Childéric Ier

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Childéric Ier
Fac-similé de l'anneau sigillaire trouvé dans la tombe du roi Childéric à Tournai en 1653[Note 1]. Bibliothèque nationale de France
Fac-similé de l'anneau sigillaire trouvé dans la tombe du roi Childéric à Tournai en 1653[Note 1]. Bibliothèque nationale de France
Titre
Roi des Francs Saliens
457[1] – 481[2]
Prédécesseur Mérovée[1],[3], filiation non attestée.
Successeur Clovis Ier
Biographie
Titre complet Roi des Francs Saliens
Dynastie Mérovingiens
Date de naissance Inconnue
Date de décès 481
Lieu de décès Inhumé à Tournai (Belgique)
Père Mérovée
Mère X
Conjoint Basine de Thuringe
Enfant(s) Clovis Ier
Audofleda[4]
Lanthilde
Alboflède[5]

Childéric Ier, mort en 481, fut roi des Francs saliens à partir de 457 ou 458. Son nom, constitué des éléments franciques hild- « combat » et -rīk « puissant », est attesté sous la forme latinisée Childericus[6],[Note 2]. Il est le père de Clovis Ier.

Childéric Ier est le premier roi de la dynastie des Mérovingiens dont la filiation est attestée[7]. Les sources littéraires et les recherches archéologiques le définissent à la fois comme un « rex », roi des Francs, et un gouverneur romain de la province de Belgique seconde. Il est l'exemple type d'une élite franque ayant opéré la fusion entre les cultures germano-romaines et païennes des tribus danubiennes. Païen, Childéric avait cependant l'avantage d'être le seul des rois barbares à ne pas être arien, ce qui lui procura l'attention des élites locales et de l'épiscopat.

Contextes[modifier | modifier le code]

Les sources[modifier | modifier le code]

La première source importante qui informe sur Childéric est constituée par les Liber Historiarum[8] rédigés par Grégoire de Tours. Cependant, l'auteur retranscrit et tente de comprendre lui-même les sources qu'il a à sa disposition, comme les Annales Andecavenses[9] ou certainement la Vita Sancti Remigii[10] « Vie de Saint-Remi » écrite avant lui et aujourd'hui disparue ; aussi s'agit-il de bien s'assurer de la véracité de ses écrits.

Trois sources fondamentales et antérieures à celle de Grégoire de Tours évoquent la situation politique du nord de la Gaule[11]. Il s'agit de la Chronique d'Hydace, évêque de Chaves en Gallæcia[12], d'une chronique gallo-romaine du Ve siècle dite Chronique de 511 et la Chronique de Marius, évêque d'Avenches[13].

Deux autres sources complètent les informations : la Vita Sanctæ Genovefæ « Vie de Sainte Geneviève »[10], qui témoigne de l'expédition de Childéric sur Paris et une lettre écrite par saint Rémi à Clovis qui donne des informations sur son père. Si ces sources sont limitées, la découverte de son tombeau en 1653 et l'étude du mobilier associé constituent d'excellentes sources archéologiques complémentaires[14].

L'évolution géopolitique en Gaule du nord au Ve siècle[modifier | modifier le code]

Les Francs en Belgique romaine - deuxième moitié du Ve siècle sous Childéric Ier.

Avant l'avènement de Childéric, les Francs saliens sont installés depuis 342 comme fédérés à l'intérieur de l'Empire romain, dans le nord de la Gaule, en Toxandrie, entre les marais mosans, au nord de l'actuelle Maastricht, et la forêt Charbonnière[15]. Ils sont dirigés au début du Ve siècle par Clodion. Lors de l'affaiblissement de l'Empire romain, ils tentent d'étendre leur domination sur la Plaine de Flandre et les bords de l'Escaut vers 430-435, puis vers la vallée de la Somme. Mais Ætius les arrête en 448 et compose avec eux. Il confirme leurs annexions à Tournai, Arras et Cambrai. Le rex à leur tête devient un officier romain à la tête des troupes fédérées du secteur qui constituent un pilier de la défense romaine. Des sources littéraires non attestées citent Clodion le Chevelu à la tête des Francs saliens, puis Mérovée et Childéric, mais les relations de filiation ne sont pas prouvées. D'autres chefferies franques existent : un « royaume » de Cambrai, un royaume de Cararic[15]. Leur première action décisive dans la défense de l'Empire romain s'inscrit dans le soutien à Ætius dans la lutte contre Attila en 451[16].

