Louis XVI de France

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Louis XVI
Louis XVI en habit de sacre, Joseph-Siffrein Duplessis, 1777, Musée Carnavalet.
Louis XVI en habit de sacre, Joseph-Siffrein Duplessis, 1777, Musée Carnavalet.
Titre
Roi des Français

(&&&&&&&&&&&&034111 mois et 6 jours)
Premier ministre Robert Turgot
Jacques Necker
Prédécesseur Lui-même (roi de France)
Successeur Conseil exécutif provisoire
(Commune insurrectionnelle de Paris)
Convention nationale
(Ire République)
Napoléon Ier (empereur des Français)
Louis XVIII (roi de France)
Roi de France et de Navarre

(&&&&&&&&&&&0632617 ans, 3 mois et 24 jours)
Couronnement ,
en la cathédrale de Reims
Prédécesseur Louis XV
Successeur Lui-même (roi des Français)
Biographie
Dynastie Maison de Bourbon
Nom de naissance Louis-Auguste de France
Date de naissance
Lieu de naissance Versailles (France)
Date de décès (à 38 ans)
Lieu de décès Paris (France)
Père Louis-Ferdinand de France,
dauphin de France
Mère Marie-Josèphe de Saxe
Conjoint Marie-Antoinette d'Autriche
Enfant(s) Marie-Thérèse de France
Louis-Joseph de France
Louis-Charles de France
Sophie-Béatrice de France
Résidence Château de Versailles
Palais des Tuileries

Louis XVI de France
Monarques de France

Louis XVI, né le à Versailles et guillotiné place de la Révolution à Paris le , est roi de France et de Navarre de 1774 à 1791 puis roi des Français de 1791 à 1792. Louis XVI est le fils du Dauphin Louis-Ferdinand de France et de Marie-Josèphe de Saxe. Il succède à son grand-père Louis XV en 1774. Il est le frère aîné des futurs rois Louis XVIII et Charles X

Dauphin de France à la mort de son père, marié à Marie-Antoinette d'Autriche, il monte sur le trône à vingt ans. Il y est confronté, en particulier après l'intervention française aux côté des colons américains, à des difficultés financières importantes accompagnés de spéculations boursières. Réformateur prudent, parfois hésitant, il tente de conduire avec ses ministres successifs, des réformes à la monarchie. Il rétablit les parlements, réforme le droit des personnes (abolition de la torture en 1781 et 1788, abolition du servage dans le domaine royal en 1779, abolition du péage corporel des juifs d'Alsace en 1784, édit de tolérance des protestants en 1787) mais butte sur les réformes de la fiscalité et les finances du Royaume (réformes en 1774-1776, 1781, 1787 par deux fois). Son projet d'instaurer un impôt direct égalitaire (en remplacement de la taille inégalitaire) contrôlé par des assemblées provinciales élues, bute sur l'hostilité des privilégiés, en particulier celle de la noblesse de robe, celle du Parlement de Paris et celle de la Cour de Versailles. Louis XVI essaie alors de passer outre leur opposition en présentant ses réformes devant une assemblée des notables (1787) puis devant les états généraux (1789).

Les exigences du tiers état et la révolte du peuple provoquent la Révolution française qui transforme le rôle politique du roi et le système de gouvernement de la France en mettant fin à la monarchie absolue de droit divin. Dans un premier temps, le roi Louis XVI accepte de devenir un monarque constitutionnel, mais en butte à une opposition de plus en plus hostile et après avoir tenté de quitter Paris où il avait été conduit sous la contrainte populaire, il contribue au déclenchement d'une guerre entre les monarchies absolues et les révolutionnaires. La progression des armées étrangères et monarchistes vers Paris provoque son renversement, le 10 août 1792, par les sections républicaines: la monarchie est abolie le 21 septembre. Dès lors, emprisonné, surnommé « Louis le Dernier » ou « Louis Capet » par les Révolutionnaires, Louis XVI est inculpé pour trahison sur l'accusation de ne pas avoir respecté son rôle constitutionnel, d'avoir manœuvré secrètement contre la Révolution et d'avoir tenté de fuir la France en juin 1791. Jugé coupable par la Convention nationale, il est condamné à mort et guillotiné le sur la place de la Révolution à Paris.

Après l'avoir considéré d'abord soit comme un traître à la patrie soit comme un martyr, les historiens français ont fini par globalement adopter une vue nuancée de la personnalité et du rôle de Louis XVI, décrit comme un honnête homme mû par de bonnes intentions, mais qui n'était pas à la hauteur de la tâche herculéenne qu'aurait représenté une profonde réforme de la monarchie.

Sommaire

Naissance

Louis-Auguste[1] de France naît au château de Versailles le à 6 h 24 du matin[2].

Il est le quatrième enfant et troisième fils du dauphin Louis-Ferdinand de France (1729-1765) et de sa seconde épouse Marie-Josèphe de Saxe (1731-1767). De l'union de ce couple sont nés au total huit enfants :

  1. Marie Zéphyrine de France (1750-1755) ;
  2. Louis de France (1751-1761), duc de Bourgogne ;
  3. Xavier de France (1753-1754), duc d'Aquitaine ;
  4. Louis-Auguste de France, duc de Berry, futur Louis XVI ;
  5. Louis Stanislas Xavier de France (1755-1824), comte de Provence, qui deviendra roi sous le nom de Louis XVIII en 1814 (reconnu comme tel dès la mort de Louis XVII en 1795 par certaines puissances européennes) ;
  6. Charles Philippe de France (1757-1836), comte d'Artois, qui deviendra roi sous le nom de Charles X à la mort du précédent ;
  7. Clotilde de France (1759 – 1802), reine de Sardaigne de 1796 à 1802 par son mariage avec le roi Charles-Emmanuel IV de Sardaigne ;
  8. Élisabeth de France (1764-1794), elle partage jusqu'aux derniers instants le sort de la famille royale. Elle est guillotinée.

D'un premier mariage Louis-Ferdinand avait eu une fille Marie-Thérèse de France (1746-1748).

De nombreuses personnes sont là pour constater la venue du nouveau-né : l'accoucheur de la famille royale Jard ; le chancelier Guillaume de Lamoignon de Blancmesnil, le garde des sceaux Jean-Baptiste de Machault d'Arnouville et le contrôleur général des finances Jean Moreau de Séchelles des porteurs, gardes du corps et la sentinelle. Le dauphin, en robe de chambre, accueille chacun en disant : "Entrez, mon ami, entrez vite, pour voir accoucher ma femme."[2]

Peu avant la naissance, Binet, le premier valet de chambre du dauphin, a dépêché auprès de Louis XV, le grand-père du futur bébé, un piqueur de la Petite Écurie pour lui annoncer la naissance imminente alors que le roi avait pris ses quartiers d'été au château de Choisy-le-Roi. Juste après la naissance, le dauphin envoya quant à lui l'un de ses écuyers M. de Montfaucon annoncer cette fois-ci la nouvelle de la naissance proprement dite. Sur la route, Montfaucon croisa le piqueur qui, tombé de cheval, n'avait pu porter le premier message. L'écuyer apporta donc au roi les deux messages simultanément : celui de la naissance à venir et celui de la naissance survenue. Ainsi averti, Louis XV donna 10 louis au piqueur et 1 000 livres à l'écuyer avant de se rendre immédiatement à Versailles[2].

Immédiatement après sa naissance, le bébé est ondoyé[note 1] à l'église Notre-Dame de Versailles[3] par Sylvain-Léonard de Chabannes (1718-1812)[4], aumônier du roi.

Quand le roi entre dans la chambre, il saisit le nouveau-né et le prénomme Louis-Auguste avant de le nommer immédiatement duc de Berry. Le bébé est aussitôt confié à Marie Louise de Rohan (connue sous le nom de Madame de Marsan), gouvernante des enfants de France, avant d'être conduit dans son appartement par Louis François Anne de Neufville de Villeroy, duc de Villeroy et capitaine des gardes du corps du roi[5].

La nouvelle de la naissance est annoncée aux souverains d'Europe amis de la couronne ainsi qu'au pape Benoît XIV. Vers 13 heures, le roi et la reine Marie Leszczyńska assistent à un Te Deum dans la chapelle du château. Les cloches des églises de Paris se mettent à sonner et, le soir, un feu d'artifice est tiré de la place d'armes et allumé de la main du roi au moyen d'une "fusée courante", de son balcon[6].

Jeunesse (1754-1774)

Dans l'ombre du duc de Bourgogne

Le nouveau-né souffre d'une santé assez fragile durant les premiers mois de sa vie. On dit de lui qu'il a un « tempérament faible et valétudinaire »[7]. Sa nourrice, la maîtresse de Louis Phélypeaux de Saint-Florentin, marquis de la Vrillière, ne donne pas assez de lait. Sur l'insistance de la dauphine, elle est remplacée par Madame Mallard[8]. Du 17 mai au 27 septembre 1756, Louis-Auguste et son frère aîné sont envoyés au château de Bellevue sur les conseils du médecin genevois Théodore Tronchin, afin d'y respirer un air plus pur qu'à Versailles[9].

À droite, le duc de Berry, futur Louis XVI, à gauche, le comte de Provence, futur Louis XVIII en somptueux costumes de cour. Peinture de François-Hubert Drouais (1756).

À l'instar de ses frères, Louis-Auguste a pour gouvernante Madame de Marsan, gouvernante des enfants royaux. Cette dernière favorise, d'une part, le duc de Bourgogne en tant qu'héritier du trône, et d'autre part le comte de Provence, qu'elle préfère à ses frères. Se sentant délaissé, le duc de Berry ne la portera jamais vraiment dans son cœur et, une fois sacré roi, il refusera toujours d'assister aux fêtes qu'elle organisait pour la famille royale[10]. La gouvernante est notamment chargée d'apprendre aux enfants la lecture, l'écriture et l'histoire sainte. Leurs parents surveillent de près cette éducation, la dauphine leur enseignant l'histoire des religions et le dauphin les langues et les leçons de morale. Il leur apprend notamment que « tous les hommes sont égaux par droit de nature et aux yeux de Dieu qui les a créés. »[11]

En tant que petit-fils du roi, Louis-Auguste est tenu comme ses frères à un certain nombre d'obligations et de rituels : ils assistent tant aux enterrements royaux qu'aux mariages importants, et reçoivent la visite de souverains étrangers et d'hommes d'Église notamment. C'est ainsi qu'en mai 1756, trois nouveaux cardinaux leur rendent visite : « Bourgogne (âgé de 5 ans) les reçut, écouta leurs discours et les harangua, tandis que Berry (22 mois) et Provence (6 mois), gravement assis sur des fauteuils, avec leur robe et leur petit bonnet, imitaient les gestes de leurs aînés »[12].

En grandissant, les petits-fils du roi doivent passer des jupons de leur gouvernante aux mains d'un gouverneur chargé de l'ensemble des activités éducatives. Après avoir pensé à Victor Riqueti de Mirabeau, comte de Mirabeau et père du célèbre révolutionnaire, le dauphin choisit pour ses enfants en 1758 un homme plus proche des idées monarchiques : Antoine de Quélen de Stuer de Caussade, Duc de la Vauguyon, prince de Carency et pair de France. Ce dernier appellera ses élèves les " Quatre F " : le Fin (duc de Bourgogne), le Faible (duc de Berry), le Faux (comte de Provence) et le Franc (comte d'Artois)[13]. La Vauguyon est assisté de quatre adjoints : Jean-Gilles du Coëtlosquet (précepteur), André-Louis-Esprit de Sinéty de Puylon (sous-gouverneur), Claude-François Lizarde de Radonvilliers (sous-précepteur) et Jean-Baptiste du Plessis d'Argentré (lecteur). Le dauphin demande à La Vauguyon de s'appuyer sur les Saintes Écritures et le modèle d'Idoménée, héros du Télémaque de Fénelon : « Vous y trouverez tout ce qui convient à la direction d'un roi qui veut remplir parfaitement tous les devoirs de la royauté »[14]. Ce dernier aspect est privilégié car le futur Louis XVI est tenu à l'écart des affaires, on ne lui apprend pas à gouverner[15].

Le duc de Bourgogne, héritier de la couronne et grand frère du duc de Berry, meurt en 1761.

L'usage de la cour était que les enfants royaux passassent de leur gouvernante au gouverneur à l'âge de 7 ans. C'est ainsi que le duc de Bourgogne est remis au duc de La Vauguyon le , peu avant son septième anniversaire, quittant ainsi les robes d'enfant pour les habits masculins. Cette séparation d'avec sa gouvernante est difficile pour elle comme pour lui, et le duc de Berry se trouve lui aussi attristé par ce déchirement soudain. Le duc de Bourgogne est admiré par ses parents et par la cour. Intelligent et sûr de lui, il n'en demeure pas moins capricieux et convaincu de sa supériorité. Il questionne un jour ses proches en leur disant « Pourquoi ne suis-je pas né Dieu ? »[16] Tout semble montrer qu'il sera un grand roi.

Un événement anodin va pourtant changer la destinée de la famille royale : au printemps 1760, le duc de Bourgogne tombe du haut d'un cheval en carton qu'on lui avait offert quelque temps plus tôt. Il se met à boiter et les médecins lui découvrent une grosseur à la hanche. L'opération qu'il subit n'y fait rien. Le prince est alors condamné à rester dans sa chambre et ses études sont interrompues. Il souhaite pour être consolé retrouver son petit frère, le duc de Berry. C'est ainsi que dès 1760, le futur roi passe exceptionnellement aux mains du gouverneur avant d'atteindre l'âge de 7 ans. La Vauguyon recrute pour lui un second sous-précepteur[17]. Les deux frères sont dès lors éduqués ensemble, le duc de Bourgogne se distrayant en collaborant à l'éducation de son jeune frère, et ce dernier s'intéressant davantage à la géographie et aux arts mécaniques. L'état de santé du duc de Bourgogne s'aggrave néanmoins et on lui diagnostique en novembre 1760 une double tuberculose (pulmonaire et osseuse). La cour doit se rendre à l'évidence : la mort du prince est aussi imminente qu'inéluctable. Ses parents se trouvent dans « un accablement de douleur qu'on ne peut se représenter[18].». Dans l'urgence, l'enfant est baptisé le , fait sa première communion le lendemain et reçoit l'Extrême-onction le avant de mourir en odeur de sainteté dans la nuit du 20 au 21 mars suivant, en l'absence de son petit-frère, alité lui aussi par une forte fièvre.

Héritier de la couronne de France

La mort du duc de Bourgogne est vécue comme un drame pour le dauphin et la dauphine. Cette dernière déclarera : « rien ne peut arracher de mon cœur la douleur qui y est gravée à jamais[19]. » On installe le duc de Berry dans les appartements de feu son grand frère.

Le 18 octobre 1761, le même jour que son frère Louis Stanislas Xavier, Louis Auguste est baptisé par l'archevêque Charles Antoine de La Roche-Aymon dans la chapelle royale du château de Versailles, en présence de Jean-François Allart, curé de l'église Notre-Dame de Versailles. Son parrain est son grand-père Auguste III de Pologne, représenté par Louis Philippe, duc d'Orléans, et sa marraine est Marie Adélaïde de France[20].

Louis-Ferdinand de France, dauphin et père du futur Louis XVI, meurt en 1765.

Louis-Auguste se distingue déjà par une grande timidité ; certains y voient un manque de caractère, comme le duc de Croÿ en 1762 : « Nous remarquâmes que des trois Enfants de France, il n'y avait que Monsieur de Provence qui montrât de l'esprit et un ton résolu. Monsieur de Berry, qui était l'aîné et le seul entre les mains des hommes, paraissait bien engoncé [21]. » Il se montre néanmoins parfois à son aise devant les historiens et philosophes se présentant à la cour[note 2]. Il fait également preuve d'humour et de repartie[22]. La Vauguyon[note 3] et le prédicateur Charles Frey de Neuville[23] remarquent même chez le jeune homme d'assez grandes qualités pour en faire un bon roi.

Sur le plan intellectuel, Berry est un élève doué et consciencieux. Il excelle dans les matières suivantes : géographie, physique, écriture, morale, droit public, histoire, danse, dessin, escrime, religion et mathématiques. Il apprend plusieurs langues (latin, allemand, italien et anglais) et savoure quelques grands classiques de la littérature comme La Jérusalem délivrée, Robinson Crusoé ou encore Athalie de Jean Racine[24]. Son père se montre néanmoins intransigeant et le prive parfois de chasse au moindre relâchement[25]. Élève studieux, il se passionne pour plusieurs disciplines scientifiques. Selon l'historien français Ran Halévi[26] : « Louis XVI a reçu l’éducation d’un « prince des Lumières » — C’était un monarque éclairé ». Les professeurs d'histoire Philippe Bleuzé et Muriel Rzeszutek précisent que : « Louis XVI connaissait le latin, l’allemand, l’espagnol, maîtrisait l’anglais parfaitement, pratiquait la logique, la grammaire, la rhétorique, la géométrie, l’astronomie. Il avait une culture historique et géographique incontestable et des compétences en économie ». Ils estiment qu’« il est très influencé par Montesquieu, qui lui inspire une conception moderne de la monarchie détachée du droit divin »[27].

Le destin du duc de Berry allait encore être bouleversé par un événement anodin. Le , le dauphin son père fait une visite à l'Abbaye de Royallieu et revient à Versailles sous la pluie. D'une santé déjà précaire et affublé d'un rhume, il est pris d'une violente fièvre. Il parvient à faire transporter la cour au château de Fontainebleau pour changer d'air, mais rien n'y fait et son état s'empire au fil des mois. Après une agonie de 35 jours, le dauphin meurt le à l'âge de 36 ans[28].

À la mort de son père, le duc de Berry devient donc dauphin de France. Il a 11 ans et a vocation à succéder immédiatement au roi, son grand-père, qui en a 56.

