Rhône

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Rhône
(Rhone, Rotten)
Le Rhône à Lyon sous le pont Wilson
Le Rhône à Lyon sous le pont Wilson
Bassin versant du Rhône.
Bassin versant du Rhône.
Caractéristiques
Longueur 812 km
Bassin 95 590 km2 [1]
Bassin collecteur bassin du Rhône
Débit moyen 1 690 m3/s (Beaucaire) moyenne 1920-2011[1].
Nombre de Strahler 10[2]
Cours
Source Gletsch, glacier du Rhône
· Localisation Canton du Valais, Suisse
· Altitude 2 209 m
· Coordonnées 46° 34′ 45″ N 8° 23′ 00″ E / 46.57908, 8.38336 (Source - Rhône)  
Embouchure Mer Méditerranée
· Localisation France
· Altitude 0 m
· Coordonnées 43° 19′ 54″ N 4° 50′ 55″ E / 43.33167, 4.84861 (Embouchure - Rhône)  
Géographie
Principaux affluents
· Rive gauche Arve, Isère, Durance, Drôme
· Rive droite Ain, Saône, Ardèche
Pays traversés Drapeau de la Suisse Suisse, Drapeau de la France France
canton suisse Valais, Vaud, Genève
région française Rhône-Alpes, Provence-Alpes-Côte d'Azur, Languedoc-Roussillon
Principales villes Sion, Montreux, Thonon-les-Bains, Lausanne, Genève, Lyon, Vienne, Valence, Montélimar, Orange, Avignon, Arles

Sources : SANDRE, Géoportail, Banque Hydro

Le Rhône (prononcé [ ʁon ] en français standard ou [ ʁɔnə ] dans les parlers locaux) est un fleuve d'Europe, long de 812 kilomètres, qui prend sa source dans le glacier du Rhône, en Suisse, à une altitude de 2 209 m, à l'extrémité orientale du canton du Valais, dans les Alpes uranaises.

Il parcourt 290 km dans ce pays et se jette dans le lac Léman et en sort peu après son passage à Genève, il entre ensuite en France où il parcourt 522 km[réf. souhaitée] ou 545 km, selon le SANDRE[3]. Il finit son cours dans le delta de Camargue pour se jeter dans la mer Méditerranée. Port-Saint-Louis-du-Rhône est la dernière ville de France sur le Rhône.

Le Rhône a le deuxième débit de tous les fleuves s'écoulant en Méditerranée, après le Nil, si toutefois on ne tient pas compte de la mer Noire, où se jettent en particulier le Danube et le Don. Finissant dans une mer sans marée, le fleuve a formé un delta avec des bras qui se sont déplacés globalement d'ouest en est au cours de la période historique. Désormais endigué, son delta est figé hormis lors de crues exceptionnelles comme en 1993, 1994 et 2003.

Il est parfois identifié à l'Éridan, qui est le nom d'un dieu fleuve de la mythologie grecque, fils d'Océan et de Thétys.

Sommaire

Étymologie[modifier | modifier le code]

L’origine et la signification du nom de ce fleuve sont encore sujettes à discussion. D'après l'hypothèse celtique Rhodanus ou Rodanus viendrait de Rhôdan, qui signifie « tourner vivement » ; mais la forme de ce nom paraît plus grecque que celtique, et Pline l'Ancien dans son Histoire naturelle estimait que le Rhône tire son nom de Rhoda ou Rhodanusia, colonie de Rhodiens bâtie jadis à l’une de ses embouchures, aux environs d’Aigues-Mortes.

Dans sa partie méridionale il est appelé lou Rose en provençal.

Géographie[modifier | modifier le code]

Subdivisions territoriales traversées de l'amont vers l'aval[modifier | modifier le code]

En Suisse[modifier | modifier le code]

En France[modifier | modifier le code]

Région Rhône-Alpes[modifier | modifier le code]
Région Languedoc-Roussillon[modifier | modifier le code]
Région Provence-Alpes-Côte d'Azur[modifier | modifier le code]

Bassin versant[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bassin du Rhône.

Le bassin versant du Rhône est situé sur deux pays : la Suisse et la France. Il mesure 95 500 km2, soit environ 17 % de la superficie de la France métropolitaine ou plus de deux fois la superficie de la Suisse. Ce bassin versant jouxte d'autres bassins versants d'Europe. Sur l'ouest il est limitrophe du bassin de la Garonne puis celui de la Loire, où la ligne de partage des eaux se trouve principalement dans le Massif central. Le tripoint entre les trois bassins (Rhône, Loire, et Garonne) se trouve en Lozère, au Col de la Pierre Plantée, sur la limite entre les communes de Laubert et de Montbel. Un monument y a été élevé en 2001. À Meilly-sur-Rouvres (Bourgogne), un monument symbolise le jonction de trois bassins (Rhône, Loire et Seine). En Bourgogne il est mitoyen du bassin de la Seine. L'étroit bassin de la Meuse touche celui du Rhône dans une courte ligne de partage des eaux dans les Vosges. Ensuite, le Rhône partage avec le Rhin une longue et sinueuse ligne de partage des eaux à travers le massif des Vosges, la trouée de Belfort, le Jura, le plateau suisse et les Alpes. Au Witenwasserenstock (3 082 m dans les Alpes lépontines), les bassins du Rhône, du Rhin et du Pô se rejoignent. La ligne de partage des eaux avec le bassin du Pô suit ensuite la frontière italo-suisse puis la frontière franco-italienne à travers les Alpes, à l'exception de la région de Gondo (bassin du Pô) et de la vallée de l'Eau Noire située en France mais coulant en Valais. En France, d'autres bassins versants plus petits l'avoisinent, le Var sur sa rive gauche ou l'Hérault sur sa rive droite.

En Suisse, le bassin versant du Rhône n'est pas contigu. En effet, il est constitué de deux zones distinctes l'une de l'autre. Le cours principal du Rhône ainsi que ses affluents directs coulent dans le sud du pays avant de rejoindre le lac Léman, néanmoins une partie du bassin versant du Doubs arrose le nord-ouest de la Suisse. Le Doubs rejoint la Sâone en Bourgogne qui elle-même rejoint le Rhône à Lyon. Ainsi les eaux du bassin versant du Rhône se rejoignent très en aval de la sortie du territoire suisse. De même, l'Arve dont le cours et le bassin sont très majoritairement situés en France rejoignent le Rhône dans le canton de Genève.

Cours[modifier | modifier le code]

En second plan le glacier du Rhône, au premier plan le Rhône coulant le long des voies ferrées à Gletsch.

Le Rhône naît des eaux de fonte du glacier du Rhône, à l'extrémité orientale du canton du Valais en Suisse, il porte alors le nom de Rotten jusqu'à Sierre. Le glacier du Rhône est situé à la jonction de deux importants massifs des Alpes : les Alpes uranaises et les Alpes valaisannes. Autour du glacier se trouvent quelques sommets de plus de 3 000 mètres : le Dammastock (3 630 m), le Galenstock (3 586 m) ou le Tieralplistock (3 383 m). En 2007, la langue glaciaire se terminait à une altitude de 2 250 mètres non loin de la route d'accès au col de la Furka. De là, le Rhône coule vers le sud-ouest en passant par Gletsch puis coule dans la vallée de Conches. Dans cette vallée il reçoit différents torrents de montagne tels, sur sa rive gauche, l'Agene, le Milibach et la Minna et, sur sa rive droite, la Minstigerbach et la Wysswasser. Son parcours est d'environ 35 kilomètres jusqu'à Brigue.

Peu avant d'atteindre Brigue, il reçoit les eaux de la Massa en provenance du glacier d'Aletsch (plus gros glacier d'Europe). La vallée qu'il emprunte porte dès lors son nom, la vallée du Rhône. Cette vallée coule tout d'abord en direction de l'ouest sur une trentaine de kilomètres jusqu'à Loèche, puis vers le sud-ouest sur une cinquantaine de kilomètres jusqu'à Martigny. C'est une vallée intérieure des Alpes, elle est parallèle à la ligne de crête des Alpes bernoises au nord et des Alpes valaisannes au sud. De ces deux massifs coulent de nombreux torrents de montagne.

Entrée du Rhône dans le lac Léman.

À Martigny, où il reçoit les eaux de la Dranse sur sa rive gauche, le cours du Rhône fait un fort virage en direction du nord. En remontant vers le lac Léman, il passe à Saint-Maurice dans un fort rétrécissement de la vallée qui a longtemps donné à la vallée du Rhône une importance stratégique pour le contrôle des cols alpestres. Le Rhône marque ensuite la frontière entre les cantons du Valais (rive gauche) et de Vaud (rive droite), séparant le Chablais valaisan et le Chablais vaudois. Il pénètre dans le lac Léman à proximité du Bouveret.

Sur une partie de son étendue le lac Léman marque la frontière entre la France et la Suisse. Sur sa rive gauche le Léman reçoit la Morge. Cette rivière marque la frontière entre la France (Haute-Savoie) et la Suisse (Valais). Elle pénètre dans le lac Léman à Saint-Gingolph, village situé de part et d'autre de la frontière. Toujours sur sa rive gauche, il reçoit les eaux de la Dranse entre Thonon-les-Bains et Évian-les-Bains. Sur sa rive droite le lac reçoit la Venoge et la Morges. Les termes de Haut-Lac (région de Villeneuve), Grand-Lac (Lausanne, Évian) et Petit-Lac (entre Yvoire et Genève) sont utilisés, même si le lac ne constitue qu'une seule entité.

