Gaule lyonnaise

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
La Gaule lyonnaise dans l’Empire romain, vers 120

La Gaule lyonnaise (Gallia lugdunensis[1] ou lugudunensis en latin) était une des trois provinces (avec la Gaule aquitaine et la Gaule belgique) créées par Auguste au début de son principat à partir des conquêtes effectuées par Jules César en Gaule entre 58 et 51/50 av. J.-C. Le sud de la Gaule et la vallée du Rhône, jusqu'à Vienne, sont alors déjà romains, depuis leur conquête effectuée antérieurement entre 125 et 121 av. J.-C. Cette dernière région constitue une province distincte, de rang sénatorial, la Narbonnaise, tandis que Gaules lyonnaise, aquitaine et belgique sont des provinces impériales. Ces trois dernières provinces issues du découpage augustéen se trouvaient cependant réunies, à travers les notables gaulois à la tête des cités, dans le cadre d'une assemblée commune, à vocation politique et religieuse, liée au culte impérial, le Sanctuaire fédéral des Trois Gaules, et dont le siège se situait face à la colonie romaine de Lugdunum, sur la presqu'île formée par la confluence entre Saône et Rhône, lieu nommé Condate ou ad confluentes[2].

De la conquête césarienne à l’organisation d’Auguste[modifier | modifier le code]

Lorsque s’achève la Guerre des Gaules, l’accord fragile entre César et Pompée vole en éclats et les guerres civiles commencent, entre les deux premiers protagonistes d’abord, puis après l’assassinat de César en 44 av. J.-C. entre Marc-Antoine et Octave. Si ces guerres n’ont pas eu pour théâtre la Gaule, celle-ci sera cependant aussi l’objet de rivalités entre Marc-Antoine, qui obtient dans un premier temps le gouvernement de cette nouvelle province[3], avant qu’Octavien, dans le cadre d’un accord de paix précaire avec Marc-Antoine n’en prenne à son tour le contrôle[4]. Ce n’est qu’au terme de ces guerres civiles et après l’ affermissement du nouveau régime qu’Octave, devenu Auguste en 27 av. J.-C., est alors en mesure d’organiser les territoires conquis par César. La date de la réorganisation territoriale est encore discutée, soit entre 27 et 25 av. J.-C., soit entre 16 et 13 av. J.-C., lors de deux séjours différents effectués par Auguste en Gaule. Cette réorganisation territoriale a pour conséquence de diviser le vaste territoire conquis par César entre la Narbonnaise, sur laquelle il s’appuie, et les Pyrénées et le Rhin, en trois provinces de rang impérial : la Gaule Lyonnaise, la Gaule Belgique et la Gaule Aquitaine. Dans ce nouveau cadre, deux des plus puissants peuples de Gaule, voisins pourtant, se retrouvent séparés : les Eduens en Lyonnaise, les Arvernes en Aquitaine. Mais cette œuvre d’organisation n’est pas que territoriale. Il convient de signaler aussi la mise en place d’un premier réseau viaire, ayant Lyon pour cœur, et qui est l’œuvre d’ Agrippa ; la création d’un atelier monétaire impérial à Lyon en 15 av. J.-C. ; la fondation en 12 av. J.-C. du Sanctuaire fédéral des Trois Gaules, à Lyon aussi, et destiné à maintenir un cadre unifié, mais essentiellement religieux, à l’échelle des trois provinces Gaules venant d’être séparées ; la création enfin, vers 15 av. J.-C., d’une zone douanière interne à l’Empire, unifiée non seulement à l’échelle des Trois Gaules, mais intégrant aussi la Narbonnaise[5].

La Lyonnaise d'Auguste à Domitien[modifier | modifier le code]

Le cadre géographique[modifier | modifier le code]

L’appréhension des frontières géographiques de la Gaule lyonnaise entre les réformes d’Auguste et les remaniements de Domitien pose de nombreux problèmes à la recherche historique. Les sources textuelles permettant de travailler sur cette question sont peu nombreuses et concernent essentiellement Pline l’Ancien et Strabon. Une autre difficulté vient du fait que la représentation de l’espace géographique dans l’Antiquité est différente de la nôtre et très déformée. Ainsi, Strabon décrit la chaîne des Pyrénées comme orientée du Nord au Sud[6], la Garonne, la Loire[7], la Seine et le Rhin[8] lui étant tous parallèles. Les passages concernant le découpage provincial sont les suivants :

Strabon, Géographie, IV, 1, 1[9]. "Mais Auguste vint qui divisa la Gaule en quatre parties : il fit de l'ancienne Celtique la province Narbonitide ou Narbonnaise, maintint l'Aquitaine telle qu'elle était du temps de César, si ce n'est qu'il y annexa quatorze des peuples compris entre le Garounas et le Liger, puis, ayant distribué le reste de la Gaule en deux provinces, il rattacha l'une à Lugdunum, en lui donnant pour limite le cours supérieur du Rhin, et assigna l'autre aux Belges"[10].