Dauphin de France (20 décembre 1765 - 10 mai 1774)

Fin de l'éducation

Louis-Auguste est désormais dauphin, mais ce changement de statut ne l'exonère pas de poursuivre son éducation, bien au contraire. La Vauguyon recrute un adjoint supplémentaire pour enseigner au dauphin la morale et le droit public : le père Guillaume François Berthier. Le gouverneur incite le duc de Berry à penser de lui-même en lui appliquant la méthode du libre examen. Pour ce faire, il lui demande de rédiger dix-huit maximes morales et politiques ; le dauphin s'y emploie avec efficacité et parvient à y prôner notamment le libre commerce, la récompense des citoyens ou encore l'exemple moral que se doit d'afficher le roi (allusion à peine voilée aux frasques de Louis XV). L'ouvrage est récompensé par La Vauguyon, qui le fait même imprimer[29]. Le dauphin rédige même un ouvrage dans lequel sont relatées les idées inspirées par son gouverneur : Réflexions sur mes Entretiens avec M. le duc de La Vauguyon ; il y forge notamment sa vision de la monarchie en énonçant par exemple que les rois eux-mêmes « sont responsables de toutes les injustices qu'ils n'ont pas pu empêcher. »[30]. Sa mère tempère cet élan libéral en lui inculquant plus encore les préceptes de la religion catholique ; c'est ainsi que le dauphin reçoit le sacrement de confirmation le et fait sa première communion le 24 décembre suivant. En grandissant, Berry commence à sortir davantage et pratique l'équitation. Il commence également à se passionner pour l'horlogerie et la serrurerie, deux loisirs qui ne le quitteront plus[31]. L'abbé Jacques-Antoine Soldini vient conforter l'éducation religieuse du jeune homme.

Pastel de Marie-Antoinette réalisé par Joseph Ducreux en 1769 à l'intention du Dauphin afin qu'il puisse faire connaissance de sa future épouse.

L'éducation proprement dite du dauphin s'arrêtera avec son « établissement », c'est-à-dire son mariage. Celui-ci sera célébré à Versailles le avec la jeune Marie-Antoinette d'Autriche. À cette occasion, l'abbé Soldini adresse au dauphin une longue lettre de conseils et recommandations pour sa vie à venir, et notamment sur les « mauvaises lectures » à éviter et sur l'attention à porter à son alimentation. Il l'exhorte enfin à toujours rester ponctuel, bon, affable, franc, ouvert mais prudent dans ses paroles[32]. Soldini deviendra plus tard le confesseur du dauphin devenu roi.

Mariage avec Marie-Antoinette d'Autriche

Plan du souper du jour du mariage de M. le Dauphin avec l’Archiduchesse Marie-Antoinette célébré le 16 mai 1770. Archives nationales. K/147/14/2

Le mariage du dauphin est envisagé dès l'année 1766 par Étienne François de Choiseul alors que le futur roi n'a que 12 ans. Le Royaume de France étant sorti fragilisé de la Guerre de Sept Ans, le premier ministre trouve judicieuse l'idée de s'allier avec l'Autriche face au puissant Royaume de Grande-Bretagne. Le roi est convaincu du projet, et dès le , l'ambassadeur d'Autriche à Paris écrit à l'archiduchesse Marie-Thérèse qu'elle « peut de ce moment regarder comme décidé et assuré le mariage du dauphin et de l'archiduchesse Marie-Antoinette. »[33]. La mère du dauphin fait néanmoins suspendre le projet dans le but de maintenir la cour de Vienne dans l'expectative, « entre la crainte et l'espérance. »[33]. "Suspendre" est le terme approprié, puisqu'elle va mourir quelques mois plus tard, le . Le projet de mariage est alors remis sur la table.

Peu après la mort de Marie-Josèphe de Saxe, le marquis de Durfort est envoyé en mission à Vienne pour convaincre l'archiduchesse et son fils des bienfaits politiques de cette union. Les négociations durent plusieurs années, et l'image donnée par le dauphin n'est pas toujours reluisante : Florimond de Mercy-Argenteau, l'ambassadeur d'Autriche à Paris, lui signale notamment que la « nature semble avoir refusé tout don à Monsieur le Dauphin, [...], par sa contenance et ses propos ce prince n'annonce qu'un sens très borné, beaucoup de disgrâce et nulle sensibilité. »[34] Malgré ces avis, et malgré le jeune âge des intéressés (15 ans pour Louis-Auguste et 14 pour Marie-Antoinette), l'impératrice voit dans ce mariage l'intérêt de son pays et y donne son accord. Le , Marie-Antoinette renonce officiellement à la succession du trône autrichien et, le , une cérémonie nuptiale est célébrée à Vienne, le marquis de Durfort signant l'acte de mariage au nom du dauphin.

Gravure du mariage de l'archiduchesse Marie-Antoinette avec le dauphin, futur Louis XVI, le 16 mai 1770

Marie-Antoinette part pour la France le au cours d'un voyage qui durera plus de 20 jours et qui comportera un cortège d'une quarantaine de véhicules[35]. Le cortège arrive à Strasbourg le . La cérémonie de « remise de l'épouse » s'effectuera au milieu du Rhin, à égale distance entre les deux rives, sur l'Île aux Épis. Dans un pavillon construit sur cet îlot, la jeune femme troque ses vêtements autrichiens pour des vêtements français, avant de ressortir outre-Rhin, vers un cortège français et à côté de la comtesse de Noailles, sa nouvelle dame d'honneur [36]. La rencontre entre le dauphin et sa future épouse a lieu le , au pont de Berne, dans la forêt de Compiègne. Le roi, le dauphin et la cour sont là pour accueillir le cortège. À sa descente du carrosse, la future dauphine fait la révérence au roi et est présentée par lui au duc de Berry, lequel lui fait un discret baiser sur la joue. Le carrosse royal emmène ensuite le roi, le dauphin et sa future épouse au château de Compiègne, où une réception officielle est organisée le soir même pour présenter l'autrichienne aux principaux membres de la cour. Le lendemain, le cortège s'arrête au Carmel de Saint DenisMadame Louise s'est retirée depuis quelques mois, puis il se rend au Château de la Muette où Marie-Antoinette est présentée au comte de Provence et au comte d'Artois, et où elle fait connaissance avec la nouvelle et dernière favorite du roi, la comtesse du Barry.

Profil en médaillon de la dauphine Marie-Antoinette en 1770, présenté lors de son mariage.

Le mariage officiel est célébré le lendemain à la chapelle du château de Versailles, où se sont pressés 5 000 invités. Là, Marie-Antoinette traverse la galerie des glaces en compagnie du roi et de son futur époux jusqu'à la chapelle. Le mariage est béni par Charles Antoine de La Roche-Aymon, archevêque de Reims. Le dauphin, ceint du cordon bleu de l'Ordre du Saint-Esprit, passe l'anneau au doigt de sa femme et obtient du roi le signe rituel d'assentiment[37]. Puis, les époux et témoins signent les registres paroissiaux. Dans l'après-midi, les parisiens venus nombreux assister au mariage sont autorisés à se promener dans le parc du château où les jeux d'eau ont été actionnés. Le feu d'artifice prévu le soir même a été annulé à cause d'un violent orage. Le dîner est organisé dans la toute nouvelle salle de spectacle du château ; le repas est accompagné par 24 musiciens habillés à la turque. Les époux, eux, mangent très peu[38]. Peu après minuit, les époux sont accompagnés à la chambre nuptiale. L'archevêque bénit le lit, le dauphin reçoit sa chemise nuptiale des mains du roi et la dauphine des mains de Marie-Adélaïde de Bourbon, duchesse de Chartres, la plus haut placée des femmes mariées de la cour. L'assistance assiste au coucher des époux, le roi lance quelques grivoiseries et les mariés sont laissés à eux-mêmes[39]. Le mariage ne sera pas consommé cette nuit-là. Il ne le sera que sept ans plus tard.

Les noces continuent d'être célébrées les jours suivants : les époux assistent à des opéras (Persée de Lully), des pièces de théâtre (Athalie, Tancrède et Sémiramis). Ils ouvrent le bal organisé en leur honneur le . Les festivités se terminent le où l'on a prévu de tirer un feu d'artifice depuis la Place Louis XV (là où quelques années plus tard le roi Louis XVI et son épouse seront guillotinés). Seule la dauphine a fait le déplacement, le roi ayant voulu rester à Versailles et le dauphin étant devenu las de ces festivités. Alors que Marie-Antoinette et Mesdames débouchent sur le Cours la Reine, on leur demande de rebrousser chemin. Ce n'est que le lendemain que la dauphine apprendra ce qui s'est passé : durant le feu d'artifice, un incendie s'est déclaré rue Royale, créant un mouvement de panique ; de nombreux passants ont été écrasés par des voitures et piétinés par des chevaux. Le bilan officiel fait état de 132 morts et des centaines de blessés. Les jeunes époux sont atterrés. Le dauphin écrit aussitôt au lieutenant général de police Antoine de Sartine : « J'ai appris les malheurs arrivés à mon occasion ; j'en suis pénétré. On m'apporte en ce moment ce que le Roi me donne tous les mois pour mes menus plaisirs. Je ne puis disposer que de cela. Je vous l'envoie : secourez les plus malheureux. »[40]. La lettre est accompagnée d'une somme de 6 000 livres.

Le délicat sujet de la consommation du mariage

Le dauphin par Louis-Michel van Loo (1769)

La consommation du mariage du dauphin, loin d'être une affaire privée, va rapidement devenir une affaire d'État : par sa descendance, ce n'est pas uniquement sa famille mais la monarchie tout entière que le futur roi doit pérenniser. Mais cette consommation ne sera effective que le , soit plus de 7 ans après le mariage du dauphin.

Pourquoi une telle attente ? Selon l'écrivain Stefan Zweig, Louis-Auguste est le seul responsable. Victime d'une malformation des organes génitaux, il aurait tenté chaque nuit d'accomplir son devoir conjugal, en vain. Ces échecs quotidiens se répercutent dans la vie de cour, le dauphin devenu roi étant incapable de prendre des décisions importantes et la reine compensant son malheur dans des bals et des fêtes. L'auteur avance même que le roi est « incapable de virilité » et qu'il lui est donc impossible « de se comporter en roi »[41]. Puis, toujours selon l'auteur, la vie du couple est rentrée dans l'ordre le jour où Louis XVI a enfin daigné accepter de faire confiance à la chirurgie. Néanmoins selon Simone Bertière[42], l'une des biographes de Marie-Antoinette, cette infirmité physique n'a pas été la cause de la longue abstinence des époux, puisque le dauphin ne souffrait justement d'aucune infirmité de ce type. Certes, dès juillet 1770 (soit deux mois seulement après le mariage), le roi Louis XV profite d'une absence momentanée du dauphin pour convoquer Germain Pichault de La Martinière, un chirurgien alors réputé. Il lui pose deux questions médicales très précises : « Le jeune prince souffre-t-il d'un phimosis et est-il nécessaire de le circoncire ? Ses érections sont-elles entravées par un frein trop court ou trop résistant qu'un simple coup de lancette pourrait libérer ? ». Le chirurgien est clair : « le dauphin n'a aucun défaut naturel qui s'oppose à la consommation du mariage. » Le même chirurgien le redira deux ans plus tard en disant que « nul obstacle physique ne s'oppose à la consommation »[43]. L'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche s'empare du sujet, refusant de croire que sa fille pourrait être la cause de cet échec, disant « Je ne saurais me persuader que c'est de sa part que cela manque »[43]. En décembre 1774, devenu roi, Louis XVI se fait à nouveau examiner, cette fois-ci par Joseph-Marie-François de Lassone, médecin de la cour ; et en janvier 1776, c'est au docteur Moreau, chirurgien à l'Hôtel-Dieu de Paris, que revient la tâche d'examiner à nouveau le souverain. Les deux médecins sont formels : l'opération n'est pas nécessaire, le roi n'a aucune malformation.

Les docteurs Lassone et Moreau avancent néanmoins plusieurs raisons à ce retard conjugal, le premier parlant d'une « timidité naturelle » du monarque et le second d'un corps fragile qui semble néanmoins « prendre plus de consistance »[43]. D'autres auteurs, comme le biographe Bernard Vincent[44], dénoncent quant à eux les coutumes de la cour qui, ajoutées à la timidité du roi et à la fragilité de son corps, ne pouvaient que retarder le moment suprême. En effet, les époux vivent dans des appartements séparés, et seul le roi a le droit de rendre visite à son épouse quand il s'agit de remplir le devoir conjugal. Une fois devenu roi, Louis XVI vit dans des appartements encore plus éloignés de ceux de sa femme qu'auparavant, et les allées et venues vers son épouse se font toujours sous le regard de courtisans curieux, notamment par la traversée du salon de l'Œil-de-bœuf. L'auteur ajoute que l'éducation prude et pudibonde des deux jeunes époux, au moment où ils étaient éduqués chacun dans leur pays, ne les avait pas disposés à s'abandonner du jour au lendemain aux audaces des relations conjugales. Car les adolescents, en étant tenus de passer leur première nuit ensemble[note 4], furent subitement confrontés à la vie adulte sans y avoir été préalablement préparés. Et ni leur éducation, ni leur corps à peine pubère ne pouvaient les aider à surmonter cette étape. Peu confident et peu romantique, Louis XVI trouvera refuge dans l'une de ses activités préférées : la chasse.

Les mois et les années passent sans que de réels progrès ne soient perçus, le couple delphinal et ensuite royal commençant à s'habituer à cette situation. Marie-Antoinette voit dans cette période une occasion de « jouir un peu du temps de la jeunesse », explique-t-elle à Mercy-Argenteau[43]. Un semblant de consommation survient en juillet 1773 où la dauphine confie à sa mère : « je crois le mariage consommé mais pas dans le cas d'être grosse »[43]. Le dauphin se précipite quant à lui chez le roi pour lui annoncer la nouvelle. Il semble en vérité que le dauphin n'a pu que déflorer son épouse sans aller jusqu'au bout. L'attente est récompensée le . Le suivant, la princesse écrit à sa mère : « Je suis dans le bonheur le plus essentiel pour toute ma vie. Il y a déjà plus de huit jours que mon mariage est consommé ; l'épreuve a été réitérée, et encore hier soir plus complètement que la première fois [...]. Je ne crois pas être grosse encore mais au moins j'ai l'espérance de pouvoir l'être d'un moment à l'autre. »[43]. L'accomplissement du devoir conjugal portera son fruit à quatre reprises puisque le couple royal aura autant d'enfants, sans compter une fausse couche en novembre 1780 : Marie-Thérèse Charlotte (née en 1778), Louis-Joseph (né en 1781), Louis-Charles (né en 1785) et Marie-Sophie-Béatrice (née en 1786). Après ces quatre naissances, les époux n'entretiendront plus de relations conjugales. Ces échecs et cette nouvelle abstinence donneront au roi l'image d'un roi soumis aux volontés de sa femme. La longue route vers la consommation a terni au fil du temps l'image du couple. Et l'écrivain Simone Bertière d'affirmer : « une chasteté volontaire, respectueuse du sacrement conjugal, aurait pu être portée à son [celui de Louis XVI] crédit après le libertinage de son grand-père. Mais le ridicule des années stériles collera à son image, tandis que celle de la reine ne se remettra pas de sa course imprudente aux plaisirs frelatés. »[45].

Les quatre années de vie du couple delphinal

Entre le mariage du dauphin et son sacre s'écoulent quatre années, pendant lesquelles Louis-Auguste est resté volontairement éloigné du pouvoir par le roi, comme ce dernier le faisait auparavant avec son propre fils. Il met donc son temps à profit pour les cérémonies officielles, la chasse (à courre ou au fusil), la fabrication de clés et de serrures et les salons de Mesdames. C'est dans ceux-ci que le dauphin rencontre ses tantes et ses frères accompagnés le moment venu par leur épouse. Les jeux, divertissements et pièces de théâtre du répertoire français y occupent une place importante. Chaque participant y fait souvent l'acteur, y compris la dauphine ; le dauphin, lui, y est peu enclin[46].

Le couple se montre volontiers en public, notamment en prodiguant quelques instants de réconfort auprès des plus pauvres. L'historien Pierre Lafue écrit que « populaires sans l'avoir cherché, les deux époux frémissaient de joie en écoutant les acclamations monter vers eux, dès qu'ils paraissaient en public. »[47] Leur première visite officielle à Paris et au peuple parisien se déroule le . Lors de cette journée, le couple a reçu un accueil des plus chaleureux et la foule nombreuse n'a cessé de les acclamer. Au programme de cette longue journée, Louis-Auguste et son épouse ont été reçus à Notre-Dame, sont montés prier devant la châsse de Sainte Geneviève dans l'abbaye du même nom avant de finir par une promenade dans les Tuileries, ouvertes à tous pour l'occasion[48]. L'ambassadeur de Mercy résume la journée en affirmant que « cette entrée est d'une grande conséquence pour fixer l'opinion publique. »[49] Le couple prend goût à ces accueils triomphaux et n'hésite pas, dans les semaines suivantes, à sortir à l'Opéra, à la Comédie-Française ou encore à la Comédie-Italienne.

Mort de Louis XV

Louis XV en 1774, par Armand-Vincent de Montpetit.

Louis XV meurt à Versailles le à l'âge de 64 ans, de la petite vérole.