Le lac Léman se termine à Genève où le niveau du lac est maintenu par le barrage du Seujet. À Genève, il reçoit les eaux de l'Arve en provenance du massif du Mont-Blanc. À sa sortie de Suisse, il pénètre dans le sud du massif du Jura par le défilé de l'Écluse. Il part ensuite en direction du sud et longe le lac du Bourget auquel il est relié par le canal de Savières. Il poursuit son cours en direction de l'ouest vers Lyon où il reçoit la Saône, son plus long affluent. Le système le plus long du bassin du Rhône n'est d'ailleurs pas le fleuve éponyme, mais le Doubs, qui mesure environ 950 kilomètres depuis sa source jusqu'à la Méditerranée (453 kilomètres de la source à la Saône, 167 kilomètres de Verdun-sur-le-Doubs à Lyon, et 330 kilomètres de Lyon à Port-Saint-Louis-du-Rhône).

À partir de Lyon, il coule vers le sud, entre les Alpes et le Massif central. En Ardèche, entre Andance et Tournon, il forme une vallée épigénique. En amont de Beaucaire, il reçoit le Gardon. À hauteur d'Arles, il se partage entre en deux bras : le Grand-Rhône à l'est et le Petit-Rhône à l'ouest, entre lesquels se constitue le delta de la Camargue, avant de se jeter dans la mer Méditerranée.

Principaux affluents[modifier | modifier le code]

Voici une liste des principaux (longueur[3] supérieure à 100 km, ou bassin versant[1] supérieur à 1000 km2 ou débit[1] moyen (module) supérieur à 10 m3/s connu au plus proche de la confluence) affluents directs du Rhône et situés avec leur confluence par :

puis avec les 3 données comparables à celles de l'affluent, pour le Rhône (juste à l'amont de la confluence) :

Affluent Situation de la confluence Rhône
Nom Longueur Bassin Débit Distance Altitude Rive Dépar-tement Canton Commune Coordonnées Longueur Bassin Débit
L’Arve 107,8 2 060 73,9 542,3 370 Gauche Drapeau de la Suisse Suisse Genève Genève 46° 12′ 04″ N 6° 07′ 18″ E / 46.20111, 6.12167 269,7
L’Ain 189,9 3 765 123 368,0 186 Droite Drapeau de la France France Ain Saint-Maurice-de-Gourdans 45° 47′ 44″ N 5° 10′ 16″ E / 45.79556, 5.17111 444,0
La Saône 480 29 950 473 332,7 158 Droite Rhône Lyon 45° 43′ 35″ N 4° 49′ 05″ E / 45.72639, 4.81806 479,3
L’Isère 286,1 11 890 333 230,4 110 Gauche Isère La Roche-de-Glun 44° 59′ 30″ N 4° 52′ 05″ E / 44.9917, 4.86806 581,6
La Drôme 110,7 1 663 20 200,9 91 Gauche Drôme Livron-sur-Drôme 44° 46′ 17″ N 4° 45′ 35″ E / 44.77139, 4.75972 611,1
L’Ardèche 125,1 2 376 65 139,0 40 Droite Ardèche Saint-Just-d'Ardèche 44° 15′ 52″ N 4° 38′ 52″ E / 44.26444, 4.64778 673,0
La Cèze 128,4 1 359 22 116,9 27 Droite Gard Codolet 44° 06′ 31″ N 4° 42′ 11″ E / 44.10861, 4.70306 695,1
L’Ouvèze 123,0 2 200 25 96,7 17 Gauche Vaucluse Sorgues 43° 59′ 23″ N 4° 51′ 08″ E / 43.98972, 4.85222 715,3
La Durance 323,8 14 225 180 83,1 15 Gauche Vaucluse Avignon 43° 55′ 23″ N 4° 44′ 36″ E / 43.92306, 4.74333 728,9
Le Gardon (ou Gard) 127,3 1 999 32,7 68,5 6 Droite Gard Vallabrègues 43° 50′ 20″ N 4° 37′ 25″ E / 43.8389, 4.62361 743,5

Les affluents suisses du fleuve sont la Massa, la Saltina, la Vispa, la Lonza, la Turtmänna, la Raspille, la Navizence, la Rèche, la Lienne, la Borgne, la Sionne, la Morge, la Losentse, la Lizerne, la Salentse, la Faraz, la Dranse, le Trient, l'Avançon, la Vièze, la Gryonne, la Grande Eau, la Veveyse, la Venoge, l'Arve et l'Allondon.

En France, les affluents majeurs (plus de 100 m3⋅s-1) sont la Saône, l'Isère, la Durance et l'Ain.

Parmi les autres affluents (moins de 100 m3⋅s-1), notons la Dranse, l'Arve, l'Annaz, les Usses, la Valserine, le Fier, le Séran, le Guiers, le Furans, la Bourbre, l'Yzeron, le Garon, le Gier, la Gère, la Varèze, le Dolon, les Collières, la Cance, l'Ay, la Galaure, le Doux, la Véore, l'Eyrieux, la Drôme, l'Ouvèze, la Payre, le Roubion, l'Escoutay, la Berre, l'Ardèche, le Lez, la Cèze, l'Eygues et le Gardon.

L'Arve naît en France mais rejoint le Rhône en Suisse.

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Diagramme comparatif des bassins versants des principaux affluents, supérieurs à 1000 km² :

Géographie urbaine[modifier | modifier le code]

Le Rhône traverse successivement les communes suisses de Gletsch, première localité traversée, Brigue-Glis, Sierre, Sion, Martigny, Saint-Maurice, puis sur rive droite du Léman, Villeneuve, Montreux, La Tour-de-Peilz, Vevey, Pully, Lausanne, Morges, Gland, Nyon, Versoix et, sur rive gauche du Léman, les villes françaises de Thonon-les-Bains et Évian-les-Bains.

Après Genève, il arrose Bellegarde-sur-Valserine, Culoz, Belley, Montalieu-Vercieu, Sault-Brénaz, Saint-Sorlin-en-Bugey, Lagnieu, Saint-Vulbas, Jonage, Meyzieu, Vaulx-en-Velin, Villeurbanne, Caluire-et-Cuire, Lyon, La Mulatière, Oullins, Pierre-Bénite, Saint-Fons, Irigny, Feyzin, Vernaison, Givors, Chasse-sur-Rhône, Saint-Romain-en-Gal, Sainte-Colombe, Vienne, Condrieu, Saint-Alban-du-Rhône, Serrières, Le Péage-de-Roussillon, Tournon, Valence, Le Pouzin, Cruas, Montélimar, Viviers, Pierrelatte, Pont-Saint-Esprit, Orange, Avignon, Villeneuve-lès-Avignon, Beaucaire, Tarascon, Arles où il se sépare en deux. Le Grand-Rhône se jette dans la mer à Port-Saint-Louis-du-Rhône et le Petit-Rhône au niveau des Saintes-Maries-de-la-Mer.

L'aménagement économique du Rhône[modifier | modifier le code]

Les grands travaux d'aménagement économique du Rhône ont été principalement le fait de la Compagnie nationale du Rhône qui a également pour mission d'entretenir et moderniser ces aménagements. On lui doit l'édification d'ouvrages hydroélectriques qui ont permis de réguler les crues tout en produisant de l'énergie non polluante, de plus de 15 milliards de kWh en 2007.

Le trafic fluvial reste important malgré l'absence d'un canal à fort gabarit entre le Rhône et le Rhin (l'abandon du projet de mise à grand gabarit du Canal du Rhône au Rhin est dû à Dominique Voynet lorsqu'elle était Ministre de l'aménagement du territoire et de l'environnement). Il bénéficie du report amorcé des modes de transport, en partie, vers le fluvial. En 2007, 6 200 bateaux ont passé les écluses de Bourg-les-Valence.

Des conventions sont signées avec les communes pour organiser l'aménagement de ports de plaisance ou d'espace de mise à l'eau. C'est ainsi que le port de Cruas a été inauguré le 30 juin 2007.

La protection de l'environnement est devenue l'une des priorités de la CNR. Diverses actions sont en cours en faveur de la faune, la flore et l'amélioration de la qualité de l'eau. L'entretien des sites classés Natura 2000 est tout particulièrement suivi, par exemple le traitement de formations envahissantes d'ambroisies et de jussies à Viviers en Ardèche. D'autres actions écologiques ont été entreprises le long du fleuve. Ainsi, en Suisse, la forêt de Finges est devenue une réserve naturelle protégée ; de ce fait, la construction de l'autoroute A9 nécessite une traversée entièrement souterraine du site. Les travaux ont commencé en 2004 et dureront entre quinze et vingt ans[réf. nécessaire].

Plusieurs installations nucléaires, situées sur les rives du Rhône, prélèvent de l'eau pour assurer leur refroidissement :

En outre, jusqu'en 1997, le surgénérateur Superphénix (Centrale nucléaire de Creys-Malville) était également en fonctionnement sur les rives du Rhône. Depuis cette date, elle est en phase de démantèlement nucléaire.

Hydrologie[modifier | modifier le code]

Régime[modifier | modifier le code]

Le régime hydraulique du Rhône est caractérisé par des maxima automnaux liés aux pluies méditerranéennes, et printaniers en raison de la fonte des glaces. L'hiver présente souvent des débits soutenus mais moins marqués et le régime hydraulique minimum est estival.

