Duché de Normandie

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49° 08′ 00″ N 0° 22′ 00″ O / 49.1333, -0.366667 ()

Comté, puis Duché de Normandie

9111204

Drapeau Blason
Description de cette image, également commentée ci-après

Le duché de Normandie au XIIe siècle

Informations générales
Statut Duché
Capitale Rouen
Religion Catholicisme
Histoire et événements
911 Traité de Saint-Clair-sur-Epte : fondation du duché
v. 1000 Richard II est le premier souverain de Normandie à s'intituler duc
1066 Guillaume II devient roi d'Angleterre
1204 Conquête du duché par le roi de France Philippe Auguste
Comtes (jarls) de Normandie
(1er) 911-927 Rollon
(Der) 943-996 Richard Ier
Ducs de Normandie
(1er) 996-1036 Richard II
(Der) 1199-1204 Jean sans Terre

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Entités suivantes :

Le duché de Normandie est un duché féodal du Royaume de France qui a existé de 911 à 1469 pour sa partie continentale et existe toujours au XXIe siècle pour sa partie insulaire comme dépendance de la Couronne britannique.

Il fait partie, comme l’Aquitaine, la Flandre ou la Catalogne, de ces principautés qui émergent au milieu du Moyen Âge avec l’affaiblissement du pouvoir royal français. En 911, débordé par les raids des Vikings, le roi des Francs Charles le Simple confie à l’un de leurs chefs, Rollon, les pays autour de la Basse-Seine. Cette concession est l’embryon du duché de Normandie. Les Vikings mettent en place un État solide, puissant et prospère qui atteint son apogée quand en 1066, le duc Guillaume le Conquérant s’empare du Royaume d'Angleterre. Pendant près de cent cinquante ans, Normandie et Angleterre ont destin lié. Après le milieu du XIIe siècle et l’installation des Plantagenêts à la tête du royaume anglo-normand, le duché n’a plus le rayonnement d’autrefois sur le plan politique. Malgré tout, il ne cesse de susciter la convoitise des souverains français. En 1204, le roi de France Philippe Auguste confisque la Normandie et la rattache au domaine royal.

Historique 911-1204[modifier | modifier le code]

Création du duché (Xe siècle)[modifier | modifier le code]

Le duché de Normandie entre 911 et 1050

Le traité de Saint-Clair-sur-Epte en 911 marque la naissance du duché de Normandie[1]. Dépassé par les raids vikings qui razzient son royaume, le roi des Francs, Charles le Simple, décide de négocier avec un chef scandinave du nom de Rollon. Un accord entre les deux hommes est donc conclu à Saint-Clair-sur-Epte. Le Viking reçoit les pays voisins de la Basse-Seine à charge pour lui de les défendre au nom du roi des Francs. Nous ne savons pas exactement l’extension de ce territoire[2]. En tout cas, il sera à la base de la Normandie, étymologiquement le « Pays des Hommes du Nord » en vieux norrois[3].

Le roi des Francs, Raoul, agrandit la concession faite au comte Rollon. En 924, il lui octroie la Normandie centrale (Bessin, Pays d'Auge et Hiémois ?). Neuf ans plus tard, en 933, ce même roi abandonne au fils de Rollon, Guillaume Longue Épée, le Cotentin et l’Avranchin concédés autrefois par les Français aux Bretons. À cette date, le duché de Normandie recouvre à peu près la province ecclésiastique de Rouen, autrement dit la quasi-totalité de la région d’aujourd’hui. Mais il n’est pas sûr que son chef dominait effectivement tout ce territoire. Jusqu’au règne de Richard Ier (942-996), la moitié occidentale semble échapper à l’autorité des comtes normands installés à Rouen[4].

Les Normands s’installent dans la durée (911-1035)[modifier | modifier le code]

L’histoire des premiers comtes de Normandie reste assez mal connue. Notre principale source est l’œuvre panégyrique d’un chanoine, Dudon de Saint-Quentin.

La tâche première des comtes (devenus ducs vers 1010) consiste à s’installer dans la durée en Normandie. Les révoltes intérieures, les invasions des puissants voisins (le comte de Flandre, le comte de Blois), les minorités des princes (Richard Ier puis Richard II) manquent d’entraîner la disparition de la jeune Normandie. Alors qu’ailleurs les Vikings doivent refluer face à la reprise en main des rois, les Normands parviennent, en recourant parfois à l’aide militaire de troupes scandinaves, à se maintenir au pouvoir et à construire un État solide. Rollon et ses successeurs gouvernent comme de vrais princes, affirmant leur autorité et reprennent l’héritage administratif de Charlemagne. La paix et la sécurité revenues dans la région, les évêques retournent dans leur cité épiscopale et les moines dans les abbayes.

Guillaume le Conquérant, de bâtard de Normandie à roi d’Angleterre (1035-1087)[modifier | modifier le code]

Par son destin exceptionnel, Guillaume le Conquérant est assurément le duc de Normandie qui reste le plus dans les mémoires. Pourtant, ses débuts sont compliqués. Il se retrouve duc dès l’âge de 8 ans, suite à la mort de son père, Robert le Magnifique. Profitant de la jeunesse de l’héritier, nombre de barons normands se libèrent de la tutelle ducale et mènent leur propre guerre. La Normandie se couvre de châteaux, souvent de simples mottes ou des enceintes de terre. Le jeune Guillaume est le spectateur impuissant de cette anarchie. L’assassinat de quelques membres de son entourage l’incite à se tenir dans un premier temps tranquille.

Les principaux châteaux du duché de Normandie au XIIe siècle.

