Chevalerie
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La chevalerie est le terme qui désigne l'institution féodale des chevaliers et les valeurs qui lui sont associées, ou lui sont devenus associées par le biais de la littérature, notamment la prouesse (le courage), la loyauté (l'honneur), la largesse (générosité) et la notion d'amour courtois.
Le mot est un dérivé de cheval, lui-même du bas latin caballus, « mauvais cheval » (à distinguer du latin classique equus), dont les mots « cavalerie » et « cavalier » sont aussi dérivés. Le terme sous-tend une forte distinction entre les chevaliers, combattants professionnels d'élite montés à cheval, et les paysans et les bourgeois, souvent considérés comme médiocres combattants, qui fournissaient la masse de l'infanterie, et, plus tard, de l'artillerie.
La chevalerie a peu à peu développé ses valeurs et ses coutumes propres, sous l'influence notamment de l'Eglise et de la « courtoisie » (la « fin'amor ») des troubadours et trouvères, eux-mêmes fréquemment issus de la noblesse. D'une fonction militaire au service de l'aristocratie terrienne, la chevalerie est devenue une fraternité, puis un groupe social, enfin une institution. Certaines traditions sont remarquables, notamment la cérémonie de l'adoubement. Les vertus traditionnelles de la chevalerie, vues par le prisme de la littérature, sont de nobles sentiments tels la pitié, l'humilité, la bravoure, la courtoisie, la foi et l'honneur.
Le terme « chevalerie » désigne également l'ensemble des chevaliers d'un royaume ou d'une région.
Les chevaliers sont des personnages souvent présents dans les romans fantasy puisant leurs sources dans les grands cycles légendaires, la matière de Bretagne (Légende arthurienne) et la matière de France (cycle des chansons de gestes carolingiennes).
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[modifier] Introduction
Aux alentours de l'an Mille, le terme latin miles (guerrier) se répand. Il désigne alors le chevalier. Ce chevalier se caractérise par le fait qu'il soit un guerrier à cheval, mais il n'est que rarement désigné par le terme equites signifiant cavalier. À l'époque où le système féodal se répand, la seigneurie en est la structure de base. C'est un système devant maintenir l'ordre et la justice et ayant pour centre le château fort.
Le chevalier est alors un guerrier appartenant à la maison du seigneur : celui-ci devant s'entourer d'un groupe de soldats professionnels qui l'aident à maintenir l'ordre et à exploiter les habitants de la seigneurie et les passants. Ils participent à cette exploitation du peuple et partagent avec le seigneur les profits de la seigneurie. Dès le XIe siècle, miles devient synonyme de vassus, le vassal. Le chevalier est bel et bien le serviteur armé du châtelain : il fait ses premières armes contre les paysans libres (les Vilains) de l'an Mil et impose le système féodal et le respect des coutumes par la force. Le château-fort et son donjon servent alors plus à contrôler et à dominer la population qu'à la protéger...
À Papia, le château vit en grande partie par les droits qu’il a attiré, provenant de l’ancien tonlieu de Léou . Les terres de la famille seigneuriale sont gardées par sept chevaliers, les premiers chevaliers connus dans le sud de la France, mentionnés en 1029.
[modifier] Qui pouvait devenir chevalier ?
Même si les romans courtois désignent la chevalerie comme un « Ordre » (ordo), la chevalerie est socialement composite. Elle entretient des rapports assez complexes avec la « noblesse » (l'aristocratie). La noblesse au Moyen-Âge n'est en effet pas un statut ou un privilège mais une « qualité d'intensité variable »[1]. Nobilis est un adjectif : on peut être plus ou moins noble ; alors que miles est un substantif : on est chevalier ou on ne l'est pas. Et si tous les chevaliers ne sont pas nobles, loin de là, tous les nobles se disent bientôt chevaliers. Se sentant investis de l'idéal chevaleresque, partageant les valeurs de prouesse et de loyauté, l'aristocratie s'est peu à peu identifiée à la chevalerie.