Les premiers symptômes de la maladie apparaissent le précédent. Ce jour-là, le roi est à Trianon et a prévu d'aller chasser avec son petit-fils, le duc de Berry. Se sentant fiévreux, le monarque suit la chasse à bord d'une calèche. Quelques heures plus tard, son état s'aggrave et La Martinière l'ordonne de retourner à Versailles. Il y subit une saignée mais celle-ci ne porte aucun effet ; deux jours plus tard, le , les médecins font savoir que le roi a contracté la variole comme plusieurs membres de sa famille auparavant (notamment Hugues Capet ou encore le Grand Dauphin). Pour éviter la contagion, le dauphin et ses deux frères sont maintenus à distance de la chambre royale. Le visage du roi est couvert de pustules le . Ne se faisant plus guère d'illusions sur son état de santé, il fait venir son confesseur, l'abbé Louis Maudoux, dans la nuit du . L'Extrême-Onction lui est administrée le au soir.

Vers 16 heures le lendemain, le roi rend son dernier soupir. Le duc de Bouillon, grand chambellan de France, descend alors dans le salon de l'Œil-de-bœuf pour y crier la célèbre formule : « Le roi est mort, vive le roi ! »[50] Entendant cela de l'autre bout du château, le tout nouveau monarque jette un grand cri[43] et voit accourir vers lui les courtisans venus le saluer ; parmi eux la comtesse de Noailles, qui sera la première à lui décerner le titre de Majesté. Le roi s'écrie : « Quel fardeau ! Et l'on ne m'a rien appris ! Il me semble que l'univers va tomber sur moi ! »[14] La reine Marie-Antoinette aurait quant à elle soupiré : « Mon Dieu ! protégez-nous, nous régnons trop jeunes. »[43]

Le règne avant la Révolution (1774-1789)

Premières décisions

Aussitôt après la mort de Louis XV, la cour se réfugie provisoirement au château de Choisy-le-Roi, afin d'éviter tout risque de contagion et de quitter l'atmosphère empuantie du château de Versailles. C'est à cette occasion que le nouveau roi prend l'une de ses premières décisions : celle d'inoculer l'ensemble de la famille royale contre la variole[51]. Le but de cette opération est d'administrer à très faible dose dans le corps humain des substances contaminées, le sujet devenant par la suite immunisé à vie. Néanmoins, le risque est réel puisqu'une dose trop importante peut faire contracter la maladie et par là causer la mort du patient. Le , le roi reçoit donc cinq injections et ses frères seulement deux chacun[note 5]. Les premiers symptômes de la variole apparaissent rapidement chez le roi : il souffre de douleurs aux aisselles le , est pris de fièvre et de nausée le 24 ; quelques boutons apparaissent le 27 et une légère suppuration survient le 30. Mais la fièvre retombe le et le roi est définitivement hors de danger. L'opération est donc un succès, tant pour lui que pour ses deux frères chez qui les symptômes ont été presque imperceptibles[52].

Parmi les premières décisions notables du nouveau monarque, nous pouvons en relever trois autres : il fait enfermer Madame du Barry[note 6] et prend le nom de Louis XVI, et non Louis-Auguste Ier comme la logique le voudrait. Enfin, il convoque tous les ministres en place, intendants de province et commandants des forces armées neuf jours plus tard. Pour l'heure, il s'isole dans son bureau pour travailler, correspondre avec les ministres, lire des rapports et écrire des lettres aux monarques européens.

L'économie du Royaume de France était entrée en récession depuis 1770. Ainsi, Louis XVI commence immédiatement à diminuer les dépenses de la cour : il diminue les « frais de bouche » et les frais de garde-robe, le département des Menus-Plaisirs, les équipages de chasse comme ceux du daim et du sanglier, la Petite Écurie (passant ainsi le contingent de 6 000 à 1 800 chevaux), et enfin le nombre de mousquetaires et de gendarmes affectés à la protection du roi[53]. Son frère le comte d'Artois le soupçonne d'avarice en le qualifiant de « Roi de France et avare »[54]. Le roi fait profiter les plus pauvres de ces économies en faisant distribuer 100 000 livres aux parisiens particulièrement démunis[54].

Sacre

Louis XVI en costume de sacre, Antoine-François Callet, 1788, château de Versailles.

Le en la cathédrale de Reims, il est sacré selon la tradition remontant à Pépin le Bref. Le contrôleur général des finances, Turgot, reproche au monarque cette cérémonie coûteuse évaluée à 760 000 livres ; cependant, le roi ne recule pas et maintient la cérémonie avec autant de faste que prévu.

La cérémonie est présidée par l'archevêque de Reims Charles Antoine de La Roche-Aymon, celui-là même qui avait baptisé et marié le dauphin. Selon la tradition, le prélat prononce la formule suivante en posant la couronne de Charlemagne sur la tête du souverain : « Que Dieu vous couronne de la gloire et de la justice, et vous arriverez à la couronne éternelle. »[55] Conformément au rituel, le roi se rend ensuite dans le parc de la ville pour guérir les écrouelles des quelques 2 400 scrofuleux venus pour l'occasion, leur adressant à chacun la formule cérémoniale : « Le roi te touche, Dieu te guérisse. »

Le couple royal gardera un très bon souvenir de la cérémonie et des festivités consécutives. Marie-Antoinette écrira à sa mère que « le sacre a été parfait [...]. Les cérémonies de l'Église [furent] interrompues au moment du couronnement par les acclamations les plus touchantes. Je n'ai pu y tenir, mes larmes ont coulé malgré moi, et on m'en a su gré [...]. C'est une chose étonnante et bien heureuse en même temps d'être si bien reçu deux mois après la révolte, et malgré la cherté du pain, qui malheureusement continue. »[56]

Politique intérieure

Le nouveau roi décide de gouverner seul et n'envisage pas de déléguer cette tâche à un Premier Ministre. Néanmoins, il lui faut un homme de confiance et d'expérience pour le conseiller dans les décisions importantes qu'il aura à prendre. C'est la tâche de l'homme qu'on appelle officieusement le Principal ministre d'État. Louis XVI en nommera successivement sept pendant son règne :

La fonction prend fin avec la promulgation de la Constitution de 1791.

Marie-Antoinette suggère au roi de nommer à cette fonction le duc de Choiseul, ancien ministre de Louis XV tombé en disgrâce en 1770. Le roi refuse de le nommer principal ministre d'État mais consent tout de même à le réintégrer à la cour. Il assiste à l'entrevue entre celui-ci et la reine et lui lance en guise d'affront : « Vous avez perdu vos cheveux, vous devenez chauve, votre toupet est mal garni. »[55]

Selon l'historien Jean de Viguerie dans son ouvrage intitulé Louis XVI, le roi bienfaisant, les deux ministres qui auront le plus d'influence auprès du roi Louis XVI durant la majeure partie de son règne sont, dans un premier temps, le comte de Maurepas, puis à la mort de ce dernier en 1781, le comte de Vergennes[57].

Le ministère Maurepas (13 mai 1774 - 21 novembre 1781)

À défaut de suivre l'avis de son épouse, le roi choisit d'opter pour le comte de Maurepas, sur les conseils de ses tantes[58]. Cet homme d'expérience, disgracié par Louis XV en 1747, avait pour beau-frère Louis Phélypeaux de Saint-Florentin et pour cousin René Nicolas de Maupeou.

Le , soit dès le lendemain de la mort du monarque, Louis XVI écrit à Maurepas la lettre suivante :

« Monsieur, dans la juste douleur qui m'accable et que je partage avec tout le Royaume, j'ai pourtant des devoirs à remplir. Je suis Roi : ce seul mot renferme bien des obligations, mais je n'ai que vingt ans. Je ne pense pas avoir acquis toutes les connaissances nécessaires. De plus, je ne puis voir aucun ministre, ayant tous été enfermés avec le Roi dans sa maladie. J'ai toujours entendu parler de votre probité et de la réputation que votre connaissance profonde des affaires vous a si justement acquise. C'est ce qui m'engage à vous prier de vouloir bien m'aider de vos conseils et de vos lumières. Je vous serai obligé, Monsieur, de venir le plus tôt que vous pourrezà Choisy, où je vous verrai avec le plus grand plaisir. »[55]

Deux jours plus tard, le , le comte de Maurepas vient auprès du roi à Choisy pour lui témoigner sa reconnaissance et s'engager à son service. Ayant à ses côtés un ministre d'État, il ne reste plus au roi qu'à convoquer le premier conseil au cours duquel il lui faudra décider s'il garde ou non les ministres déjà en place. Ce premier conseil n'aura pas lieu à Choisy mais au château de la Muette, la cour ayant dû à nouveau déménager car Mesdames souffrent des symptômes de la variole.

Le premier conseil se tient donc au château de la Muette, le . Le nouveau roi n'y prend aucune décision, se limitant à faire plus ample connaissance avec les ministres en place et à leur donner la ligne de conduite qui doit être la leur : « Comme je ne veux m'occuper que de la gloire du royaume et du bonheur de mes peuples, ce n'est qu'en vous conformant à ces principes que votre travail aura mon approbation. »[55].

Remaniement ministériel

Le remaniement des ministres du roi ne fut pas immédiat mais progressif. Le changement commence le par la démission du duc d'Aiguillon, Secrétaire d'État de la Guerre et des Affaires étrangères. Loin de l'exiler comme le veut la coutume, le roi lui alloue la somme de 500 000 francs. D'Aiguillon est remplacé aux Affaires Étrangères par le comte de Vergennes, diplomate réputé pour être compétent et travailleur, « le plus sage ministre que la France eût rencontré depuis longtemps, et le plus habile qui se trouvât aux affaires en Europe » selon l'historien Albert Sorel[59].

Résidant au château de Compiègne pour l'été, le roi, conseillé par Maurepas, entreprend de remplacer quelques ministres à des postes où une grande compétence est nécessaire. C'est ainsi que Pierre Étienne Bourgeois de Boynes est remplacé par Turgot à la Marine, le premier étant écarté pour incompétence et légèreté manifestes, le second nommé à ce poste avant tout pour son administration efficace en tant qu'intendant de la généralité de Limoges[60]. Turgot est néanmoins retiré très rapidement de la Marine pour devenir Contrôleur général des finances en remplacement de Joseph Marie Terray ; il est remplacé dans son précédent poste par Antoine de Sartine, ancien lieutenant-général de police[note 7]. Le portefeuilles de la Justice passe de Maupeou à Miromesnil. Le duc de la Vrillière reste à la Maison du Roi tandis que le Secrétariat d'État à la Guerre est confié au comte de Muy en remplacement d'Aiguillon. Muy mourra un an plus tard et sera alors remplacé par le comte de Saint-Germain.

Au , date à laquelle le nouveau gouvernement est entièrement formé, les ministres en place sont donc les suivants :

L'annonce du nouveau gouvernement est largement saluée et le peuple danse en foule dans les rues[55].

Premières mesures économiques et financières de Turgot

À peine la cour revenue à Versailles le , le roi s'entretient quotidiennement avec Turgot pour préparer les mesures de redressement économique du pays. L'ancien contrôleur général des finances, l'abbé Terray, avait suggéré une proclamation officielle de banqueroute de la France, devant le déficit de 22 millions de livres existant à l'époque[61]. Turgot refuse de proposer la banqueroute et suggère un plan plus simple : faire des économies. Il dit pour cela au monarque : « Si l'économie n'a précédé, aucune réforme n'est possible. »[55] Il encourage donc le roi à poursuivre la réduction des dépenses de la cour qu'il avait déjà commencée.

Turgot est par ailleurs un partisan du libéralisme économique. Le , il fait adopter par le conseil du roi un texte décrétant la liberté du commerce intérieur des grains et la libre importation des céréales étrangères. Le risque d'augmentation soudaine des prix en cas de mauvaise récolte est néanmoins réel. C'est ce qui surviendra au printemps 1775 : une rumeur de famine imminente emplit le pays ; les prix flambent et les boulangeries de Paris, Versailles et quelques villes de province sont pillées ; des émeutes surviennent mais sont vite réprimées. Cet épisode est aujourd'hui connu sous le nom de guerre des farines. Cette révolte populaire du règne de Louis XVI est considérée comme le premier avertissement du peuple face aux difficultés économiques du pays et aux réformes inefficaces du pouvoir royal à les résorber[62].

Rappel des parlements
Lit de justice du roi Charles VII au parlement de Paris, en 1450 (Enluminure de Jean Fouquet pour Des cas des nobles hommes et femmes, de Boccace).

Depuis le XIVe siècle jusqu'en 1771, les Parlements disposaient d'importants pouvoirs en matière civile, politique et judiciaire. Parmi les 15 parlements existant à la fin du règne de Louis XV, la compétence du Parlement de Paris s'étendait sur les 75 % du Royaume de France. Chaque décision d'un parlement avait valeur de loi ; de plus, chaque décret royal ne pouvait être applicable que s'il avait préalablement été enregistré (c'est-à-dire avalisé) par le parlement compétent. Au fil des siècles, le pouvoir des parlements n'avait cessé de s'étendre au point de devenir un pouvoir autonome pouvant rivaliser avec l'absolutisme royal. Une brochure parlementaire de 1732 ira loin dans ce sens en précisant que le roi « ne peut contracter avec ses peuples que dans le sein du parlement, lequel, aussi ancien que la Couronne et né avec l'État, est la représentation de la monarchie tout entière. »[55] Las devant cet accroissement des pouvoirs des parlements, Louis XV et avec lui Maupeou entreprennent en 1771 de retirer purement et simplement aux parlements leurs pouvoirs, charges et privilèges qu'ils s'étaient octroyés au fil du temps.

Dès son avènement, Louis XVI va revenir sur cette réforme. Le , il convoque tous les magistrats exilés à une réunion qu'il présidera le suivant au Palais de justice de Paris. Devant les parlementaires réunis, il leur adresse ces mots : « Je vous rappelle aujourd'hui à des fonctions que vous n'auriez jamais dû quitter. Sentez le prix de mes bontés et ne les oubliez jamais ! [...] Je veux ensevelir dans l'oubli tout ce qui s'est passé, et je verrais avec le plus grand mécontentement des divisions intestines troubler le bon ordre et la tranquillité de mon parlement. Ne vous occupez que du soin de remplir vos fonctions et de répondre à mes vues pour le bonheur de mes sujets qui sera toujours mon unique objet. »[55] Le soir même, des feux d'artifice sont lancés au Pont Neuf et au Palais de justice pour saluer ce retour[63].

Face à un tel revirement, il est nécessaire de s'interroger sur les motifs ayant poussé Louis XVI à rappeler et rétablir les parlements. Il peut sembler étrange en effet que le roi ait de lui-même choisi d'affaiblir son pouvoir. Dauphin, il avait écrit à plusieurs reprises son opposition à la puissance étendue des parlements, affirmant notamment qu'ils « ne sont point représentants de la nation », qu'ils « n'ont jamais été et ne peuvent jamais être l'organe de la Nation vis-à-vis du Roi, ni l'organe souverain vis-à-vis de la Nation », et que leurs membres sont « simples dépositaires d'une partie » de l'autorité royale[64]. Une des raisons peut résider dans la popularité qu'avaient alors les parlements exilés. En effet, malgré leur manque de représentativité du peuple, ils étaient soutenus par celui-ci[65]. Ils affichaient publiquement leur adhésion aux idées nouvelles et à la nécessité de respecter les droits naturels : le roi ne devrait donc plus être qu'un simple mandataire du peuple et non un souverain absolu. Le roi, dans sa jeunesse et dans l'inexpérience caractérisant son début de règne, aurait donc en partie agi pour recueillir un important soutien populaire ; c'est, rappelons-le, ce qui s'est passé dans les rues de Paris immédiatement après l'annonce du rappel des parlements. L'autre raison résiderait dans l'écoute attentive et suivie des conseils du comte de Maurepas, qui estimait que « sans parlement, pas de monarchie ! »[54]

Attentif à son image auprès du peuple et confiant dans les conseils de Maurepas face à la complexité du sujet, Louis XVI revient donc sur des privilèges que Maupeou qualifiait au moment de son renvoi de « procès qui durait depuis trois cent ans »[54] et qu'il avait fait gagner au roi. Ce rappel des parlements va rendre illusoires les tentatives de réformes profondes que le roi envisagera d'entreprendre les années suivantes, ce qui contribuera à nourrir le climat révolutionnaire qui se prépare déjà. Madame Campan, femme de chambre de Marie-Antoinette, écrira plus tard que « le siècle ne s'achèverait pas sans que quelque grande secousse ne vînt ébranler la France et changer le cours de ses destinées. »[54]

Réformes et disgrâce de Turgot
Anne Robert Jacques Turgot (école française, château de Versailles).

Pour assurer le devenir du royaume, Turgot va entreprendre une profusion de réformes visant à débloquer le libre fonctionnement politique, économique et social de la société, et à mettre au pas les parlements.

Comme l'explique en 1854 l'historien Victor Duruy : « C’étaient là de bien grandes nouveautés ; Turgot en projetait d’autres plus redoutables : abolition des corvées qui pesaient sur les pauvres ; établissement sur la noblesse et le clergé d’un impôt territorial ; mais amélioration du sort des curés et vicaires, qui n’avaient que la plus petite portion des revenus de l’Église, et suppression de la plupart des monastères ; égale participation de l’impôt par création d’un cadastre ; liberté de conscience et rappel des protestants ; rachat des rentes féodales ; un seul code : un même système de poids et mesures pour tout le royaume ; suppression des jurandes et maîtrises qui enchaînaient l’industrie ; la pensée aussi libre que l’industrie et le commerce ; enfin, comme Turgot s’occupait des besoins moraux aussi bien que des besoins matériels, un vaste plan d’instruction publique pour répandre partout les Lumières »[66].

Turgot souhaite en effet abolir plusieurs pratiques jusqu'alors bien établies : suppression des jurandes et corporations, suppression de certaines coutumes interdisant par exemple aux apprentis de se marier ou excluant les femmes des travaux de broderie[67]. Abolition aussi du servage et de la corvée royale. Dans le plan de Turgot, la corvée serait remplacée par un impôt unique à tous les propriétaires fonciers, ce qui étendrait le paiement de l'impôt aux membres du clergé et de la noblesse.