À la mort d'Ætius et lors du règne de Childéric, un général nommé Ægidius commande l'armée romaine dans le bassin parisien dans les années 456-464. Un autre militaire, le comte Paul, est responsable de l'ancien Tractus Armoricanus, la marche maritime allant de la Somme à la Loire. Il meurt en combattant les Saxons en 469[17]. Pendant ce temps, à partir de Théodoric II (453-466), le royaume wisigoth de Toulouse devient la première puissance d'Europe occidentale. Sous le règne de son frère Euric, il se transforme en véritable État souverain, le fœdus disparaît[18]. La conquête s'avère nécessaire et Euric poursuit une politique d'expansion. Ses forces arrivent dans le Val de Loire, et s'efforcent de contrôler Tours. Dans ce contexte, Childéric joue alors un rôle majeur dans les derniers succès emportés sur les Saxons, les Wisigoths et les Alamans en soutenant les garnisons romaines qui résistent. Les Francs saliens parviennent ainsi à mettre un frein à l’expansionnisme goth dans la bataille en aidant Ægidius contre les Saxons et les Wisigoths sur la Loire en 463-464 et dans la Bataille d'Orléans en 463[16]. Ils participent aussi aux combats contre les Wisigoths à Tours avec le comte Paul. Cependant Tours tombe entre leurs mains en 470, tout comme Loches et Amboise[19]. À la mort d'Ægidius, son fils Syagrius le remplace ensuite et s'installe à Soissons. Il s'appuie alors sur les Wisigoths contre les Francs.

Biographie[modifier | modifier le code]

La « vie tumultueuse » de Childéric[modifier | modifier le code]

La Gaule juste avant la mort de Childéric Ier[20].

La première mention de Childéric se trouve en 457, dans les Liber Historiarum de Grégoire de Tours[21]. Cette année-là, Childéric, qui déshonorait les femmes de ses sujets, attira à lui la colère de son peuple qui le détrôna. Il se réfugia huit années en Thuringe ; probablement à partir de 451[22]. Une fois auprès du roi Basin, il séduisit la femme de son hôte, Basine, qu'il ramena avec lui dans sa province une fois le calme revenu. Les Francs le réclamaient à nouveau sur le trône. Le roi épousa Basine. De ce mariage naquit Clovis Ier[21].

Cette partie du récit de Grégoire de Tours semble s'apparenter cependant aux récits populaires et légendaires que celui-ci mêle à ses récits. L'interpréter de manière historique est délicat, même s'il existait alors un roi dénommé Basin en Thuringe à cette époque, et, que la tradition donne à la mère de Clovis le nom de Basine.

L'administrateur de la province de Belgique seconde[modifier | modifier le code]

Comme de nombreux autres chefs barbares, si Childéric est Franc, il œuvre surtout pour la défense de l'Empire romain[23]. La lettre de saint Remi à Clovis dit :

« Une grande rumeur parvient à l'instant de nous. Vous venez de prendre en main l'administration de la Belgique seconde. Ce n'est pas une nouveauté que vous commenciez à être ce que vos parents ont été[24] »

Cette phrase démontre bien que Childéric occupe une place réellement importante dans la société romaine en tant que responsable militaire et civil d'au moins une province romaine, la Belgique seconde. Dans la lettre, rien n'est précisé sur la responsabilité potentielle sur d'autres provinces. Reims, Tournai et Soissons en font partie. Général romain, il est inhumé avec les insignes correspondant à sa fonction : la fibule cruciforme en or retrouvée dans sa tombe, distinction reçue certainement d'un Empereur, tout comme le paludamentum, le manteau des généraux romains, qu'on observe sur l'image de son anneau sigillaire[23]. Michel Rouche émet l'hypothèse selon laquelle le poste de gouverneur de Belgique seconde de Childéric a été reconnu par Ægidius lui-même[25].