Guillaume se décide à réagir quand un complot de barons vise à l’assassiner à son tour. Il a presque 20 ans. Guillaume rassemble alors ses fidèles, obtient l’aide militaire du roi de France Henri Ier pour mater les rebelles. Val-ès-Dunes, au sud-est de Caen, est le lieu de rencontre entre ces derniers et l’armée ducale. Guillaume remporte ici sa première victoire. Nous sommes en 1047. À partir de ce moment, le duc reprend en main son duché. Il reconquiert ou abat les châteaux élevés par les barons pendant sa minorité. Il poursuit les derniers infidèles qui refusent de le reconnaître pour duc.

Le roi, Henri Ier de France, constatant la réussite de son voisin, retourne sa veste. Par deux fois, il envahit la Normandie, aidé du comte d'Anjou, mais son armée sombre à Mortemer puis dans les marais de la Dives. Vainqueur, Guillaume passe à l'offensive. Il annexe le Passais (la région de Domfront dans l'Orne), intervient dans les affaires de Bretagne et installe son fils Robert Courteheuse comme comte du Maine (1063). Mais l’œuvre la plus connue et la plus considérable de Guillaume le Conquérant, c’est la conquête de l'Angleterre en 1066.

La tapisserie de Bayeux nous raconte les étapes de ce succès. Le roi d’Angleterre, Édouard le Confesseur, meurt en 1066. Le chef de l’aristocratie anglo-saxonne, Harold, lui succède. Or, selon la Tapisserie, le feu roi aurait considéré Guillaume comme son héritier. Le duc de Normandie s’estime floué et ose un débarquement dans le sud de l’Angleterre pour récupérer son bien. Harold vient à sa rencontre à Hastings mais perd la bataille et meurt. La route de Londres est ouverte. Le 25 décembre 1066, Guillaume le Conquérant reçoit la couronne d’Angleterre. La puissance du duc change alors de dimension. La Normandie n’est plus une simple puissance régionale, elle s’installe pour un siècle et demi sur l’échiquier international.

Visages et paysages de la Normandie des XIe ‑ XIIe siècles[modifier | modifier le code]

Nef romane de l’abbaye aux Dames. Ce monastère fut fondé à Caen par Mathilde, femme de Guillaume le Conquérant.

Plusieurs signes attestent de la richesse du duché. C’est d’abord une des régions françaises les plus peuplées. L’historien Lucien Musset a estimé la population, en 1184, à 700 000-800 000 habitants (contre plus de trois millions aujourd’hui)[5]. Un tel nombre permet et exige une mise en valeur intensive des terres. Avant tout, les Normands sont donc des paysans. Les plateaux normands sont couverts de cultures céréalières (froment, avoine, orge). Par contre, la production cidricole et l’élevage bovin sont encore loin d’être des spécialités régionales. Le niveau technique des campagnes est plutôt avancé avec l’utilisation d’une charrue améliorée, l’apparition de la herse et du moulin à vent. Mais combien de paysans normands bénéficient de cet équipement ?

Plus qu’une période de prospérité, notion toute relative au Moyen Âge, les XIe et XIIe siècle doivent être vus comme un temps de croissance. Ce mouvement n’a d’ailleurs rien de bien original à cette époque dans l’Occident chrétien. Signe de dynamisme, la population ne cesse de croître. Il faut donc défricher des forêts et des landes pour ouvrir de nouvelles terres à la culture. Des villages et des hameaux (dont le nom se termine souvent en -erie ou en -ière accolé au patronyme de leur propriétaire) naissent au milieu de clairière ou à l’orée des bois. Les seigneurs construisent des moulins à eau auprès des rivières et augmentent ainsi la productivité de leur domaine[6].

Les villes forment un monde très minoritaire par rapport à ce monde rural. Pourtant la Normandie a une capitale très peuplée : Rouen (peut-être 40 000 habitants). La cité profite de sa position sur l’un des axes primordiaux du commerce français : la Seine. Des marchands et des artisans s’enrichissent et émergent peu à peu de la société urbaine. Ils revendiquent bientôt une place dans la gestion de la ville.

Les autres villes d’origine antique (Lisieux, Sées, Bayeux, Évreux) se relèvent aussi après les raids vikings. Récupérant l’excédent de la population rurale, elles sortent de leur vieille enceinte romaine. Ce premier réseau urbain est complété par la multiplication de bourgs en campagne. Ces nouveaux lieux de peuplement sont créés à l’initiative de seigneurs laïcs ou ecclésiastiques autour d’un marché, d’un pont ou d’un monastère. Les plus nombreux s’établissent auprès d’un château qui garantira aux futurs habitants un refuge en temps de guerre. Ainsi émergent Saint-Lô, Fécamp, Valognes, Cherbourg, Dieppe, Falaise, Alençon, Argentan... Certains de ces bourgs connaissent un tel développement qu’ils rattrapent les anciennes villes. Caen représente la meilleure réussite. Dotée d’un château et de deux abbayes par Guillaume le Conquérant, elle connaît une telle croissance démographique et un tel dynamisme qu’elle devient la deuxième capitale de la Normandie[7].

L’organisation ecclésiastique du duché de Normandie.

Le rayonnement culturel de la Normandie est à la mesure de la puissance du duché. Les monastères normands, restaurés dans leur richesse foncière, redeviennent des foyers intellectuels. L’abbaye du Bec dispense un enseignement renommé pendant que du Mont-Saint-Michel, sortent de magnifiques manuscrits enluminés. Bien que les Vikings ne possédaient pas une tradition de bâtisseurs, les Normands édifient de beaux édifices religieux : les deux abbayes de Caen, celles de Bernay, Cerisy-la-Forêt, Boscherville et Jumièges mais aussi les églises paroissiales de Quillebeuf, Thaon ou Ouistreham sont autant de réussites de l’art roman en Normandie[8]. Un art suffisamment remarquable pour qu’il soit exporté en Angleterre après 1066. La conquête de la Sicile et du sud de l’Italie par des chevaliers du Cotentin élargit le rayonnement de la civilisation normande jusqu’en Méditerranée.