Tous les chevaliers n'étaient pas « guerriers à plein temps » il existait des chevaliers-paysans vivant en bande dans de grosses maisons fortes. Le chevalier reste en contrebas, il mange parfois à la table du seigneur, partage sa vie aventureuse avec ses fils, mais il est bien souvent d'origine sociale moindre. La chevalerie a été pour certains hommes du moyen-âge un ascenseur social, mais nombre de chevaliers sont issus d'anciennes familles nobles : ils en sont les cadets célibataires et sans héritage, voire les bâtards. Au début du XIIIe siècle, des législations royales de France, d'Allemagne et d'autres royaumes moindres stipulent que l'on ne peut accéder à l'honneur chevaleresque que si l'on est soi-même de lignée chevaleresque[2].
Quelles que soient les origines du chevalier, la vie chevaleresque a un prix économique de plus en plus important. Au XIIe siècle, l'équipement de base du chevalier (cheval, heaume, haubert, épée) représente le revenu annuel d'une seigneurie moyenne de 150 hectares. Trois siècles plus tard, l'équipement nécessaire engloutit le produit du travail de 500 hectares[3].
[modifier] Comment devient-on chevalier ?
L'adolescent, le bachelier, fils de chevalier, accède lui-même à ce titre et à cet état après un apprentissage et une cérémonie appelée adoubement.
- Avant l’adoubement : vers l’âge de sept ans, il est placé chez un seigneur qui sera son parrain. Il y gravit tous les degrés de l'éducation qui vise à en faire un guerrier : galopin (il nettoie l’écurie), page (il s’occupe des chevaux, est au service de la dame du château, suit un entrainement équestre, apprend à chasser) et enfin écuyer, damoiseau (il aide les chevaliers au tournoi et à la guerre,et il a l'immense privilège de lui porter son écu).
- Vers 17-21 ans, il passe l’adoubement cérémonie officielle à laquelle de nombreux nobles assistaient et qui consistait à consacrer un homme comme chevalier du roi. L'adoubement était une cérémonie qui marque le passage de l'état d'écuyer à celui de chevalier. Cette cérémonie a lieu en général en mai ou en juin.
La nuit précédent son adoubement, le chevalier passe une nuit de prière dans une chapelle en compagnie de son parrain, revêtu d'une tunique blanche, avec une croix rouge, le blanc symbolisant la clarté et le rouge symbolisant le sang que le chevalier est prêt à verser. Puis le seigneur organise une fête dans son château, à laquelle les vassaux du roi sont conviés. Au fond du château, sur une estrade, le chevalier était prêt à se faire adouber chevalier. Agenouillé, le bachelier prête à haute voix le serment des chevaliers, une main sur l'Évangile ; ses armes de chevalier lui sont ensuite remises par son seigneur et parrain, bénites par l'Église qui encadre la cérémonie. Une fois revêtu de son équipement, il s'agenouille à nouveau pour recevoir l'accolade.
- Après la cérémonie : on organise des tournois auxquels se joignent les chevaliers adoubés et les vassaux du seigneur et des banquets pour célébrer l'occasion.
[modifier] Le genre de vie du chevalier
- Un soldat au service d’un seigneur
Le chevalier est un professionnel de la guerre ; il est propriétaire d'armes offensives et défensives (voir la liste dans l'article armement) qu'il lui faut souvent remplacer après un combat. Il doit donc gagner de l'argent.
- Les tournois : une manière de gagner de l'argent et de s'amuser
Les guerres au Moyen Âge ne sont pas si fréquentes. De plus, on ne se bat pas l'hiver, ni pendant les périodes saintes (Avent, Carême). L'Église a défini depuis la fin du Xe siècle des paix de Dieu et des trêves de Dieu pour limiter les guerres. Le tournoi est donc une occasion de remporter une rançon, de confisquer chevaux et armes des chevaliers vaincus. Il est aussi une façon de ne pas perdre la main pendant les périodes sans combat et de se distinguer auprès d'une dame. Les chevaliers aiment les tournois car ils s'y amusent et se sentent dignes d'y mourir l'épée à la main.
