Sorbonne

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Sorbonne
Image illustrative de l'article Sorbonne
Lieu cinquième arrondissement de Paris
Pays Drapeau de la France France
Construction 1253 (1er bâtiment) ; 1635 (2e bât. par Jacques Lemercier) ; 1884 (3e bât. par Henri-Paul Nénot)
Protection Logo monument historique Classé MH (1975)
 Inscrit MH (1975)
Établissements principaux Université Paris I, Université Paris III, Université Paris-Sorbonne, Université Paris Descartes, École pratique des hautes études, École nationale des chartes
Métro station Cluny - La Sorbonne
Coordonnées 48° 50′ 55″ N 2° 20′ 36″ E / 48.848611, 2.343333 ()48° 50′ 55″ Nord 2° 20′ 36″ Est / 48.848611, 2.343333 ()  

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Sorbonne

La Sorbonne est un bâtiment du Quartier latin dans le 5e arrondissement, propriété de la ville de Paris. Il tire son nom du théologien et chapelain de Saint Louis, du XIIIe siècle, Robert de Sorbon, le fondateur du collège de Sorbonne, collège consacré à la théologie dont il définit ainsi le projet : « Vivre en bonne société, collégialement, moralement et studieusement ». Ce terme de Sorbonne est aussi utilisé par métonymie pour désigner l’ancienne Université de Paris, sous l'ancien régime et de 1896 à 1971, ainsi que les anciennes facultés des sciences et des lettres de Paris. La façade baroque est celle de la chapelle Sainte Ursule, achevée en 1642. Cette dernière, déconsacrée depuis la loi de séparation des Églises et de l'État, est désormais utilisée pour des réceptions ou des expositions.

La Sorbonne est le siège du rectorat de l'académie de Paris et de la chancellerie des universités de Paris. Elle abrite une partie des activités des universités Panthéon-Sorbonne (Paris I), Sorbonne Nouvelle (Paris III), Paris-Sorbonne (Paris IV) et Paris Descartes (Paris V), ainsi que celles de l'École pratique des hautes études, et l'École des chartes. La Bibliothèque de la Sorbonne est une bibliothèque interuniversitaire (Paris I, III, IV, V et VII) rattachée pour sa gestion à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

La chapelle de la Sorbonne fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le . Le Grand Amphithéâtre (entre autres salles et salons) fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le [1]. L'ensemble des bâtiments (façades et toitures) fait l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques depuis le [1].

De la fondation du collège de théologiens par Robert de Sorbon, à la reconstruction initiée par Richelieu[modifier | modifier le code]

Article connexe : Chapelle de la Sorbonne.
Article détaillé : collège de Sorbonne.
Le collège de Sorbonne au XVIe siècle.

À ses origines, la Sorbonne est un collège pour étudiants en théologie fondé en 1253 au sein de l'Université de Paris par Robert de Sorbon, chapelain et confesseur du roi Saint Louis, ainsi nommé d'après son village de naissance, dans les Ardennes. Comme les autres collèges de l'université, il devait accueillir des pensionnaires pauvres qui y disposaient de bourses, ainsi que des étudiants non pensionnaires. Le collège est ainsi destiné à sa fondation à abriter une vingtaine de personnes. À cet effet, Saint Louis donna quelques maisons de la rue Coupe-Gueule, face à l'hôtel de Cluny, pour y installer les étudiants. Robert de Sorbon, par l'intermédiaire de Guillaume de Chartres achète et échange rapidement l'ensemble des abords de cette rue ; en 1260, la majorité du site actuel est aux mains du collège. Il s'agit alors d'un ensemble épars de bâtiments divers, maisons, granges, etc. disposés dans un jardin. Une grande simplicité du bâti est maintenue à dessein par le fondateur qui instaure une règle de vie pieuse et austère. En dépit des achats et constructions ultérieures, cette relative austérité reste une des caractéristiques du collège. Au début du XVIIe siècle, il se présentait encore comme un ensemble de bâtiments disparates édifiés le long de la rue Coupe-Gueule, désormais appelée rue de la Sorbonne, entre le cloître Saint-Benoît au nord et le collège de Calvi au sud. Il comportait une chapelle construite au XIVe siècle dont la façade donnait sur la rue[2]. Le collège de Sorbonne devint le siège des assemblées de la faculté de théologie de l'université de Paris.

Reconstruction des bâtiments sous le provisorat de Richelieu[modifier | modifier le code]

Élévation de la chapelle de Richelieu.

