Michel Le Nobletz

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Michel Le Nobletz
Image illustrative de l'article Michel Le Nobletz
Michel Le Nobletz
Vénérable
Naissance 29 septembre 1577
Plouguerneau
(Léon, Bretagne, France)
Décès 5 mai 1652  (74 ans)
Le Conquet
(Léon, Bretagne, France)
Nationalité Royal Standard of the King of France.svg France
Sujets controversés Procès en béatification ouvert en 1701, toujours en attente.

Dom Michel Le Nobletz (1577-1652) fut au début du XVIIe siècle le premier et l'un des plus vigoureux missionnaires de la Réforme catholique dans le royaume. Actif dans l'ouest de la Bretagne, il développa pour nourrir son propos des méthodes pédagogiques nouvelles, et inventa notamment l'usage de cartes peintes - appelées aujourd'hui taolennoù ou tableaux de mission, dont il reste de nombreux exemplaires. L'Église le déclara vénérable en 1897. L'évêque de Léon ouvrit son procès en béatification en 1701, mais elle est toujours en attente.

Biographie[modifier | modifier le code]

Taolenn utilisé par Michel Le Nobletz : la carte du miroir du monde

Michel le Nobletz (Mikêl an Nobletz) naquit au manoir de Kerodern à Plouguerneau (Léon) le 29 septembre 1577 dans une famille noble et aisée qui compta onze enfants. Son père était notaire royal.

Son père le fit rejoindre ses quatre frères à l'université de Bordeaux en 1596. Il étudia ensuite au collège des Jésuites d'Agen la théologie, les langues anciennes (latin, grec) et les mathématiques. C'est au cours d'un pèlerinage à Toulouse qu'il aurait décidé de sa vocation, avant de venir approfondir sa théologie au collège des Jésuites de la Madelaine de Bordeaux. Il revint dans sa paroisse natale en 1606, à 29 ans et imagina alors une méditation composée d'une description des dix écueils menaçant la vie sacerdotale sur une carte marine.

Désireux de parfaire ses connaissances, il alla étudier l'hébreu à la Sorbonne. Il reçut le sacerdoce à Paris où son directeur fut le fameux père Coton, confesseur d'Henri IV. Rentré en Léon, tourmenté par l'enseignement religieux qui recommande au prêtre de vivre l'évangile qu'il annonce, il refusa la carrière classique qui s'ouvrait à lui, un poste avec de confortables bénéfices, pour une vie de pauvreté vouée à l'Évangile. Au désespoir de ses parents, il se retira à Plouguerneau dans une sorte de cellule qu'il se fit ériger au milieu des rochers de la plage de Treménac'h. Il y passa un an dans le dénuement et l'ascèse.

En 1608 il effectua sa première mission, dans l'île d'Ouessant, reprenant une activité que saint Vincent Ferrier avait initié au début du XVe siècle en Bretagne, et que les Frères mineurs capucins avaient réactivé.

Après un passage chez les Dominicains de Morlaix qui le chassèrent à cause d'un scandale retentissant (il avait vandalisé le portrait d'une jeune fille placé sur sa tombe parce qu'il ne voulait pas que l'on s'y recueillit comme devant la statue d'un saint), il se mit à prêcher avec le P. Quintin, dominicain de Morlaix. Ensemble ils parcoururent le Trégor et le Léon de 1608 à 1611.

Michel le Nobletz missionna alors dans les îles avec succès, à Ouessant, Molène, Batz (où il brandit à son départ un crâne humain extrait de l'ossuaire), avant de revenir au Conquet. C'est là que sa sœur Marguerite le rejoignit. Elle faisait partie de l'"Ecole de cartographie du Conquet" et mit sa science au service de son frère, si bien qu'à Landerneau en 1614 il commença d'utiliser les cartes peintes de Marguerite comme d'Alain Lestobec (régistrateur au Conquet) pour évangéliser les populations, ayant compris qu'il se ferait mieux comprendre par le dessin, alors peu répandu et donc plus frappant. Les cartes marines étaient par ailleurs extrêmement rares et de ce fait les cartes dites taolennoù en langue bretonne (tableaux de mission en langue française), mêlant science et religion, amenaient les impies à la catéchèse par le biais de la géographie. On évalue à au moins 70 le nombre de cartes différentes qui auraient été peintes et à une centaine le nombre des copies réalisées. Le seul évêché de Quimper a conservé 14 cartes, représentant 12 sujets différents (deux étant en double). Les cartes conservées sont toutes sur des peaux de moutons, mais à l'origine elles semblent, au moins certaines, voir été peintes sur du bois. Les cartes originelles auraient été peintes entre 1613 et 1639[1].

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Pour toucher son public de marins et de paysans du petit peuple et afin qu'ils mémorisassent aisément son enseignement, Le Nobletz mit des paroles édifiantes sur des airs de chansons populaires, voire gaillardes. L'évêque de Léon ne comprenant pas le breton, interdit ces cantiques dont l'air lui semblait scandaleux, jusqu'à ce qu'on lui expliquât le sens des paroles.