Dans la seconde moitié du XIIe siècle, la Normandie perd de son éclat par rapport aux régions voisines. La cour d’Angleterre, animée par la reine Aliénor d'Aquitaine, occulte la cour normande tandis que l’Île-de-France voit l’éclosion des premières églises gothiques.

La Normandie anglaise ou l’Angleterre normande (1087-1135) ?[modifier | modifier le code]

Sous le règne de Guillaume le Conquérant, la Normandie est avec la Flandre la principauté la mieux tenue et la mieux administrée de France. Sur son lit de mort, le Conquérant âgé de 60 ans environ, arrange sa difficile succession. Il a trois fils : l’aîné, Robert Courteheuse recueille le duché, le second, Guillaume le Roux, reçoit la couronne d’Angleterre et le dernier, Henri Beauclerc, ne récupère qu’une somme d’argent.

Aussitôt le Conquérant mort (1087), l’anarchie reprend dans le duché comme au temps de la minorité du défunt. Le nouveau duc, le prodigue Robert Courteheuse, n’a pas la même autorité que son père. Il laisse les barons combattre entre eux et élever des châteaux sans son autorisation. Le désordre est accentué par la rivalité entre les trois frères. La situation se clarifie en 1100 quand le roi d’Angleterre Guillaume Le Roux trouve accidentellement la mort. Henri, le cadet, obtient de l’aristocratie anglaise le trône vacant. Il ne compte pas en rester là. En 1105, il débarque en Normandie et bat en 1106 son frère aîné Robert à Tinchebray. Henri s’empare alors de la couronne ducale. L’union anglo-normande est ainsi reconstituée mais cette fois, à partir de l’Angleterre. Avec ce nouveau duc-roi, la Normandie reprend son essor interrompu par vingt ans de troubles.

Comme son père Guillaume le Conquérant, Henri Ier d’Angleterre (surnommé Henri Beauclerc pour sa culture) est un grand duc-roi, sage, rusé et énergique. Pour certains historiens, son règne correspond à l’apogée du duché de Normandie. On retiendra parmi les coups d’éclat du fils du Conquérant :

  • la mise à bas définitive de la seigneurie de Bellême (Orne) dont les titulaires, propriétaires d’une quarantaine de châteaux, narguaient le pouvoir du duc de Normandie depuis la fin du Xe siècle
  • la bataille de Brémule, une victoire de plus contre le roi de France Louis VI.

Les moyens financiers et militaires fournis par l’Angleterre ne sont pas étrangers au succès d’Henri Beauclerc sur le continent. Par ailleurs, il a le souci de doter son vaste État d’une meilleure administration. Contraint de partager sa présence entre les deux rives de la Manche, il élabore en conséquence un système d’institutions permanentes. Le roi installe une sorte de vice-roi en Normandie, le justicier qui gouverne à sa place lors de ses séjours en Angleterre. Un corps d’officiers itinérants rend la justice en appel, fait exécuter les ordres du roi, supervise l’administration des vicomtes ou se charge de la perception des taxes. L’Échiquier, administration financière centrale, reçoit les sommes d’argent indispensables pour mener à bien sa politique[9]. Avec ses réformes, Henri Ier affirme la modernité de la Normandie.

La Normandie des Plantagenêts (1135-1204)[modifier | modifier le code]

La mort inopinée du duc-roi en 1135 ramène le démon des querelles de succession car l’héritière désignée est une femme, Mathilde, la fille d’Henri Ier. Le royaume anglo-normand éclate. Mathilde, mariée au comte d'Anjou Geoffroi V d’Anjou dit Plantagenêt, ne parvient pas à dominer le duché de Normandie tandis que son cousin, Étienne de Blois, lui souffle la couronne d’Angleterre. Les barons normands profitent du conflit entre ces deux prétendants pour reprendre leur indépendance. L’anarchie dure jusqu’en 1144.

À cette date, Geoffroi V d’Anjou réussit à s’imposer comme duc de Normandie. En 1150, il cède son duché à son fils Henri, beaucoup plus populaire, car il descend par sa mère Mathilde de Henri Ier Beauclerc. En 1151, en plus du duché, le fils de Geoffroi et de Mathilde hérite des comtés de Touraine, du Maine et d’Anjou.

Son ascension ne s’arrête pas là : un an plus tard, le nouveau duc épouse l’héritière du duché d'Aquitaine, Aliénor. Il a ainsi la main sur le sud-ouest français. Ensuite, l’infatigable duc Henri débarque en Angleterre et pousse le roi Étienne de Blois à un accord : ce dernier l’adopte et en fait l’héritier de la couronne. Henri II le remplace effectivement à sa mort en 1154. Il n’a alors que 21 ans.

Le roi de France Louis VII (1137-1180) qui voyait avec plaisir se déliter le royaume anglo-normand après la mort d’Henri Ier se rend compte qu’un ennemi gigantesque s’élève en face de lui. Non seulement, l’unité anglo-normande est refaite comme au temps d’Henri Ier mais cette fois, les possessions continentales ne se limitent pas à la Normandie. Elles vont jusqu’aux Pyrénées ! En 1156, le Plantagenêt rend hommage au roi de France pour ses fiefs continentaux. Ce geste n’a rien de contraignant pour Henri II. Il sait qu’il reste le seul maître de ses États. Louis VII de France est en effet incapable de bousculer l’extraordinaire puissance de celui que les contemporains qualifient de " plus grand monarque d’Occident ".