Turgot s'attelle aussi à un projet « révolutionnaire » de mise en place d’une pyramide d’assemblées élues à travers le royaume : municipalités de communes, d’arrondissement puis de province et une municipalité de royaume. Lesdites assemblées ayant pour but de répartir l'impôt direct, de gérer les questions de police, d'assistance et de travaux publics.

Ce vaste projet de réformes ne manque pas de rencontrer un certain nombre de détracteurs, à commencer par les parlementaires. Turgot peut compter sur l'appui du roi, qui ne manque pas à plusieurs reprises de pratiquer le « lit de justice » pour appliquer ses décisions. Le soutien du roi est perçu comme capital pour le ministre, qui dira au souverain : « Ou vous me soutiendrez, ou je périrai. »[54] Les opposants se font de plus en plus nombreux et dépassent au fil du temps le cercle des parlementaires. Une coalition se forme contre Turgot et regroupe, aux dires de Condorcet, « la prêtraille, les parlements routiniers et la canaille des financiers. »[54] Certes, le peuple et les paysans accueillent à bras ouverts les édits abolissant les maîtrises, les jurandes et la corvée royale ; des troubles éclatent même suite à l'excès d'enthousiasme[68]. Néanmoins, le roi commence à recevoir des lettres de remontrance des parlements, et à essuyer des critiques émanant de la cour. Louis XVI tempère et rappelle aux parlements que les réformes entreprises n'ont pas pour but de « confondre les conditions »[54] (clergé, noblesse, tiers-état).

Le ministre commence à baisser dans l'estime du roi, qui ne se prive pas de dire que « M. Turgot veut être moi, et je ne veux pas qu'il soit moi. »[69] La disgrâce devient inéluctable quand Turgot prend part au vote visant à démettre de ses fonctions le comte de Guines, ambassadeur à Londres, accusé de pratiquer une diplomatie visant à faire entrer la France dans la guerre. De Guines est un ami de Marie-Antoinette et cette dernière demande au roi de punir les deux ministres ayant demandé la démission du comte, à savoir Malesherbes et Turgot. Écœuré par cette demande, Malesherbes démissionne du gouvernement en avril 1776. Le roi prend ses distances avec Turgot et condamne l'ensemble de ses réformes : « On ne doit pas faire des entreprises dangereuses si on n'en voit pas le bout. », affirme Louis XVI[70]. Le , une double nouvelle éclate : Turgot est renvoyé, et le comte de Guines est fait duc. Turgot refuse la pension qui lui est proposée, énonçant qu'il ne doit « pas donner l'exemple d'être à la charge de l'État. »[71]

Certains historiens[72] réfutent l'idée selon laquelle le roi avait purement et simplement cédé à sa femme. La décision de congédier Turgot (et surtout d'élever de Guines) serait davantage l'« achat » du silence du comte, lequel aurait été au courant de beaucoup de choses sur la diplomatie française risquant de mettre le roi dans l'embarras. Une autre raison du renvoi résiderait aussi dans le refus de Turgot de financer l'intervention de la France dans la guerre d'indépendance des États-Unis, le mauvais état des finances du Royaume ne le permettant pas. Quoiqu'il en soit, cet épisode sera pour les historiens l'illustration parfaite de l'ascendant de la reine sur son mari, et constituera les prémices de l'état de faiblesse du roi vis-à-vis de sa femme ; l'historienne Simone Bertière écrit qu'à chaque victoire de la reine, « le prestige du roi est entamé, son autorité décroît d'autant que le crédit de celle-ci augmente. Ce n'est là qu'apparence [mais] l'autorité, elle aussi, se nourrit d'apparence. »[43] Turgot lui-même, dans une lettre écrite à Louis XVI le que ce dernier lui a renvoyé sans même l'ouvrir, lance au roi cet avertissement : « N'oubliez jamais, Sire, que c'est la faiblesse qui a mis la tête de Charles Ier sur un billot. »[55]

Turgot est remplacé par Jean Étienne Bernard Clugny de Nuits, qui s'empresse de revenir sur les principales réformes de son prédécesseur, rétablissant notamment les jurandes et les corvées, affirmant qu'il peut « culbuter d'un côté ce que M. Turgot a culbuté de l'autre. »[54] Mais le ministre se montre rapidement incompétent, et le roi de déclarer « Je crois que nous nous sommes encore trompés. »[54] Louis XVI n'a pas le temps de le démettre de ses fonctions, Clugny de Nuits mourant subitement le à l'âge de 47 ans.

Réformes et démission de Necker
Portrait de Jacques Necker, par Joseph-Siffrein Duplessis.

En octobre 1776, Louis XVI a besoin d'un ministre des finances capable d'entreprendre des réformes mais non de tout détruire ; il confie à Maurepas : « Ne me parlez plus de ces maçons qui veulent d'abord démolir la maison. »[54] Il pense alors à Jacques Necker, banquier originaire de Suisse réputé pour son art de manier l'argent et son souci d'économie. Une triple révolution : c’est un banquier roturier, un étranger (Genevois) et de surcroît un protestant. Le roi le nomme tout d'abord « directeur du Trésor » (le poste de contrôleur général des finances est attribué pour la forme à Louis Gabriel Taboureau des Réaux) car Necker, protestant, ne peut accéder pour cette raison au Conseil du roi attaché au poste de contrôleur général. Néanmoins, le roi le nomme « directeur général des finances » (le nom a été changé pour lui donner plus d'importance) le , sans pour autant admettre le ministre au sein du Conseil.

Necker et Louis XVI remettent sur le métier les réformes les plus essentielles du royaume, l'ambition du ministre étant de renflouer les caisses de l'État sans écraser les contribuables ni irriter les riches et les propriétaires. Necker comprend que les dépenses ordinaires du royaume sont financées par l'impôt ; il faut en revanche trouver un moyen de financer les dépenses exceptionnelles comme celles engendrées par la guerre d'indépendance des États-Unis. Necker crée alors deux systèmes lucratifs à rendement immédiat : l'emprunt et la loterie. Les deux systèmes rencontrent un vif succès auprès du peuple. Cependant, ces mesures ne montrent leur efficacité que sur le court terme, car il faut emprunteur des fonds pour verser aux prêteurs leur rente viagère et verser les lots aux gagnants. À long terme, la dette s'alourdirait de plus en plus et il fallait trouver à nouveau le moyen d'établir une véritable réforme structurelle.

Pour l'heure, Necker propose au roi de supprimer les parlements et intendants de province, et de les remplacer par des assemblées provinciales recrutées, sur proposition du roi, dans le clergé, la noblesse et le tiers-état ; le roi s'engageant à favoriser la noblesse d'épée et non la noblesse de robe. Ce projet de réforme institutionnelle, déjà mis sur la table sous Turgot, a pour objectif qu'à terme toutes les assemblées soient directement élues. Bien qu'expérimentée à Bourges et à Montauban, cette réforme est unanimement condamnée par les intendants, les princes et les parlementaires. La réforme est donc vouée à l'échec et ne verra finalement pas le jour.

Necker entreprend parallèlement une série de mesures populaires. Il fait tout d'abord affranchir les derniers serfs du domaine royal par une ordonnance du [73]. Refusant l'abolition sans distinction de la servitude personnelle, il abolit toutefois dans tout le royaume le « droit de suite », et affranchit tous les « main-mortables [les serfs] des domaines du roi », ainsi que les « hommes de corps », les « mortaillables » et les « taillables » [d'où vient l'expression « taillable et corvéable à merci »][73]. Cette ordonnance avait été favorisée par l'intervention de Voltaire, qui avait plaidé en 1778 la cause des serfs de l'abbaye de Saint-Claude du Mont-Jura[73]. Il autorise en outre les « engagistes qui se croiraient lésés » par cette réforme à remettre au roi les domaines concernés en échange de contreparties financières[73]. Afin de favoriser l'imitation de son acte royal d'affranchissement des serfs dans les domaines royaux, l'ordonnance précise que « considérant bien moins ces affranchissements comme une aliénation, que comme un retour au droit naturel, nous avons exempté ces sortes d'actes [d'affranchissement] des formalités et des taxes auxquelles l'antique sévérité des maximes féodales les avaient assujettis »[73]. Néanmoins l'ordonnance n'est guère appliquée[73], et le servage persiste localement jusqu'à la Révolution qui l'abolit avec les privilèges lors de la célèbre nuit du 4 août 1789. Le 8 août 1779, un édit autorise les femmes mariées, les mineurs et les religieux à toucher des pensions sans autorisation (notamment celle du mari en ce qui concerne les femmes mariées)[74]. Il abolit en outre la question préparatoire, infligée aux suspects, et rétablit l'institution du Mont-de-piété.

À cette série de réformes « républicaines » et à l'expérimentation malheureuse des assemblées de provinces va s'ajouter une erreur politique du ministre qui lui sera fatale. En février 1781, il adresse au roi un Comptes rendu de l’état des finances destiné àêtre publié. Il révèle pour la première fois au grand public l'usage détaillé des dépenses publiques et dévoile, dans un souci de transparence, tous les avantages dont bénéficient les privilégiés de la cour. Ces derniers désavouent le ministre et dénoncent en retour, avec l'appui d'experts en finances, le bilan en trompe-l'œil que le ministre fait de son action, masquant la dette de 46 millions de livres laissée par les dépenses de guerre, et soulignant au contraire un excédent de 10 millions[75]. « La guerre qui avait si bien réussi contre Turgot recommença sous son successeur », explique Victor Duruy.

Louis XVI et Necker ne peuvent tenir longtemps devant l'opposition des privilégiés. Le ministre finit par perdre la confiance du roi, celui-ci ayant lancé en commentant le bilan du ministre : « Mais c'est du Turgot et même pis ! »[54] Necker demande au roi d'intégrer le Conseil mais, face eu refus du souverain, il lui remet sa démission qui sera acceptée le 21 mai 1781[76]. Selon l'historien Jean-Louis Giraud-Soulavie, la lettre de démission était presque insultante puisque rédigée sur un simple « bout de papier de trois pouces et demi de long sur deux et demi de large. »[77]

Principaux remaniements au cours du ministère

Le ministère Vergennes (1781 - 1787)

Maurepas meurt de la gangrène le . Louis XVI décide alors de se passer de principal ministre afin de pouvoir vivre une période de « règne personnel »[78]. Comme le ministre le plus important après Maurepas était alors Vergennes, ce dernier joue officieusement un rôle de conseiller auprès du roi bien qu'il n'en ait pas la reconnaissance officielle. Cette situation perdurera jusqu'en 1787Loménie de Brienne reprendra officiellement le poste de Maurepas.

Projet de réforme et renvoi de Calonne
Louis XVI en 1786
Portrait de Calonne en 1787 par Élisabeth Vigée-Lebrun

Après la démission de Necker, le poste de contrôleur général des finances est successivement occupé par Joly de Fleury et d'Ormesson. Le , sur les conseils de Vergennes, Louis XVI nomme à ce portefeuille le Charles Alexandre de Calonne, un homme intelligent et doué d'un don pour la communication[79], qui avait auparavant fait de remarquables preuves comme intendant de la généralité de Metz. Calonne est à titre privé couvert de dettes, et déclare au sujet de sa nomination : « Les finances de la France sont dans un état déplorable, jamais je ne m'en serais chargé sans le mauvais état des miennes. »[80] Pour résorber cette situation, le roi le gratifie de 100 000 livres de frais d'installation et de 200 000 livres en actions de la Compagnie des eaux de Paris[81].

Dans un premier temps, Calonne s'emploie à rétablir la confiance des français en s'efforçant d'exploiter les ressources déjà existantes dans le royaume, et à encourager l'initiative industrielle et commerciale. Puis, dans un second temps, il entreprend une réforme prudente mais déterminée du royaume. Dans un discours donné en novembre 1783 devant la Chambre des comptes, il évoque l'idée d'un « plan d'amélioration générale », en « régénérant » les ressources plutôt qu'en les « pressurisant », afin de « trouver le vrai secret d'alléger les impôts dans l'égalité proportionnelle de leur répartition, ainsi que dans la simplification de leur recouvrement »[55]. L'objectif à peine voilé est ainsi de réformer l'ensemble du système fiscal et ce faisant de combler le déficit de l'État.

Le , Calonne présente au roi son plan d'action se décomposant en trois volets :

  • égalité de tous devant l'impôt (suppression des privilèges fiscaux de la noblesse et du clergé, création d'un impôt unique assis sur les revenus de la propriété foncière (la « subvention territoriale ») ;
  • retour à la libre circulation des grains ;
  • création d'assemblées nouvelles élues par les propriétaires et qui devront associer les sujets du Roi à l'administration du pays.

Ce programme, assure Calonne au roi, « vous assurera de plus en plus de l'amour de vos peuples [et] vous tranquillisera à jamais sur l'état de vos finances. »[82]

Le programme de Calonne lui permet d'entreprendre de grand projets visant à relancer le développement industriel et commercial ; ainsi, il encourage la rénovation du Port du Havre, celui de Dieppe, de Dunkerque et de La Rochelle et contribue à la réfection de l'assainissement des villes de Lyon et Bordeaux. Il crée également de nouvelles manufactures. Il est à l'origine de la signature du Traité Eden-Rayneval le , traité de commerce entre la France et la Grande-Bretagne.

Estampe mise en couleur, gravure par Claude Niquet d'après un dessin de Very et Girardet, représentant l'Assemblée des notables tenue à Versailles le 22 février 1787.

La réforme fiscale et institutionnelle de Calonne fait dire au roi : « Mais c'est du Necker tout pur que vous me donnez là ! »[83] Face au réticences des parlements, il convainc Louis XVI de convoquer une Assemblée des notables, réunissant des membres du clergé, de la noblesse, des corps de ville, voire délégués des cours souveraines, non pas élus mais désignés par le roi[note 8] L'objectif de cette assemblée est de faire passer les principaux points de la réforme en les soumettant à l'avis (et donc potentiellement à l'approbation) de ses membres. L'assemblée se tient à Versailles le . Calonne, devant les 147 membres réunis, tente de faire passer sa réforme ; seulement, l'aveu qu'il fait du déficit public de 12 millions de livres émeut l'assistance[84]. Et Calonne perd tout espoir de persuasion quand il justifie son projet de réforme en énonçant : « On ne peut pas faire un pas dans ce vaste royaume sans y trouver des lois différentes, des usages contraires, des privilèges, des exemptions, des affranchissements d'impôt, des droits et des prétentions de toutes espèces ! »[54] Devant le tollé provoqué au sein d'une assemblée de notables réticents à approuver une réforme dont ils seraient les victimes, Louis XVI ne se sent pas la force de contrer les opposants et désapprouve son ministre.

Les protestations contre le projet de Calonne sont légion, la majorité des opposants estimant qu'elle va trop loin, une poignée pensant qu'elle est insuffisante et par conséquent mauvaise. Calonne se justifie le 31 mars en s'écriant à travers une brochure : « Peut-on faire le bien sans froisser quelques intérêts particuliers ? Réforme-t-on sans qu'il y ait des plaintes ? » Marie-Antoinette demande ouvertement le renvoi du ministre ; furieux, Louis XVI la convoque en présence du contrôleur général des finances, la réprimande en lui demandant de ne pas se mêler d'affaires « auxquelles les femmes n'ont rien à voir » et la fait sortir en la tenant par les deux épaules[85]. Calonne est remercié le , jour de Pâques.

Le fiasco de l'assemblée des notables est perçue chez certains historiens comme le véritable point de départ de la Révolution. Le biographe Bernard Vincent estime par exemple qu'il « n'est pas illégitime de faire commencer la Révolution française avec l'échec de Calonne et la fronde des notables de 1787 plutôt qu'avec la Prise de la Bastille ou la réunion des états généraux, comme le font la plupart des manuels scolaires. Après ce fiasco, beaucoup en effet (mais Louis XVI était-il de ceux-là ?) eurent le sentiment qu'une déchirure irrémédiable venait de se produire dans le tissu du pays et qu'une nouvelle histoire était déjà en mouvement. »[86]

L'Affaire du collier de la reine
Le Collier de la Reine, reconstitution en zircone, château de Breteuil
Article détaillé : Affaire du collier de la reine.

Conçu au début des années 1770 par les bijoutiers Charles-Auguste Böhmer et Paul Bassenge, ce collier de 2 800 carats avait été proposé à la vente à Louis XV pour l'offrir à son ultime maîtresse Madame du Barry, mais le roi mourut avant de l'acheter. À deux reprises, en 1778 et 1784, la reine Marie-Antoinette refuse le bijou bien que le roi semble prêt à le lui offrir.

L'un des personnages clés de cette affaire est le cardinal de Rohan, évêque de Strasbourg et ancien ambassadeur à Vienne. Débauché, il est amoureux de la reine Marie-Antoinette. Seulement, il n'est pas apprécié de cette dernière puisqu'il s'est ouvertement moqué de sa mère, l'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche[87]. C'est en voulant revenir dans les grâces de la reine qu'il va se faire escroquer dans l'affaire du collier. Dans la nuit du , il attend une femme dans le bosquet de Versailles : il pense qu'il s'agit de la reine, mais c'est en fait une prostituée, Nicole Leguay, qui vient à sa rencontre, déguisée et envoyée par Jeanne de Valois-Saint-Rémy, également appelée Madame de La Motte. La fausse reine confie au cardinal : « Vous pouvez espérer que le passé sera oublié. »[88] Madame de La Motte déclare peu après au cardinal que la reine souhaite se procurer le collier à l'insu du roi, quitte à le payer en plusieurs fois : le rôle de Rohan est donc de faire l'achat au nom de Marie-Antoinette. Elle remet alors au cardinal un billet de commande apparemment signé par la reine mais en fait par Louis Marc Antoine Rétaux de Villette qui a imité la signature. Rohan n'y voit que du feu et passe ainsi commande auprès des deux bijoutiers pour une somme de 1 600 000 livres payables en quatre fois, la première échéance survenant le [89].