Le Nobletz fit aussi appel à des femmes pieuses de toutes origines pour l'aider, à commencer par ses sœurs Anne et Marguerite le Nobletz, ce qui lui fut durement reproché. Parmi celles-ci, il y eut la Morlaisienne Mlle de Quisidic (noble demoiselle), les veuves douarnenistes Claude le Bellec (armateur et négociante en vin), Dammath Rolland (fabricante de filets) et Anne Keraudren, les Conquétoises Jeanne le Gall (paysanne) et Françoise le Troadec (cartographe polyglotte). Il ne négligea pas de s'adjoindre l'assistance d'hommes que le sort lui faisait rencontrer, le cartographe et employé du fisc Alain Lestobec, le pêcheur sénan Fanch le Su, Heny Pobeur, Bernard Poullaouec, Guillaume Coulloch...

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De Landerneau, Michel le Nobletz fut autorisé par l'évêque de Quimper à passer en Cornouaille, évangéliser Quimper, Le Faou, Concarneau et surtout les campagnes environnantes où les pratiques superstitieuses étaient selon lui tellement développées qu'elles constituaient un retour au paganisme. Le père Verjus, son hagiographe, relate que le succès couronna ses efforts.

Portrait de Michel Le Nobletz prêchant
La très sainte Vierge apparait à Michel Le Nobletz

Après sa mission dans l'Île de Sein, il resta 25 ans à Douarnenez, de 1617 à 1639. C'est là qu'il perfectionna l'usage des tableaux allégoriques appelés taolennoù en breton, et qu'il écrivit un certain nombre de cantiques bretons qui complétaient son enseignement et que la tradition a conservés. Il suivait même les marins sur leur bateaux : « Dans les îles, comme là plus grande partie des habitants étaient occupés à la pêche, le saint barde les suivait au large, où il les trouvait réunis en grand nombre, et, montant sur le plus élevé de leurs bateaux, il charmait leurs travaux par ses chants »[2]

Il fut cependant en butte à bien des épreuves, des persécutions de la part de ses proches, des marchands, des débauchés dont il stigmatisait les vices, des « dévots », des prêtres mondains que sa conduite austère condamnait, et qui le dénonçaient aux évêques comme un exalté et un fanatique. Surnommé par ses contemporains « ar beleg foll » (le prêtre fou), il donnait lui-même prise aux accusations de fanatisme par ses outrances et son caractère trempé. Au point même qu'on l'accusait de vider les églises, les paroissiens sortant de celle-ci dès qu'il commençait son prêche.

Chassé de Douarnenez où il s'était rendu odieux à la population par son rigorisme outrancier, il revint au Conquet en 1639. Il y restera jusqu'à sa mort, handicapé par la maladie de Parkinson et souffrant de difficultés d'élocution. C'est au Conquet qu'il retrouva le père jésuite Julien Maunoir qu'il avait connu à Quimper dix ans plus tôt, et qui sera son successeur.

Après sept mois de paralysie et un mois d'agonie, le père Le Nobletz mourut le 5 mai 1652 au Conquet. Il fut inhumé dans l'église tréviale de Lochrist. En 1856, ses restes furent transférés à l'église du Conquet devenue paroissiale.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Alain Croix, Note explicative lors d'une exposition sur les taolennou réalisée à Combrit en mars 2012
  2. Essai sur l'histoire de la langue bretonne précédé d'une étude comparée des idiomes bretons et gaëls, par Th. Hersart de La Villemarqué

Entre autres erreurs, Marguerite Le Nobletz ne fait pas partie de l'Ecole de cartographie du Conquet. Elle se sert des Taolennou pour évangéliser, c'est tout différent. Voir Verjus, La Vie de Mr Le Nobletz, Pretre et Missionnaire en Bretagne, Paris, Muguet, 1666 ou ds la Vie dite du Père Maunoir, qui n'est pas de lui, cf Renaud, Michel Le Nobletz, Le Cèdre, 1953 sur ce point, les matériaux sauvés de La Vie de Marguerite Le Nobletz, par son frère.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Fañch Morvannou & Yves-Pascal Castel, Michel le Nobletz/Mikêl an Nobletz, Trelevenez, Minihi-Levenez, 2002.
  • An Taolennoù. Le ciel et l'enfer. Des tableaux de mission à la bande dessinée 1630-1950, catalogue d'exposition du château de Kerjean, 1990.
  • Fañch Roudaut, Alain Croix & Fañch Broudic, Les chemins du paradis/Taolennoù ar baradoz, Douarnenez, Éd. de l'Estran, Le Chasse-Marée, 1988.
  • Anne Sauvy, Le miroir du cœur, Paris, Cerf, 1989.

Ouvrages anciens

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]