Nuançons tout de même la puissance d’Henri II. À territoire immense, problèmes et théâtres d’opérations nombreux. Au sud, offensive contre le comte de Toulouse, à l’ouest, installation d’un des fils d’Henri II, Geoffroy, comme duc de Bretagne ; au nord, combats contre les Écossais et les Irlandais ; à l’intérieur, querelles avec l’Église anglaise recherchant une certaine indépendance vis-à-vis du roi.

Dans cet ensemble, la Normandie joue le rôle de pivot du vaste empire Plantagenêt. C’est le lieu de passage principal pour le roi traversant la Manche, la liaison entre les deux parties de son Empire. La Normandie, c’est enfin l’enjeu du combat entre les Plantagenêts et le roi de France. Louis VII ne peut se résoudre à voir son domaine royal encerclé, les voies de la Seine et de la Loire contrôlées par son ennemi. Le roi de France exploite alors toutes les possibilités qui pourraient affaiblir Henri II. Louis VII de France, puis son fils Philippe Auguste (1180-1223), attisent notamment la rivalité entre Henri II et ses fils. Cette rivalité se transforme en révolte en 1173 mais le duc-roi parvient finalement à contraindre à la paix sa descendance.

En 1189, une nouvelle fronde des fils d’Henri II a raison du vieux roi. Deux jours avant sa mort, il cède ses couronnes à son fils aîné Richard, allié de Philippe Auguste. Mais leur ennemi commun mort, cette alliance n’a plus de raison d’être.

La conquête du duché par le roi de France (1194-1204)[modifier | modifier le code]

L’affrontement entre le roi de France Philippe Auguste et le nouveau roi d’Angleterre Richard (surnommé Cœur de Lion) commence en 1194. La Normandie est le principal théâtre d’affrontement. Si le champ de bataille donne souvent raison à Richard (victoires de Courcelles-sur-Seine et de Fréteval), Philippe Auguste se révèle particulièrement habile dans les négociations et dans les intrigues. Résultat, le Français réussit à obtenir lors de traités de paix quelques places fortes normandes : Gisors, Pacy-sur-Eure, Vernon, Gaillon, Ivry, Nonancourt. La ligne de défense sur l’Eure, l’Avre et l’Epte, édifiée et renforcée progressivement par les ducs de Normandie, est entamée. Pour compenser ces pertes, Richard érige près des Andelys une forteresse qui reprend les dernières améliorations militaires de l’Orient : Château-Gaillard sort de terre en un an seulement (1196-1197).

La mort accidentelle de Richard Cœur de Lion en 1199 bouleverse ce statu-quo. Son successeur, son frère cadet, Jean sans Terre (surnommé ainsi parce que son père n’a jamais pu lui donner des terres en héritage) n’a pas la stature au sens propre comme au sens figuré de Richard : c’est un faible, peu attaché à accomplir les devoirs de sa charge. Philippe Auguste sait en tirer profit. L’armée française entre en Normandie en 1202. Château-Gaillard tombe au bout de six mois de siège. Rouen capitule le 24 juin 1204. En deux ans seulement, le duché est conquis.

Comment expliquer cet écroulement ? Il semble que les Normands n’aient pas soutenu de tout leur cœur les Plantagenêts. Peut-être parce que ces derniers conservaient moins d’attaches avec la Normandie que les premiers ducs. Ajoutons aussi la lassitude des Normands face à la guerre et ses conséquences (augmentation des impôts, rupture commerciale avec Paris). La facilité de la conquête doit également à l’existence d’un parti francophile parmi les barons normands[10].

La Normandie des Plantagenêts laisse place à la Normandie des Capétiens.

Historique après 1204[modifier | modifier le code]

1204 : la fin du duché de Normandie ?[modifier | modifier le code]

Confisqué (commis) en 1202, le duché est dans les faits conquis par le roi de France Philippe Auguste deux ans plus tard[11]. Il entre dans le domaine royal. Les souverains anglais continuent d’y prétendre jusqu’au traité de Paris en 1259 mais ne conservent en fait que les îles Anglo-Normandes comme ancienne part du duché.

Peu confiant dans la fidélité des Normands, le roi de France installe des administrateurs français dans sa nouvelle possession et construit une puissante forteresse symbole du pouvoir royal, le Château de Rouen. La page glorieuse de l’histoire normande est tournée. Le duché n’est pourtant pas mort.

Au sein du domaine royal, la Normandie conserve une certaine spécificité. Tout d’abord, la Coutume de Normandie sert toujours de base pour les décisions de justice. En 1315, face aux empiétements constants du pouvoir royal sur les libertés normandes, les barons et villes arrachent au roi de France un texte : la charte aux Normands. Ce document n’offre pas l’autonomie à la province mais la protège de l’arbitraire royal. Les jugements de l’Échiquier, principale cour de justice normande, sont déclarés sans appel. Ce qui signifie que Paris ne pourra pas casser un jugement de Rouen. Autre concession importante : le roi de France ne pourra lever un nouvel impôt sans le consentement des Normands. Il faut toutefois avouer que cette charte, concédée à un moment où l’autorité royale fléchit, sera plusieurs fois violée par la suite, quand la royauté aura retrouvé sa puissance.

Le duché de Normandie survit surtout par l’installation intermittente d’un duc à sa tête. En effet, le roi de France confie parfois cette portion de son royaume à un membre proche de sa famille. Celui-ci prête ensuite hommage au roi. Philippe VI plaça ainsi son fils aîné, l’héritier du trône Jean II, duc de Normandie. À son tour, Jean II y nomma son fils l’héritier du trône Charles V qui était aussi connu par son titre de dauphin.

Article détaillé : Guerre de Cent Ans en Normandie.