Le roi fédéré et le chef des Francs saliens[modifier | modifier le code]

Childéric Ier est un personnage d'envergure. Il est à la fois un roi fédéré et le chef des Francs saliens. Non seulement il prend la maîtrise d'une province romaine, mais il prend part à des combats impliquant d'autres forces romaines loin de ses bases. Il participe ainsi au jeu politique de Rome, à travers ses batailles en Gaule, voire en Italie. D'ailleurs, à son retour de Thuringe, il rejoint le «parti romain» en soutenant activement les opérations militaires du général Ægidius, l'autre autorité romaine du nord de la Gaule, et même sa révolte contre Ricimer[26].

Childéric et Ægidius, accompagné par les Francs Saliens, secourent Majorien vers 458, ce qui contribue à renforcer les relations franco-romaines du nord de la Gaule[22]. Childéric et ses Francs réussissent également à expulser les Burgondes de la ville de Lyon pour rejoindre Ægidius à Arles après que Majorien est reconnu empereur[27].

La bataille d'Orléans[modifier | modifier le code]

Article détaillé : bataille d'Orléans (463).

La chronique d'Hydace, la Chronica Gallica de 511 et celle de Marius d'Avenches évoquent toutes les trois une bataille en 463. Marius d'Avenches affirme[13] que la bataille a dû se dérouler près d'Orléans entre Ægidius et les Wisigoths : Frédéric, le frère du roi wisigoth Euric, fut tué. Selon la chronique de 511, les Wisigoths furent vaincus par des Francs.

Un siècle plus tard, Grégoire de Tours indique « Childericus Aurelianis pugnas egit » : « Childéric livra des combats » à Orléans. À la lecture de ses sources, Grégoire de Tours a déduit que si des Francs étaient présents à cet endroit, Childéric devait forcément y être aussi, en tant que chef des Francs saliens[11]. Ces deux sources impliquent une alternative : soit il y eut deux batailles, soit Childéric œuvrait à la tête des Francs en tant qu'allié — ou sous le commandement — du général romain Ægidius. À la mort Ægidius vers 464, Childéric continue de défendre le nord de la Gaule à la tête des Francs Saliens au nom de Rome. Syagrius, fils d'Ægidius, hérite d'une partie des attributions de son père autour de Soissons, Senlis et Beauvais, et incarne la dernière autorité pleinement romaine.

Le siège de Paris (465-475) ; ses relations avec sainte Geneviève[modifier | modifier le code]

Un an après, toutefois, en 465, Childéric Ier assiège Paris. Cet épisode de la vie du roi franc est particulièrement difficile à comprendre si nous n'abordons pas la personnalité de sainte Geneviève. Cette dernière, magistrate municipale de Paris, profondément catholique, vient de créer le culte de saint Denis, et prône une politique antiarienne. Or Syagrius, qui domine une partie de la Gaule du Nord, commence à se rapprocher des Wisigoths ariens. À Paris menace la guerre civile entre partisans de Syagrius, authentiques représentants de Rome et partisans des Francs. Sainte Geneviève, elle-même d'origine franque, rencontre probablement Childéric à Laon pour lui demander d'intervenir pour « préserver la vie publique »[28]. Ce dernier décide alors « d'asphyxier Syagrius sans se lancer dans une guerre ouverte contre Paris »[28], et s'en empare au bout de dix ans d'embargo, malgré le dévouement de sainte Geneviève, qui parvient à ravitailler plusieurs fois les assiégés[29], sans toutefois déplaire au roi franc, avec qui elle partageait une profonde affection. Pendant dix ans, elle réussit à créer une zone de paix sans favoriser aucun des deux partis en présence.

La lutte contre les Saxons : la bataille d'Angers (469)[modifier | modifier le code]