Le , la reine reçoit la visite au Trianon de Böhmer, l'un des deux bijoutiers. Il lui donne le billet de la première traite avant de s'éclipser ; ne comprenant rien à cette démarche, la reine brûle le billet. Le 1er août; ne voyant rien venir, Böhmer interroge Madame Campan, la femme de chambre de Marie-Antoinette, qui l'informe que le billet est détruit. Böhmer s'écrie alors : « Ah ! Madame, cela n'est pas possible, la reine sait qu'elle a de l'argent à me donner ! »[90] Le bijoutier annonce à Madame Campan que la commande a été passée par Rohan sur ordre de la reine. N'en croyant rien, la femme de chambre lui conseille d'en parler directement à la reine. Il est reçu le par Marie-Antoinette qui, entendant le récit, tombe des nues. Elle lui avoue ne rien avoir commandé et avoir brûlé le billet. Furieux, Böhmer rétorque : « Madame, daignez avouer que vous avez mon collier et faites-moi donner des secours ou une banqueroute aura bientôt tout dévoilé. »[91] La reine en parle alors au roi et, sur les conseils de Breteuil, alors ministre de la Maison du Roi, il décide de faire arrêter Rohan dès que possible.

Louis René Édouard de Rohan.

Le cardinal Rohan est convoqué le par le roi : il avoue son imprudence mais nie être l'instigateur de l'affaire, faute qu'il rejette sur Madame de La Motte. Il est arrêté le jour même en habits liturgiques dans la Galerie des Glaces, alors qu'il se rend à la chapelle du château pour célébrer la Messe de l'Assomption. Il est embastillé le soir même mais il prend soin de faire détruire par son secrétaire certains documents qui, par leur absence, dissimulent la vérité sur le véritable rôle de Rohan dans cette affaire. Rohan est accusé de deux choses : escroquerie et crime de lèse-majesté. Louis XVI lui laisse le choix d'être jugé par le Parlement de Paris (pour le délit) ou par lui-même (pour le crime). Cette seconde option a l'avantage de juger l'affaire discrètement sans tout dévoiler au grand jour. Rohan choisit néanmoins d'être jugé par le Parlement.

Le procès du cardinal Rohan se tient en mai 1786. Le prévenu est soutenu par les membres influents de la Maison de Rohan et par les évêques et le Saint-Siège. L'opinion publique est également en faveur de son acquittement puisque l'histoire de la signature fabriquée ne convainc pas le peuple[92] et la reine, ayant brûlé le billet, ne peut prouver son innocence. Rohan est acquitté par un arrêt du par 26 voix contre 22. Convaincu de la culpabilité de l'homme d'Église, Louis XVI l'exile à l'Abbaye de la Chaise-Dieu.

Le roi et la reine, et plus largement le système monarchique lui-même, sont les victimes de cette affaire puisque montrés du doigt par le peuple. Marie-Antoinette est effondrée, confiant à son amie Madame de Polignac : « Le jugement qui vient d'être prononcé est une insulte affreuse [mais] je triompherai des méchants en triplant le bien que j'ai toujours tâché de faire. »[93] La tenue d'un procès public a eu pour effet un déballage par la presse et une sympathie pour le cardinal Rohan. Spectateur de la sortie triomphale du cardinal de la Bastille vers son lieu d'exil, Goeth remarque : « Par cette entreprise téméraire, inouïe, je voyais la majesté royale minée et bientôt anéantie. »[94]

Redressement de la marine française et visite du chantier de Cherbourg
Louis XVI visitant le port de Cherbourg le (gravure sur bois du XVIIIe siècle)

Au lendemain de la Guerre d'indépendance des États-Unis, Louis XVI entreprend d'améliorer la marine française pour donner au royaume les moyens de se défendre en cas de nouvelle guerre. En 1779, il choisit d'établir à Cherbourg une base navale et décide notamment d'y construire une digue de 4 kilomètres de long entre l’île Pelée et la pointe de Querqueville.

Louis XVI entame à partir du un voyage à Cherbourg pour voir l'avancement des travaux. Hormis le sacre de Reims et la fuite à Varennes, il s'agit du seul déplacement provincial du souverain pendant son règne. Accompagné de Castries et de Ségur, il est accueilli partout chaleureusement par la foule et distribue au peuple des pensions et exonérations fiscales[95]. La visite du chantier commence dès l'arrivée du roi le 23 juin : parcourant la rade en canot, il écoute sur l'Île Pelée les explications du directeur des travaux le marquis de Caux, inspecte la fosse du Gallet et préside un grand dîner le soir-même[96]. Le lendemain 24 juin, il assiste à plusieurs manœuvres maritimes à bord du Patriote ; un témoin raconte que le roi y fait des « questions et des observations dont l sagacité étonnait les marins qui avaient l'honneur d'approcher. »[97].

Le déplacement de Louis XVI est un réel succès populaire. Lui-même l'affirmera pendant ce voyage : « Je n'ai jamais mieux goûté le bonheur d'être roi que le jour de mon sacre et depuis que je suis à Cherbourg. »[98]. L'historien de la mer Étienne Taillemite de s'interroger : « Acclamé à chacune de ses apparitions par une foule aussi immense qu'enthousiaste, il pouvait mesurer la ferveur royaliste qui demeurait alors celle du peuple puisque [lors de ce voyage] aucune fausse note ne put être remarquée. Comment ne comprit-il pas qu'il possédait là un atout majeur capable de contrer toutes les intrigues du microcosme versaillais et parisien ? »[99] Le même historien de rajouter : « [On pouvait rêver que le roi] saurait mener la rénovation du royaume comme il avait su conduire à bonne fin celle de sa marine. »[100]

Principaux remaniements du ministère

Le ministère Brienne (1787 - 1788)

Le Cardinal Loménie de Brienne, Huile sur toile, École Française (vers 1770) Château de Versailles et de Trianon.

Vergennes meurt le  ; ce n'est que le 3 mai de la même année que Louis XVI renoue avec la tradition de nommer un Principal ministre d'État, ce qu'il fait en appelant à ce poste Étienne-Charles de Loménie de Brienne, qui devient également chef du Conseil royal des finances (le poste de contrôleur général des finances ayant été attribué pour la forme à Pierre-Charles Laurent de Villedeuil après un court passage entre les mains de Michel Bouvard de Fourqueux).

Bras de fer entre le roi et le parlement

Archevêque de Toulouse, connu pour être athée et réputé pour avoir des mœurs dissolues, Brienne avait présidé l'assemblée des notables et à ce titre attaqué Calonne et son projet de réforme. Désormais en charge des affaires, il est poussé par le roi à continuer les efforts de son prédécesseur médiat ; il reprend donc à son compte l'essentiel du projet qu'il avait lui-même condamné. Criant à la trahison, les notables se manifestent : face à une telle résistance, le roi et son ministre décident de dissoudre purement et simplement l'assemblée le . Les lois passent donc par le chemin ordinaire de leur enregistrement par le parlement, ce qui là non plus n'est pas une mince affaire.

Le parlement commence pourtant à valider le principe de la libre circulation des grains et la mise en place d'assemblées provinciales et municipales. Néanmoins, le , les parlementaires refusent d'enregistrer l'édit créant la subvention territoriale nécessaire pour réduire le déficit. Le 16 juillet, les parlementaires persistent dans leur refus, invoquant, comme La Fayette avant eux[101], que « seule la Nation réunie dans ses états généraux peut consentir un impôt perpétuel. »[102]

Las des résistances du parlement, Louis XVI le convoque le en lit de justice : la seule lecture des édits par le roi leur donne force de loi. Le lendemain pourtant, le parlement prononce la nullité du lit de justice, une première dans la vie monarchique. Une semaine plus tard, le magistrat Duval d'Eprémesnil déclare qu'il est temps de « débourbonailler »[55] et de rendre au parlement ses pouvoirs. Calonne, contre qui une information est ouverte pour « déprédations »[55], se réfugie en Angleterre, ce qui fait de lui le premier émigré de la Révolution[103].

Le , à l'initiative de Brienne, le roi exile le parlement à Troyes. Chaque parlementaire reçoit une lettre de cachet et s'exécute. L'accueil dans Troyes est triomphal[104] et les parlements de province se solidarisent, ainsi que la Chambre des comptes et la Cour des aides. Le roi capitule le 19 août en renonçant officiellement à l'édit de subvention territoriale et promet la convocation des états généraux pour 1792. Le parlement revient à Paris sous les applaudissements de la foule. Celle-ci montre du doigt Calonne, Brienne et Marie-Antoinette, dont on brûle les effigies[105] L'agitation gagne alors la province.

La subvention territoriale ayant été abandonnée, Brienne ne voit plus qu'un seul moyen pour renflouer les caisses du royaume : le recours à l'emprunt. Convaincu, Louis XVI convoque le parlement en « séance royale » pour le , en vue de lui faire accepter un emprunt de 420 millions de livres sur 5 ans. Lors de cette session, les parlementaires s'insurgent contre cette forme inusitée de « séance royale » et demande la convocation des états généraux pour 1789[106] Le roi accepte l'idée sans préciser de date et demande le vote immédiat de l'emprunt, déclarant : « J'ordonne que mon édit soit enregistré. »[55] Le duc d'Orléans lui lance : « C'est illégal ! » et le roi de lui répondre : « Si, c'est légal. C'est légal parce que je le veux ! »[107] Suite à cette séance du 19 novembre, l'emprunt quinquennal est lancé et les frondeurs sont punis : les conseillers Fréteau et Sabatier sont arrêtés et le duc d'Orléans est exilé sur ses terres de Villers-Cotterêts.

L'édit de Versailles et l'abolition de la question préalable
L'édit de tolérance de Versailles, signé par Louis XVI en 1787.

Durant l'hiver 1787 - 1788, le parlement entre dans une sorte de « trêve » puisqu'il enregistre sans difficulté plusieurs textes royaux parmi lesquels  :

Dans le même temps, Malesherbes se penche sur une possible émancipation des Juifs de France[108].

Vers la convocation des états généraux

Dans les premiers mois de 1788, Louis XVI et ses ministres Brienne et Lamoignon envisagent de cantonner les pouvoirs du parlement aux seules questions de justice et de réserver les actes royaux, édits et ordonnances au profit d'une « cour plénière » dont les membres seraient nommés par le roi[109]. S'insurgeant contre cette idée, les parlementaires anticipent cette réforme institutionnelle et publient le une Déclaration des lois fondamentales du royaume dans laquelle ils rappellent notamment qu'ils sont seuls gardiens de ces lois et que la création de nouveaux impôts est du ressort des états généraux[110]. Furieux, le roi réagit deux jours plus tard en cassant cette déclaration et en demandant l'arrestation des deux principaux instigateurs de la révolte, d'Eprémesnil et Monsabert qui, après s'être réfugiés dans l'enceinte du parlement, finissent par se rendre avant d'être emprisonnés[111].

Le , Louis XVI convoque à nouveau un lit de justice et fait enregistrer sa réforme. Lamoignon annonce le transfert d'un pan entier des compétences du parlement au grand bailliage (47 tribunaux d'appel), et de surcroît le contrôle sur les lois du royaume ne sera plus effectué que par la « Cour plénière » toujours en projet. Mais à peine l'édit du 8 mai promulgué, la plupart des parlements entrent en résistance, comme ceux de Nancy, Toulouse, Pau, Rennes, Dijon, Besançon et Grenoble ; plusieurs villes sont le théâtre d'insurrections, comme à Grenoble lors de la Journée des Tuiles du . À la date fixée pour la première séance de la Cour plénière, le peu de pairs et de ducs ayant fait le déplacement à Versailles se résignent à errer dans les couloirs du château faute de participants ; un témoin rapporte que la réforme est « morte avant d'être née. » [112]

Le , une assemblée des trois ordres du Dauphiné se réunit sans autorisation au Château de Vizille, non loin de Grenoble : l'assemblée comprend 176 membres du tiers-état, 165 membres de la noblesse et 50 membres du clergé. Emmenée par Antoine Barnave et Jean-Joseph Mounier, l'assemblée décrète le rétablissement des États du Dauphiné et réclame la tenue rapide des états généraux du royaume, avec le doublement du nombre de députés du tiers-état et l'instauration du vote par tête.

Face à ce mouvement d'une telle ampleur, le roi et Brienne annulent la création de la Cour plénière et, le , annoncent la convocation des états généraux pour le . Durant l'été 1788, l'État cesse ses paiements pour six semaines et, le 16 août, l'état de banqueroute est proclamé. Brienne démissionne le (il sera créé cardinal le 15 décembre suivant).

Le ministère Necker (1788 - 1789)

Devant la banqueroute de l’État, Louis XVI fait de nouveau appel à Necker, le . Necker prend donc le portefeuilles des finances avec le titre de directeur général des finances et, fait nouveau, est également nommé Principal ministre d'État en succédant ainsi à Brienne. Le Garde des Sceaux Lamoignon laisse quant à lui sa place à Barentin.

Désastre économique

Parallèlement à l'état de cessation des paiements et de banqueroute du royaume, le climat de l'année 1788 est calamiteux : à un été pourri ravageant les récoltes, l'hiver glacial donne des températures à moins de 20°C qui paralysent les moulins, gèlent les grands fleuves et défoncent les routes[113] Le blé manque et le peuple a faim.

Le début de l'année 1789 voit éclater en France plusieurs émeutes dont certaines sont violemment réprimées ; le prix du pain et le contexte économique en sont les principales causes. Au mois de mars, les villes de Rennes, Nantes et Cambrai sont le théâtre de violentes manifestations ; à Manosque, l'évêque est lapidé car accusé de collusion avec les accapareurs de grains[114] ; des maisons sont pillées à Marseilles. Petit à petit, les émeutes gagnent la Provence, la Franche-Comté, les Alpes et la Bretagne. Du 26 au 28 avril, l'« émeute du Boulevard Saint-Antoine » est sévèrement réprimée par les hommes du général suisse le Baron de Besenval qui, ayant reçu les ordres donnés à contre-cœur par le roi[115], fera tuer quelque 300 manifestants. C'est dans ce climat de violence qu'allaient s'ouvrir les états généraux.

Préparation des états généraux

Les parlementaires, jouissant jusque-là d'une grande popularité, vont rapidement se déconsidérer auprès de l'opinion en dévoilant imprudemment leur conservatisme. Le en effet, le Parlement de Paris et d'autres parlements avec lui demandent que les états généraux soient convoqués en trois chambres séparées votant par ordre comme ce fut le cas lors des précédents États généraux de 1614, empêchant ainsi toute réforme d'ampleur.

Louis XVI et Necker sont en revanche partisans d'une forme plus moderne en encourageant le doublement du tiers état et le vote par tête (passant ainsi à un nombre de voix par député, et non par ordre qui aurait pour effet d'opposer le tiers-état, comptant pour une voix, au clergé et à la noblesse, comptant ainsi pour deux). Ils convoquent l'Assemblée des notables le pour traiter ces deux points ; au sein de cette assemblée se distinguent déjà deux camps : celui des « patriotes » favorable au doublement du tiers et au vote par tête, et celui des « aristocrates », partisan des formes de 1614. L'assemblée des notables se réunit à Versailles à partir du 5 novembre. Hormis quelques députés tels que le comte de Provence, La Rochefoucauld et La Fayette, l'assemblée se prononce à une très large majorité en faveur des formes de 1614, les seules à être selon elle « constitutionnelles »[55]. Le roi maintient sa position et se tourne à nouveau vers les parlements, l'avis de l'assemblée des notables n'étant que consultatif.

Le , le Parlement de Paris accepte le doublement du Tiers mais ne se prononce pas sur la question du vote par ordre ou par tête. Louis XVI se fâche et déclare aux parlementaires : « c'est avec l'assemblée de la Nation que je concerterai les dispositions propres à consolider, pour toujours, l'ordre public et la prospérité de l'État. »[116] Le 12 décembre, le comte d'Artois remet à son frère le roi un mémoire condamnant le vote par tête[117]. Le 27 décembre, après que Louis XVI a dissous l'assemblée des notables, le Conseil du roi se réunit et accepte officiellement le doublement du Tiers ; le système de vote, par ordre ou par tête, n'est pas encore réglé. Le décret royal précise en outre que l'élection des députés se fera par bailliage et à la proportionnelle ; de plus, il est décidé que de simples curés, en pratique proches des idées du tiers-état, pourront représenter la noblesse.

Cahier de doléances d'Angers (1789).

Le paraissent les lettres royales donnant des précisions quant à l'élection des députés. Le roi y déclare notamment : « Nous avons besoin du concours de nos fidèles sujets pour nous aider à surmonter toutes les difficultés où nous nous trouvons. »[118] Tout français de sexe masculin âgé d'au moins 25 ans et inscrit au rôle des contributions peut prendre par au vote. Pour la noblesse et le clergé, la circonscription est le bailliage et la sénéchaussée (suivant les régions) ; pour le tiers état, le suffrage s'opère en deux degrés à la campagne (assemblées de paroisse puis assemblées de chef-lieu) et en trois degrés dans les grandes agglomérations (assemblées de corporation, assemblées de ville et assemblées de bailliage ou de sénéchaussée)[119].

Chaque assemblée de chef-lieu a pour mission de réunir les doléances dans un cahier dont un exemplaire est transmis à Versailles. La plupart des revendications qui y sont exprimées sont modérées et ne remettent pas en cause le pouvoir en place ni l'existence de la monarchie[120].

