Bataille de Saint-Aubin-du-Cormier

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Bataille de Saint-Aubin-du-Cormier
Dessin de Jeanne Malivel, 1922.
Dessin de Jeanne Malivel, 1922.
Informations générales
Date 28 juillet 1488
Lieu Saint-Aubin-du-Cormier
Issue Victoire décisive de l'armée royale
Belligérants
Blason France moderne.svg Royaume de France COA fr BRE.svg Duché de Bretagne
Armoiries Saint-Empire bicéphale.svg Saint Empire
England Arms 1405.svg Royaume d'Angleterre
Blason Castille Léon.svg Royaume de Castille et de Léon
Aragon Arms.svg Royaume d'Aragon
Conjurés de la Guerre folle
Commandants
Blason Louis II de La Trémoille (1460-1525).svg Louis II de la Trémoille
Blason baudricourt.svg Jean de Baudricourt
Blason fam fr Rohan.svg Jean II de Rohan
Blason famille fr Jean IV de Rieux.svg Jean IV de Rieux
Blason duche fr Orleans (moderne).svg Louis d'Orléans
Blason famille fr Chalon Orange.svg Jean IV de Chalon-Arlay
Armoiries Albret moderne.svg Alain d'Albret
Forces en présence
15 000 hommes[1] 11 000 hommes[1]
Pertes
1 500 morts[2] 6 000 morts[1]
Guerre de Bretagne
Batailles
Campagne de 1487

Ploërmel · Nantes
Campagne de 1488
Châteaubriant · Ancenis · Fougères · Saint-Aubin-du-Cormier
Campagne de 1489
Guingamp · Concarneau
Campagne de 1491
Rennes

Coordonnées 48° 15′ 37″ N 1° 23′ 51″ O / 48.26027778, -1.397548° 15′ 37″ Nord 1° 23′ 51″ Ouest / 48.26027778, -1.3975  

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 Différences entre dessin et blasonnement : Bataille de Saint-Aubin-du-Cormier.

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 Différences entre dessin et blasonnement : Bataille de Saint-Aubin-du-Cormier.

La bataille de Saint-Aubin-du-Cormier a lieu le 28 juillet 1488 entre d'une part, les troupes du roi de France, et d'autre part, celles du duc de Bretagne François II et de ses alliés. La défaite de ces derniers clôt la « Guerre Folle », guerre féodale qui voit quelques princes français profiter d'une période de régence pour se révolter contre la puissance royale, défendue par la régente Anne de Beaujeu pour son frère mineur Charles VIII.

Origines[modifier | modifier le code]

La guerre entre le duc de Bretagne et le roi de France a plusieurs causes :

  • tout d'abord, elle est une conséquences des révoltes de la petite noblesse et des villes de Bretagne sous le règne de François II de Bretagne : son administration déficiente et corrompue, qu'il délaissait pour s'intéresser à la politique extérieure du duché, en causa plusieurs. L’une débute en mars 1487, quand une soixantaine de nobles bretons réunis chez Françoise de Dinan à Châteaubriant font appel à la régente pour chasser les conseillers du duc. Celle-ci, par l'intermédiaire d'André d'Espinay, d'origine bretonne, archevêque de Bordeaux, promet 4000 hommes aux factieux, avec pour objectif d'entrainer le départ de la cour du duc de Bretagne, du comte de Dunois, du Duc d'Orléans et des autres princes français révoltés de la Guerre Folle ;
  • par ailleurs, la régente Anne de Beaujeu est en conflit avec des princes révoltés contre son autorité, après la tenue des États généraux en 1484 qui lui ont donné raison contre eux (guerre folle) ;
  • enfin, le duc François II de Bretagne tente de préserver son pouvoir face aux visées du roi de France. Sa participation à la guerre folle met en danger son autorité après les défaites lors de la guerre de la Ligue du Bien public et de 1487. Il chercha constamment des appuis extérieurs mais ses multiples promesses d'alliance matrimoniale de sa fille Anne, héritière du duché (d'abord avec Maximilien d'Autriche, puis Alain d'Albret, puis au roi d'Angleterre, et enfin de nouveau à Maximilien d'Autriche), si elles lui valent de nombreuses alliances de facades, ne lui fournissent aucun appui solide au moment décisif.

Campagnes[modifier | modifier le code]

La campagne de 1487 s'était soldée par un semi-échec pour l'armée royale. Celle-ci, après avoir réduit au mois de mars les possessions de Dunois en Poitou, se dirige vers la Bretagne. Après avoir obtenu l'ouverture des places frontières de Châteaubriant, Vitré, Ancenis et Clisson, elle avait pris Vannes, puis provoqué la débandade des Bretons devant Ploërmel. Le siège de Nantes est levé le 6 août 1487 après des semaines de combat, grâce à l'intervention de l'armée de secours de Dunois. En repartant, l'armée royale laisse des garnisons à Vitré, Saint-Aubin-du-Cormier, Dol-de-Bretagne et Auray, notamment.