- Le chevalier vit souvent au château et doit être fidèle à son seigneur, lorsqu'il est vassal. Néanmoins, il ne faut pas confondre vassal et chevalier.
[modifier] Les devoirs du chevalier
- Envers sa dame : La courtoisie est d'abord l'ensemble des qualités du noble, le comportement élégant d'un chevalier ; puis vers 1150, la courtoisie se charge d’une dimension amoureuse, incarnée dans le personnage de Lancelot. L'amour courtois est chanté par les troubadours et les trouvères.
- Au service de l’Église : le chevalier doit mettre son épée au service du pape (croisades) et des faibles : il devient alors chevalier du Christ (Miles Christi)
- Les qualités de chevalier idéal sont la sagesse, la prouesse, la générosité et la fidélité.
Cependant, ces devoirs sont secondaires par rapport aux devoirs envers le suzerain. Ses « vertus » sont idéalisées par la littérature courtoise au service d'une classe, l'aristocratie, une forme de gouvernement dans laquelle le pouvoir est officiellement détenu par une élite (parfois par une caste, une classe, une famille, voire quelques individus). Le chevalier est avant tout un homme d'armes, un homme de guerre, de prouesse.
Au Moyen Âge, la noblesse doit justifier l'ascendance divine de son pouvoir par une conduite irréprochable. Son rôle est la protection des terres et l'exercice de la justice, et il a un devoir d'équité. En particulier, à la guerre il faut se battre héroïquement, au corps à corps. Le combat est proscrit le dimanche et la fuite entraîne une déconsidération profonde. Ainsi les revers militaires de Jean sans Terre contre Philippe Auguste entraînèrent la promulgation de la grande Charte en 1215 (qui instaurait une monarchie contrôlée par un parlement de barons). Une mésaventure similaire faillit arriver aux Valois en 1357 après les désastres de Crécy (1346) et Poitiers (1356): Étienne Marcel, prévot des marchands de Paris, fut à deux doigts de réussir à imposer une monarchie contrôlée par la grande ordonnance, votée le 28 décembre 1355 et promulguée le 3 mars 1357.
[modifier] L'équipement du chevalier
L’équipement étant aussi lourd que coûteux, les chevaliers ne pouvaient enfiler leur armure tout seuls, et le prix de l’équipement était à lui seul un obstacle de taille à l’époque où tout le monde pouvait devenir chevalier. Vers le XIVe siècle, chaque pièce de l’équipement a commencé à avoir une valeur symbolique :
- Le heaume (casque): l'espérance, l'intelligence, la pudeur.
- La cuirasse (plastron): la prudence, la piété, la protection contre le vice et l'erreur.
- Les gantelets : la justice, la science, le discernement, l'honneur.
- L’épée, forgée durant plusieurs semaines par un forgeron du château : la force, la puissance et le sacrifice, la destructrice du Mal, de l’injustice et de l’ignorance, la constructrice - quand elle maintient la paix de Dieu et répartit la justice -, le lien du Ciel et de la Terre (car elle est le symbole polaire et axial) et de beaucoup d’autres encore.
- L'écu (bouclier) : la foi, le conseil, la protection contre l'orgueil, la débauche et l'hérésie.
- La lance : la charité, la sagesse, la droite vérité.
Les pièces qui forment l'armure complète – une quinzaine pour les principales, une centaine au total – sont agencées avec habileté. Le poids de l'armure atteint 20 à 25 kg, ce qui correspond au poids moyen de l'équipement porté par les soldats de toutes les époques.
La qualité de la monture jouait aussi un rôle important car, démonté, un chevalier équipé se déplaçait plus lentement et perdait une grande partie de la force d'impact de la charge. Cependant il n'est pas rare que par choix stratégiques au cours d'une bataille les chevaliers chargeaient à pied.