Les intellectuels (dont Marat, Camille Desmoulins, l'Abbé Grégoire et Mirabeau) s'adonnent à la rédaction de nombreux pamphlets et articles. Parmi ces publications, celle de Sieyès intitulée Qu'est-ce que le Tiers-État ? rencontre un vif succès ; l'extrait suivant est resté célèbre :

« Qu'est-ce que le Tiers-État ? Le plan de cet Écrit est assez simple. Nous avons trois questions à nous poser :
1° Qu'est-ce que le Tiers-État ? Tout.
2° Qu'a-t-il été jusqu'à présent dans l’ordre politique ? Rien.
3° Que demande-t-il ? À y devenir quelque chose. »

Le , sont reçus à Versailles l'ensemble des députés. Sur un total de 1 165, 1 139 sont présents (les députés de Paris n'étant pas encore désignés) : 291 du clergé (dont 208 simples curés), 270 de la noblesse et 578 du tiers état[121]. L'historien Jean-Christian Petitfils note que les « élus des deux premiers ordres eurent droit à l'ouverture des deux battants de la porte, tandis que ceux du tiers durent se contenter d'un seul !»[122]

Le 4 mai, soit la veille de l'ouverture des états généraux, une messe solennelle est célébrée en la cathédrale Saint-Louis en présence de la famille royale (sauf le dauphin, trop malade pour quitter sa chambre). L'homélie du célébrant, l'évêque de Nancy Monseigneur de La Fare (par ailleurs député du clergé), dure plus d'une heure. Le prélat commence par une maladresse en prononçant ces mots : « Sire, recevez les hommages du clergé, les respects de la noblesse et les très humbles supplications du tiers état. »[123] Puis il se tourne vers Marie-Antoinette et stigmatise ceux qui dilapident les deniers de l'État ; s'adressant ensuite à nouveau au roi, il déclare : « Sire, le peuple a donné des preuves non équivoques de sa patience. C'est un peuple martyr à qui la vie semble n'avoir été laissée que pour le faire souffrir plus longtemps. »[55] De retour au château, la reine s'effondre et le roi s'indigne[124]. Le lendemain, , s'ouvriront les états généraux et, par là même, la Révolution française.

Politique extérieure

Louis XVI est épaulé dans la politique étrangère par Charles Gravier de Vergennes de 1774 à la mort de ce dernier le .

Rôle de Louis XVI dans la guerre d'indépendance américaine

Le contexte
Les raisons de l'implication du roi

La détermination dont le roi a fait preuve dans l'accession à l'indépendance des États-Unis intrigue ses biographes[note 9].

La plupart d'entre eux voient dans l'implication de Louis XVI une vengeance des échecs subis par le royaume de France lors de la Guerre de Sept ans, à l'issu de laquelle le pays a perdu ses possessions d'Amérique du Nord. Ainsi, la révolte des Treize colonies survient comme une occasion inespérée de faire subir une défaite à l'adversaire.

Cependant, certains historiens et biographes comme Bernard Vincent[125] avancent une autre cause : celle de l'adhésion de Louis XVI aux idées nouvelles et son appartenance potentielle à la franc-maçonnerie : « Que dans les débuts de son règne il ait été membre de l'Ordre ou simple sympathisant ou visiteur occasionnel, l'attention mesurée mais sans doute réelle que Louis XVI voua aux débats d'idées maçonniques ne peut, lorsque vint le moment, que renforcer sa détermination à voler au secours des insurgents d'Amérique. »[126] L'action des francs-maçons n'est en effet pas anodine dans l'accès des États-Unis à l'indépendance, comme en témoigne notamment le soutien apporté par la loge française des Neuf Sœurs.

Les actions de Louis XVI dans le déroulement du conflit
Combat de la Belle Poule et de l'Aréthusa,
par Auguste-Louis de Rossel de Cercy

L'intervention de la France auprès des colons américains se déroule tout d'abord dans la clandestinité. En septembre 1775, Julien Alexandre Achard de Bonvouloir se rend sur place pour étudier les possibilités d'une assistance discrète auprès des insurgés[127]. Ces tractations aboutissent, en 1776, à la vente secrète d'armes et de munitions et par l'octroi de subsides pour deux millions de livres[128]. Beaumarchais reçoit du roi et de Vergennes l'autorisation de vendre poudre et munitions pour près d'un million de livres tournois sous le couvert de la compagnie portugaise Rodrigue Hortalez et Compagnie. L'acheminement de poudre, armes et munitions s'opère moyennant un échange avec du tabac de Virginie ; le premier convoi, capable d'armer 25 000 hommes, atteint Portsmouth (New Hampshire) en 1777 et joue un rôle crucial dans la victoire américaine de Saratoga[129].

Combat d'Ouessant, juillet 1778
Huile sur toile par Théodore Gudin

Peu après la victoire de Saratoga, le Congrès américain envoie à Paris deux émissaires pour négocier une plus grand aide française : Silas Deane et Benjamin Franklin. Rejoints par Arthur Lee, ils parviennent à signer avec Louis XVI et Vergennes deux traités engageant les deux pays : le premier, un traité « d'amitié et de commerce », dans lequel la France reconnaît l'indépendance américaine et organise une protection mutuelle des échanges maritimes ; le second, un traité d'alliance signé à Versailles le , stipulant que la France et les États-Unis feraient cause commune en cas de conflit entre la France et le Grande-Bretagne. Ce traité fut l'unique texte d'alliance signé par les États-Unis jusqu'au traité de l'Atlantique Nord du [130]. Un mois après la signature du traité, Conrad Alexandre Gérard est nommé par le roi ministre plénipotentiaire auprès du gouvernement américain ; Benjamin Franklin devient quant à lui ambassadeur de son pays à la cour de France.

La décision de s'allier avec les Américains a été prise par Louis XVI seul, de manière souveraine. En témoigne son ministre Vergennes qui, dans une lettre datée du au comte de Montmorin alors ambassadeur en Espagne, écrit : « La décision suprême a été prise par le roi. Ce n'est pas l'influence de ses ministres qui l'a décidé : l'évidence des faits, la certitude morale du danger et sa conviction l'ont seules entraîné. Je pourrais dire avec vérité que Sa Majesté nous a donné du courage à tous. »[131] Cette décision s'avère risquée à plus d'un titre pour le roi : risque de défaite, risque de banqueroute, et aussi risque de voir arriver en France en cas de victoire les idées révolutionnaires peu compatibles avec la monarchie.

Débarquement de l'armée française à Newport (Rhode Island) le 11 juillet 1780, sous le commandement du comte de Rochambeau

Les hostilités entre les forces française et britannique s'ouvrent lors du combat du 17 juin 1778 : la frégate HMS Arethusa est envoyée par la Royal Navy au large de Plouescat pour attaquer la frégate française Belle Poule. Malgré de nombreuses victimes, le royaume de France en ressort vainqueur. Louis XVI s'appuie sur cette agression britannique pour déclarer la guerre à son cousin George III du Royaume-Uni le 10 juillet suivant ; il déclare alors : « les insultes faites au pavillon français m'ont forcé de mettre un terme à la modération que je m'étais proposée et ne me permettent pas de suspendre plus longtemps les effets de mon ressentiment. »[132] Ordre est alors donné aux navires français de combattre la flotte anglaise. Le premier affrontement entre les deux flottes a lieu le  : c'est la Bataille d'Ouessant, qui voit sortir de ce combat la France victorieuse et Louis XVI adulé par son peuple.

Alors que l'Espagne et de la Hollande décident de se joindre au conflit aux côtés de la France, Louis XVI entreprend d'engager ses propres forces navales dans la Guerre d'Amérique. Parallèlement à cette nouvelle étape dans le conflit, Louis XVI signe le une déclaration de neutralité armée liguant la France, l'Espagne, la Russie, le Danemark, l'Autriche, la Prusse, le Portugal et le Royaume des Deux-Siciles contre l'Angleterre et son atteinte à la liberté des mers.

Le roi charge le comte Charles Henri d'Estaing de commander la flotte envoyée en aide aux insurgents américains. À la tête de 12 vaisseaux de ligne et de 5 frégates, il transporte avec lui plus de 10 000 marins et 1 millier de soldats. La Flotte du Levant quitte le port militaire de Toulon le pour arriver au large de Newport (Rhode Island) le 29 juillet suivant. Hormis une victoire à La Grenade, le commandement du comte d'Estaing se caractérise par une série d'échecs cuisants pour la France, illustrée notamment par le Siège de Savannah au cours de laquelle il perd 5 000 hommes.

Vue générale de la capitulation de Yorktown le 19 octobre 1781, avec le blocus de la flotte française. Le rôle de De Grasse a été essentiel dans cette victoire.

Louis XVI pense alors, sinon à envahir l'Angleterre, du moins maintenir dans la Manche les navires anglais, affaiblissant du même coup leur participation outre-Atlantique. Avec l'aide de la flotte espagnole, le roi fait donc rassembler près de Bayeux environ 4 000 hommes, le but étant de débarquer sur l'Île de Wight pour débarquer en Angleterre par Southampton. Mais la flotte franco-espagnole ne peut déloger les navires anglais chargés de protéger l'île et change donc de cap ; le dysenterie et le typhus frappent cependant les hommes, et ni le commandant de cette armée Louis Guillouet d'Orvilliers, ni son successeur Louis Charles du Chaffault de Besné ne parviennent à envahir l'Angleterre.

Sur les conseils de Vergennes, du comte d'Estaing, et de La Fayette, Louis XVI de concentrer les forces de la flotte française sur l'Amérique. C'est ainsi que Jean-Baptiste-Donatien de Vimeur de Rochambeau est placé à la tête d'un corps expéditionnaire le à la tête de 5 000 hommes. Il quitte Brest le et arrive à Newport le 10 juillet suivant. Le , Lafayette demande à Vergennes et à Louis XVI de renforcer la puissance navale française et d'accroître l'aide financière au profit des forces américaines. Le roi est convaincu du bien-fondé de ces demandes ; il octroie aux États-Unis un don de 10 millions de livres et un prêt de 16 millions et, le , il fait partir de Brest l'argent ainsi que deux cargaisons d'armes et d'équipements[133]. Quelques semaines auparavant, l'amiral de Grasse était parti de Brest à destination de la Martinique pour apporter des renforts en navires et en hommes. La tactique combinée de l'infanterie franco-américaine et de la flotte de l'amiral de Grasse permettent d'infliger de lourdes pertes à l'escadre de l'amiral Thomas Graves et par là même de la flotte britannique : la Bataille de la baie de Chesapeake puis la Bataille de Yorktown aboutissent à la défaite de l'Angleterre. Le , le général Charles Cornwallis signe la capitulation de Yorktown.

La participation du royaume de France dans la victoire des États-Unis est célébrée sur tout le territoire américain et Louis XVI n'est pas oublié : pendant des années, le roi est l'objet de manifestations enthousiastes organisées par le peuple américain[134]. Le traité de Paris, signé le entre les représentants des treize colonies américaines et les représentants britanniques, met fin à la guerre d'indépendance. Le même jour est signé le traité de Versailles entre la France, l'Espagne, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas : aux termes de cet acte est notamment l'appartenance à la France du Sénégal et de l'île de Tobago.

Impacts de l'indépendance américaine sur la France

L'indépendance américaine est sans conteste une victoire pour la France et pour son roi, lequel a largement contribué à la victoire des insurgés. Néanmoins, la naissance de ce nouveau pays a permis de faire connaître sur le sol français un exemple de démocratie qui n'a pas attendu pour mettre en application les idées nouvelles : Déclaration d'indépendance, émancipation des Noirs dans les États du Nord, droit de vote des femmes dans le New Jersey, séparation des pouvoirs, absence de religion officielle et reconnaissance de la liberté de la presse notamment. Paradoxalement, ces idées révolutionnaires que Louis XVI a contribué à faire naître en favorisant l'indépendance américaine seront à l'origine de sa chute. Car, comme le dira plus tard le journaliste Jacques Mallet du Pan, cette « inoculation américaine a infusé [l'esprit républicain] dans toutes les classes qui raisonnent. »[135]

Relations avec l'Angleterre

Relations avec l'Autriche

En 1777, le frère de Marie-Antoinette Joseph II se rend en France pour convaincre le roi de donner son appui pour que l'empire autrichien puisse annexer la Bavière et commencer le démembrement de la Turquie. Louis XVI rejette cette demande et la France, contrairement au premier partage de la Pologne intervenu en 1772, ne prend pas part au conflit.

Le traité de Teschen est signé le entre l'Autriche et la Prusse le et met fin à la Guerre de Succession de Bavière. La France et la Russie sont garants de son respect.

Louis XVI s'oppose avec fermeté aux prétentions de Joseph II du Saint-Empire concernant le réouverture des bouches de l'Escaut au commerce des Pays-Bas autrichiens, malgré les pressions que Marie-Antoinette a exercées sur son époux.

Relations avec la Suisse

À partir de 1782, une coalition de rebelles prend le pouvoir en Suisse. La France, contrairement à ce qu'elle avait fait pour les États-Unis, contribue à la répression de cette rébellion et envoie des renforts pour rétablir le pouvoir en place. Vergennes justifie cette intervention en affirmant qu'il fallait éviter que Genève ne devienne « une école de sédition »[136].

Relations avec la Hollande

En juillet 1784 éclate en Hollande la révolte des « patriotes » demandant au stathouder Guillaume V d'Orange-Nassau qu'il renvoie le conservateur duc de Brunswick. La France prend le parti des « patriotes » et les soutient toujours lorsque Guillaume V est destitué en septembre 1786. Seulement, ce dernier est rétabli dans ses fonctions en 1787 : les « patriotes » sont écrasés et la France essuie un échec diplomatique cinglant.

Il poursuit la politique traditionnelle française d'appuyer des missions catholiques au Proche-Orient. Face au vide créé par l'interdiction de la Compagnie de Jésus (les Jésuites) en 1773, il choisit les Lazaristes pour les remplacer dans les missions en territoire ottoman. Le Pape Pie VI accepte ce changement, symbolisé par la prise en charge du centre des missions catholiques en Orient, le Lycée Saint-Benoît à Istanbul, par la Congrégation de la Mission de Saint Vincent de Paul, le . Il reconnait comme valide les actes de naissances, mariages, décès de ses sujets protestants en 1788 (Édit de Tolérance).

Le règne sous la Révolution (1789-1792)

Les États généraux

Article détaillé : États généraux de 1789.

Ouverture (5 mai 1789)

Ouverture des États généraux à Versailles, 5 mai 1789, Auguste Couder, 1839, Musée de l'Histoire de France (Versailles).

Les états généraux s'ouvrent le vers 13 heures par une séance solennelle d'ouverture dans la salle des Menus Plaisirs à Versailles. Le roi trône au fond de la salle ; à sa gauche siègent les membres de la noblesse, à sa droite ceux du clergé et, en face, sont assis ceux du tiers-état. Louis XVI a revêtu pour l'occasion le manteau fleurdelysé de l'Ordre du Saint-Esprit et un chapeau à plumes où luit notamment le Régent[137].

La cérémonie débute par un bref discours du roi dans lequel il déclare notamment : « Messieurs, le jour que mon cœur attendait depuis longtemps est enfin arrivé, et je me vois entouré des représentants de la Nation à laquelle je me fais gloire de commander. »[138] Il expose ensuite brièvement le cap de redressement des finances mais prévient toute tentative de réforme effrénée : « Une inquiétude générale, un désir exagéré d'innovations se sont emparés des esprits, et finiraient par égarer totalement les opinions si on ne se hâtait de les fixer par une réunion d'avis sages et éclairés. »[139]

Sous un tonnerre d'applaudissements[140], le roi laisse la parole au Garde des Sceaux Barentin. Ce dernier fait l'éloge du souverain, rappelant que les français ont grâce à lui une presse libre, qu'ils ont fait leur l'idée d'égalité, et qu'ils sont prêts à fraterniser [141]; mais dans sa déclaration ne sont traités ni le mode de votation des trois ordre, ni l'état des finances du royaume.

Puis vient le tour de Necker. Durant un discours de plus de 3 heures (prononcé par un assistant au bout de quelques minutes), il se perd dans de vaines flatteries et rappelle l'existence du déficit de 56 millions de livres. Ne présentant aucun plan d'ensemble et n'annonçant rien de nouveau, il déçoit son auditoire. Il affirme enfin sa position concernant le mode de votation, en se prononçant en faveur du vote par ordre.

Le roi lève enfin la séance. Pour beaucoup de députés, cette journée fut ennuyeuse et décevante[142].

Débats autour du mode de votation

Le 6 mai, les députés du tiers état se réunissent dans la grande salle et prennent, comme en Angleterre, le nom de communes[143]. Ils proposent au clergé et à la noblesse, qui dans l'immédiat votent séparément, de procéder ensemble à la vérification des pouvoirs des députés, mais ils se heurtent à un refus des deux ordres.

Le 11 mai, les députés de la noblesse décident, par 141 voix contre 47, de se constituer en chambre séparée et de vérifier de cette manière les pouvoirs de ses membres. La décision est plus nuancée chez le clergé où, à un écart de quelques voix, il est également décidé de siéger séparément (133 pour et 114 contre). Des conciliateurs sont désignés pour atténuer les divergences mais ils avouent leur échec le 23 mai.

Le 24 mai, Louis XVI demande en personne que les efforts de conciliation se poursuivent. Il ne peut cependant pas dialoguer directement avec les membres du tiers, puisque Barentin joue le rôle d'intermédiaire, qui plus est plutôt favorable aux prétentions de la cour.

Le 4 juin, le dauphin Louis-Joseph de France, meurt à l'âge de 7 ans. Le couple royal est très affecté par la disparition du prétendant au trône, mais cet événement survient dans l'indifférence générale[144]. Son petit frère Louis de France, futur Louis XVII, porte désormais à 4 ans le titre de dauphin.

Proclamation de l'assemblée nationale (17 juin 1789)

Article détaillé : Assemblée constituante de 1789.