Plus loin en IV, 3, 1 : "A la province d'Aquitaine et à la Narbonnaise succède une autre région, qui, partant du Liger et du haut Rhône, autrement dit de la portion du Rhône comprise entre sa source et la ville de Lugdunum, s'étend jusqu'au Rhin et borde ce fleuve dans tout son cours. La partie haute de cette région, j'entends celle qui avoisine les sources des deux fleuves, les sources du Rhin et celles du Rhône, s'étendant ensuite à peu près jusqu'au milieu de la plaine, relève de Lugdunum ; quant au reste du pays, lequel se prolonge jusqu'à l'Océan[11], on en a fait une autre province attribuée politiquement aux Belges".

Pline l'Ancien, Histoire Naturelle, IV, 31[12]. "Toute la Gaule désignée sous le nom général de Chevelue est divisée entre trois peuples séparés surtout par des fleuves : la Belgique, de l'Escaut à la Seine; de la Seine à la Garonne, la Celtique ou Lyonnaise; de la Garonne à la chaîne des Pyrénées, l'Aquitaine, appelée auparavant Arémorique".

Christian Goudineau, afin de mieux comprendre cette organisation territoriale, a dans un premier temps tenté de représenter graphiquement par une carte cette vision déformée de l'espace chez Strabon, puis y a intégré les divisions territoriales straboniennes et pliniennes[13]. Le constat est celui d'un découpage rationnel répartissant l'espace géographique tel que connu alors selon des formes géométriques, rectangles et carrés[14], de dimensions similaires.

Un second constat est celui d'un découpage territorial assez différent de celui connu au Haut-Empire pour les provinces de Lyonnaise et de Belgique. En effet, tandis que dans la période postérieure à Auguste Lyonnaise et Belgique se partagent la région comprise entre la Loire, la Narbonnaise et le Rhin selon un axe nord-ouest / sud-est, chacune des deux provinces disposant d'une fenêtre maritime, le découpage augustéen rapporté par Strabon montre une répartition du territoire selon un axe est-ouest. La Gaule belgique d'Auguste contrôle toute la façade maritime depuis l'estuaire de la Loire jusqu'aux bouches du Rhin ; la Lyonnaise contrôle elle un territoire uniquement continental. Cette première frontière augustéenne entre Lyonnaise et Belgique est difficilement restituable de manière précise sur une carte contemporaine, seule semble être acquise une section de cette frontière à mi-chemin du cours du Rhin et que conservera plus tard la frontière séparant Germanie Inférieure et Germanie Supérieure, créées par Domitien.

Administration[modifier | modifier le code]

La Gaule lyonnaise était une province impériale administrée par un légat d'Auguste propréteur de rang prétorien installé à Lugdunum (Lyon). Elle eut notamment pour gouverneur Septime Sévère le futur empereur d’origine nord-africaine[15]. Le rôle privilégié de Lugdunum fut renforcé par la présence d’un atelier monétaire impérial puis du sanctuaire fédéral des trois Gaules, dédié au culte de Rome et Auguste.

En 68, ce fut la première à se soulever contre Néron de toutes les provinces, bien que les habitants de Lugdunum ne suivirent guère le mouvement. Le Gaulois Caius Julius Vindex était le gouverneur et proclama Galba empereur avant d’être vaincu.

Économie[modifier | modifier le code]

La Gaule Lyonnaise est l’une des provinces les plus peuplées de l’Empire, et des plus riches. Elle fournit à partir de l’an 48 un nombre important et grandissant de sénateurs, notamment Éduens. Elle fournit aussi des légionnaires et des auxiliaires aux légions du Rhin, et les villes d’Augustodunum et Lugdunum sont d’importants centres dans l’Occident bien que la population de ces villes n’ait sûrement jamais excédé 35 000 habitants pour Augustodunum, 70 000 pour Lugdunum. D’autre part, la campagne est bien exploitée avec une densité importante de villas et de vici (bourgade rurale).

Villes principales : Lugdunum, Augustodunum (Autun, reste d’un temple gallo-romain et de porte d’entrée de la ville), Lutecia (Paris, vestiges des thermes et d’un amphithéâtre), Juliomagus (Angers), Condate Riedonum (Rennes), Rotomagus (Rouen), Caesarodunum (Tours), Augustodurum (Bayeux), Forum Segusiavorum (Feurs), etc.

Division en cités au Haut-Empire[modifier | modifier le code]

À partir du règne de Domitien, soit avec la création des provinces de Germanie supérieure et de Germanie inférieure, constituées sur une partie des territoires de Gaule lyonnaise et de Gaule belgique, le territoire de la Gaule lyonnaise se compose des cités gallo-romaines suivantes :

Partition[modifier | modifier le code]

En 297, sous Dioclétien, la Lyonnaise fut divisée en deux provinces :

  • La Lyonnaise première, capitale Lugdunum / Lyon;
  • La Lyonnaise seconde ou lyonnaise armoricaine, capitale Rotomagus / Rouen.