Le cardinal de Richelieu, qui avait été élève au collège de Sorbonne en 1606-1607, en devint le proviseur le 29 août 1622 après le décès du cardinal de Harley[3]. Face à l'état de délabrement du bâtiment, il entreprit un ambitieux programme de rénovation du collège. Les bâtiments, particulièrement mal commodes, étaient devenus nettement insuffisants au cours des deux derniers siècles. Le rôle des collèges avait en effet alors évolué : d'un simple gîte à l'attention d'une vingtaine de pensionnaires, il était devenu le siège d'une importante bibliothèque et un lieu d'enseignement, tandis que l'acquisition de terres et de rentes avait permis d'accroître le nombre de pensionnaires. Des travaux étaient urgents pour le nouveau proviseur du collège. À cet effet, il y agrégea deux collèges voisins, ceux de Calvi et des Dix-Huit et fit reconstruire les bâtiments dans un style classique.

Richelieu chargea donc son architecte, Jacques Lemercier, de reconstruire l'ensemble afin de répondre aux exigences et au goût de l'époque. Le premier projet consistait à raser les bâtiments gothiques du collège et de son voisin méridional, celui de Calvi, tout en conservant la chapelle. Celle-ci, modernisée et agrandie, aurait servi de séparation entre deux cours de taille égale. Les travaux de démolition étaient en cours depuis 1629 quand Richelieu, conforté dans sa situation de premier ministre après la journée des dupes, fit retravailler le projet dans un sens plus ambitieux.

On abandonna le système des cours jumelles au profit d'une grande cour unique s'étendant au nord d'une nouvelle chapelle. Celle-ci prit rapidement des proportions monumentales, recouvrant tout l'espace jadis occupé par le collège de Calvi. Les travaux de reconstruction commencèrent en mai 1635 et le gros œuvre était presque terminé à la mort du cardinal en 1642. Seule la chapelle, aujourd'hui considérée comme le chef-d'œuvre de Lemercier et de l'architecture classique parisienne restait inachevée. La duchesse d'Aiguillon, héritière de Richelieu et exécutrice de son testament, dirigea la fin des travaux.

Le nouveau collège doubla ainsi sa surface et se vit, en outre, doté d'une grande chapelle destinée à recevoir le tombeau du cardinal. En plus de ces aménagements, le cardinal léguait une partie de sa bibliothèque et de sa fortune à l'institution.

Les bâtiments sous la Révolution[modifier | modifier le code]

Sous la Révolution française, les bâtiments furent fermés aux étudiants en 1791 et la société sorbonique fut dissoute en même temps que les universités de Paris et de province en conséquence de la loi Le Chapelier supprimant les corps intermédiaires. En 1794, la chapelle fut transformée en temple de la déesse Raison. Napoléon Bonaparte transforma le site en ateliers d'artistes[4].

La Sorbonne au XIXe siècle, siège des facultés des sciences, des lettres et de théologie de Paris[modifier | modifier le code]

La place de la Sorbonne au début du XIXe siècle.

À partir de 1806, Napoléon réorganisa l'ensemble du système d'enseignement français en créant l'Université impériale. Elle regroupait tous les niveaux d'enseignement et comportait à ses niveaux les plus élevés les écoles spéciales et des facultés de cinq types : Faculté des sciences, Faculté des lettres, Faculté de théologie, Faculté de droit et Faculté de médecine. Les deux dernières retrouvèrent leurs locaux d'Ancien Régime, place du Panthéon et rue de l'école de Médecine, tandis que les trois autres s'installent dans les bâtiments de l'ancien collège du Plessis, puis en 1821 dans la Sorbonne de Richelieu. Le bâtiment devenait en outre le siège du rectorat de l'Académie de Paris.

L’orgue de la Chapelle fut commandé à Pierre François Dallery (1764-1833) à l’issue de la restauration de la chapelle funéraire de Richelieu en 1825 et exécuté à partir d’éléments assez hétéroclites par Louis Paul Dallery (1797-1875), fils de Pierre François. Inauguré le 10 juillet 1825, l’instrument fut utilisé pour les auditions données sous la Restauration par Alexandre Choron dès juillet 1825 avec le concours des élèves de l’Institution Royale de Musique Religieuse. Après la réouverture de la chapelle en 1852, à l’époque de Napoléon III, le nouveau maître de chapelle, Félix Clément, expert officiel pour les orgues, fit procéder à la remise en état de l’instrument par Louis Paul Dallery lui-même. Félix Clément démissionna en 1859, et l’orgue fut dès lors réduit au silence. Son accès fut rendu plus délicat par la suppression en 1885 de l’escalier d’accès direct à la tribune, extérieur à la chapelle.