Longtemps qualifié de « fleuve fantasque », en raison de ses crues puissantes (plus de 11 000 m3⋅s-1 à l’aval)[4],[5], il est d’usage de parler aujourd’hui de « fleuve dompté » depuis l’aménagement, sur sa partie française, par la CNR. En amont, sur sa partie suisse, il a subi de nombreux aménagements. Les crues de 1993-1994 et de 2002-2003 ont montré que l’aménagement hydroélectrique ne gère que les débits ordinaires, mais n’empêche en aucun cas la formation de grandes crues similaires à celles du XIXe siècle.

Le Rhône se caractérise par la diversité de son bassin versant :

  • apports alpins soutenus entre mai et juillet (fonte des neiges et des glaciers)
  • apports océaniques d’hiver, à crues lentes (Saône)
  • apports méditerranéens et cévenols à crues violentes d’automne et étiages sévères d’été.

Il en résulte un régime hydrologique très complexe, et une très grande diversité dans la formation des crues et leur déroulement. On distingue les types de crue suivants[6] :

  • les crues océaniques, dans lesquelles la Saône joue un rôle prépondérant
  • les crues méditerranéennes extensives (janvier 1994), avec une forte contribution des affluents méditerranéens de rive gauche (Durance, notamment)
  • les crues cévenoles (septembre 2002) avec un rôle prépondérant des affluents méditerranéens de rive droite (Ardèche, Cèze, Gardon)
  • les crues généralisées (type 1856) qui sont les plus dommageables.

Le débit moyen interannuel du fleuve relevé à Beaucaire est de 1 690 m3⋅/s (données 1920-2011)[1].

Débit moyen mensuel (en m3/s)
Station hydrologique : V7200010 - Le Rhône à Beaucaire pour un bassin versant de 95590 km2 et à 6 m d'altitude[1]
(08/06/2013 - données calculées sur 92 ans de 1920 à 2011)

Source : Banque Hydro - Ministère de l'écologie et du développement durable

On considère que le Rhône est en crue dès que son débit dépasse les 5 000 m3⋅s-1.
Le record récent mesuré date de décembre 2003 avec un débit annoncé initialement à 13 000 m3⋅s-1 à Beaucaire[7]. Le débit a été depuis révisé à 11 500 m3⋅s-1 + ou - 5 %[8]. Voir aussi CNR[9] et mairie d'Arles[10].

Les services de l'État, pour l'évaluation du risque d'inondation (élaboration des Plans de Prévention des Risques d'Inondation, PPRI), retiennent comme crue de référence la crue de 1856, estimée à 12 500 m3⋅s-1 à Beaucaire : elle serait ainsi un peu plus forte que la crue de 2003.

La plus grosse crue historique est probablement celle survenue en novembre 1548, voire celle de 580. La crue millénaire, quant à elle, est estimée à plus de 14 000 m3⋅s-1 (entre 14 000 et 16 000 m3⋅s-1, selon les auteurs, avec un consensus plus marqué pour 14 000-14 500 m3⋅s-1). Le Rhône est celui des cinq grands fleuves français dont le débit est le plus élevé.

Principales crues historiques[modifier | modifier le code]

Vers 175 av. J.-C., une importante crue du fleuve recouvre une large partie d'Arles et provoque la destruction irrémédiable des quartiers sud. Ces quartiers périphériques méridionaux sont par la suite abandonnés pendant deux siècles. Vers 150, on a la trace d'une importante crue à Arles. Vers 280, des sources historiques indiquent une crue importante à Lyon, ravagée par une inondation[réf. nécessaire]. L'archéologie confirme à Arles la destruction par les eaux d'un habitat romain à la fin du IIIe siècle. 346 voit une crue généralisée du Rhône[réf. nécessaire].

En 563, un éboulement situé dans la région de Saint-Maurice forme un barrage sur le Rhône avec montée des eaux en amont. La rupture du barrage provoque une vague d'eau qui créa des dégâts importants en aval y compris sur les berges du Léman. Cet événement appelé catastrophe du fort de l’Écluse ou éboulement de Tauredunum est signalé par Grégoire de Tours[11] et Marius d'Avenches. En 579 ou 580 (plus probablement en 580), a lieu une crue d'automne avec inondation à Lyon et à Arles. À Lyon, Grégoire de Tours rapporte : « au commencement d'octobre, après deux jours de pluies continuelles, le Rhône et la Saône entrèrent en crue. Chose qui ne s'était jamais produite, les deux rivières vinrent se rejoindre au milieu de la presqu'île et formèrent un courant si violent qu'une partie des murs de la ville fut renversée, d'où l'on peut juger du nombre de maisons qui durent être entraînées par les eaux. » A Arles, le cirque romain est abandonné après cette catastrophe.

L'année 618 voit une crue probable avec des inondations.

En 808, une crue de printemps fait écrire « Cette année, l'hiver fut très « mou » et très pernicieux. On fut affligé à sa suite d'inondations terribles » et est suivie, l'année suivante, d'une crue d'hiver généralisée : « En 809, l'inondation surpassa toutes les inondations connues. Elle emporta les moissons des champs riverains et força les habitants des bords de rivières à chercher un refuge sur les hauteurs. L'abondance des pluies en fut la cause. Elle atteignit son apogée le 28 décembre. » Lors de l'hiver 821-822, des crues généralisées affectent la France : « Il y eut en France une si grande abondance de pluie que les fruits de la terre en furent perdus et qu'on ne put rien semer au printemps suivant. Les rivières sortirent de leur lit et les eaux se répandirent au loin dans les campagnes. » 868 voit une crue historique généralisée des fleuves à la suite de « pluies incessantes ».

En 1226, la crue d'automne (17 septembre[12]) et des inondations à Avignon ont lieu peu de jours après la reddition de la ville aux troupes du roi Louis VIII qui assiégeaient la cité depuis 10 juin. À quelques jours près, la cité eût été sauvée.

XIVe siècle[modifier | modifier le code]

En 1308, une lettre du comte de Provence Charles II évoque les cultures détruites, les ponts emportés et les bestiaux noyés à la suite d'une crue. 1345 voit des inondations catastrophiques. À Arles, à la suite des inondations de 1352, le Chapitre ne peut plus être ravitaillé correctement (d'après un texte du 5 octobre 1352) Les inondations catastrophiques se répètent en 1353, 1358, 1368 ou 1373 (cette dernière crue est mal datée, probablement de 1372). La crue du 14 novembre 1396 fait écrire au chroniqueur arlésien Bertrand Boysset : « […] il y eut un grand déluge d’eau du Rhône et des marais… et noya Montlong, La Cape, la Haute-Camargue et les marais salants de Peccais. […] (À Arles) L’eau monta du lundi soir au mardi à l’heure de tierce, de onze palmes de hauteur… (soit environ 2m20). J’ai eu tant d’eau dans ma maison que cela recouvrait les six premières marches de l’escalier. » Les crues d'octobre 1398, décembre 1401 et février 1404 sont aussi signalées par le chroniqueur arlésien Bertrand Boysset.

XVe siècle[modifier | modifier le code]

À Tarascon, il est rapporté que « le 16 juin 1424, des inondations du Rhône mettent la ville en grand péril ». À la fin de cette même année 1424, le conseil et les syndics de Tarascon se préoccupent de faire réparer les brèches ouvertes dans les levées du Rhône[13]. En Camargue, 80 % au moins des blés sont anéantis par cette inondation. Une crue de printemps avec des inondations frappe la Camargue en 1426 et 1432. En 1433, une crue d'automne se produit à Avignon : « après plusieurs jours de pluies continuelles, le Rhône, la Durance et la Sorgue avaient débordé et inondé les bas quartiers de la ville. Le 29 novembre, les eaux atteignirent la porte de la chapelle des Pénitents Gris. Les eaux se retirèrent le 1er décembre. »

  • 1442 : crue de printemps (avril) avec de nombreux dégâts recensés dans la campagne arlésienne.
  • 1471 : crue d'automne décrite à Lyon et dans la région d'Avignon. Pour Lyon, un texte mentionne : « […] remise accordée à Pierre Sales, fermier de la barre du pont du Rhône, sur le prix de son bail. Dans sa requête adressée au consulat Pierre Sales explique que "le passaige de ladite barre a esté de bien petite valeur" à cause de l'inondation qui eut lieu au mois d'octobre (1471) […] »

XVIe siècle[modifier | modifier le code]