Avec l'appui romain et franc, le « comes » (ou comte) romain Paul déclare la guerre aux Wisigoths. En 469[11],[23], Odovacrius (Eadwacer ou Adovacrius) menace Angers avec ses Saxons. Childéric arrive le jour suivant et le défait. Le comte Paul est tué pendant la bataille et Childéric prend possession de la ville. Certains commentateurs en ont déduit que Childéric combattait aux côtés du comte Paul et que Childéric était allié des Romains. Pourtant Frédégaire a pensé que le comte Paul avait été tué par Childéric. Les historiens modernes réfutent cette hypothèse[23], mais dans cette bataille plusieurs groupes de Romains se combattent, aussi cette alliance n'est-elle pas certaine[11]. Puis les batailles entre Romains et alliées d'une part et Saxons d'autre part continuent. Childéric s'empare des îles de la basse-Loire « qui furent prises et saccagées avec une nombreuse population qu'ils firent périr ». Rignomer, parent de Childéric et frère du roi de Cambrai Ragnacaire[25], a peut-être été installé pour défendre la Loire et son estuaire à partir du Mans[30]. En 469, les Armoricains et les Bretons du roi Riothame (Ambrosius Aurelianus selon Léon Fleuriot[31]) débarquent sur la basse-Loire avec une troupe estimée à douze mille hommes, pour secourir l'empereur Anthémius et tenter de rejoindre les Francs à Déols. Mais Euric les en empêche et les vainc au bout de deux jours de combat. Les survivants bretons se réfugient dans les royaumes burgondes et Euric s'empare de la ville de Tours[25].

L'alliance avec Odoacre[modifier | modifier le code]

En 476, lors de la chute de l'Empire Romain et la prise du pouvoir par Odoacre, la domination « romano-franque » est particulièrement limitée et divisée entre la zone d'influence de Childéric et celle de Syagrius, fils d'Ægidius. Contrairement à Syagrius qui se rapproche toujours des Wisigoths, la puissance du moment, Childéric décide de reporter le fœdus sur Odoacre reconnu par l'Empereur romain d'Orient Zénon[30]. Après cette alliance – fœdus – scellée, Odoacre est reconnu roi par Zenon. Childéric mène alors une expédition pour soumettre les Alamans qui ont envahi l'Italie du Nord, en passant par le Splügen et Bellinzona. Par ce geste, il montre qu'il reste fidèle à l'Empire quoi qu'il arrive[30]. Childéric, à en croire Grégoire de Tours, prendrait ainsi une dimension européenne.

À partir de 470, il n'apparaît plus dans les différentes annales. L'étude des différentes pièces de monnaies trouvées dans sa tombe permettent de dater sa mort entre 477 et 484. Sa mort est classiquement datée de 481 ou de 482[Note 3],[32]. Aucun document ne permet de donner une date plus précise.

Le tombeau de Childéric[modifier | modifier le code]

Emplacement de la tombe de Childéric[modifier | modifier le code]

Sous le nom de Tornacum, Tournai était une ville importante du nord de la Gaule à la fin de l'époque romaine ; on ne peut prouver que Tournai fut sa capitale mais on peut penser qu'elle était sa résidence au moment de sa mort. Les fouilles de Raymond Brulet ont pu établir que la sépulture n'était pas isolée car elle fait partie d'une nécropole mérovingienne dont elle fut peut-être le noyau primitif. Si elle ne fut pas pillée, ce fut sans doute qu'elle bénéficia, outre de l'oubli de son emplacement, de sa situation privilégiée auprès de l'église Saint-Brice[33].

La découverte du trésor de Childéric et son histoire[modifier | modifier le code]

Abeilles en or du roi Childéric Ier : La tête et le thorax sont en or, les ailes sont incrustées de grenats. Au revers, une attache.

Le , un ouvrier qui travaillait à la démolition d'une maison longeant le cimetière de l'église Saint-Brice de Tournai mit au jour un caveau contenant de nombreux objets précieux : une épée d'apparat, un bracelet torse, des bijoux d'or et d'émail cloisonné avec des grenats, des pièces d'or, une tête de taureau en or et un anneau portant l'inscription CHILDIRICI REGIS (« du roi Childéric ») [34], qui permit d'identifier la tombe[35]. On découvrit également 300 abeilles d'or, que l'on prit d'abord pour des fleurs de lys puis pour des cigales. Selon Michel Rouche, il s'agit bien d'abeilles, car Childéric aurait emprunté lors de son séjour en Thuringe, une coutume adoptée par les Thuringiens soumis aux Huns. La cigale étant un insecte spécifiquement méditerranéen, elle n'est pas présente dans les steppes et les prairies. L'abeille symboliserait le matriarcat par l'image de la reine des abeilles « qui pond sans cesse et autour de laquelle gravitent toutes les autres. Incontestablement, la reine procrée sans mâle apparent. Elle affirme sa puissance matriarcale dans l'indistinction sexuelle. »[36].