À la Restauration, le duc de Richelieu, premier ministre de Louis XVIII, voulut honorer la mémoire du cardinal en rendant tout son lustre à la Sorbonne. Il y fit construire un amphithéâtre de 1 200 places. Malgré ces aménagements, les vieux bâtiments du XVIIe siècle, abandonnés pendant les dix ans de la Révolution, s'étaient beaucoup dégradés. La concentration sur ce seul collège des étudiants en lettre, science et théologie de toute l'académie de Paris posa rapidement des problèmes d'exiguïté. La rénovation du complexe devenait une urgence qui traversa tout le XIXe siècle. Sous le Second Empire, on confia à Léon Vaudoyer le projet. Il conçut un palais avec une grande façade rue Saint-Jacques et une tour d'astronomie. La première pierre fut posée en 1855 mais le projet n'aboutit pas[5].

La création de l'École pratique des hautes études mit encore plus en évidence les problèmes d'exiguité des lieux. Les nouveaux laboratoires d'enseignement et de recherche de la faculté des sciences, financés par l'École pratique, durent être installés dans des appartements de la rue Saint Jacques.

La nouvelle Sorbonne de Paul Nénot[modifier | modifier le code]

La nouvelle Sorbonne de Nénot, entrée principale, rue des Écoles.
Plan de la nouvelle Sorbonne, d'après Henri-Paul Nénot.

Un nouveau concours d'architecte, présidé par Charles Garnier, fut ouvert dans les années 1880 et remporté par l'élève de Charles Garnier, Henri-Paul Nénot. Il reprenait l'idée de Léon Vaudoyer de construire non plus un collège mais un véritable palais des sciences et des lettres. Refusant les tentations néogothiques qu'on voyait s'épanouir en Grande-Bretagne ou en Belgique pour les nouveaux collèges de Cambridge ou l'université de Gand, il livra un très bel exemple du classicisme haussmannien. Nénot déclara "l'université ne peut se passer de la tradition de l'architecture latine et a besoin de proportions et de règles dans ses bâtiments[6]".

Malgré quelques protestations[7], la démolition des bâtiments, chapelle exceptée, dura dix ans, de 1884 à 1894, tandis que la première pierre du nouvel édifice était posée en 1885. Le président Sadi Carnot put inaugurer la première partie du complexe, au nord, en 1889, pour le centenaire de la Révolution française. L'ensemble des travaux ne fut achevé qu'en 1901.

Le projet de Paul Nénot était à la fois simple et grandiose. La surface à lotir avait été étendue à un vaste îlot tout en longueur compris entre les rues Saint-Jacques, Cujas, des écoles et de la Sorbonne. Le terrain présentait une forte déclivité, s'élevant de façon importante au sud, suivant les pentes de la Montagne Sainte-Geneviève. La chapelle, devenue monument historique et occupant une surface importante au centre du site, devait être conservée. Ce n'était donc pas un ensemble facile à mettre en valeur. Nénot y délimita trois ensembles qui permettent véritablement de considérer son bâtiment comme un complexe regroupant plusieurs monuments, séparés par des rues intérieures transversales, les galeries Robert de Sorbon et Jean de Gerson :

  • au nord, sur la rue des écoles, il créa un vaste palais académique, destiné à recevoir l'administration du rectorat, la chancellerie de l'université et les secrétariats des deux facultés qui devaient occuper le site.
  • au sud, un ensemble d'ailes assez basses, organisées autour de cours nombreuses et aménageables, destiné à accueillir les laboratoires de la faculté des sciences. Chaque département y disposait de locaux spécialement adaptés à sa discipline.
  • entre les deux, un ensemble généraliste autour d'une cour d'honneur, regroupant de vastes salles, de grands amphithéâtres et une bibliothèque centrale, apte à accueillir toutes sortes d'enseignements, mais en particulier ceux de la faculté des lettres.

Les espaces initialement prévus pour la faculté de théologie, supprimée en 1885, furent attribués à l'École nationale des chartes[8], qui devenait ainsi la deuxième école spéciale après l'École pratique des hautes études à s'installer dans le complexe de la Sorbonne.