En 1465, après la bataille de Monthléry, Louis XI est contraint par les Grands de son royaume de céder en apanage le duché à son frère Charles. Cette concession est un problème pour le roi de France car Charles est le pantin de ses ennemis. La Normandie risque donc de servir de base à une rébellion contre le pouvoir royal. Louis XI négocie alors avec son frère l’échange de la Normandie contre la Guyenne. Enfin, pour bien signifier que la Normandie ne sera plus cédée, l’anneau ducal est placé le 9 novembre 1469 sur une enclume et brisé d’un coup de masse. C’est la fin définitive du duché sur le continent[12].

Toutefois, le dauphin Louis Charles, second fils de Louis XVI, est aussi connu comme duc de Normandie avant la mort de son frère aîné en 1789. Mais son titre est purement honorifique.

Le duché de Normandie aujourd’hui[modifier | modifier le code]

S'il a été supprimé dans son caractère féodal en tant que tel en 1469, puis comme apanage en 1789, le duché de Normandie a pendant près de six siècles été divisé en deux parties inégales, la partie continentale ou française, et la partie insulaire, appartenant à la couronne britannique et qui n'a jamais pu être conquise durablement par la France.

Ainsi, au regard du droit international, le duché de Normandie subsiste de nos jours, sans toutefois disposer de la personnalité juridique ; il est réduit à sa portion congrue sur les Îles Anglo-Normandes, Jersey et Guernesey, dont les bailliages sont sous la souveraineté de la reine Élisabeth II du Royaume-Uni, duc de Normandie. C'est cette fonction, ajoutée à ses nombreux autres titres de reine, qui font subsister le duché de Normandie. Pour ses particularités institutionnelles actuelles et son histoire, on se reportera aux articles sur les îles citées ci-dessus.

Institutions ducales[modifier | modifier le code]

Ducs de Normandie[modifier | modifier le code]

Alors que ses prédécesseurs sont qualifiés de jarl des Normands ou de comte de Rouen, Richard II de Normandie, qui succède à Richard Ier de Normandie est le premier à se donner le titre de duc de Normandie[13].

Le duc de Normandie était l’un des six pairs laïcs primitifs.

Divisions territoriales[modifier | modifier le code]

Comtés[modifier | modifier le code]

L’administration du duché reposait sur des comtes et des vicomtes. Les premiers apparaissent sous le principat de Richard II (996-1026). Leur rôle consiste à la défense du pays (d’où la localisation des comtés sur les frontières), à la garde des châteaux ducaux, à l’administration des droits du duc et notamment la perception des revenus ducaux. Les comtes sont nommés et révocables par le duc ; plusieurs ont ainsi perdu leur fonction à la suite d’une mauvaise gestion ou d’un complot (par exemple Guillaume Guerlenc entre 1049 et 1055). À l’inverse, certains comtes ont réussi à imposer l’hérédité de leur charge sur plusieurs générations (les comtes d’Évreux).

Vicomtés[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Liste des vicomtés normandes.

Les vicomtés ne sont pas toujours des subdivisions des comtés. Certaines vicomtés correspondaient en effet à d’anciens comtés déclassés (Hiémois, Avranchin). De fait, les vicomtes normands étaient les représentants du duc, comte titulaire. Ainsi, les vicomtes avaient les mêmes fonctions que les comtes. Toutefois, à la différence de ces derniers, ils ne prenaient pas pour eux une partie des revenus ducaux mais les envoyaient à la cour ducale. Si la charge vicomtale était également révocable, quelques dynasties se sont pourtant formées (les Néel, vicomte de Cotentin), mais soit elles ont quitté la Normandie en 1204, soit elle ne conservèrent que quelques baronnies.

Baillies puis bailliages[modifier | modifier le code]

Au cours du XIIe siècle sont instaurés les prémices d'un nouveau système de représentation ducale, sur le modèle des sherifs anglais. Toutefois, le maintien des comtés et de leur corollaire les vicomtés ont poussé les rois de France, ducs de Normandie continentale à réunir les vicomtés baillies. Le bailli y représente le roi, les vicomtes y sont ses délégués nommés et non héréditaires, semblables aux prévôts dans les sénéchaussées. Le terme de bailliage, synonyme, s'impose dès la fin du XIIIe siècle. Les comtés et seigneuries dépendant directement de la Couronne (du Duc) avaient leur propre bailli. Ce système perdura dans les faits jusqu'en 1789, bien que les baillis perdissent l'essentiel de leurs attributions au profit des intendants.

Divisions ecclésiastiques[modifier | modifier le code]

Les sept diocèses historiques de la province ecclésiastique de Rouen

Le duché de Normandie correspond grosso modo à la province ecclésiastique de Rouen, qui comprend :

Le Passais (région de Domfront) relevait toutefois du diocèse du Mans et l'exemption de Saint-Samson, située au sud de l'estuaire de la Seine, relevait de l'évêché de Dol.

Quelques problématiques historiques[modifier | modifier le code]

Le duché de Normandie, un État viking ?[modifier | modifier le code]

Depuis le XIXe siècle, plusieurs historiens normands se sont plu à vanter l’origine viking de la région. Ce récurrent renvoi au peuple scandinave a servi de support à la construction d’une identité normande quelque peu affaiblie. Mais la marque des Vikings fut-elle si importante sur le duché[14] ?.

Dans la première moitié du XIe siècle, la Normandie offre l’image d’un pays francisé. L’empreinte viking apparaît somme toute assez limitée. Certaines pratiques témoignent d’une survivance des origines. Le duc Richard II a deux épouses : Judith épousée selon le rite chrétien et Papia, épousée à la mode danoise (more danico). Il n’hésite pas à accueillir à Rouen même une flotte de pillards vikings. De même la filiation noble est rendue par l'adjonction du préfixe filz- / fitz- (« fils de ») au prénom du père, usage hérité de la pratique germanique (dans ce cas précis, scandinave) d'ajouter -son à la fin du nom du père pour nommer le fils.