  • 1544 (ou 1548 ou 1554 ?) : crue d'automne (vers le 13 novembre) ; inondations généralisées au sud d'Avignon.
    • Au mois de novembre de l’an 1544, il pleut abondamment en Provence, provoquant une inondation qui fit renverser une partie des murailles de la ville d’Avignon, déterrant les corps des cimetières. Le Rhône a tellement débordé, que depuis la Durance jusqu’à la mer, toute la campagne ne fait qu’un avec elle, à tel point, nous dit Honoré Bouche que l’on peut se rendre par bateau de Châteaurenard à Eyragues ou à Saint-Rémy.
    • Crue du 12 novembre 1548, citée par Jacques Bethemont lors d'un colloque (Avignon 1994). À cette date, la crue atteignit 8m45 à l’échelle de Saint-Bénézet (Avignon), contre 7m83 en 1856… Sur cette base, Maurice Pardé évalue à 16 000 m3⋅s-1 le débit de la crue millénaire.
    • En Camargue vers 1550, on rapporte une défluviation du Petit-Rhône au niveau de Sylvéréal à la suite d'une grosse crue. Le tracé actuel date de cette époque.
  • 1556 : crue et inondations catastrophiques
  • 1564 : crue automnale (fin novembre - début décembre) à Arles. "Sur le chemin du retour, la caravane royale (Charles IX et sa mère Catherine de Médicis) fut immobilisée dans Arles par une crue du Rhône. Il entra, le jeudi 16, à Arles, où les eaux le retinrent pendant trois semaines. Il quitta la cité le 7 décembre…"
  • 1570 : crue et inondations catastrophiques
  • 1573 : crue et inondation historique du Rhône près d'Avignon (Caderousse)
  • 1580 : crue et inondations catastrophiques
  • 1581 : crue et inondations catastrophiques
  • 1583 : crue estivale (!). Le 24 août 1583, une crue brutale et dévastatrice entraîne l’écroulement d’une partie des remparts d’Arles
  • 1587 : crue et défleuvement du Rhône dans son delta. Une grande inondation va bouleverser le lit du Rhône de Grand Passon et créer le canal du Japon (ou Bras de Fer)
  • 1593 : crue du grand Rhône la veille de Pâques (mars-avril)

XVIIe siècle[modifier | modifier le code]

  • 1602 : crue et inondations catastrophiques
  • 1614 : crue et inondation historique du Rhône près d'Avignon (Caderousse)
  • 1638 : crue signalée à Tarascon
  • 1647 : inondations (à vérifier)
  • 1651 : inondations (à vérifier)
  • 1653 : inondations (à vérifier)
  • 1657 : inondations (à vérifier)
  • 1658 : inondations (à vérifier)
  • 1674 : crue d'automne (novembre) et inondations catastrophiques
    • Inondation signalée à Avignon
    • Gros dégâts sur les travaux de dessèchement des marais entre Arles et Tarascon.
      En 1674, l'inondation fut si terrible qu'en 1683, alors qu'une autre inondation majeure se produisit, les réparations des dégâts de 1674 n'étaient pas encore achevées, ce qui entraîna nombre de procès, notamment avec la communauté de Tarascon.[14]
  • 1678 : crue de printemps signalée le 16 avril 1678
  • 1679 : crue et inondations catastrophiques
  • 1683 : inondations
  • 1688 : inondations (à vérifier)
  • 1694 : crue d'automne (vers le 15 novembre). Le pont d'Arles est emporté le 15 novembre : « Le 15 novembre 1694, le pont d'Arles résista à une grande crue mais, par comble de malchance, celui de Tarascon ne résista pas et ses débris, emportés par le courant, vinrent heurter et briser le premier. »
  • 1698 : inondations (à vérifier)

XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

Au cours du XVIIIe siècle, des ouvrages d'endiguement insubmersibles furent construits, principalement par les riverains[15]. Entre 1705 et 1719, crues et inondations quasi annuelles.

  • 1705 : crue d'automne (octobre) et inondations. Les eaux du Rhône détruisent entièrement les ouvrages de dessèchement autour d'Arles.
  • 1706 : crue d'hiver (janvier) et inondations
  • 1708 : crues et inondations (hiver, printemps, les deux ?). Dans ses Mémoires, Louis Pic dit que dans l’été 1708, les inondations et les chaleurs ont provoqué des fièvres : « plus de la moitié des habitants furent attaqués, de sortes qu’elles donnèrent la mort à un grand nombre de personnes ».
  • 1709 : crue de printemps après le rude hiver 1709. En mars 1709 : « en un temps que le pays (Camargue) est tout inondé et que la plus grande partie des habitants a déserté ».
  • 1711 : crue d'hiver (début février) et inondations.
    • À Lyon, le Rhône et la Saône mêlent leurs eaux sur la place Bellecour (11 février) et causent des désastres immenses.
    • Dans le delta du Rhône, cette crue provoque un changement du cours du fleuve : « en 1711, à la suite d'une crue particulièrement importante et à cause de la distraction d'un eygadier, le Rhône change une nouvelle fois de lit abandonnant le tracé du Rhône du Bras de Fer qui devient un bras secondaire qui ne tarde pas à se colmater. »
  • 1713 : crue et inondation historique du Rhône près d'Avignon (Caderousse)
  • 1715 : crue et inondations catastrophiques
  • 1719 : inondations (à vérifier)
  • 1740 : inondations (à vérifier)
  • 1747 : crue et inondations catastrophiques
  • 1748 : inondations (à vérifier)
  • 1749 : inondations (à vérifier)
  • 1754 : crue et inondations catastrophiques
  • 1755 : crue automnale (30 novembre - 1er décembre) ; la plus haute du XVIIIe siècle.
    • À Arles, la cote atteint 5,88 m.
    • Aux Saintes-Maries-de-la-Mer, cette crue se conjugue avec un niveau élevé de la mer qui provoque la destruction du pays : « il s’agit au départ d’une grosseur du Petit-Rhône d’ampleur exceptionnelle, à la suite de fortes pluies ayant provoqué la fonte des neiges précocement tombée sur l’arrière pays montagneux. Et bientôt, par violente tempête de sud-est la mer menace immédiatement la ville et le terroir, sans rencontrer de défense efficace ».
  • 1760 : inondations (à vérifier)
  • 1763 : inondations (à vérifier)
  • 1765 : inondations de fin de printemps ?
  • 1774 : crue automnale ?
  • 1786 : inondations (à vérifier)
  • 1788 : crue automnale ?
  • 1790 : crue de printemps
  • 1791 : crue de fin d'automne et inondations les 11 et 12 novembre, en particulier en Camargue[16].

XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Au cours du XIXe siècle de nouveaux ouvrages d'endiguement insubmersibles furent construits, principalement par les riverains. À partir de 1878 ces aménagements connurent un développement rapide[15].

  • 1801 : crue de printemps (vers le 24 mars) et inondations.
    • À Avignon, cote de 6,95 m
    • À Arles, cote de 5,27 m ; dans cette cité, un dessin de E. Tassy, conservé dans une collection particulière, représente l’actuelle place Voltaire et le quartier de la Cavalerie inondés et couverts de barques.
  • 1810 : crue de printemps (les 25-26 mai) et inondations. Cote 4,91 m à Arles le 26 mai 1810 (une autre source indique 5,13 m)
  • 1811 : crue de printemps (mai) et inondations catastrophiques. À Arles cote de 5,38 m.
  • 1826 : inondation historique du Rhône près d'Avignon (Caderousse)
  • 1827 : crue d'automne (octobre) et inondations catastrophiques - À Arles, cote de 5,10 m.
  • 1840 : crue d'automne (début novembre) ; débit estimé à 12 000 m3⋅s-1.
    • La crue de novembre 1840 a été provoquée par une succession d'averses méditerranéennes torrentielles (4 au total), dont une au moins accompagnée de pluies océaniques diluviennes. C'est « l'événement météorologique le plus grandiose et le plus déconcertant qui se soit jamais produit dans le bassin du Rhône » (Maurice Pardé).
    • La crue est très forte en amont de Lyon et exceptionnelle en aval à cause des apports de la Saône. À Lyon, pendant tout le mois de novembre, le centre de la ville est sous les eaux ; 600 maisons s’écroulent !
    • À Avignon, la crue de la Durance, est concomitante avec celle du Rhône qui atteint dans cette cité le niveau de 8,65 m. La crue de novembre 1840 constituerait donc la plus forte crue connue avec celle de 2003, en aval d'Avignon.
    • Plus au sud, la crue est amoindrie en raison des nombreuses brèches dans les digues du Gard, notamment à Bellegarde et à Tarascon. À Beaucaire, la cote est mesurée à 6,85 m. À Arles, elle ne s'établit plus qu'à 5,05 m. En contrepartie, toute la vallée du Bas-Rhône est dévastée.
    • La Camargue est inondée. Le 3 novembre 1840, le delta, des salins d’Aigues-Mortes (Peccais) jusqu’à Port de Bouc, est entièrement submergé. Aigues-Mortes doit fermer les portes de la ville pour ne pas subir ce même sort. Le grand fleuve, qui venait de rompre ses digues, reconquit son ancien domaine et baigna les murailles de la ville subitement transformée en île ; les portes furent fermées. Pendant plusieurs jours, les plus gros bateaux du Rhône vinrent accoster les remparts comme de véritables quais, et purent ainsi ravitailler la population protégée par son enceinte contre cet ennemi d'une autre nature.
  • 1841 : crue d'automne (octobre) avec des inondations. Le 26 octobre 1841, il se produit de terribles inondations qui portent leurs ravages sur la Camargue.
  • 1843 : crue d'automne (novembre). À Beaucaire le niveau mesuré est supérieur à celui de 1841. Les salins d'Aigues-Mortes sont encore inondés
  • 1846 : crue d'automne (octobre) - A Arles, cote de 5m04
L'inondation à Avignon en 1856 ; photo Édouard Baldus
  • 1856 : crue de printemps (fin mai) ; débit estimé à 12 000/12 500 m3⋅s-1.
    • " La crue de mai-juin 1856 fut la plus simple et la plus brutale des crues générales connues du Rhône (avant celle de décembre 2003). Il s’agit de la plus grosse inondation connue du XIXe siècle au sud de Bellegarde".
    • À Tarascon, la crue atteint le débit de 12 000 m3⋅s-1 et la cote 8,50 m de haut. Le 31 mai à Beaucaire, elle est mesurée à 7,95 m. À Avignon, le niveau atteint 7,95 m (une autre source indique 7,83 m sur l'échelle de Saint-Bénézet) et 5,58 m à Arles.
    • Le 1er juin la décrue commence à Arles, mais les dégâts sont immenses : 1er juin, 8h37, soir. - Le Rhône a baissé de près de 2 m depuis minuit. Cette baisse est arrivée trop tard ; 4 digues étaient rompues en différents points. La Camargue est couverte de 2 ou 3 m d'eau. La plaine, depuis Tarascon jusqu’à la mer, est inondée ; 100 000 hectares environ, dont 60 000 en culture, sont sous l'eau. Toutes les récoltes sont perdues. Dans la ville de Tarascon, l'eau s'est élevée à 3 ou 4 m. Nous sommes obligés d'envoyer de Marseille le pain nécessaire aux habitants. Il est probable qu'en Camargue, la plus grande partie des bestiaux est noyée[17].
    • À Avignon, le 3 juin, 1856, l'inondation emporte une partie des remparts entre la porte Saint-Roch et la porte Saint-Dominique.
    • À Lyon, les dégâts[18] sont très importants. La crue cause des dégâts énormes dans le territoire de la rive gauche en pleine période de construction et entraîne la mort de dix-huit personnes dans la commune de la Guillotière.
    • Le photographe Édouard Baldus, à la demande de l’administration des Beaux-arts réalise un reportage (probablement un des tout premiers reportages photographiques) sur les inondations dévastatrices du Rhône, à Lyon[19], Avignon[20] et Tarascon. Nous disposons aussi des clichés réalisés par Louis Froissard photographe du Service municipal de la voirie de Lyon[21].
  • 1889 : crue de printemps (avril) et inondation.
    • À Arles, le peintre Vincent van Gogh signale dans une de ses lettres (no 588 - du 30 avril 1889) une inondation du Rhône qui cause des dégâts à son appartement et à son travail entreposé là.
    • Toujours à Arles, une gravure de Gérardin dans le Monde Illustré représente l'avenue de Tarascon inondée à hauteur de la paroisse actuelle du Trébon, avec des gens secourus par barques.
  • 1896 : crue d'automne (novembre). Le 2 novembre 1896 une crue est signalée à Sablons (Isère)