En 1896, une loi regroupa les facultés de droit, lettres, médecine et sciences d'une même académie en une personne morale, l'université. La Sorbonne, déjà siège du rectorat de Paris, devenait par là le siège de la nouvelle université de Paris. Le recteur de l'académie de Paris cumula dès lors sa charge avec celle de président du conseil de l'université de Paris, augmentant notablement ses besoins en place et en personnel dans le bâtiment. De la même façon, l'augmentation rapide du nombre d'étudiants, imposa la construction d'annexes autour du bâtiment : (Institut de géographie, Institut d'Art et d'Archéologie)[9]. D'abord modestes, ces annexes devinrent après la Seconde Guerre mondiale, de gigantesques complexes rivalisant en taille avec la maison mère, à l'image du campus de Jussieu, de celui de Nanterre, etc.[10].

Le Palais[modifier | modifier le code]

Le grand vestibule, sur la rue des Écoles.
L'escalier d'honneur vers le vestibule.

Chaque ensemble était construit selon un thème architectural. Le palais, au Nord, était ainsi la seule partie entièrement conçue dans des matériaux nobles, affichant sur les rues comme dans les cours un appareil de pierre de taille sommé de grands toits pentus d'ardoise. Sa façade principale, sur la rue des écoles, au nord, était édifiée dans un style néo-Renaissance des plus grandiloquents. Au premier étage, d'immenses fenêtres à meneaux de pierre marquaient ainsi cette inspiration. À l'intérieur, un grand vestibule de pierre claire décoré de reliefs et de statues s'ouvrait sur un monumental escalier à double révolution desservant un grand amphithéâtre plus proche d'une salle de spectacles que d'une salle de cours. Il était décoré dans des tons de vert, couleur traditionnellement attachée au savoir et très présente dans le bâtiment. Son mur de scène fut confié au peintre Puvis de Chavannes qui y figura le bois sacré de la connaissance. L'escalier menait à un palier à éclairage zénithal largement ouvert sur le rez-de-chaussée, faisant ainsi office de puits de lumière. Un vaste péristyle en dessinait les contours et soutenait une verrière dont le médaillon central figurait les armoiries de la ville de Paris en vitrail. Au-dessus du vestibule, depuis le palier, on accédait à une enfilade de salons ouvrant sur la rue et destinés à accueillir les cérémonies de l'université et du rectorat. Cette partie, particulièrement prestigieuse regorgeait de peintures murales évoquant les grands moments de l'université de Paris, de la concession de Saint-Louis à l'inauguration de la nouvelle Sorbonne.

Au rez-de-chaussée, le vestibule s'ouvrait à ses extrémités sur deux galeries, les amphithéâtres Michelet et Quinet à l'est et les bureaux du rectorat à l'ouest. Les deux galeries, bordées d'arcades de pierre de taille garnies de boiseries et de peintures figurant les principales villes de l'histoire universelles, longeaient le grand amphithéâtre et aboutissaient, après une volée de marches, à la galerie Robert de Sorbon. Elles étaient longées vers l'extérieur de l'îlot par deux cours éclairant les secrétariats des deux facultés résidentes. L'ensemble possédait une grande lisibilité puisque toute la partie ouest, rectorat excepté était dévolue à l'administration de la faculté des lettres, tandis qu'en symétrique, toute la partie est était dévolue à l'administration de la faculté des sciences. Au niveau de la galerie Robert de Sorbon, entre les galeries des sciences et des lettres, se trouvait la salle des autorités, communiquant avec la scène du grand amphi. Décorée d'allégories des sciences peintes dans les styles pointilliste et fauve, elle était le lieu de préparation et de repos des sommités appelées à intervenir dans le grand amphi et servait de coulisses pour les représentations qui s'y déroulaient.

La Faculté des lettres[modifier | modifier le code]

L'amphithéâtre Richelieu, au cœur de la nouvelle Sorbonne de Nénot.