Dans le domaine institutionnel, les nouveaux chefs de la Normandie moulent leur État sur l’organisation carolingienne. Ils s’autoproclament comte, parfois marquis ou duc. Autant de titulatures d’origine romaine ou franque. Le duc a des droits régaliens, dans la lignée des rois carolingiens : droit de battre monnaie, droit de haute justice, droit sur les forêts… L’ancien droit scandinave subsiste seulement à travers des éléments comme l'ullac (droit de bannissement) ou la hamfara (répression des assauts à main armée contre les maisons).

Les alliances matrimoniales contractées par les ducs au Xe et XIe siècles renforcent la thèse d’une coupure avec le milieu d’origine. Les maîtres de la Normandie n’épousent pas les filles ou les sœurs des rois danois ou norvégiens. Ils préfèrent prendre femme (du moins celles épousées selon le rite chrétien) auprès de leurs voisins : Bretagne, France, Flandre.

Quelle meilleure preuve d’acculturation que la perte de la langue d’origine, le norrois ? Le latin dans les actes écrits et le parler local l’emportent. Seul le vocabulaire marin et maritime emprunte beaucoup aux Vikings.

Croix romane près de Saint-Pierre-sur-Dives

Du point de vue matériel, l’invasion scandinave donne l’impression de n’avoir presque rien bousculé : les archéologues cherchent en vain les traces d’un art viking ; même au niveau des types de céramique ou des objets produits. Les dédicaces de paroisses restent les mêmes. On ne connaît pas d’exemple de désertion de village à cette époque. Bref, il y a une continuité avec la Neustrie carolingienne[15].

Comment expliquer cette francisation ? La christianisation, condition incluse dans le traité de Saint-Clair-sur-Epte, n’est sûrement pas étrangère à ce phénomène. Elle a joué un rôle intégrateur indéniable quand on sait qu’au Moyen Âge l’essence de la culture, de la civilisation en Europe occidentale tient beaucoup au christianisme. Le faible nombre d’immigrants scandinaves en Normandie peut former une deuxième explication[16]. Mais c’est une hypothèse car nous n’avons pas d’estimation démographique. Certaines régions normandes (Pays de Caux, Roumois, Nord du Cotentin) affiche une forte densité de toponymes d’origine scandinave : les communes dont le nom se termine en -beuf / -bot (issu du mot norrois buth, bâtisse), en -bec (de bekkr, ruisseau), en -dal(le) (de dalr, vallée), en -lon(de) (de lundr, bois, forêt) et surtout en -tot (de topt, terrain d'habitation. On dénombre plus de 300 noms en -tot pour toute la Normandie) y sont particulièrement nombreux. Cette abondance pourrait laisser croire à une colonisation viking dense. Cependant, elle s'explique plutôt par l'afflux de colons d'origines diverses, fermiers originaires des îles britanniques et d'Irlande pour beaucoup et qui n'avaient plus grand lien avec leur passé viking. Ils pouvaient être danois, norvégiens, anglo-scandinaves, anglo-saxons, voire celtes de Grande-Bretagne et d'Irlande. Ce qui d'une part explique la forte densité des toponymes anglo-scandinaves et d'autre part l'absence de découvertes archéologiques proprement « viking ».

L’ouverture du duché à des influences autres que scandinaves ne laisse pas de doute. L’élite religieuse appartient à l’extérieur. Les invasions vikings avaient fait fuir presque tous les moines de Normandie. Les premiers ducs font appel à des abbés et à des communautés étrangères pour relever les abbayes normandes abandonnées. Richard II réussit à accueillir dans son État l’Italien Guillaume de Volpiano, abbé de Saint-Bénigne de Dijon, pour restaurer le monastère de Fécamp. Quant à l’aristocratie laïque, l’apport extérieur est moins évident. Sauf exception, comme les Tosny, les Bellême ou la famille Giroie, les plus grands aristocrates descendent des compagnons de Rollon ou directement du duc. Par contre, au niveau subalterne, l’origine de la noblesse normande est plus hétéroclite : Bretagne, Île-de-France, Anjou.

En somme, le particularisme viking du duché semble rapidement s’évanouir. Au début du XIe siècle, un siècle après le traité de Saint-Clair-sur-Epte, la Normandie est une principauté francisée. Les regards normands ne se tournent plus vers la terre de leur ancêtres.

Un État modèle ?[modifier | modifier le code]

L’historien François Neveux présente la Normandie comme « un véritable État, où l’autorité publique l’emporte sans conteste sur les intérêts privés ». Il met en avant la « structure administrative particulièrement efficace » du duché dès le XIe siècle et « ses institutions solides » au XIIe siècle[17]. Ce modèle normand sera exporté en Angleterre, suite à la conquête de 1066, et dans une bonne partie du royaume de France.

À première vue, la conclusion de François Neveux trouve en effet plusieurs appuis. Les premiers ducs parviennent à récupérer ou à conserver les droits des anciens rois carolingiens : ils sont les protecteurs de l’Église, ils nomment les évêques et nombre d’abbés, ils perçoivent un impôt direct, ils font régner la paix et la sécurité. Quiconque attaque un pèlerin, un marchand, un chevalier se rendant à l’ost a affaire à la justice ducale. En résumé, Rollon et ses successeurs sont des monarques sans en avoir le titre. Le duc Richard II (996-1026) établit des comtes dans les régions frontalières et des vicomtes à l’intérieur. Révocables, ces hauts fonctionnaires exercent un pouvoir que le duc leur a délégué.