L’archiduc Léopold-Guillaume, gouverneur des Pays-Bas espagnols, fit publier un rapport en latin, et le trésor fut d'abord confié aux Habsbourgs de Vienne, puis offert en cadeau en 1665 à Louis XIV. Ce dernier le fit conserver à la Bibliothèque royale (aujourd'hui Bibliothèque nationale de France). Napoléon s'intéressa beaucoup au trésor de Childéric et fit des abeilles un symbole héraldique remplaçant la fleur de lys des Capétiens[37].

Le trésor de Childéric, avec 80 kg d'objets en or, fut volé à la Bibliothèque royale dans la nuit du 5 au 6 novembre 1831, et l'or refondu pour faire des lingots[38]. On ne retrouva que quelques pièces (dont deux abeilles) dans la Seine, où on les avait jetées. Il subsiste aujourd'hui du trésor de belles gravures[39] qui en ont été dressées lors de sa découverte, et quelques fac-similés que les Habsbourg avaient fait fabriquer. Cependant, certains constituants du trésor ont été retrouvés et exposés au Cabinet des Médailles de la Bibliothèque nationale. L'inventaire des objets donnés à Louis XIV par Léopold a été remis à jour en 1978, ce qui permet de connaître l'importance du vol.

Les découvertes archéologiques dans la tombe[modifier | modifier le code]

L'inventaire de la tombe[40] permet de distinguer trois sous-ensembles : l'armement et les accessoires vestimentaires de Childéric lui-même, des pièces de harnachement de cheval. La troisième partie est peut-être une tombe féminine adjacente, que certains attribuent à sa femme Basine.

Fragments du scramasaxe de Childéric Ier. BNF, Gallica.

Parmi les accessoires vestimentaires, des restes d'une boucle de ceinture en or, d'une paire de bouclettes de chaussure, une fibule cruciforme en or qui fermait le paludamentum de Childéric sur l'épaule, son anneau sigillaire, un autre anneau en or, un bracelet en or massif et un fermoir d'aumônière ont été retrouvés. Les armes du roi ont aussi été identifiées : une lance, une francisque, une épée longue et une scramasaxe. Des découvertes récentes de deux sépultures collectives de chevaux[41],[42] situées aux environs immédiats de la tombe de Childéric permettraient d'avancer l'hypothèse suivant laquelle le cheval personnel de Childéric aurait été enterré avec lui ou dans une tombe voisine. Le crâne du cheval et son harnais ont été découverts dans la tombe royale. Une trentaine des célèbres abeilles (et non 300) ont pu orner ce harnais car elles étaient adaptées à un ornement sur cuir mais il est parfois noté qu'elles ornaient le vêtement d'apparat du défunt[43].

Enfin, la découverte d'une calotte crânienne de petite taille à côté du squelette du roi et de quelques parures féminines ont conduit à énoncer l'éventualité encore discutée de la présence d'une tombe féminine adjacente, celle peut-être de sa femme Basine. La faiblesse numérique du nombre d'objets féminins retrouvés dans la tombe justifie le doute émis sur cette hypothèse, même si le site n'a pas été à l'abri de pillages antérieurs ou d'une fouille insuffisante.

L'interprétation du trésor[modifier | modifier le code]

L'analyse du trésor révèle des influences multiples[14]. Childéric était Franc, et comme tout chef franc, sa tombe contenait un nombre important d'armes dont le fameux scramasaxe et la longue épée nommée spatha. La fibule qui fermait le paludamentum et son anneau sigillaire constituent des aspects de la mode romaine utilisés par les hauts dignitaires de l'administration romaine, même si sur l'anneau de Childéric figurent des détails d'inspiration franque tels que les cheveux longs. Plus de cent monnaies d'or ont été retrouvées, frappées en grande partie au nom de l'Empereur byzantin Zénon. Cette somme venant de l'autorité impériale devait financer les Francs au titre du fœdus et pour l'administration de la province de Belgique seconde[44]. Certains éléments de décoration de ses armes sont d'inspiration byzantine. Les influences germaniques sont présentes dans la pompe funéraire et l'association du tombeau avec des fosses à chevaux situées à proximité, et la présence de nombreux bracelets en or. Enfin l'influence danubienne se lit dans le mobilier de la tombe. Elle est notable dans le grand nombre d'objets d'orfèvrerie cloisonnés de grenats, les parures à décor polychrome des plaques-boucles et les armes à décor cloisonné. Un usage similaire en a été fait dans les cours royales danubiennes où se mêlent des traits culturels huniques, goths, alains et sarmates.