Le 17 juin, les députés du Tiers prennent acte du refus de la noblesse de se joindre à eux. Forts de l'appui de plus en plus présent du clergé (plusieurs membres les rejoignent quotidiennement), et estimant représenter « les quatre-vingt-seize centièmes au moins de la nation »[145], ils décident par l'intermédiaire du représentant qu'ils ont élu, le mathématicien et astronome Jean Sylvain Bailly, de s'autoproclamer assemblée nationale et de déclarer purement et simplement illégale la création de tout nouvel impôt sans leur accord. La constitution de cette assemblée, proposée par Sieyès, est votée par 491 voix contre 89.

Le 19 juin, le clergé décide de se joindre au tiers état. Le même jour, le roi s'entretient avec Necker et Barentin. Necker propose un plan de réformes proche des revendications du Tiers : vote par tête et égalité de tous devant l'impôt notamment. Barentin, quant à lui, demande au roi de ne pas céder face aux revendications et lui déclare : « Ne pas sévir, c'est dégrader la dignité du trône. »[146] Le roi ne décide rien pour le moment et propose la tenue d'une « séance royale » le 23 juin où il exprimera ses volontés.

Serment du Jeu de paume (20 juin 1789)

Article détaillé : Serment du Jeu de paume.
Les députés du Tiers demandent qu'on les laisse entrer dans l'hôtel des Menus Plaisirs, Lucien-Étienne Mélingue

Le 20 juin, les députés du Tiers découvrent que la salle des Menus Plaisirs est close et barrée par des gardes-françaises. Officiellement, on y prépare l'assemblée du 23 juin ; en réalité, Louis XVI a décidé de fermer la salle puisque, non seulement écrasé par le deuil de la mort du dauphin mais surtout influencé par la reine, Barentin et d'autres ministres, il se sent trahi par un tiers état qui lui échappe et ne souhaite pas de réunion jusqu'à l'assemblée du 23[147].

Le Serment du Jeu de Paume, 20 juin 1789, Louis-Charles-Auguste Couder (1790–1873), 1848, Musée de l'Histoire de France (Versailles).

Les députés du Tiers décident alors, sur proposition du célèbre docteur Guillotin, de trouver une autre salle pour se réunir. C'est alors qu'il entrent dans la salle du Jeu de paume, située à deux pas. C'est dans cette salle que l'assemblée, à l'initiative de Jean-Joseph Mounier[148], se déclare « appelée à fixer la constitution du royaume » puis, à l'unanimité sauf une voix, elle prêt le serment de ne « jamais se séparer » tant qu'une nouvelle constitution ne sera pas donnée au royaume de France. Elle déclare enfin que « partout où ses membres sont réunis, là est l'Assemblée nationale ! »[149]

Le 21 juin, Louis tient un conseil d'État à l'issue duquel le plan proposé par Necker le 19 juin est repoussé, malgré le soutien des ministres Montmorin, Saint-Priest et La Luzerne.

Séance royale (23 juin 1789)

Article détaillé : Séance royale du 23 juin 1789.
Mirabeau répondant à Dreux-Brézé, burin gravé en 1889 par Alphonse Lamotte d'après le haut-relief de Jules Dalou (Salon de 1883).

La séance royale décidée par le roi s'ouvre dans la grande salle de l'Hôtel des Menus Plaisirs, en l'absence de Jacques Necker mais en présence d'une troupe largement déployée pour l'occasion. Louis XVI y prononce un bref discours dans lequel il fait part de ses décisions. Constatant le manque de résultats des états généraux, il rappelle les députés à l'ordre : « Je dois au bien commun de mon royaume, je me dois à moi-même de faire cesser vos funeste divisions ». Il déclare être favorable à l'égalité devant l'impôt, à la liberté individuelle, à la liberté de la presse et à la disparition du servage ; en revanche, il déclare nulle la proclamation de l'assemblée nationale du 17 juin et maintient sa volonté de faire voter les trois ordres séparément. Il rappelle enfin qu'il incarne la seule autorité légitime du royaume : « Si, par une fatalité loin de ma pensée, vous m'abandonniez dans une si belle entreprise, seul je ferais le bien de mes peuples, seul me considérerais comme leur véritable représentant. »[55] La séance est levée et les députés sont priés de sortir.

Les députés de la noblesse et la majorité de ceux du clergé quittent alors la salle ; les députés du Tiers sont, quant à eux, tendus et intrigués par la présence massive des troupes. Au bout de plusieurs minutes de flottement, le député d'Aix Mirabeau intervient et s'adresse à la salle : « Messieurs, j'avoue que ce que vous venez d'entendre pourrait être le salut de la patrie, si les présents du despotisme n'étaient toujours dangereux. Quelle est cette insultante dictature ? L'appareil des armes, la violation du temple national pour vous commander d'être heureux ! [...] Catilina est-il à nos portes ![55] » Face au tumulte provoqué par cette harangue, le grand maître des cérémonies Henri-Évrard de Dreux-Brézé s'adresse alors à Bailly, doyen de l'Assemblée et du Tiers, pour lui rappeler l'ordre du roi. Le député rétorque: « La Nation assemblée ne peut recevoir d'ordre ». C'est alors que Mirabeau s'interpose et lui répond cette célèbre phrase : « Allez dire à ceux qui vous ont envoyé que nous sommes ici par la volonté du peuple et que nous n'en sortirons que par la puissance des baïonnettes[150]. » Informé de l'incident, Louis XVI aurait alors lâché : « Ils veulent rester, eh bien, foutre, qu'ils restent ![55] »

Défection de l'armée

Le surlendemain 25 juin, la majorité des députés du clergé et 47 députés de la noblesse (dont le duc d'Orléans, cousin du roi) se joignent au Tiers état. Louis XVI cherche à donner le change et ordonne « à son fidèle clergé et à sa fidèle noblesse[151] » de se joindre au Tiers ; paradoxalement, il fait déployer autour de Versailles et de Paris trois régiments d'infanterie, officiellement pour protéger la tenue des états généraux, mais en réalité pour pouvoir disperser les députés par la force si cela s'avère nécessaire[152]. Seulement, plusieurs compagnies refusent de se soumettre aux ordres et certains soldats jettent leurs armes avant de venir dans les jardins du Palais-Royal se faire applaudir par la foule. Les « patriotes » parisiens suivent de près les mouvements de l'armée et, lorsqu'une quinzaine de grenadiers insoumis sont enfermés dans la prison abbatiale de Saint-Germain-des-Prés, 300 personnes viennent les libérer : « Les hussards et les dragons envoyés pour rétablir l'ordre crient "Vive la Nation !" et refusent de charger la foule. »[153].

Louis XVI mobilise alors autour de Paris 10 nouveaux régiments. Le 8 juillet, Mirabeau demande au roi d'éloigner les troupes étrangères (suisses et allemands), ce à quoi le souverain rétorque que son seul but est de protéger les élus ; pour se faire, il propose même de transférer la siège de l'assemblée nationale à Noyon ou Soissons[154].

L'Assemblée nationale constituante (9 juillet 1789 - 1er octobre 1791)

Renvoi de Necker (11 juillet 1789)

L'Assemblée nationale promulguée le prend le nom de Constituante le 9 juillet. Pendant ce temps, le roi renvoie Necker (dont il a peu apprécié l'absence lors de la séance royale du 23 juin) pour le remplacer par le baron de Breteuil, monarchiste convaincu. Il appelle le maréchal de Broglie au poste de Maréchal général des camps et armées du roi, réinstauré pour faire face aux événements.

Prise de la Bastille (14 juillet 1789)

La Prise de la Bastille.

L'annonce du renvoi de Necker et de la nomination de Breteuil et de Broglie mettent Paris en effervescence. Le 12 juillet, debout sur une table de café aux alentours du Palais-Royal, le journaliste Camille Desmoulins harangue la foule : « Monsieur Necker est renvoyé. Ce renvoi est le tocsin d'une Saint-Barthélémy des patriotes. Ce soir, tous les bataillons suisses et allemands sortiront du Champ-de-Mars pour nous égorger. Il ne nous reste qu'une ressource, c'est de courir aux armes ! »[155] À partir de ce moment, les manifestations se multiplient à Paris ; une d'entre elles est réprimée aux Tuileries, faisant un mort côté manifestants[156].

« C’est ainsi que l’on se venge des traitres. »
Gravure de 1789 dépeignant des soldats ou des miliciens portant les têtes de Jacques de Flesselles et du marquis de Launay sur des piques.

Le 13 juillet, les 407 grands électeurs de Paris (qui avaient élu leurs députés pour les états généraux) se réunissent à l'Hôtel de ville de Paris pour se constituer « comité permanent ». Ils fondent une milice de 48 000 hommes encadrée par des gardes-françaises et adoptent comme signe de reconnaissance la cocarde rouge et bleu, aux couleurs de la ville de Paris (le bleu n'est pas encore intégré à la cocarde).

Il ne reste plus qu'à trouver des armes. Le 14 juillet, une foule estimée à 40 000 - 50 000 personnes[157] se présente devant l'Hôtel des Invalides. Les officiers réunis sous les ordres de Besenval sur le Champ-de-Mars refusent à l'unanimité de charger contre les manifestants. C'est ainsi que ces derniers s'empare librement à l'intérieur des Invalides d'environ 40 000 fusils, un mortier et une demi-douzaine de canons[158]. Il ne manque plus de la poudre et des balles, et l'idée se répand que la forteresse de la Bastille en regorge.

Vers 10h30, une délégation des électeurs de Paris se rend auprès du gouverneur de la prison Bernard-René Jordan de Launay pour négocier la remise des armes demandées. Après deux refus, Launay fait sauter 250 barils de poudre ; l'explosion est considérée à tort comme un charge contre les assaillants. Soudain, un ancien sergent des gardes suisses entouré de 61 gardes-françaises arrive des Invalides avec les canons volés et les place en position d'attaque contre la Bastille. La forteresse capitule, la foule s'y engouffre en libérant les 7 prisonniers enfermés et s'empare des munitions. La garnison de la Bastille, après avoir massacré une centaine d'émeutiers, et conduite à l'Hôtel de ville tandis que la tête de Launay, décapité sur le trajet, est exposée sur une pique. Ignorant tout des événements, Louis XVI ordonne trop tard que les troupes stationnées autour de Paris évacuent la capitale.

Le lendemain 15 juillet, le roi apprend à son réveil du grand-maître de la garde robe François XII de La Rochefoucauld les événements de la veille. Selon la tradition, le roi lui demande : « C'est une révolte ? » Et le duc de La Rochefoucauld de répondre : « Non, Sire, c'est une révolution »[159].

À partir de ce jour, la Révolution est irréversiblement enclenchée. Louis XVI, qui ne peut choisir qu'entre la guerre civile et la résignation, consent à capituler devant les événements.

Toujours le 15 juillet, le roi se rend à l'Assemblée pour confirmer aux députés qu'il a ordonné aux troupes de se retirer des alentours de Paris. Sous les applaudissements des députés, il conclut sa venue en disant : « Je sais qu'on a osé publier que vos personnes n'étaient point en sûreté. Serait-il donc nécessaire de vous rassurer sur des bruits aussi coupables, démentis d'avance par mon caractère connu ? Eh bien, c'est moi qui ne suis qu'un avec la Nation qui me fie à vous : aidez-moi en cette circonstance à assurer le salut de l'État ; je l'attends de l'Assemblée nationale[160]. » En s'adressant directement à l'Assemblée nationale, Louis XVI vient de reconnaître officiellement son existence et sa légitimité. Aussitôt, une importante délégation conduite par Bailly se rend à l'Hôtel de ville de Paris pour annoncer au peuple les dispositions du roi et ramener le calme dans la capitale. Dans une ambiance festive et dansante, Bailly est nommé maire de Paris et La Fayette est élu par l'Assemblée commandant de la Garde nationale.

Rappel de Necker et adoption de la cocarde tricolore par le roi (16 et 17 juillet 1789)

Cocarde plissée bleu-blanc-rouge

Le 16 juillet, le roi tient un conseil en présence de la reine et de ses deux frères. Le comte d'Artois et Marie-Antoinette demandent au roi de transférer la cour à Metz pour plus de sécurité mais le souverain, soutenu par le comte de Provence, la maintient à Versailles[161]. Il regrettera plus tard de ne pas s'être éloigné de l'épicentre de la Révolution[162]. Il annonce en outre dans ce conseil qu'il va rappeler Necker et donne l'ordre à Artois (dont il reproche la philosophie répressive) de quitter le royaume, faisant du futur Charles X l'un des tout premiers émigrés de la Révolution.

Le 17 juillet, Louis XVI prend la route de Paris pour aller à la rencontre de son peuple. Accompagné d'une centaine de députés, il a choisi de se rendre à l'Hôtel de ville, devenu le centre symbolique de la contestation populaire. Il est reçu par le nouveau maire, Bailly, sous les cris de « Vive la Nation ! » et il se fait apposer sur son chapeau la cocarde tricolore. Il pénètre ensuite dans l'édifice en passant sous la voûte formée par les épées des gardes nationaux. C'est alors que le président du collège électoral, Moreau de Saint-Méry, le complimente : « Le trône des rois n'est jamais plus solide que lorsqu'il a pour base l'amour et la fidélité des peuples[163]. » Le roi improvise alors un petit discours au cours duquel il déclare approuver les nominations de Bailly et La Fayette ; se montrant alors à la foule qui l'acclame en contrebas, il lance à Saint-Méry : « Mon peuple peut toujours compter sur mon amour[164]. » Enfin, à la demande de l'avocat Louis Éthis de Corny, on vote l'érection d'un monument à Louis XVI à l'emplacement même de la Bastille[165].

Comme le note l'historien Bernard Vincent en commentant cette réception à l'Hôtel de ville : « Avec la prise de la Bastille, le pouvoir suprême venait bel et bien de changer de camp[166] »

Grande Peur (19 juillet - 6 août 1789)

Article détaillé : Grande Peur.

L'Assemblée nationale régnant désormais sur le pays, les intendants du roi quittent leur poste dans les provinces. Une grande peur gagne alors la paysannerie française : on craint en effet que les seigneurs, pour se venger des événements survenus à Paris, ne mandatent des « brigands » contre le peuple des campagnes.

Ajoutée à la faim et à la crainte des accapareurs de blé, la grande peur incite les paysans à créer des milices un peu partout en France. À défaut de tuer les brigands imaginaires, les membres de la milice incendient les châteaux et massacrent des comtes notamment. L'Assemblée, hésitante face à ces exactions, décide de calmer le jeu. Néanmoins, la peur gagne la ville de Paris où, le 22 juillet, le conseiller d'État Joseph François Foullon et son gendre Berthier de Sauvigny sont massacrés sur la Place de Grève.

Abolition des privilèges (4 août 1789)

Article détaillé : Nuit du 4 août 1789.

L'Assemblée législative (1er octobre 1791 - 21 septembre 1792)

Le monarque constitutionnel

Louis XVI jurant fidélité à la Constitution en 1790 (tableau de Nicolas Guy Brenet).
Article détaillé : Révolution française.

Après la prise de la Bastille, le roi se rend de son plein gré à Paris, le 17 juillet, où il est accueilli par le maire de la nouvelle municipalité, Bailly. Le roi accepte la cocarde bleue et rouge (aux couleurs de la ville de Paris) que lui offre Bailly et la place sur son couvre-chef orné de blanc. Par cette visite et ce geste, le roi entérine ainsi les conséquences de la journée révolutionnaire du 14 juillet. Dès lors, l'abolition des privilèges fut votée dans la nuit du 4 août, et le 26 août la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen est adoptée. Toutefois, ce n'est que le 5 octobre que le roi accepte de signer les décrets consacrant les décisions prises en août. À la suite de quoi, une foule venue de Paris, majoritairement composée de femmes, après avoir envahi la résidence royale (le château de Versailles) exige le transfert de la famille royale au Palais des Tuileries en plein centre de Paris.

Article détaillé : Journées des 5 et 6 octobre 1789.

Après l'avoir proclamé « Restaurateur de la Liberté Française[167],[168] », l'Assemblée nationale décréta le , lors de la discussion sur le mode de promulgation des lois, que la formule serait : « Louis, par la grâce de Dieu et la loi constitutionnelle de l'État, roi des Français à tous présents et à venir, salut ». Pour certains, le nouveau titre du chef de l'État serait donc « roi des Français » à partir de cette date. Rien pourtant d'anormal qu'à partir du , il fit commencer ses actes officiels (lettres patentes, lois, etc.) par la formule « Louis, par la grâce de Dieu, et par la Loi constitutionnelle de l'État, roi des Français », puisqu'il se conformait à la formule de promulgation qui avait été décrétée le 10 octobre par l'Assemblée constituante. Le nouveau sceau royal, utilisé à partir de février 1790, porta l'inscription : « Louis XVI par la grâce de Dieu et par la loy constitutionnelle de l'État Roy des François ». Le , lors de la fête de la Fédération, sur le Champ-de-Mars, le roi, La Fayette et le peuple de Paris (260 000 Parisiens et 14 000 Fédérés) prêtent serment « d'être à jamais fidèle à la nation, à la loi et au roi » et le 21 octobre de la même année, le drapeau tricolore remplace le drapeau blanc qui était la couleur de l'étendard royal.

Le roi des Français

Joseph II au « roi des Français » : « Que fais-tu là, beau-frère ? — Je sanctionne. »

Pour d'autres, il n'aurait été déclaré roi des Français que par la Constitution du 3 septembre 1791 (texte intégral) (chapitre II, article 2 : « le seul titre du roi est Roi des Français »), « acceptée » par le roi le . Les pouvoirs du roi y sont en effet limités et précisés. Louis XVI n'est plus roi par la grâce de Dieu, mais roi des Français, c'est-à-dire non plus un souverain de droit divin, mais en quelque sorte le chef, le premier représentant du peuple français. Il conserve la totalité des pouvoirs exécutifs, qu'il exerce en vertu de la loi humaine[169]. Cette constitution maintenait en outre le changement du titre du dauphin en « prince royal » (qui avait eu lieu le 14 août 1791).