Depuis le début du XXe siècle[modifier | modifier le code]

En 1934, la Compagnie nationale du Rhône (CNR) reçoit la concession des travaux d'aménagement du Rhône. Cette entreprise est depuis chargée de l'aménagement général du fleuve, en particulier pour la production hydroélectrique et la navigation[15].

  • 1928 : crue d'hiver (février). Le 17 février 1928 une crue est signalée à Sablons (Isère)
  • 1935 : crue d'automne (novembre) ; quartiers d'Avignon inondés
  • 1936 : crue d'hiver (janvier) ; quartiers d'Avignon à nouveau inondés
  • 1944 : très fortes crues en Isère. Les crues de novembre (qui succèdent à celles du printemps) sur le haut cours du fleuve sont parmi les plus importantes depuis plusieurs siècles. La région en amont de Saut-Brénaz est particulièrement sinistrée. Au Bouchage des maisons s'écroulent, le bétail doit être évacué sur des "plates" vers les villages voisins (Buvin, Vézeronce, Morestel). Le "Rhône" de 1944 reste dans les mémoires locales l'évènement le plus traumatique vécu par les habitants de cette région.
  • 1987 : précipitations et inondations les 24-25 août dans le Haut-Valais notamment à Münster et dans la vallée de Conches.
  • 1993 : crue d'automne (octobre) en Camargue ; débit estimé à 10 000 m3⋅s-1 (9 800 m3⋅s-1 relevé à Beaucaire). Vers Saint-Gilles, les digues cèdent en 14 endroits et 13 000 hectares et 450 maisons sont submergés.
  • 1994 : crue d'hiver (janvier) dans la basse vallée du Rhône et inondations en Camargue ; débit estimé à 10 500-11 000 m3⋅s-1 (presque 11 000 m3⋅s-1 relevé à Beaucaire). En deux endroits, les digues cèdent encore (2 000 hectares submergés et 45 maisons inondées)
  • 2000 : crue et inondations en octobre dans le canton du Valais[22], elle est considérée comme « exceptionnelle » par les spécialistes avec des débits moyens supérieurs à celle de 1993
  • 2002 : crue d'automne (fin novembre).
  • 2003 : crue d'automne (début décembre). À cette date, il s'agit de la plus grande crue historique mesurée avec un débit instantané de 13 000 m3⋅s-1 le 4 décembre à 3h00 à Beaucaire[23]. La Compagnie nationale du Rhône (CNR) dans son rapport de synthèse indique un débit horaire supérieur à 12 500 m3⋅s-1[24]. Le débit a été depuis révisé à 11 500 m3⋅s-1 + ou - 5 %. Voir aussi CNR et mairie d'Arles. Les dégâts sont particulièrement dramatiques dans la plaine du Bas-Rhône (au sud de Tarascon)[25] par suite de rupture des digues.
    • Les digues cèdent au nord d'Arles et toute l'agglomération construite au nord-est de la cité depuis 1900 est sous les eaux, qui sont bloquées au sud et à l'est par les digues du canal du Viguerat. Pour la seule ville d’Arles, la Fédération Française des Assurances (FFA) comptabilise plus de 8000 sinistrés.
    • Plus au sud, d'autres digues cèdent en aval de Fourques[26] sur la rive droite du Petit Rhône, et la Petite Camargue jusqu’à Aigues-Mortes est submergée comme lors des inondations de novembre 1840.

Les 2 dernières crues ayant eu des conséquences économiques et humaines si catastrophiques en particulier dans la plaine du Bas-Rhône, au sud de Tarascon à Arles, qu'elles ont entrainé la mise en chantier du Plan Rhône.

Morphologie et dynamique fluviale[modifier | modifier le code]

Article connexe : Dynamique fluviale.

Le Lac Léman induit une coupure totale entre le Haut-Rhône et le Rhône aval en matière de charge sédimentaire.

Rhône en amont du Léman[modifier | modifier le code]

Cours du Rhône en amont du Léman

Le Rhône prend sa source dans le massif du Saint-Gothard, dans les Alpes. Il naît de la fonte du glacier du Rhône. Il emprunte une longue vallée étroite en Valais pour rejoindre le lac Léman à la hauteur de la commune du Bouveret. Entre sa source et le lac, le Rhône reçoit les eaux d'environ 200 torrents.

Dans sa partie située en Suisse, le Rhône a subi de nombreux aménagements visant à maîtriser son cours et diminuer les effets néfastes de ses crues ; première correction de 1863 à 1894, seconde correction entre 1930 et 1960, troisième correction depuis 2008 devant durer de 25 à 30 ans.

Rhône à l'aval du lac Léman[27][modifier | modifier le code]

La diversité du bassin se répercute sur les conditions de production et d’alimentation du Rhône en charge sédimentaire : diversité géologique du bassin, héritage des formations glaciaires, conditions morphoclimatiques contrastées de dégradation des bassins… L’aménagement du Rhône confié à la CNR pour les besoins de la navigation et de la production hydroélectrique a été presque mené à son terme. Seuls demeurent à courant libre le court tronçon de part et d’autre du confluent de l’Ain (abandon du projet d’aménagement de Loyette) et le Rhône à l’aval de Beaucaire. La succession de 20 aménagements a totalement remodelé le Rhône sur le reste du linéaire.

Les caractères morphologiques généraux[modifier | modifier le code]

Caractères morphologiques du Rhône

La dynamique fluviale naturelle du Rhône et de ses affluents, et la structure des pentes qui en est l'image, est fortement marquée par l'héritage des dernières glaciations.

En amont, jusqu'à Lyon pour le Rhône (et Valence pour l'Isère), les glaciers quaternaires (dernier maximum glaciaire il y a environ 18000 ans) ont laissé des alternances de zones surcreusées (les ombilics) et de zones proéminentes (les verrous). Les ombilics sont occupés par des lacs glaciaires lorsqu'ils étaient situés à l'écart des cours d'eau principaux capables de les réalluvionner (lac d'Annecy, lac du Bourget). En revanche, s'ils étaient situés sur un axe d'écoulement majeur, ils ont été alluvionnés en tout ou partie, mais sans que la continuité du transit des graviers ait pu toujours être rétablie : le Lac Léman n'est que très partiellement alluvionné par le Haut-Rhône, la plaine de Brangue-Le Bouchage, en amont de Lyon, est alluvionnée, mais la pente y était encore faible (zone de marais).

En aval, la remontée rapide du niveau marin à la fin de la dernière glaciation il y a quelque 10000 ans (remontée de 120 m : transgression flandrienne) a forcé le fleuve à déposer ses alluvions (formation de la Camargue) : les graviers n'arrivaient toujours pas jusqu'à la mer, et se déposaient à l'entrée du delta. La plupart des affluents ont eu du mal à suivre la remontée du niveau du fleuve : ils déposent leurs alluvions grossières à l'entrée de la plaine du Rhône et se terminent par un lit à méandres mobiles (Ouvèze, Aygues, Ardèche, Cèze, Gardon).

Entre ces deux secteurs, le Rhône montre un profil plus ou moins lissé avec une faible épaisseur d'alluvions, un substratum proche et des pentes relativement fortes.