Enfin, Constantin, subdivise encore ces deux provinces :

  • La Lyonnaise première, est divisée en :
    • Lyonnaise première (vallées de la Saône et de l’Allier), capitale Lyon,
    • Lyonnaise quatrième ou Sénonaise (Orléanais, sud de l'Ile de France, Sénonais), capitale Sens,
  • La Lyonnaise seconde en :
    • Lyonnaise seconde (Normandie actuelle), capitale Rouen
    • Lyonnaise troisième (Bretagne continentale, Maine, Anjou et Touraine), capitale Tours.

Ces quatre provinces sont toutes rattachées au diocèse des Gaules et à la préfecture du prétoire des Gaules.

Invasion[modifier | modifier le code]

Les Bretons installés en Lyonnaise III se révoltèrent contre le pouvoir impérial vers les années 450, la Lyonnaise I fut occupée par les Burgondes vers 460, la présence romaine demeura en Lyonnaise II et IV jusqu’en 486 avec Ægidius et Syagrius.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le nom de cette province est formé à partir de celui de la colonie romaine, Lugdunum, qui en est la capitale.
  2. Turcan Robert. Un bimillénaire méconnu : l'assemblée des trois Gaules. In: Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 135e année, N. 4, 1991. p. 733-742.Lire en ligne
  3. À la suite des accords secrets de Philippes, suivant immédiatement la bataille du même nom, en 42 av. J.-C., et qui voit Marc-Antoine allié à Octavien vaincre les assassins de César. C'est dans le cadre de cet accord que le gouvernement de la Gaule échoit à Marc-Antoine. François Hinard (dir.), Histoire romaine, Tome I, des origines à Auguste, Fayard, 2000, p. 823.
  4. Après les accords de Brindes, en 40 av. J.-C., confirmés par la paix de Misènes, en 39 av. J.-C., qui mettaient fin à un premier affrontement armé entre Marc-Antoine et Octavien. François Hinard (dir.), Histoire romaine, Tome I, des origines à Auguste, Fayard, 2000, p. 864-865.
  5. Jérôme France,«  Administration et fiscalité douanières sous le règne d'Auguste : la date de la création de la Quadragesima Galliarum », MEFRA, 105-2, 1993, p. 895-927 [lire en ligne]
  6. Strabon, Géographie, III, 1, 3. Lire en ligne
  7. Strabon, Géographie, IV, 2, 1. Parlant de la Garonne (Garounas) et de la Loire (Liger) : Ces deux fleuves, à peu près parallèles au mont Pyréné, déterminent, par rapport à cette chaîne de montagnes, un double parallélogramme, dont les deux autres côtés sont figurés par l'Océan et par les monts Cemmènes". Lire en ligne
  8. "Mais il y a encore une autre rivière, le Sequanas, qui prend sa source dans les Alpes et va se jeter dans l'Océan, après avoir coulé parallèlement au Rhin (...)". Strabon, Géographie, IV, 3, 2. Lire en ligne
  9. Strabon est contemporain d'Auguste et connut aussi les premières années du règne de Tibère. Son témoignage est donc très proche dans le temps de lé réorganisation augustéenne.Lire en ligne
  10. Le "Garounas" correspond à la Garonne, le "Liger" à la Loire, Lugdunum est Lyon.
  11. Pour les Anciens, l'Océan est bien sûr l'Atlantique, mais aussi la Manche et la mer du Nord, qu'ils ne différencient pas.
  12. Le témoignage de Pline est plus récent que celui de Strabon. Il est cependant antérieur aux réformes de Domitien, Pline étant mort en 79. ap. J.-C.Lire en ligne
  13. Christian Goudineau, Les provinces de Gaule : problèmes d'histoire et de géographie, Mélanges Pierre Lévêque, ALUB, 1990, 5, p. 161-170.
  14. Ainsi Strabon en IV, 1, 3 parlant de la Narbonnaise comme "d'un parallélogramme, dont le mont Pyréné forme le côté occidental et le mont Cemmène le côté septentrional, tandis que les deux autres côtés sont formés, celui du midi, par la portion de mer comprise entre le mont Pyréné et Massalia, et celui du levant en partie par la chaîne des Alpes, en partie par la ligne qui prolonge cette chaîne jusqu'à la rencontre des premières pentes du Cemmène du côté du Rhône, lesquelles forment un angle droit avec la ligne en question".Lire en ligne
  15. Anne Daguet-Gagey,Septime Sévére, p. 166-167, Payot, 2000, ISBN 2-228-89336-6

Article connexe[modifier | modifier le code]

Sources antiques[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Alain Ferdière, La Gaule Lyonnaise, Picard, Paris, 2011.
  • Pierre Gros, La France gallo-romaine, Paris, Nathan, 1991, 200 pages, (ISBN 2-09-284376-1).
  • Jean-Jacques Hatt, Histoire de la Gaule romaine, Payot, Paris, 1966.
  • Yann Le Bohec, Gallia Lugudunensis : du Lyonnais au Finistère, Dijon, Faton, 2008.Compte-rendu
  • Lucien Lerat, La Gaule romaine, Errance, Paris, 1986, 2e édition
  • Christian Goudineau, Regard sur la Gaule, Ed. Errance, 1998, rééd. 2000