 juillet 1720 et janvier 1726 : 0,312 g contre 0,124 g d’or pur.

1726 - 1785

Période de stabilité : 1 lt = 0,312 g d’or pur.


Contre valeur en or pur de la Livre Tournois.jpg

Évolutions des recettes et dépenses de la monarchie de 1600 à 1715 en millions de lt
Évolutions des recettes et dépenses de la monarchie de 1600 à 1715 en millions de lt.

Équivalence actuelle[modifier | modifier le code]

L'équivalence des unités monétaires entre le XVIIe et le XXIe siècle soulève de délicates questions de méthode, la nature des biens produits et leur coût de fabrication ainsi que le pouvoir d'achat, du fait du progrès technique et des mode de production de certains produits, n'ayant pratiquement plus aucun rapport. Très grossièrement, et pour fixer un ordre de grandeur, on peut considérer qu'une livre tournois :

  • de 1314 équivaudrait à 10 000 2011 ;
  • de 1684 équivaudrait à 15 € de 2002[4].
  • de 1760 équivaudrait à 12 2013[5].

Autres données relatives[6] :

  • Salaire horaire moyen ouvrier sous Louis XIV : 1 sol 6 deniers (19 livres par mois en moyenne)[7]
  • Salaire du journalier vers 1750-1780 : 1,3 livre
  • Coût d'1 kg de pain à Paris en 1782 : 0,2586 livre
  • Coût d'un verre miroir de 4 m2 en 1702 : 2 450 livres

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Wailly, Mémoire sur les variations de la livre tournois, p. 222.
  2. Une édition de ce texte est disponible en ligne.
  3. On notera que l'édit fixe la valeur de la livre, alors que cette unité de compte était considérée comme un multiple de l'unité de base, le denier.
  4. Frédéric Tiberghien, « Versailles, le chantier de Louis XIV » p. 12, Paris, Perrin, 2002, 378 p., (ISBN 9782262019266).
  5. Lire, no mai 2013, p.33.
  6. Jean Fourastié, « Quelques réflexions sur l'évolution du niveau de vie des classes ouvrières », Revue économique, Année 1950, Volume 1, Numéro 4, p. 467-479, en ligne sur le site Persée.
  7. À raison de 10 heures de travail par jour et six jours par semaines.

Voir également[modifier | modifier le code]