La structure des pentes[modifier | modifier le code]

Structure des pentes du Rhône

Le Haut-Rhône présente une décroissance globale de la pente (à l’exception d’un secteur de gorges non pertinent pour l’analyse d’ensemble) associée à une tendance à l’alluvionnement du lit et à la réduction de la charge de fond, jusqu’à interruption de celle-ci entre le Guiers et Sault-Brenaz (pente descendant localement au-dessous de 0,2 ‰). Les apports de l’Ain et une recharge sédimentaire dans les terrasses würmiennes favorisent une forte activité en amont de Lyon associée à une forte pente (0,8 ‰). Une tendance à l’alluvionnement à l’entrée de Lyon et les apports liquides de la Saône conduisent à une pente plus faible sur le tiers amont du Bas-Rhône. Le tiers central est caractérisé par une pente forte (supérieure à 0,8 ‰ localement) associée à de fréquents affleurements rocheux, mais qui ne font pas seuil : on est là à la limite de la pente structurale (imposée par le cadre structural et non par l’équilibre entre transits solide et liquide : « transport passif ») et d’une pente morphologique (lit librement divaguant formé d’alluvions, en échange permanent avec le transport par charriage : « transport actif »). La pente diminue ensuite régulièrement jusqu’au delta.

Apports grossiers et apports fins[modifier | modifier le code]

Dynamique sédimentaire du Rhône : généralités[modifier | modifier le code]

Le transit sédimentaire couvre une large gamme de matériaux. On distingue classiquement deux modes de transport : le transport par charriage sur le fond des alluvions grossières et le transport en suspension des sédiments fins.

Lorsqu’il s’agit de comprendre les évolutions morphologiques du Rhône, la distinction charriage / suspension est fondamentale. La transition entre les deux modes de transport se situe en général dans les sables plutôt grossiers (entre 200 μm et 1 mm). Sur tout le cours du Rhône, c’étaient les graviers et galets qui, avant les grands aménagements, constituaient le transit sédimentaire « actif », c’est-à-dire qui façonnaient le lit du fleuve. Les sédiments fins (limons et sables) transportés en suspension jouaient un rôle secondaire dans les marges alluviales.

Les graviers et galets n’atteignaient pas la mer : ils contribuaient à l’alluvionnement à l’entrée du delta. Les apports de graviers sont aujourd’hui insignifiants.

Les limons et argiles sont emportés loin des côtes et contribuent à la sédimentation pélagique.

En définitive, seuls les sables jouent un rôle actif dans la dynamique sédimentaire du littoral. Les sables qui participent à la dynamique du littoral sont transportés en suspension dans le Rhône, y compris dans la partie deltaïque.

Dynamique sédimentaire du Rhône : l'exemple du Valentinois[modifier | modifier le code]
La plaine de Valence

Le trait dominant de la plaine de Valence est une surface déprimée, encadrée au nord, à l’est et au sud par des collines ou lambeaux de plateaux surtout molassiques, de formes et de hauteurs modérées (200 à 300 m).

Le fond molassique Miocène fut recouvert par les alluvions fluvio-glaciaires de l’Isère, dont les terrasses marquent aujourd’hui encore la forme de la plaine, et les dépôts périglaciaires des rivières descendant du massif du Vercors et formant des cônes de déjection entre les buttes molassiques. Plus au sud, les dépôts périglaciaires abondants de la Drôme formèrent, à la confluence, une vaste plaine alluviale en éventail qui rejeta progressivement le cours du Rhône au pied des versants ardéchois.

Le Rhône apporta ses propres alluvions : par endroits, l’élargissement de son lit fluvial est propice aux accumulations sédimentaires. Le fleuve a naturellement tendance, sur sa basse plaine, à divaguer. Sa pente longitudinale assez forte engendre des vitesses d’écoulement importantes. L’Isère, à quelques kilomètres en amont de Valence, lui apporte près du quart de ce que roule déjà le fleuve. Ajouté aux eaux torrentielles de ces affluents en période de pluie ou de fonte des neiges, ce Rhône puissant peut devenir énorme et sauvage.

Les facteurs de perturbation de la dynamique fluviale[modifier | modifier le code]

Les aménagements pour la navigation[modifier | modifier le code]

À partir du milieu du XVIIIe siècle, des endiguements insubmersibles sont construits par les riverains. Ils restent cependant peu nombreux jusque vers 1840. À la suite des graves inondations de 1840 est créé le « Service spécial du Rhône ». À cette date débute la construction systématique de digues insubmersibles dans la plaine d’inondation.

En parallèle, un principe d’aménagement du chenal est adopté pour améliorer les conditions de navigation selon un tracé sinusoïdal à grand rayon de courbure. Des digues submersibles sont construites le long des rives concaves. Le barrage systématique des bras secondaires est engagé. Parfois, le double objectif de protection des terres et de fixation du chenal navigable conduit à des digues insubmersibles, comme à Pierre-Bénite.

La loi de 1878 déclare d’utilité publique « les travaux d’amélioration du Rhône entre Lyon et la mer ». Les aménagements connaissent alors une expansion rapide.

Girardon (1884) révolutionne les conceptions de l’aménagement à courant libre. Il modifie l’utilisation des épis plongeants et noyés, des seuils de fond, des tenons et des traverses selon une méthode qui sera appliquée sur le Rhône aval avec succès [in Poinsart, 1992]. Les « casiers » résultent de l’association systématique des tenons aux digues basses. L’objectif est de tendre vers un chenal de 150 m de large en général, avec une profondeur d’eau de 1,60 m sous l’étiage conventionnel.

En 1938, l’aménagement du Rhône à courant libre est à peu près systématique entre Lyon et Arles. Le tressage a disparu au profit d’un lit unique sans latitude de divagation, muni d’annexes hydrauliques de plus en plus déconnectées.

Durant les années 1980, la CNR réalisa le Canal de Savières afin de permettre la navigation entre le lac du Bourget (qui est le plus grand lac naturel de France) et le Rhône. Le niveau du canal du Haut-Rhône est monté de 4 m et une écluse a été construite pour permettre le passage des bateaux. Un barrage fut érigé pour régulariser le niveau de l'eau afin d'accueillir ce nouveau canal long de 4 500 m.

L’aménagement CNR[modifier | modifier le code]

Dès 1899, l’aménagement de Miribel-Jonage (barrage de Jons et usine de Cusset) constitue la première exploitation du Rhône pour l’hydroélectricité.

La CNR est créée en 1934. L’aménagement général du Rhône par la CNR a débuté en 1950 avec la mise en eau de Génissiat. Il s’agit du seul barrage de haute chute du Rhône. L’aménagement a porté ensuite dans les années 1950/1960 sur la partie centrale du Bas-Rhône (chute de Donzère-Mondragon). Il s’est poursuivi dans les années 1970 par l’aménagement des tiers aval et amont du Bas-Rhône, puis dans les années 1980 par l’aménagement du Haut-Rhône.

À l’exception de Génissiat, il s’agit d’ouvrages de basses chutes, entièrement effaçables, associés (sauf sur Seyssel et Vaugris) à des dérivations. Le débit dérivé varie de 700 m3⋅s-1 sur le Haut-Rhône à 2 200 m3⋅s-1 sur le Bas-Rhône aval. Il est en moyenne 1,5 fois supérieur au module.

L’aménagement du Rhône pour la production hydroélectrique et la navigation concerne ainsi la quasi-totalité du linéaire : seul le tronçon entre Sault-Brenaz et Lyon (avec l’abandon du projet de chute de Loyette) et l’aval de Vallabrègues jusqu’à la Camargue ne sont pas concernés.

L’impact de ces aménagements sur le transit des graviers est lié à deux grands facteurs : la perturbation du régime des pentes dans les retenues et la perturbation du régime des débits dans les tronçons court-circuités.

Dans la retenue[modifier | modifier le code]

Dans les retenues, la pente est nulle ou faible pour tous les débits ordinaires et les crues annuelles. Il n’y a que pour les crues exceptionnelles que la pente tend vers la pente naturelle.

Or la capacité de transport diminue rapidement avec la pente. D’une manière générale, une réduction de 25 % de la pente conduit à un transit de graviers 5 fois moindre. Une pente égale à la moitié de la pente naturelle correspond pratiquement à une pente de non transport : le débit de début d’entraînement est en effet plus que triplé : il correspond alors à un débit dépassé 1 jour tous les 10 ans en général.

Au droit du barrage[modifier | modifier le code]

Lorsque le débit du Rhône dépasse le débit nominal de la dérivation, les vannes du barrage sont progressivement ouvertes. L’ouverture des vannes de fond permet la chasse des matériaux déposés à l’amont immédiat du barrage.

Cependant, tant qu’il demeure une perte de charge au barrage, la pente amont est inférieure à la pente naturelle, et ne permet qu’un transit partiel des graviers jusqu’au barrage. L’ouverture des vannes de fond permet l’évacuation des sédiments accumulés devant le barrage, mais pas le transit de toute la charge de fond amont.

Ce n’est que lorsque la perte de charge au barrage devient négligeable que l’on peut véritablement parler de transparence totale. La crue assure alors non seulement le transit des apports d’amont, mais également la reprise d’une partie de la sédimentation de la retenue. Cette transparence totale n’est assurée qu’à partir de la crue centennale.