Alain d'Albret, qui reçoit une nouvelle promesse de mariage, envoie une armée de secours, arrêtée à Nontron.

Le baron de Rieux rallie le camp du duc et Vannes est reprise en mars 1488. Une nouvelle campagne part au printemps 1488 de Pouancé. L'armée française est renforcée de mercenaires, d'une artillerie mise en œuvre par des spécialistes italiens et suisses, qui lui permet d'emporter villes et châteaux, dont :

  • le 23 avril, Châteaubriant, après une semaine de siège ;
  • le 19 mai, Ancenis, investi dans la nuit du 12 au 13.

Une trêve commence le 1er juin, et dure jusqu'au 9 juillet. Dès le 10, les troupes royales commencent d'investir l'importante place de Fougères. Le 12, elle est complètement encerclée, et prise le 19. Les principales places gardant les entrées de la Bretagne sont alors aux mains du roi de France.

L’armée des conjurés se rassemble avec grand retard : ce n’est que le 24 que la montre est faite par le duc de Bretagne. La décision est prise d’affronter l’armée royale, et de porter secours à Fougères. Apprenant seulement le 26 la chute de la ville, les conjurés décident de reprendre Saint-Aubin-du-Cormier, afin de rétablir un équilibre. Elle y attend l'armée royale[3].

Déroulement de la bataille[modifier | modifier le code]

Le 28 juillet 1488, l'armée du duc de Bretagne se présente, face à celle du roi de France, organisée ainsi :

  • l’ost breton, dont François de Rohan (fils de Jean II) qui y trouve la mort ;
  • les compagnies d’ordonnance (francs-archers) ;
  • 2500 fantassins et arbalétriers Gascons et Béarnais, débarqués à Quimper, accompagnés par 1000 Aragonais ;
  • 7 à 800 lansquenets allemands, reliefs de la petite armée de Maximilien d'Autriche ;
  • 300 archers Anglais environ, survivants de l'embuscade de Dinan ;
  • un certain nombre de Castillans ;
  • les gentilhommes accompagnant les princes français ;

soit un total de 11 à 12 000 hommes[3].

À cette composition hétéroclite, s'ajoute un commandement disparate, dont font partie le maréchal des Rieux, adversaire du duc de Bretagne en 1487, le Duc d'Orléans, futur Louis XII et d'autres grands féodaux. L'artillerie bretonne comprend environ 700 pièces de toutes qualités à la fin du XVe siècle, y compris les pièces de places fortes et les pièces dépassées ; sur le champ de bataille, elle se révèle inférieure à son homologue. Peu de nobles bretons se sont joints à cette armée, et même certains prirent les armes dans l'armée royale.

Cette armée affronte l’armée royale forte de 10 000 hommes dont 12 bandes d'infanterie suisses (4 000 hommes), 25 compagnies d'ordonnance, 200 archers de la garde royale, plus l’arrière-ban de Normandie et 700 à 800 arbalétriers[4]. Elle est commandée par Louis II de la Trémoille. Parmi les chevaliers de l'armée du roi, se trouvent aussi des nobles bretons dont le vicomte Jean II de Rohan. L'artillerie royale était la plus puissante d'Europe à l'époque.

Rieux fait revêtir à 1000 Bretons le hoqueton orné d'une croix rouge des archers anglais[5].

L'aile gauche et avant-garde de l'armée ducale est commandée par le maréchal des Rieux ; le centre est emmené par Alain d'Albret, avec l'artillerie à l'arrière (sur le flanc droit pendant la bataille) et la cavalerie. Les troupes royales arrivent sur le champ de bataille par petits groupes dispersés, avec à l'avant-garde Adrien de l'Hospital, le corps principal dirigé par La Trémoille, et l'arrière-garde par le maréchal de Baudricourt. Du côté conjurés, le duc d’Orléans, Lord Scales et le prince d’Orange combattent à pied, avec leurs gens, pour leur remonter le moral[3]. La bataille débute par un échange d'artillerie, qui entame les forces de part et d'autre.

L’armée bretonne attend jusqu’à 14 h 00 que l’armée royale se mette en place, mais avant que celle-ci ait fini de tenir son conseil de guerre, l'attaque est lancée avec une charge sur le flanc droit des troupes royales. Cette charge réussit à enfoncer fortement les rangs royaux, au cri de saint Samson (saint du jour)[6].