La partie centrale du bâtiment fut ensuite construite. La cour d'honneur avait été conçue de manière à évoquer une architecture Louis XIII et à ne pas trancher avec la chapelle qui en occupait le bord méridional. Elle était bordée au nord par un auvent à colonnes ouvert dans le rez-de-chaussée du bâtiment. Elle s'ouvrait sur la rue à l'ouest par une porte cochère et sur le hall des amphis à l'ouest. Celui-ci était une réplique plus modeste du grand vestibule du palais. Il s'ouvrait sur un escalier menant à la bibliothèque et sur cinq salles de cours : les amphithéâtres Descartes, Guizot, Turgot et Richelieu, ainsi que sur la salle Louis Liard, anciennement salle des doctorats. Les trois premiers étaient des salles rectangulaires à gradins, ornés de boiseries basses et d'une peinture au-dessus de l'estrade. Derrière chaque estrade se trouvait un bureau pour que le professeur puisse recevoir ses étudiants. L'amphithéâtre Richelieu était de conception très différente, puisqu'il était rond. Là encore, boiseries et peinture en décoraient les murs. Autre spécificité, ces derniers étaient vert pomme et ornés sur toute leur hauteur de motifs floraux. La salle Louis Liard, enfin, était une salle prestigieuse destinée aux soutenances de doctorat et aux réunions académiques. Son décor était néo-rococo et un grand portrait du Cardinal de Richelieu trônait au-dessus de l'estrade. À l'arrière, ici encore, on trouvait une petite salle destinée à la délibération des jurys de doctorat.

Salle de lecture de la bibliothèque.

À l'étage, sur toute la longueur de la cour, s'étendait la vaste bibliothèque de la Sorbonne Afin de ne pas réduire la luminosité en obstruant une partie des fenêtres avec des rayonnages, elle fut dès le début une bibliothèque avec peu de livres en libre accès. De part et d'autre de l'entrée, où se situaient le guichet et les catalogues, s'organisaient deux espaces de lecture : les lettres au nord et les sciences au sud. Le long vaisseau était décoré de deux scènes historiques à ses extrémités et les murs étaient recouverts de toiles marouflées aux grands motifs art nouveau dans des tons vert-d'eau. Un système de ventilation très novateur était ménagé dans les frises en fontes du plafond et permettait de chauffer la salle en hiver. Sur les cours intérieures, au-dessus des amphithéâtres Turgot et Guizot, s'élevaient cinq puis huit étages de magasins. Des salles séparées, pour les professeurs et pour accueillir la bibliothèque de Victor Cousin, jouxtaient la grande salle. Au même niveau que la bibliothèque, sur la rue Saint-Jacques se situaient les deux musées de l'université, celui de minéralogie et celui de (aide bienvenue), qui complétaient ces archives du savoir.

Cette partie du bâtiment était la plus récente et on pouvait y constater un changement dans le goût dominant : le décor y faisait une plus large part au bois et aux toiles peintes. L'influence du style art-nouveau était palpable. Les escaliers de cette partie centrale du bâtiment étaient ainsi décorés des mêmes toiles peintes aux délicats motifs vert-d'eau que la bibliothèque, bien qu'elles aient été par la suite recouvert d'un badigeon beige. Le contraste était donc saisissant avec la décoration du palais, juste à côté, décoré dans le style triomphant et propagandiste si cher aux débuts de la troisième république. Le long des rues extérieures, s'échelonnaient quatre étages de salles de cours. Sur la rue Saint-Jacques, se trouvait une tour à deux coupoles destinée à accueillir l'observatoire de la Sorbonne. Par souci d'économie, seules les façades sur les rues et la cour d'honneur furent ici réalisées en pierre de taille; les ailes donnant sur les cours intérieures étaient en brique.

La Faculté des Sciences[modifier | modifier le code]

Les bâtiments de la faculté des sciences, avec leur appareil de pierre et de brique, depuis l'école de droit de Paris.

Cet ensemble était traversé sur toute sa longueur par la galerie Richelieu, qui s'achevait au sud par une nouvelle volée de marches destinées à compenser la pente de la montagne. Au sud s'étendaient les bâtiments de la faculté des sciences, avec seulement deux à trois étages en moyenne et réalisés dans un style industriel mêlant appareil de briques et auvents métalliques. Cette section du bâtiment comportait surtout des laboratoires et des bureaux mais aussi quelques beaux amphithéâtres : ceux de chimie et de géologie, notamment au niveau de l'entrée. Il s'agissait de deux amphithéâtres ronds en boiseries, et dont le haut de l'estrade était peint de paysages dans un style néo-impressionniste. Ce sont actuellement les amphithéâtres Bachelard et Oury (dits de gestion).