Le contenu de la tombe révèle un roi qui a réussi la fusion « entre une culture païenne et germano-romaine[2] ». Païen, Childéric Ier avait cependant l'avantage d'être le seul des rois barbares à ne pas être arien, ce qui lui procura l'attention des élites locales et de l'épiscopat qui pouvaient espérer l'attirer vers le catholicisme plus facilement que les autres peuples barbares.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. L'anneau original a disparu lors du vol de 1831. Description du sceau : buste du roi, vu de face, les cheveux longs jusqu'aux épaules, partagés par une raie médiane. Il est cuirassé, le paludamentum sur l'épaule gauche, et tient une lance de la main droite. Inscription : « Childerici Regis ».
  2. Cet ancien nom de personne germanique, très répandu, est également attesté plus tardivement sous les variantes Heldricus, Hilderichus, Hildericus, Hildrich, Hildricus, Hiltirich, Hiltrih, etc. (ibid.).
  3. Cette s'appuie sur le témoignage du Liber Historiæ Francorum qui attribue un durée de vingt quatre ans pour le règne de Childéric et en considèrent un début de règne en 457 ou 458.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Il s'agit de la première date donnée où Childéric est cité comme roi. Grégoire de Tours, Liber Historiarum, livre II, 18.
  2. a et b Leguay 2002, p. 95
  3. Lebecq 1990, p. 39
  4. Jordanès, Histoire des Goths (lire en ligne).
  5. Grégoire de Tours, Histoire des Francs, livre II, 31.
  6. Marie-Thérèse Morlet, Les noms de personnes sur le territoire de l’ancienne Gaule du VIe au XIIe siècle, Paris, CNRS, t. I (les noms issus du germanique continental et les créations gallo-germaniques), 1968, p. 131a.
  7. B. Dumézil, « Le bon temps des Rois mérovingiens », L’Histoire, no 358,‎ novembre 2010, p. 44
  8. Grégoire de Tours, Histoire des Francs [détail des éditions]
  9. Annales Sancti Albini Andegavensis, Chroniques des églises d'Anjou [Texte imprimé], Paris, MM. Paul Marchegay et Émile Mabille,‎ 1869 (écrites à l'abbaye Saint-Aubin d'Angers).
  10. a et b James 1988, p. 11
  11. a, b, c et d James 1988, p. 9
  12. HYdacey, Chroniques : (Sources chrétiennes, 219), Paris, éditions du Cerf,‎ 1974
  13. a et b Marius d'Avenches, Chroniques (455-481), texte original et traduction. Œuvre numérisée et traduite par Marc Szwajcer.
  14. a et b Michel Kazanski et Patrick Périn, « Le mobilier de la tombe de Childéric Ier ; état de la question et perspectives », Revue archéologiques de Picardie, no 3-4,‎ 1988, p. 20-26 (lire en ligne)
  15. a et b Leguay 2002, p. 93-94
  16. a et b Inglebert 2009, p. 62
  17. Inglebert 2009, p. 95
  18. Inglebert 2009, p. 106-107
  19. Inglebert 2009, p. 108
  20. Vidal-Lablache, Atlas général d'histoire et de géographie,‎ 1894.
  21. a et b (la) Grégoire de Tours, Liber Historiarum, vol. livre II, chap. 12
  22. a et b Rouche 1996, p. 13
  23. a, b, c et d Karl Ferdinand Werner, « De Childéric à Clovis : antécédents et conséquences de la bataille de Soissons en 486 », Revue archéologique de Picardie, vol. 3, no 1,‎ 1988, p. 4
  24. K.-F. Werner, Les origines, Paris, Fayard,‎ 1984, p. 286
  25. a, b et c Rouche 1996, p. 187
  26. Rouche1996, p. 186
  27. Rouche1996, p. 138
  28. a et b Rouche1996, p. 191-192
  29. F Bertout de Solières, Les fortifications de Paris à travers les âges
  30. a, b et c Rouche1996, p. 189
  31. Léon Fleuriot, Les origines de la Bretagne, Paris, Librairie Payot,‎ 1980
  32. Christian Settipani, La Préhistoire des Capétiens (Nouvelle histoire généalogique de l'auguste maison de France, vol. 1), éd. Patrick van Kerrebrouck,‎ 1993 (ISBN 2-9501509-3-4), p. 53-4.
  33. Pierre Riché, Patrick Périn, Dictionnaire des Francs. Les Mérovingiens et les Carolingiens, éd. Bartillat, 2013, p. 157.
  34. Jean Benoît Désiré Cochet, Le tombeau de Childéric Ier, Paris,‎ 1859 (lire en ligne)
  35. (la) Jean-Jacques Chifflet, Anastasis Childerici Francorum regis : Officina Plantiniana, Anvers,‎ 1655. Conservé à la Bibliothèque de Tournai.
  36. Michel Rouche, Attila, Fayard,‎ 2009, p. 275
  37. Colette Beaune, Naissance de la nation France, vol. III : Le roi, la France et les Français, Gallimard, coll. « Folio histoire », chap. VIII, (« Les lys de France »), p. 324.
  38. Geneviève Bührer-Thierry, Charles Mériaux, La France avant la France (481-888), éd. Belin, 2010, p. 68.
  39. Jean-Jacques Chifflet, Diverses gravures sur des objets du tombeau de Childéric (lire en ligne)
  40. Un point sur l'historiographie concernant les recherches sur la tombe et le détail de l'inventaire enrichi de planches de Jean-Jacques Chiflet sont contenus dans Michel Kazanski et Patrick Périn, « Le mobilier de la tombe de Childéric Ier ; état de la question et perspectives », Revue archéologiques de Picardie, no 3-4,‎ 1988, p. 13-38 (lire en ligne)
  41. R. Brulet, « Archéologie du quartier Saint-Brice à Tournai », catalogue de l'exposition, Tournai,‎ mars 1986
  42. Raymond Brulet (Pr.), Gérard Coulon, Marie Jeanne Ghenne-Dubois et Fabienne Vilvorder, « Le mobilier de la tombe de Childéric Ier ; état de la question et perspectives », Revue archéologiques de Picardie, no 3-4,‎ 1988, p. 39-43 (lire en ligne)
  43. Geneviève Bührer-Thierry, Charles Mériaux, La France avant la France (481-888), éd. Belin, 2010, p. 67.
  44. Geneviève Bührer-Thierry et Charles Mériaux, 481 : la France avant la France, Paris, Belin,‎ 2010, p. 65-69