En 1066, la conquête de l’Angleterre permet aux ducs d’obtenir le titre de roi. Elle oblige aussi à perfectionner l’administration car les nouveaux souverains anglo-normands peuvent difficilement tenir leur État partagé par la Manche. Des institutions permanentes voient le jour. Henri Ier d’Angleterre créé l’office de justicier, celui-ci étant chargé d’administrer la Normandie quand le roi est sur l’île. Des justiciers itinérants sont mis en place sous ce même règne. Leur rôle rappelle celui des missi dominici de Charlemagne. Le trésor ducal est installé en permanence dans le château de Caen. Dans ce lieu, se tient au XIIe siècle l’Échiquier qui assure le contrôle des dépenses en tant que chambre des Comptes.

En 1154, le duc de Normandie, Henri II Plantagenêt, devient roi d’Angleterre alors qu’il était déjà comte d’Anjou et duc d’Aquitaine. La Normandie se retrouve incluse dans un vaste État s’étendant de l’Écosse aux Pyrénées. Noyé dans cet ensemble, le duché n’en perd pas pour autant toute influence. Les institutions normandes servent d’exemples et la Coutume de Normandie de référence dans le grand État Plantagenêt. Même le roi de France s’inspire du modèle normand en reprenant notamment l’idée de mise en place de baillis comme administrateurs locaux.

Si l’administration de la Normandie sert de modèle, il faut cependant concéder qu’elle-même trouve inspiration ailleurs. Notons par exemple que le développement de l’Échiquier doit beaucoup à l’exemple du comté de Flandre. Quant aux justiciers itinérants, le duc Henri Ier Beauclerc a ici repris une institution anglaise.

Une des principales forteresses ducales : le château de Falaise, Guillaume le Conquérant y est né.

L’image d’une Normandie puissante, bien gérée et dirigée mérite encore davantage de nuances. La Normandie plonge régulièrement dans plusieurs années d’anarchie. La cause : les successions ducales, qui se passent généralement mal, soit parce que l’héritier est trop jeune, soit parce qu’il est contesté. À tel point que l’historien A. Debord constate que les périodes de crise de l’autorité ducale représentent, dans la Normandie du XIe siècle, presque autant de temps que ses périodes d’assurance[18]. La minorité de Guillaume le Conquérant (1035-1047) est un exemple de ces périodes difficiles.

L’affaiblissement du pouvoir ducal profite aux barons, en particulier ceux installés sur les marges, comme l’ont analysé Pierre Bauduin ou Gérard Louise[19]. Ces seigneurs développent des stratégies conformes à leurs intérêts et construisent des châteaux sans l’autorisation du duc. Le nombre actuel de mottes entourées de fossés révèle l’importance du phénomène. Les barons s’octroient la propriété des grandes forteresses ducales alors qu’ils n’en avaient que la garde. À la périphérie méridionale, les seigneurs de Bellême sont parmi les plus indépendants.

En somme, comme l’ensemble de la France, la Normandie est confrontée au XIe siècle à la crise châtelaine[20]. Mais cette crise se produit par intermittence. L’héritier du duché finit par s’imposer. Il mate les aristocrates rebelles, récupère les châteaux confisqués et renoue par des mariages politiques des liens distendus. La paix ducale retrouve alors toute sa signification.

Dans la seconde moitié du XIIe siècle, il n’y a presque plus de crise. L’autorité des ducs-rois Henri II Plantagenêt (1154-1189), Richard Cœur de Lion (1189-1199) et Jean sans Terre (1199-1204) est incontestée. Les princes se sont définitivement imposés face aux barons.