Dans le Vieux Rhône court-circuité[modifier | modifier le code]

À peu de choses près, on peut considérer que le débit dérivé est constant (en réalité, le débit dérivé est le plus souvent un peu diminué pendant les fortes crues), sauf incident dans le fonctionnement du barrage. La majeure partie du temps, il ne reste dans le Vieux Rhône que le « débit réservé », incapable de transporter des sédiments.

La fréquence des débits morphologiquement actifs est donc fortement diminuée, ce qui réduit d’autant la capacité de transport dans les RCC (Rhône court-circuité).

Les hautes eaux jusqu’à la crue annuelle assuraient avant aménagement près de 98 % du transit des graviers. Sur l'aménagement de Chautagne (Haut-Rhône), la gamme de débit correspondant à des fréquences de 20 à 130 jours par an (entre 400 et 700 m3⋅s-1 avant aménagement) assurait le transit de 75 % du transit total. Avec la dérivation de 700 m3⋅s-1, le Vieux Rhône est aujourd’hui au débit réservé (morphologiquement totalement inefficace) pour cette gamme de fréquence. Il n’y a que pour les débits rares (au-dessus de 900 m3⋅s-1 dans le Vieux Rhône, c’est-à-dire 1 jour tous les 3 ans) que le transit des graviers est peu perturbé. Mais ces débits sont peu efficaces en termes de bilan annuel. Au total, seul 1 % de la capacité de transport naturelle est conservée dans le Vieux Rhône !

Sur Donzère-Mondragon (Bas-Rhône), la dérivation (1 980 m3⋅s-1) est proportionnellement plus faible qu’à Chautagne. L’effet de réduction des débits est donc moindre, mais les incidences restent qualitativement similaires. La capacité de transport résiduelle couvre 6 % de la capacité naturelle.

Les extractions de granulats[modifier | modifier le code]
Extractions de matériaux alluvionnaires sur le Rhône et ses affluents

Les mouvements de matériaux sur le Rhône résultent des différents modes de gestion des sédiments mis en œuvre sur le fleuve et ses affluents. D’une façon générale, ils se traduisent, soit par des extractions de matériaux grossiers lorsque leur valorisation économique le permet (il s’agit alors de graviers, du sable grossier jusqu’au galet), soit par des déplacements sans extraction, d’un lieu à un autre du lit, de matériaux fins (des sables fins jusqu’aux argiles en passant par les limons). Les matériaux extraits correspondent au matériau participant au transport par charriage, alors que les matériaux fins remobilisés correspondent au type de matériaux participant au transport par suspension.

En dehors des raisons d’entretien du lit, les extractions de matériaux ont été historiquement motivées par des besoins économiques liés à la réalisation des aménagements du Rhône, des infrastructures routières, et plus récemment des plateformes des centrales EDF ou des remblais TGV.

Aujourd’hui, les mouvements de matériaux, extractions ou remobilisation répondent à un besoin de gestion du lit du Rhône pour les besoins propres :

  • à la navigation (maintien d’un chenal navigable pour un gabarit donné)
  • à l’entretien des ouvrages (barrages, vannes, écluses, etc.),
  • à l’exploitation électrique (dragages énergétiques à la restitution),
  • à la protection contre les crues (partie aval des affluents),
  • à l’entretien du lit des RCC (décapage des bancs, charruage).

Volume moyen annuel de graviers extraits sur tout le Rhône en aval du Léman dans le lit mineur : 900 000 m3⋅an-1.

Volume moyen annuel de matériaux fins remobilisés dans le lit mineur : 1 100 000 m3⋅an-1.

Fonctionnement actuel du Rhône[modifier | modifier le code]

Transit sédimentaire en suspension[modifier | modifier le code]
Transit naturel et actuel par suspension
Transit en suspension naturel[modifier | modifier le code]

Le transit en suspension est rapide. Il faut compter moins de 24h de transit en moyenne pour 100 km. Les effets de dépôt / reprise sont relativement marginaux (sauf naturellement dans les grands réservoirs naturels – le Léman… – ou artificiels). En fonctionnement naturel, les dépôts dans les marges boisées (qui peuvent atteindre plusieurs décimètres au cours d’une crue) sont régulièrement repris par le fleuve par érosion de ces marges lors des divagations du bras vif. La faible mobilité actuelle du Rhône favorise un exhaussement irréversible de ces marges, ainsi qu’une réduction de la largeur du lit principal dans les retenues. Mais l’endiguement du fleuve limite la largeur sur laquelle s’appliquent ces évolutions, et donc les volumes concernés. Dans ces conditions, les apports du Rhône à la Camargue sont directement issus de la production du bassin versant. Il en résulte que les évolutions du bassin versant influent rapidement et directement sur les apports en suspension.

Le transit naturel a pu être estimé à 20 millions de tonnes par an dans les années 1950. Il est possible que le transit ait atteint 30 millions de tonnes par an au début du XXe siècle, au moment du maximum démographique dans les Alpes, qui avait favorisé un fort déboisement des versants.

Transit actuel[modifier | modifier le code]

Les apports du bassin versant n'ont pas changé de façon significative depuis le milieu du XXe siècle : l'état des versants, le développement des zones de ravinement et le fonctionnement des torrents ont peu évolué. En revanche, les grands barrages piègent des volumes significatifs de sédiments fins : Vouglans sur l'Ain, Génissiat sur le Rhône, Serre-Ponçon sur la Durance, Tignes sur l'Isère, le Sautet et Monteynard sur le Drac, Sainte-Croix sur le Verdon, etc. La fixation du lit du Rhône et de certains de ses affluents a favorisé également la sédimentation dans les marges alluviales. On peut estimer les apports actuels à 10 millions de tonnes par an.

Transit sédimentaire par charriage[modifier | modifier le code]
Charriage naturel et actuel
Transit naturel avant aménagements[modifier | modifier le code]

Au contraire, le transit par charriage est beaucoup plus lent. Pour fixer les idées, le temps de transit est de plusieurs décennies pour 100 km. La continuité du transit par charriage avant les grandes perturbations dues aux aménagements hydroélectriques et aux extractions est une hypothèse de travail satisfaisante sur beaucoup de tronçons de longueur modérée, où les variations en altitude du lit sont négligeables à l’échelle humaine. En revanche, même avant les grands travaux pour la navigation et la production hydroélectrique, il n’y avait pas continuité du transit des graviers à l’échelle d’un bassin comme celui du Rhône. Les délais depuis la dernière glaciation (de l’ordre de 15000 ans) ont en effet été insuffisants pour que les profils en long sur une telle échelle aient atteint un équilibre assurant la continuité du transit. Avant aménagement, la continuité du transit était ainsi interrompue sur le Rhône en amont de Sault-Brenaz, et réduite de manière très importante à l’amont de Lyon, ainsi qu’en Chautagne. Il en était de même dans la partie aval de plusieurs affluents (Isère, Eygues, Ouvèze, etc.). D’amont en aval, on avait avant aménagement les ordres de grandeur suivants :

  • à l’aval du lac Léman, les apports étaient assurés principalement par l’Arve (100 000 à 150 000 m3⋅an-1)
  • ces apports, complétés par ceux des Usses et du Fier, se déposaient progressivement, tandis que la pente diminuait de 1 ‰ à 0,2 ‰ : le transit était nul à Sault-Brenaz.
  • à l’amont de Lyon, la reprise des dépôts morainiques (glaciaires) et les apports de l’Ain favorisait une pente forte avec un transit soutenu (100 000 m3⋅an-1). La majeure partie de ce transit se déposait à l’entrée de Lyon, dans le secteur de divagation de Miribel. Le transit ne devait pas dépasser 30 000 m3⋅an-1 à l’aval de Lyon.
  • sur le Bas-Rhône, le transit reprenait progressivement à la faveur des apports des affluents, pour atteindre un maximum de l’ordre de 400 000 m3⋅an-1 à l’aval de la Durance.
Transit actuel[modifier | modifier le code]

Le transit des graviers a été totalement bouleversé au cours du XXe siècle:

  • les apports de la plupart des affluents se sont taris, en raison des aménagements et interventions dont ils ont fait l'objet : barrages, dérivations, extractions. La Durance, l'Arve, le Fier, qui apportaient des volumes importants au Rhône, ne charrient plus guère de graviers dans leur partie terminale.
  • sur le Rhône, des extractions importantes ont eu également lieu, et ont laissé des fosses d'extraction importantes.
  • de toute façon, le Rhône aurait été aujourd'hui incapable de transporter les apports naturels : pentes trop faibles dans les retenues, débits trop réduits dans les tronçons court-circuités.

Au total, on arrive paradoxalement à un nouvel "équilibre" : presque pas d'apports, presque pas de transport.

Le transit de graviers ne dépasse guère quelques milliers de m3.an−1 sur la plupart des tronçons, avec un maximum de quelques dizaines de milliers de m3.an−1 entre la Drôme et l'Ardèche.

Dynamique du lit[modifier | modifier le code]
Évolution en plan du lit du Rhône entre Donzère et Mondragon

Histoire du Rhône[modifier | modifier le code]

Le Rhône est le seul fleuve reliant la Méditerranée à l’Europe du Nord. Il constitue depuis les Rhodiens et les Phéniciens un axe majeur de circulation des populations et des marchandises. Élément structurant dans l'organisation des territoires, le Rhône conduit aussi les hommes à se surpasser pour le dompter et surtout le traverser.