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • Grégoire de Tours, Histoire des francs, livre II
  • Marius d'Avenches, Chroniques (455-481), Clermont-Ferrand, Éditions Paleo,‎ 2008
  • Hydace, Chroniques : Sources chrétiennes, 219, Paris, éditions du Cerf,‎ 1974

Ouvrages et revues[modifier | modifier le code]

  • Jean-Jacques Chifflet, Anastasis Childerici Francorum regis : Officina Plantiniana, Anvers,‎ 1655
  • Hervé Inglebert, Atlas de Rome et des Barbares, IIIe ‑ VIe siècle, Paris, Éditions Autrement,‎ 2009
  • Edward James, « Childéric, Syagrius et la disparition du royaume de Soissons », Revue archéologique de Picardie, vol. 3, no 4,‎ 1988 (lire en ligne).
  • Stéphane Lebecq, Les origines franques Ve ‑ IXe siècle, Paris, éditions du Seuil,‎ 1990
  • Jean-Pierre Leguay, L'Europe des États Barbares Ve ‑ VIIIe siècles, Paris, Belin,‎ 2002
  • Michel Rouche, Clovis, éditions Fayard,‎ 1996
  • Karl Ferdinant Werner, « De Childéric à Clovis : antécédents et conséquences de la bataille de Soissons en 486 », Revue archéologique de Picardie, vol. 3, no 1,‎ 1988 (lire en ligne).
  • Gildas Salaün, Arthur Mac Gregor et Patrick Périn, « Empreintes inédites de l'anneau sigillaire de Childéric Ier : état des connaissances », Antiquités Nationales, no 39,‎ 2008

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]


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