Entre 911 et 1204, le duché de Normandie montre donc deux visages. D’un côté, celui d’un État gouverné par des ducs capables et respectés. De l’autre, celui d’un État en proie à l’anarchie dès qu’un duc meurt.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. François Neveux, L'Aventure des Normands (VIIIe-XIIIe siècle), Perrin, 2006, p. 67-72.
  2. Pierre Bauduin a tenté récemment une délimitation à partir des récits de Dudon de Saint-Quentin et de Flodoard et de quelques chartes. À l’est la limite de l’Epte paraît assurée. À l’ouest, la Normandie devait atteindre le pays d'Auge. Au sud, Bauduin doute de l’incorporation de l’Évrecin. Le territoire confié à Rollon devait donc être réduit. Pierre Bauduin, La Première Normandie, Xe ‑ XIe siècle, Caen, Presses Universitaires de Caen, 2004, p.135-141.
  3. La première Normandie devait correspondre à peu près à la Haute-Normandie actuelle ; c’est donc la Normandie la plus ancienne, par opposition aux territoires rattachés au duché par la suite, qui formeront la Basse-Normandie.
  4. Lucien Musset, « Considérations sur la genèse et le tracé des frontières de la Normandie ».in Media in France..., p.309-18. Dans la même idée, Pierre Bauduin rejette l’idée d'une construction rapide fixée dans des limites sûres dès le premier tiers du Xe siècle. Pierre Bauduin, La Première Normandie, Xe ‑ XIe siècle, Caen, Presses Universitaires de Caen, 2004.
  5. Lucien Musset, « Essai sur le peuplement de la Normandie (VIe-XIIe siècles », les Mondes Normands (VIIIe ‑ XII sièclee), Actes du IIe congrès international d’archéologie médiévale (Caen, 1987), Caen, Société d’archéologie médiévale, 1989, p.97-102. Les historiens Mathieu Arnoux et Christophe Maneuvrier jugent l’estimation de Musset sous-évaluée. Mathieu Arnoux et Christophe Maneuvrier, Le pays normand. Paysages et peuplement (IXe- XIIIe siècles), article sur la revue en ligne Tabularia
  6. François Neveux, La Normandie des ducs aux rois, Rennes, Ouest France, 2002, p.206-212 et p.229-234.
  7. François Neveux, La Normandie des ducs aux rois, Rennes, Ouest France, 2002, p.245-270.
  8. Maylis Baylé, « L’architecture romane en Normandie ». L’Architecture normande au Moyen Âge, Actes du colloque de Cerisy-la-Salle (28 septembre-2 octobre 1994), Presses Universitaires de Caen, Charles Corlet, Caen-Condé-sur-Noireau, 1997, p.13-35.
  9. Michel de Boüard, « l’État normand : croissance et apogée ». in Michel de Bouärd (dir.), Histoire de la Normandie, Privat, Toulouse, 1970, p.145-147.
  10. D. Crouch, « Normans and Anglo Normans : a divided Aristocracy ? ». England and Normandy in the Middle Ages, p.51-67.
  11. François Neveux, La Normandie des ducs aux rois, p.563-568.
  12. Michel de Bouärd (dir.), Histoire de la Normandie, Privat, Toulouse, 1970, p. 258.
  13. Karl-Ferdinand Werner, « Quelques observations au sujet des débuts du duché de Normandie. Droit privé et institutions régionales ». in Études historiques offertes à Jean Yver, PUF, Paris, 1976, p.691-709.
  14. La question de l’importance respective de l’héritage franc et scandinave a traversé nombre d’études historiques depuis la fin du XIXe siècle. Continuité ou discontinuité entre la Neustrie franque et la Normandie ducale ? Le débat, encore ouvert aujourd’hui, est résumé par Pierre Bauduin dans La Première Normandie, Xe ‑ XIe siècle, Caen, Presses Universitaires de Caen, 2004, p.25-28.
  15. Mathieu Arnoux et Christophe Maneuvrier, Le pays normand. Paysages et peuplement (IXe- XIIIe siècles), article sur la revue en ligne Tabularia
  16. « Nulle part la colonisation nordique n’a été un phénomène de masse. Certes, il n’est pas exclu, vu la densité de microtoponymes nordiques qu’à un moment donné la population de petits territoires, comme la Hague ait été en majorité formée d’immigrés. Mais ce ne fut qu’une situation exceptionnelle ». Lucien Musset, « Naissance de la Normandie ». in Michel de Bouärd (dir.), Histoire de la Normandie, Privat, Toulouse, 1970, p.103.
  17. F. Neveux, La Normandie des ducs aux rois, Ouest France, 2002, p.202.
  18. Cité par Dominique Barthélemy, dans L’ordre seigneurial XIe-XIIe siècle, Nouvelle histoire de la France médiévale, Le Seuil, Paris, p.48.
  19. Pierre Bauduin, La Première Normandie, Xe ‑ XIe siècle, Caen, Presses Universitaires de Caen, 2004 et Gérard Louise, « La seigneurie de Bellême Xe-XIIe siècle », Le Pays-Bas-normand, 1990-1991, 2 vol.
  20. Dominique Barthélemy, L’Ordre seigneurial XIe-XIIe siècle, Nouvelle histoire de la France médiévale, Le Seuil, Paris, p.13.

Sources imprimées[modifier | modifier le code]

  • Marie Fauroux, « Recueil des actes des ducs de Normandie (911-1066) », in Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, t. XXXVI, 1961.
  • Guillaume de Jumièges, Gesta Normannorum Ducum, J. Marx (éd.), Société de l’histoire de la Normandie, Rouen-Paris, 1914 (une édition plus ancienne sur Gallica).
  • Orderic Vital, The Ecclesiastical History of Orderic Vitalis, M. Chibnall (éd.), Clarendon Press, Oxford, 1969-1980, 6 volumes (une édition plus ancienne sur Gallica).
  • H. W. C. Davis, Regesta regnum anglo-normannorum, 1066-1154, Clarendon Press, Oxford, 1913.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Frederick Maurice Powicke, The Loss of Normandy (1189-1204), Studies in the History of the Angevin Empire, Manchester, University of Manchester Publications, no LXXIII, 1913, [lire en ligne].
  • (en) David Bates, Normandy before 1066, Longman, Londres-New York, 1982, (ISBN 0-582-48492-8).
  • Pierre Bauduin, La Première Normandie (Xe-XIe siècles), Caen, Presses Universitaires de Caen,‎ 2004, 474 p. [détail des éditions] (ISBN 2-84133-145-8), (ISBN 2841331458).
  • Michel de Boüard, « l'État normand : croissance et apogée » et « la Normandie ducale : économies et civilisations », in Michel de Bouärd (dir.), Histoire de la Normandie, Privat, Toulouse, 1970, p. 131-193, (ISBN 2-7089-1707-2).
  • Pierre Bouet et Véronique Gazeau, La Normandie et l'Angleterre au Moyen Âge, Caen, CRAHM, 2003, (ISBN 2902685149).
  • Gilduin Davy, Le duc et la loi. Héritages, images et expressions du pouvoir normatif dans le duché de Normandie, des origines à la mort du Conquérant (fin du IXe siècle - 1087), Paris, De Boccard, coll. « Romanité et modernité du droit », 2004, VI-669 p., [compte rendu en ligne].
  • Anne-Marie Flambard Héricher et Véronique Gazeau, 1204, La Normandie entre Plantagenêts et Capétiens, Caen, CRAHM, 2007, (ISBN 9782902685356), [compte rendu en ligne].
  • Véronique Gazeau (préf. David Bates et Michel Parisse), Normannia monastica (Xe-XIIe siècle) : II-Prosopographie des abbés bénédictins, Caen, Publications du CRAHM,‎ 2007, 403 p. (ISBN 978-2-902685-44-8).
  • Lucien Musset, « Naissance de la Normandie », in Michel de Bouärd (dir.), Histoire de la Normandie, Privat, Toulouse, 1970, p. 75-129, (ISBN 2-7089-1707-2).
  • François Neveux, La Normandie des ducs aux rois, Rennes, Ouest France, 1998, (ISBN 2737309859).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]