La Trémoille mène l’offensive au milieu de la bataille, et crée une faille dans le front breton. Comme dans la plupart des batailles médiévales, le moment décisif tient en moins d’un quart d’heure. L’arrière-garde reste en retrait. La faille est par contre aussitôt exploitée par l'artillerie royale et une charge de la cavalerie italienne emmenée par Jacomo Galeotta. De Rieux et Albret s’enfuient, l’un à Dinan, l’autre à Rennes. C’est alors le massacre, aucune demande de grâce contre rançon n’étant acceptée, ni sur le champ de bataille ni pendant la poursuite qui suivit[6]. Au cours de la bataille qui a duré quatre heures, 7 à 8000 conjurés restent sur la lande de Saint Aubin du Cormier contre 1500 dans le camp royal.[réf. nécessaire]

Conséquences[modifier | modifier le code]

François II doit accepter le traité du Verger, signé le 19 août 1488. Le duc s'engageait à éloigner du duché les princes et tous les étrangers qui s'étaient impliquer dans la guerre contre le roi de France ; il ne marierait pas ses filles sans consulter le roi de France ; Saint-Malo, Fougères, Dinan et Saint-Aubin sont remises en garantie au roi dont les droits sur la succession ducale sont réservés pour le cas où le duc décèderait sans enfant mâle.

Les mariages d'Anne de Bretagne avec Charles VIII, puis avec Louis XII résultent de ce traité.

La bataille de Saint-Aubin-du-Cormier met un coup d'arrêt à la révolte des princes : Louis d'Orléans, futur Louis XII, et le prince d'Orange sont capturés. Alain d'Albret et le sire des Rieux réussissent à s'échapper et jouent par la suite un rôle important dans le conflit qui a lieu en Bretagne. En effet, malgré cette victoire, et le traité du Verger, dès la fin 1488, la guerre reprend pour encore trois ans, jusqu'à ce qu'en décembre 1491, Charles VIII épouse Anne de Bretagne.

Symbole régional[modifier | modifier le code]

Article détaillé : nationalisme breton.

A posteriori, cette bataille est considérée par les nationalistes bretons comme le moment où la Bretagne perd son indépendance, malgré les trois années de campagne qui suivent ; elle est donc considérée comme un moment fort de l'histoire de la Bretagne. Comme l'écrit Léon Le Meur, « La bataille de Saint-Aubin sonna le glas de l'indépendance bretonne ». Des nationalistes bretons, tel Célestin Lainé, ont fait disperser leurs cendres sur le lieu de la bataille.

Un projet d'enfouissement de déchets ménagers en 2000 (centre d'enfouissement de déchets ultimes de classe 2) sur le site de la bataille à Mézières-sur-Couesnon, en Ille-et-Vilaine provoque une telle mobilisation du mouvement breton, que le projet est abandonné.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Journal de Bretagne, collection Jacques Marseille, éditions Larousse, 2003, P.102
  2. Reynald Secher et René Le Honzec Histoire de Bretagne, Du Duché à l'union, tome 3, novembre 1993
  3. a, b et c Philippe Contamine (directeur), Des origines à 1715, Presses universitaires de France, Paris, 1992, in André Corvisier (directeur), Histoire militaire de la France, ISBN 2-13-043872-5, p 214
  4. Contamine, op. cit., p 215
  5. Histoire de la France et des français, Tome IV, avril 1971, page 274
  6. a et b Philippe Contamine, op. cit., p 215

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Collectif, L'État breton Éditions, t. 2, Morlaix, Skol Vreizh, coll. « Histoire de la Bretagne et des pays celtiques »,‎ 1966
  • Philippe Contamine et Jacques Garnier (dir.), « Bataille de Saint-Aubin-du-Cormier », dans Dictionnaire Perrin des guerres et batailles de l'histoire de France, Paris, Perrin,‎ 2004
  • Jérôme Cucarull, « Identité et commémoration. La constitution d’un lieu de mémoire Breton : la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier (XVIe-XXe siècles) », Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest, vol. tome 106, no 4,‎ 1999, p. 99-127 (lire en ligne)
  • Georges Minois, Anne de Bretagne, Paris, Fayard,‎ 1999
  • Philippe Tourault, Anne de Bretagne, Paris, Perrin,‎ 1990
  • [Qui ?]Collectif d'universitaires des universités de Brest, Nantes, Rennes, Toute l'histoire de Bretagne, dans l'Ile de Bretagne et sur le continent, Morlaix, Skol-Vreizh,‎ 1996, 800 p. p.
  • Jean Kerhervé, L'État breton aux XIVe et XVe siècles, vol. 2, Maloine,‎ 1987 (ISBN 2-22401703-0 et 2-224-01704-9)
  • Arthur fr La Borderie, Histoire de la Bretagne, 6 volumes in-quarto, Rennes, Plihon Éditeur, Imprimerie Vatar, 1905-1914
  • Jean-Pierre Legay et Hervé Martin, Fastes et malheurs de la Bretagne ducale 1213-1532, Rennes, Éditions Ouest-France Université,‎ 1982, 435 p.
  • Antoine Dupuy, Histoire de l'union de la Bretagne à la France, vol. 2, Paris, Librairie Hachette,‎ 1880, 447 p et 501 p.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]