La Sorbonne éclatée : l'après mai 68[modifier | modifier le code]

En mai 1968, la Sorbonne est le bastion des manifestations étudiantes, ayant débuté avec le mouvement du 22-Mars à la faculté de Nanterre, qui aboutirent en un ample mouvement contestataire dans toute la France. La première émeute de mai 1968 se déclenche à la suite de l'intervention de la police dans la cour de la Sorbonne. Le 3 mai, des centaines d'étudiants se sont en effet rassemblés dans la cour en prévision d'une attaque d'Occident. Il y a là toutes les tendances de l'extrême gauche : trotskystes, maoïstes, ou anarchistes. Les services d'ordre d'extrême gauche sont armés de manches de pioche et prêts à l'affrontement. En faisant appel à la police, le recteur-président de l'université va ainsi déclencher la première émeute du mois de mai. À partir du 13 mai, la grève générale commence et la Sorbonne est occupée.

L'Assemblée nationale élue en juin 1968 après la dissolution décidée par le général de Gaulle s'attaque aussitôt à la réforme universitaire. En 1971, l'Université parisienne est éclatée en treize universités nouvelles. Tandis que les annexes sont partagées entre les différentes universités filles, le complexe de la Sorbonne, propriété de la ville de Paris, est placé dans un régime d'indivision géré par la chancellerie des universités de Paris. Six établissements d'enseignement se maintiennent dans les locaux : les universités Paris I, Paris III, Paris IV et Paris V ainsi que l'École des Chartes et l'EPHE. Cette multiplication d'acteurs a favorisé l'accumulation de difficultés et d'inégalités dans la gestion du monument.

Dans le même temps, un processus de fermeture du bâtiment déjà enclenché par le déménagement de la faculté des sciences s'accélère afin de neutraliser le site : les étudiants de premier cycle, plus nombreux et réputés plus remuants, sont délocalisés sur des sites périphériques comme le centre Pierre-Mendès-France, le centre Censier ou le centre Clignancourt, réduisant notablement le nombre d'étudiants dans le bâtiment. De même, la partie basse du complexe, le palais académique, est fermé aux étudiants, tandis que sous l'effet du plan Vigipirate, devenu permanent à la suite des attentats du 11 septembre 2001, la Sorbonne est, en principe, fermée au public. Si l'on fait exception de quelques rares visites groupées organisées par la Chancellerie et des journées européennes du patrimoine, seuls les étudiants et le personnel des établissements ayant des locaux dans la Sorbonne, ainsi que les lecteurs de la bibliothèque de la Sorbonne, peuvent y entrer.

Malgré cela, le caractère symbolique du monument dans la contestation étudiante et la tentation de réitérer le mythe de mai 68 restent forts. C'est ainsi qu'en 2006, plusieurs centaines de manifestants, luttant contre la loi dite « sur l'égalité de chances », ont occupé la Sorbonne pendant trois nuits (du 8 mars au 11 mars au matin : « la prise de la Sorbonne ») avant d'être évacués par les forces de l'ordre.

Le quartier a été bouclé pendant plusieurs semaines ; ce bouclage est pourtant passé inaperçu — voir un des rares documents sur le sujet, le court-métrage Sorbonne interdite[11]. Le bâtiment a été fermé aux étudiants et aux enseignants à la demande du rectorat désireux d'éviter toute nouvelle occupation et tout nouveau dégât. Elle a rouvert le . Au cours de cette période, les bâtiments du Panthéon, situé au 12 de la place du Panthéon, continuaient à recevoir étudiants et enseignants.

Des étudiants ont immédiatement voté la réoccupation de l'université avant d'être à nouveau expulsés le soir même. Les cours n'ont pu reprendre que progressivement avec le déploiement d'un important dispositif policier tout autour de l'université. Au-delà de la lutte contre le CPE, une partie des étudiants a cherché à imiter sans vrai discernement, semble-t-il, l'esprit de mai 68. Les dégâts causés par les manifestants se sont chiffrés à 800 000 euros, ce qui a contraint l'université à développer la location de ses locaux - déjà existante vu l'histoire du lieu, pour des tournages de films ou de téléfilms, afin de payer les travaux qui ont nécessité la fermeture du bâtiment et l'annulation de nombreux cours[12].

Le 19 février 2009, à la suite d'une manifestation la Sorbonne a été occupée pendant plusieurs heures par des étudiants qui ont ensuite été expulsés par la police[13].