[modifier] Conclusion
Le XIIe siècle fut sans doute le siècle d’or de la chevalerie. Celle-ci se structurait comme une véritable classe avec ses codes, ses valeurs et son mode de vie. Au bas-Moyen Âge, les adoubements se firent moins nombreux et, parallèlement, la cavalerie perdit sa primauté sur les champs de bataille, du fait de la réutilisation de nouvelles tactiques (formations compactes de piquiers) ou de la mise au point de nouveaux armements (arcs longs); les batailles de Courtrai et de Crécy furent à cet égard révélatrices de la vulnérabilité de la cavalerie lourde utilisée isolément. Si l'alourdissement des armures des cavaliers et des monture put, un temps, pallier ses faiblesses, la diffusion des armes à feu sur les champs de bataille dès la seconde moitié du XVème siècle porta un coup fatal à la chevalerie comme force militaire.
Parallèlement, le titre de chevalier se banalisait, étant acquis, moyennant finances, par les bourgeois enrichis des villes devenues prospères, et ne devenait plus guère qu’un terme honorifique.
Cependant, à la même époque apparaissaient les ordres de chevalerie au rôle essentiellement politique.
[modifier] Bibliographie
- Dominique Barthélemy, La mutation de l'an mil a-t-elle eu lieu ? Servage et chevalerie dans la France des X° et XI° siècles, Fayard, 1997.
- Dominique Barthélemy, Chevaliers et miracles : la violence et le sacré dans la société féodale, Colin, 2004.
- Jean Flori, Chevaliers et chevalerie au Moyen Âge, Paris, Hachette, "La vie quotidienne", réed. 2004.
- Jean Flori, La chevalerie en France au Moyen Âge, PUF, "Que sais-je ?", n°972, 1995.
- Jean Flori, L'Essor de la chevalerie, XIè-XIIè siècles, Genève, Droz, 1986.
- Jean Flori, L'Idéologie du glaive. Préhistoire de la chevalerie, Genève, Droz, 1981.
- Dominique Barthélemy, La chevalerie de la Germanie antique à la France du XII° siècle, Fayard, 2007.
- Jean Chopitel & Christiane Gobry, Les deux Saint Jean et la chevalerie templière, Le Mercure dauphinois, 2000.
- Georges Duby, Les trois ordres ou l'imaginaire du féodalisme, Gallimard, 1978
- Georges Duby, Guillaume le Maréchal ou le meilleur chevalier du monde, Paris, Fayard, 1984.
- Georges Duby, Le dimanche de Bouvines, Paris, Gallimard, 1973, réed. 2005.
- M. Collardelle et E. Verdel, Chevaliers-paysans de l'an mil, Paris, Errance, 1993.
- Gauvard, Claude (dir.), De Libera, Alain, Zink, Michel, Dictionnaire du Moyen Âge, Paris, Quadrige/PUF, 2002, p.282 à 285.
[modifier] Littérature
[modifier] Littérature médiévale
[modifier] Romans historiques
- Elena Arseneva, une série dans la Russie du XIème siècle, Editions 10/18.
- Armand Cabasson, Par l'épée et le sabre, Editions Thierry Magnier.
- Armand Cabasson, La Dame des MacEnnen, Editions Glyphe.
- Viviane Moore, La saga du normand Tancrède, 10/18.
- Franck Senninger, La Belle à la Licorne, Editions Glyphe.
[modifier] Notes et références de l'article
[modifier] Voir aussi
[modifier] Articles connexes
- Roman courtois
- Chanson de geste
- Bushido
- Adoubement
- Tournoi
- Château fort
- Armure
- Destrier
- Neuf Preux
- Premiers chevaliers du pays d'Oc
[modifier] Liens et documents externes
- (fr) Exposition virtuelle de la BnF : "Arthur, la légende du roi" Bibliothèque nationale de France
- Le chevalier et la chevalerie
- 1967 : La Chevalerie par Michel Massian, éd. Dupuis, collection "Terre entière" illustrations de René Follet