On trouve ainsi des traces d’occupation dès la Préhistoire. Dès l’Antiquité, l’étain, le cuivre ou les peaux du nord sont échangées contre des productions de l’Orient et de la Méditerranée (ivoire, épices, étoffes, etc.).

En août 218 av. J.-C., Hannibal traverse le Rhône avec son armée de 80 000 hommes et 37 éléphants dans le but de traverser les Alpes. L’armée romaine sous les ordres de Scipion étant toute proche sur la rive gauche du fleuve, il préfère remonter le long du fleuve à vive allure pendant 4 jours pour l’éviter et ainsi affronter l’ennemi en Italie, sur son territoire.

À l’époque romaine, il devient une voie de développement commercial. Plus tard, le vin, la vaisselle et le sel d'une part, les armes et les étoffes d’autre part empruntent en sens inverse le sillon rhodanien. La présence du fleuve permet le développement des villes comme Arles, Avignon ou Vienne qui profitent de leur atout géographique à la croisée du Rhône et des axes de communication terrestres et maritimes. Les franchissements du fleuve participent également de manière déterminante à l’histoire des villes et des territoires. Ces ponts, des ponts romains jusqu’aux ponts actuels, sont également un formidable moteur d’évolution et de progrès technique.

Divers[modifier | modifier le code]

Le Rhône par Gechter, détail de la Fontaine des Fleuves, une des fontaines de la place de la Concorde à Paris

Le Rhône a donné son nom :

Noms régionaux :

Chiffres et données[modifier | modifier le code]

  • Le Rhône a un système hydrologique extrêmement complexe. Il entame son parcours sous la forme d'un torrent de montagne et se termine dans le delta de la Camargue, après avoir alimenté le lac Léman et traversé plusieurs villes et grandes agglomérations.
  • Sa longueur totale est de 812 km dont 290 km en Suisse et 522 en France.
  • En Suisse, il coule dans 3 cantons. En France, il irrigue 3 régions et 21 départements[28].
  • Son débit moyen annuel, relevé à Beaucaire dans le Gard est de 1 700 m3⋅s-1.
  • Son débit de crue a atteint 11 500 m3⋅s-1 le 4 décembre 2003.
  • 2 200 millions de mètres cubes la quantité puisée chaque année pour subvenir aux besoins en eau de la population.
  • La Vallée du Rhône produit 1/4 de l'énergie électrique française.
  • 7 centrales nucléaires sont installées le long du fleuve.
  • Le Rhône lui-même produit 20 % de l'énergie hydroélectrique
  • 2 980 km2, l'emprise du Plan Rhône
  • 97 800 km2 la superficie de son bassin hydrographique dont
  • 90 000 km2 en France
  • Par le débit, le Rhône est le premier fleuve français et le deuxième, après le Nil de tous ceux qui se jettent dans la mer Méditerranée (hors Mer Noire).
  • le rang de Strahler est de dix (10)[2].

Organisme gestionnaire[modifier | modifier le code]

Depuis 1987, Territoire Rhône est un organisme public créé pour assurer la liaison entre les collectivités territoriales et favoriser la cohérence des actions menées au fil du Rhône[29].

État écologique et sanitaire[modifier | modifier le code]

Le fleuve est officiellement reconnu comme pollué par l'État français au moins au regard des polychloro-biphényles (PCB) [5] (voir le rapport CEMAGREF [6]).

De plus sa température moyenne tend à augmenter (+1 à +2 °C sur 30 ans pour les moyennes annuelles[30]), de même que celle de ses affluents (température mesurée précisément sur 30 ans, chaque heure, sur une quinzaine de stations[30]). Ces augmentations sont plus marquées sur le Rhône aval et ses affluents chauds, et le réchauffement est le plus important au printemps et en été (hormis sur les stations soumises à un régime hydrologique nivo-glaciaire)[30]. Or, une eau qui se réchauffe perd une partie de sa capacité à conserver son oxygène dissous. Les données disponibles ne permettent pas de faire la part des causes climatiques et de celles liées à l'artificialisation du cours (lacs de barrages…) ou au réchauffement par les centrales nucléaires. Dans le cadre du dérèglement climatique, ce réchauffement pourrait se poursuivre[31].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Alain Pelosato, Le Rhône, Presses universitaires de France, collection « Que sais-je ? »
  • Alain Pelosato, Le Rhône et ses crues, Éditions Naturellement, 1997, ISBN 978-2-910370-36-7
  • Jean-Paul Bravard, Le Rhône, du Léman à Lyon, version abrégée d'une thèse de doctorat d'État, Éditions La Manufacture, Lyon, 1987, ISBN 978-2-904638-56-5
  • Jacques Rossiaud, Le Rhône au Moyen Âge, Éd. Aubier-Flammarion, Collection historique, Paris, 2007, (ISBN 978-2-7007-2296-3)
  • Georges Truc, L'eau en Vaucluse. Origine, fonctionnement, potentiel et qualité des réservoirs aquifères, Éd. Conseil Général de Vaucluse, Avignon, 1991
  • Le Rhône, un fleuve et des hommes, numéro spécial de la revue Le Monde Alpin et Rhodanien, 1er-3e trimestres 1999, Grenoble, Centre Alpin et Rhodanien d'ethnologie
  • Roger Dessemon, Le Rhône, un fleuve des hommes…, 1983, Blanchard frères à Vienne.
  • Emmanuelle Delahaye, La dialectique des villes et du Rhône à l'aval de Lyon : des villes malgré le fleuve ? Urbanisation et contrainte fluviale en ligne sur le site geocarrefour.revues.org
  • Patrick Huet, Le Rhône à pied du glacier à la mer, Éditions Bod, 2010, ISBN 978-2-8106-1370-0

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f Banque Hydro - MEDDE, « Synthèse de la Banque Hydro - Le Rhône à Beaucaire (V7200010) » (consulté le 16 juin 2013)
  2. a et b D'après le MNT au pas de 250 m. Source : IGN. - Institut Géographique National (France), « Bassins versants - Niveaux Strahler des BV » (consulté le 11 novembre 2012)
  3. a et b Sandre, « Fiche cours d'eau - le Rhône (V---0000) » (consulté le 15 mai 2013).
  4. Jacques Aliaga, « Un siècle de crues du Rhône », sur http://www.rdbrmc-travaux.com,‎ 1956 (consulté le 10 juillet 2012)
  5. (fr) « Débit maximal de la crue du Rhône de décembre 2003 à Beaucaire », sur http://ccbr.lyon.cemagref.fr, Ministère de l'Écologie et du Développement Durable,‎ 25 octobre 2005 (consulté le 10 juillet 2012)
  6. Territoire Rhône - Safege - Étude globale des crues du Rhône - volet "hydrologie" - 2001
  7. Voir
  8. Conférence organisée par la DIREN de bassin en juillet 2005 [1]ici
  9. cf. Rapport de la CNR ici
  10. cf. Courrier de la mairie d'Arles adressé à la DIREN, évoquant la divergence d'appréciation des chiffres de la crue [2]
  11. Grégoire de Tours - Histoires - Livre IV :

    « […] Il parut alors dans les Gaules un grand prodige au fort de l’Écluse, situé sur une montagne au bord du Rhône […] »

  12. Émile FassinBulletin archéologique d’Arles, 1890 no 9, pages 135-138.
  13. cf. délibérations du mois d’octobre 1424
  14. cf. BM, Arles, ms 2219, f°153-154 : Mémoires du directeur du dessèchement, de 1674 à 1683
  15. a, b et c IGN Magazine no 55 de septembre-octobre 2009 page 8
  16. Jean-Marie Rouquette - ARLES, histoires, territoires et cultures, page 794.
  17. Extrait des dépêches télégraphiques des préfets aux ministres de l'intérieur et des travaux publics, faisant connaître les diverses phases des inondations de mai et juin 1856, dans le bassin du Rhône / Documents officiels - Administration des ponts et chaussées - Ministère des travaux publics
  18. Voir dégâts de l'inondation de 1856 à Lyon
  19. Voir inondations de 1856 photographiées par Baldus
  20. voir
  21. Voir inondations de 1856 à Lyon, photographies de Louis Froissard
  22. Voir inondations de 2000 dans le canton du Valais
  23. voir inondations de 2003 : [3] et [4]
  24. Voir inondations de 2003, rapport de la CNR
  25. Voir inondations de 2003, image spot
  26. Voir inondations de 2003, rupture des digues de Fourques
  27. Territoire Rhône - Sogreah - Étude globale des crues du Rhône - Volet "Dynamique fluviale et transport solide - 2001
  28. IGN Magazine no 55 - septembre-octobre 2009 page 8
  29. « Etablissement Public Territorial de Bassin Territoire Rhône », sur Association française des Etablissements Publics Territoriaux de Bassin (consulté le 16 juin 2013)
  30. a, b et c A. Poirel, F. Lauters and B. Desaint ; 1977-2006 : Trente années de mesures des températures de l'eau dans le Bassin du Rhône ; Hydroécol. Appl. (2008) Tome 16, p. 191-213 ; DOI:10.1051/hydro/2009002 ; EDF/DTG, 21 av. de l'Europe, BP41, 38040 Grenoble Cedex, France, en ligne le 4 mars 2009, consulté 2010/11/11 (résumé anglais et français)
  31. A. Poirel, étude thermique globale Rhône : Les phases 1 à 4 2000-2012 (EDF-DTG)