Un monument menacé ?[modifier | modifier le code]

Si le complexe de Nénot put sembler lors de son inauguration aussi grandiloquent que surdimensionné, l'université de Paris ne comptant en 1914 que 17308 étudiants, il fallut bien vite l'adapter à un afflux d'étudiants toujours plus nombreux. Le plan de Nénot fut donc modifié peu à peu pendant tout le XXe siècle, au gré de l'évolution de la démographie. Dans le bâtiment lui-même, on chercha ainsi à gagner de l'espace d'enseignement en couvrant le rez-de-chaussée des cours intérieures de l'ancienne faculté des sciences pour y créer des amphithéâtres. Ces structures de piètre qualité occupent à l'heure actuelle huit des onze cours du bâtiment et accueillent des services aux étudiants, des sanitaires et des salles de travail, alors que la vocation de ces espaces était de ménager des respirations dans un îlot de très grande taille. De même, leurs toits de graviers, installés sans se soucier de l'esthétique générale du monument, sont actuellement, faute d'entretien, envahis par des plantes parasites. La bibliothèque a été soumise au même problème et a dû trouver de nouveaux espaces de stockage quand ses cinq étages de magasins ont été pleins. On a d'abord commencé par construire trois nouveaux étages avant d'utiliser les caves[14]. À l'heure actuelle, seul le creusement d'un silo sous la cour d'honneur ou le stockage de livres hors de Paris permettraient d'accroître les collections[15].

L'événement le plus important de ce siècle pour le monument a sans doute été le démembrement de l'université et la multiplication subséquente de ses occupants. Chaque institution a en effet sa propre politique concernant le bâtiment, en dépit de l'autorité théorique de la Mairie de Paris et de la Chancellerie des Universités sur la gestion du complexe. La chose est saisissante quand on arpente les couloirs : suivant l'occupant des murs, ceux-ci peuvent passer du blanc immaculé au jaune sale. L'installation non concertée de gaines techniques (électricité, téléphone, réseau local) par chacun des acteurs pose en outre des problèmes importants, à tel point que la réfection globale de ces réseaux fait partie des missions assignées par la mairie de Paris à la campagne de mise en sécurité de la Sorbonne[16].

Une autre menace, qui ne pèse plus sur l'intégrité du monument, mais sur sa vocation[17], est dénoncée depuis plusieurs années par les étudiants[18],[19] du complexe: il s'agit de la mainmise toujours plus importante des services de la chancellerie sur le bâtiment. Le rapport Larrouturou[20] sur l'immobilier universitaire parisien s'en est également étonné, dans la mesure où la chancellerie possède de nombreux autres immeubles dans Paris. Il est vrai que, théoriquement, celle-ci attribue les espaces qui se libèrent dans le complexe au fil des départs, mais elle s'en est attribué plusieurs, notamment dans l'ancienne faculté des sciences, faisant craindre aux organisations étudiantes une politique de grignotage et d'expulsion des étudiants. Il n'est pas faux qu'un certain nombre de précédents existent, notamment en ce qui concerne le palais académique, qui abritait le rectorat et la chancellerie, mais aussi les secrétariats des facultés. Or ces derniers font aujourd'hui partie des espaces attribués à la chancellerie[21].

Le nom « Sorbonne », héritage des universités de Paris[modifier | modifier le code]

À la suite de la réforme des universités de 1970, le bâtiment de la Sorbonne fut placé dans un régime d'indivision entre différentes institutions. La Ville de Paris est propriétaire des lieux, avec obligation perpétuelle d'y maintenir le siège de l'académie de Paris ; la chancellerie des universités de Paris, quant à elle, gère le monument. D'autres institutions comme les Cours de civilisation française de la Sorbonne et la Bibliothèque de la Sorbonne y ont leur siège, de même que l'École des chartes et l'École pratique des hautes études. Ces dernières, néanmoins, devraient bientôt déménager sur la rive droite, notamment sur le futur Campus Condorcet. Quatre universités disposent de locaux dans la Sorbonne et utilisent ainsi ce nom[22] ainsi que l'observatoire de la Sorbonne :

Le nom « Sorbonne » est ainsi une marque disputée par différentes institutions. Il s'agit en effet d'un véritable enjeu de taille pour ces institutions, dans la mesure où le nom Sorbonne concentre en lui seul toute la réputation de l'ancienne université de Paris. On a ainsi vu au début de l'année 2010 les différents PRES de Paris se battre autour de ce nom, considéré comme une marque porteuse de prestige et attractive pour les étudiants étrangers[24]. Finalement, trois PRES utilisent ce nom :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Notice no PA00088485 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  2. Palémon Glorieux, Aux origines de la Sorbonne t 1, Robert de Sorbon, Paris, Vrin, 1966, ppes 35 & sqq
  3. Antoine Adam, Richelieu, Hachette,‎ 1972, p. 227
  4. Christian Hottin, « Naissance d’une architecture spécifique », dans Christian Hottin (dir.), Universités et grandes écoles à Paris : les palais de la science, Paris, Action artistique de la ville de Paris, 1999 (ISBN 2-913246-03-6), p. 37-44, spécialement p. 38.
  5. Christian Hottin, « Naissance d’une architecture spécifique »... , p. 39.
  6. Cité par Pierre Vaisse, "Hyppolite Fortoul", Écrire l'histoire de l'art, France-Allemagne, 1750-1920, Revue germanique internationale, 13/2000, ppes 141-154
  7. Christian Hottin, « La Sorbonne, lieu de mémoires », dans Christian Hottin (dir.), Universités et grandes écoles à Paris... , p. 125-131, spécialement p. 125.
  8. Christian Hottin, « L’École des Chartes », dans Christian Hottin (dir.), Universités et grandes écoles à Paris... , spécialement p. 102.
  9. Christian Hottin, « La formation du quartier Latin », dans Christian Hottin (dir.), Universités et grandes écoles à Paris..., p. 32-36, spécialement p. 35.
  10. Christian Hottin, « Les Trente glorieuses », dans Christian Hottin (dir.), Universités et grandes écoles à Paris..., p. 187-190, spécialement p. 187.
  11. Sorbonne interdite réalisé par Adrian Ruchwald et Anke Zeugner, France 2006, 6 min, français sous-titré en anglais.
  12. Des tournages à la Sorbonne pour payer les dégâts du CPE, Le Figaro, .
  13. occupation de la Sorbonne le 19 février 2009, TéléSorbonne
  14. Anne Richard-Bazire, "Un siècle de réflexion sur la construction des bibliothèques", in JM Léniaud, dir, Des Palais pour les livres, Labrouste, Sainte-Geneviève et les bibliothèques, Paris, 2002, ppes 62-65
  15. rapport IUP
  16. point travaux de la mairie de Paris
  17. Par l'ordonnance royale du 16 mai 1821, "les bâtiments et dépendances de l'ancienne Sorbonne, à l'exception de la partie où devait être placée l'école normale, seront concédés par l'Université à la ville de Paris pour en jouir en toute propriété, à la condition d'y conserver a perpétuité le chef-lieu de l'Académie de Paris, ainsi que les Facultés de théologie, des sciences et des lettres; de les approprier à l'usage de ces établissements, et de pourvoir à leur entretien annuel", ordonnance mise en acte par un décret présidentiel de 1852
  18. La Sorbonne offshore - article du Sorbonnard déchaîné, organe de presse du syndicat AGEPS, Paris IV
  19. La sorbonne une Université confisquée ?
  20. rapport IUP, n. 51 p.46 et annexe 11 dans son ensemble. Le rapport reprend en cela, comme en de nombreux points, le rapport de l'Inspection générale des finances de novembre 2008 sur le même sujet [1], p. 27
  21. il suffit de consulter les plans gravés sur les murs des galeries des sciences et des lettres pour se rendre compte de ce mitage
  22. Jean-Robert Pitte, « les Émirats arabes unis se tournent vers la culture française », Hérodote, no 133 – 2009/2, « Le Golfe et ses émirats » : « Il est vrai que beaucoup de professeurs des universités parisiennes utilisent sur leurs cartes de visite ou sur leurs publications le titre de « Professeur à la Sorbonne » et que le grand public ou la presse ont beaucoup de mal à comprendre le maquis des appellations universitaires parisiennes »
  23. Site iSorbonne
  24. Bataille de chiffonniers autour de la marque Sorbonne - le blog de l'éducation

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Emmanuelle Anizon, Nicolas Delesalle, « Les damnés de la thèse », Télérama, no 2962, 21 octobre 2006, p. 30-34
  • Jean Bonnerot, La sorbonne sa vie, son rôle, son œuvre à travers les siecles, Paris, PUF, 1927
  • Geneviève Bresc-Bautier (dir.), La Sorbonne : Un musée, ses chefs-d'oeuvre, Paris, RMN, 2007
  • Christophe Hottin, Quand la Sorbonne était peinte, Paris, Maisonneuve et Larose, 2001
  • Jean-Robert Pitte (dir.), La Sorbonne au service des Humanités. 750 ans de création et de transmission du savoir (1257-2007), Paris, PUPS, 2007
  • Philippe Rivé (dir.), La Sorbonne et sa reconstruction, Paris, La Manufacture, 1987.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]