Le , Louis XVI jure fidélité à ladite constitution.

L'épisode de la fuite du roi et de son arrestation à Varennes est célèbre. Un plan de fuite avait été étudié par la reine à la fin de l'année 1790. En avril 1791, les événements entraînent sa réalisation. Une manifestation l'empêche physiquement de se rendre au château de Saint-Cloud. Les révolutionnaires s'opposent en effet à ce qu'il fasse ses Pâques avec un prêtre réfractaire à la constitution civile du clergé. Le roi se décide alors à quitter la ville de Paris le 20 juin avec sa femme, sa sœur et ses deux enfants, Marie-Thérèse et Louis-Charles. Il est arrêté à Varennes-en-Argonne le 21 juin malgré la présence de 60 hussards de Lauzun.

Un document intitulé Déclaration à tous les Français, rédigé par Louis XVI afin d'expliquer ce départ de Paris[170] qu'il avait laissé au Tuileries, a été bloqué d'abord par la Fayette puis censuré par l'Assemblée. Il ne fut jamais diffusé dans son intégralité. D'une part, Louis XVI y dénonce les Jacobins et leur emprise croissante sur la société française. D'autre part, il y explique sa volonté : une monarchie constitutionnelle avec un exécutif puissant et autonome vis-à-vis de l'Assemblée. Ce document historique majeur, traditionnellement appelé « le testament politique de Louis XVI » a été redécouvert en mai 2009[171]. Il est au Musée des lettres et manuscrits à Paris. Le roi commente son sentiment sur la révolution, en critique certaines conséquences sans pour autant rejeter les réformes importantes comme l'abolition des ordres et l'égalité civile.

Cet épisode de la fuite de Varennes sera exploité par les partisans d'une République (les caricaturistes révolutionnaires s'en donneront à cœur joie) et l'idée d'en finir avec la monarchie prend plus d'ampleur, surtout lors de l'épisode de la fusillade du Champ-de-Mars. Néanmoins l'Assemblée met tout de suite hors de cause le roi en maintenant la version d'un enlèvement, et vote même le 7 juillet 1791 un décret interdisant de parler de république.

Appel nominal sur le jugement de Louis XVI, supplément au numéro 77 du journal Le Républicain, première page

Un mouvement important parmi les révolutionnaires[réf. nécessaire] commence à réclamer le départ du roi. Des Cordeliers rédigent plusieurs pétitions contre lui, soutenus par des journaux comme le Républicain. Certains Jacobins décident de suivre les Cordeliers, ce qui crée une rupture en leur sein. Une partie de leurs membres créèrent le club des Feuillants. Cependant le roi bénéficie toujours du soutien d'une importante partie de la population, comme le montre les nombreuses lettres de soutien qui lui sont adressées[172]. C'est dans ce contexte que la constitution du , évoquée ci-dessus, est proclamée.

Le jeu politique extrêmement complexe de l'année qui suit conduit à la déchéance du roi. Le pays subit de très fortes tensions. Dans les campagnes, les récoltes sont bonnes, mais la politique conduite par l'Assemblée entraîne une pénurie alimentaire et de nombreuses émeutes, malgré des réserves souvent excédentaires. Les paysans les plus pauvres sont particulièrement touchés. La suppression de la dîme correspond aussi à la baisse des aides que l'Église dispensait à ceux-ci[note 10],[note 11]. D'autre part, la fin de la « copropriété »[note 12],[173], selon le mot de l'historien Albert Soboul, est une catastrophe pour ses paysans. En plus de ces tensions sociales, la guerre est le principal facteur des difficultés de la monarchie.

Cette guerre voulue par tous les partis est acceptée par le roi qui semble, à partir de là, jouer « la politique du pire », envisageant la défaite des Girondins comme l'occasion de rétablir un régime moins révolutionnaire. Cependant, le roi met son veto à des décrets plus radicaux[note 13], notamment à la loi du [174], qui déporte et dénaturalise tout prêtre réfractaire sur dénonciation de 20 citoyens ou de un seul en cas de « crise grave ». Les débats qui s'ensuivent (tournant parfois à l'émeute, comme celle du 20 juin auquel le roi fait face), les menaces maladroites des armées étrangères inspirées par les émigrés et les émeutes organisées par les révolutionnaires poussent l'Assemblée législative à décréter la suspension du roi.

Abolition de la Monarchie et derniers mois de Louis Capet (21 septembre 1792 - 21 janvier 1793)

L'emprisonnement à la maison du Temple

Louis XVI enfermé à la Tour du temple, par Jean-François Garneray (1755–1837)

Louis XVI est donc suspendu par l'Assemblée le , après un coup d’État, lors de la prise du palais des Tuileries par le peuple de Paris. Le 11 août, la famille royale est emmenée et enfermée à la prison du Temple. La Convention nationale décrète, lors de sa première séance le que « la royauté est abolie en France » et que « l'An I de la République française » partira du . Louis XVI perd alors tous ses titres, les autorités révolutionnaires le désignent sous le nom de Louis Capet (en références à Hugues Capet, dont le surnom est considéré, de manière erronée, comme un nom de famille). Les décrets bloqués par le veto de Louis XVI sont alors appliqués : en juin-juillet sont arrêtés et souvent massacré des prêtres réfractaires dans toute la France[note 14].

Le procès

Gravure de 1791: tête de Louis XVI sur un porc.

Le procès de l'ancien roi, jugé comme un citoyen ordinaire et désormais appelé sous le nom de Citoyen Capet, s'ouvre le .

À partir de ce jour, il sera séparé du reste de sa famille pour vivre isolé dans un appartement du deuxième étage de la maison du Temple, avec pour seule compagnie celle de son valet, Jean-Baptiste Cléry. Son logement, sensiblement le même que celui dans lequel il vivait avec les siens à l'étage supérieur, mesure environ 65 m2 et comprend quatre pièces : l'antichambre où se relaient les gardes et dans laquelle a été accrochée un exemplaire de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, la chambre à coucher du roi, la salle à manger et la chambre du valet.

Louis Capet est déclaré coupable de « conspiration contre la liberté publique et la sûreté générale de l'État » par la Convention nationale (auto-instituée en tribunal) lors d'un premier vote le , par 707 voix pour 718 votants.

Puis, avec une majorité étroite, condamné à mort au manège du château des Tuileries, à la suite de la « séance permanente du mercredi 16 et du jeudi  » et du scrutin rectificatif du 18. Un vote nominal, suivi d'une justification des votants à la tribune, aboutit à la peine de mort. Sur 721 votants, 361 votent la mort sans condition, 26 la mort avec l'amendement Mailhe, 44 avec diverses modalités de sursis, 290 en faveur de peines alternatives (détention, bannissement, fers).

Morisson (de La Bassetière), seul député royaliste de la Vendée, ne vota pas, considérant que juger le roi était un sacrilège.

Vergniaud, ajoutant aux 361 votes inconditionnels les 26 favorables à l'amendement Mailhe, annonça 387 pour la mort.

La majorité requise étant de 361 voix, la Convention proclame donc l’exécution du roi sans la différer. Ce dernier scrutin ne souffrit cependant pas de contestations du fait de sa nature nominale.

On commence à le surnommer « Louis le dernier »[175].

Le 19 janvier a lieu un nouvel appel nominal : « Sera-t-il sursis à l'exécution du jugement de Louis Capet ? ». Le vote est terminé le 20 à 2 h du matin : sur 690 suffrages, 310 sont pour, 380 contre.

Le 20 janvier, Louis XVI écrit à la Convention :

« Je demande un délai de trois jour pour pouvoir me preparer à paraître devant Dieu. Je demande pour cela de pourvoir voir la personne que j'indiquerai aux commissaires de la Commune et que cette personne soit à l'abri de toutte inquiétude et de toutte crainte pour cet acte de charité qu'elle remplira auprès de moi Je demande d'estre délivré de la surveillance perpétuelle que le Conseil Général a établi depuis plusieurs jours
Je demande dans cet intervalle à pouvoir voir ma famille quand je le demanderai et sans témoins. Je désirerois bien que la Convention Nationale s'occupat tout de suite du sort de ma famille, et qu'elle lui permit de se retirer librement et convenablement où elle le juge utile et à propos
je recommende à la bienfaisance de la Nation touttes les personnes qui m'etoient attachés. Il y en a beaucoup qui avoient mis toute leur forture dans leurs charges, et qui n'aient plus d'appointements doivent estre dans le besoin et mesme de celles qui ne vivoient que de leurs appointements. Dans les pensionnaires il y a beaucoup de vieillards, de femmes et d'enfants qui n'avoient que cela pour vivre

Signé Louis »

Ce délai lui est refusé, mais il peut faire ses adieux à sa famille et se confesser à un prêtre insermenté, l'abbé Henri Edgeworth de Firmont.

L'exécution (21 janvier 1793)

Article détaillé : Exécution de Louis XVI.
Monuments funéraires à la mémoire de Louis XVI et de Marie-Antoinette, basilique Saint-Denis.

Louis XVI est guillotiné le lundi à Paris, place de la Révolution (actuelle place de la Concorde). Avec son confesseur l'abbé Edgeworth de Firmont, le roi monte à l'échafaud. Le couperet tombe à 10 heures 22, sous les yeux notamment de cinq ministres du conseil exécutif provisoire.

Selon son bourreau, il déclare lors de son installation sur l'échafaud : « Peuple, je meurs innocent ! », puis au bourreau Sanson et ses assistants « Messieurs, je suis innocent de tout ce dont on m'inculpe. Je souhaite que mon sang puisse cimenter le bonheur des Français. ».

Dans son ouvrage Le Nouveau Paris, paru en 1798, l'écrivain et essayiste politique Louis Sébastien Mercier raconte l'exécution de Louis XVI en ces termes : « […] est-ce bien le même homme que je vois bousculé par quatre valets de bourreau, déshabillé de force, dont le tambour étouffe la voix, garrotté à une planche, se débattant encore, et recevant si mal le coup de la guillotine qu'il n'eut pas le col mais l'occiput et la mâchoire horriblement coupés ? »

Il est enterré au cimetière de la Madeleine, rue d'Anjou-Saint-Honoré, dans une fosse commune et recouvert de chaux vive. Les 18 et 19 janvier 1815, Louis XVIII fait exhumer ses restes et ceux de Marie-Antoinette pour les faire inhumer à la basilique Saint-Denis le 21 janvier. En outre, il fait édifier en leur mémoire la Chapelle expiatoire à l'emplacement du cimetière de la Madeleine.

Le , place de la Concorde, Charles X pose la première pierre du monument à la mémoire de Louis XVI. Mais la statue ne sera en fait jamais édifiée. Son socle servira de base à l'obélisque de Louxor dressé en 1836. L'actuel pont de la Concorde portait le nom de Louis XVI avant la Révolution.

Acte de décès de Louis XVI dans l'état civil de Paris

L'acte de décès de Louis XVI est rédigé le . L'original de l'acte a disparu lors de la destruction des archives de Paris en 1871 mais il avait été recopié par des archivistes. Voici ce que dit le texte :

Du lundi 18 mars 1793, l'an Second de la République française.
Acte de décès de Louis CAPET, du 21 janvier dernier, dix heures vingt-deux minutes du matin ; profession, dernier Roy des Français, âgé de trente-neuf ans, natif de Versailles, paroisse Notre-Dame, domicilié à Paris, tour du Temple ; marié à Marie-Antoinette d'Autriche, ledit Louis Capet exécuté sur la Place de la Révolution en vertu des décrets de la Convention nationale des quinze, seize et dix-neuf dudit mois de janvier, en présence 1° de Jean-Antoine Lefèvre, suppléant du procureur général sindic du département de Paris, et d'Antoine Momoro, tous deux membres du directoire dudit département et commissaires en cette partie du conseil général du même département ; 2° de François-Pierre Salais et de François-Germain Isabeau, commissaires nommés par le conseil exécutif provisoire, à l'effet d'assister à ladite exécution et d'en dresser procès-verbal, ce qu'ils ont fait ; et 3° de Jacques-Claude Bernard et de Jacques Roux, tous deux commissaires de la municipalité de Paris, nommés par elle pour assister à cette exécution ; vu le procès-verbal de ladite exécution dudit jour 21 janvier dernier, signé Grouville, secrétaire du conseil exécutif provisoire, envoyé aux officiers publics de la municipalité de Paris cejourd'huy, sur la demande qu'ils en avaient précédemment faite au ministère de la justice, ledit procès-verbal déposé aux Archives de l'état civil ;
Pierre-Jacques Legrand, officier public (signé) Le Grand
[176].

Généalogie

Ascendance

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
16. Louis de France
 
 
 
 
 
 
 
8. Louis de France
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
17. Marie Anne Christine de Bavière
 
 
 
 
 
 
 
4. Louis XV
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
18. Victor-Amédée II de Savoie
 
 
 
 
 
 
 
9. Marie-Adélaïde de Savoie
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
19. Anne Marie d'Orléans
 
 
 
 
 
 
 
2. Louis de France
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
20. Rafal Leszczynski (en)
 
 
 
 
 
 
 
10. Stanislas Leszczynski
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
21. Anna Jablonowska
 
 
 
 
 
 
 
5. Marie Leszczynska
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
22. Jan Karol Opalinski
 
 
 
 
 
 
 
11. Catherine Opalinska
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
23. Zofia Anna Czarnkowska
 
 
 
 
 
 
 
1. Louis XVI
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
24. Jean-Georges III de Saxe
 
 
 
 
 
 
 
12. Auguste II de Pologne
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
25. Anne Sophie de Danemark
 
 
 
 
 
 
 
6. Auguste III de Pologne
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
26. Christian II Ernest de Brandebourg-Bayreuth
 
 
 
 
 
 
 
13. Eberhardine de Brandebourg-Bayreuth
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
27. Sophie Louise de Wurtemberg
 
 
 
 
 
 
 
3. Marie-Josèphe de Saxe
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
28. Léopold Ier du Saint-Empire
 
 
 
 
 
 
 
14. Joseph Ier du Saint-Empire
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
29. Eléonore de Neubourg
 
 
 
 
 
 
 
7. Marie-Josèphe d'Autriche
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
30. Jean-Frédéric de Hanovre
 
 
 
 
 
 
 
15. Wilhelmine de Brunswick-Lünebourg
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
31. Bénédicte de Palatinat
 
 
 
 
 
 

Descendance

Le , le dauphin Louis Auguste épouse l’archiduchesse Marie-Antoinette d'Autriche[177], fille cadette de François de Lorraine, grand-duc de Toscane et empereur souverain du Saint-Empire romain germanique et de son épouse Marie-Thérèse, archiduchesse d'Autriche, duchesse de Milan, reine de Bohême et de Hongrie. Cette union est la concrétisation d’une alliance visant à améliorer les relations entre la Maison de Bourbon (France, Espagne, Parme, Naples et Sicile) et la Maison de Habsbourg-Lorraine (Autriche, Bohême, Hongrie, Toscane). Les époux bien qu'étant alors âgés de 14 et 15 ans ne consommeront réellement leur mariage que sept ans plus tard. De leur union, quatre enfants naissent, mais ils n'auront pas de descendance :

Portrait

Portrait physique

Durant son enfance, Louis XVI était d'une santé fragile et certains lui prêtaient une composition « faible et valétudinaire »[178].

À l'âge adulte pourtant, le roi se caractérise par un certain embonpoint et une taille hors du commun pour l'époque : 6 pieds et 3 pouces de haut, soit environ 1 mètre 93. Il est également doté d'une forte musculature lui donnant une force étonnante : le roi fait à plusieurs reprises la démonstration de soulever à bras tendu une pelle contenant un jeune page accroupi[179].

Personnalité

Caractère et traits de personnalité

Depuis Louis XIV, la noblesse est en grande partie « domestiquée » par le système de cour. L'étiquette régit la vie de la cour en faisant du roi le centre d'un cérémonial très strict et complexe. Cette construction de Louis XIV vise à donner un rôle à une noblesse qui avait été jusque là souvent rebelle et toujours menaçante pour le pouvoir royal.

Au sein de la cour, la noblesse voit sa participation à la vie de la nation organisée en vase clos dans un subtil système de dépendances, de hiérarchie et de récompenses, et ses velléités d'autonomie vis-à-vis de l'autorité royale nettement réduites. Louis XVI hérite de ce système. La noblesse est au service du roi et en attend des récompenses et des honneurs. Même si l'écrasante majorité de la noblesse n'a pas les moyens de vivre à la cour, les textes montrent bien l'attachement des nobles de province au rôle de la cour, et l'importance que pouvait prendre la « présentation » au roi.

Comme son grand-père Louis XV, Louis XVI a les plus grandes peines à entrer dans ce système qui avait été construit un siècle auparavant par son quadrisaïeul pour répondre à des problèmes qui ne sont plus d'actualité. Ce n'est pas par manque d'éducation : il est le premier monarque français à parler couramment anglais ; nourri des philosophes des Lumières, il aspire à trancher avec l'image « louis-quatorzienne[note 15]» du roi en constante représentation. Cette image du roi simple rejoint celle des « despotes éclairés » de l'Europe, comme Frédéric II de Prusse.

Bien qu'ayant conservé les longues cérémonies du lever et du coucher royaux, Louis XVI tente de réduire les fastes de la cour. Alors que Marie-Antoinette passe beaucoup de temps dans les bals, les fêtes et les jeux d'argent[note 16], le roi s'adonne à des loisirs plus modestes tels que la chasse, la lecture et les sciences.

Le refus d'entrer dans le grand jeu de l'étiquette explique la très mauvaise réputation que lui fera la noblesse de cour. En la privant du cérémonial, le roi la prive de son rôle social. Ce faisant, il se protège également. Si à l'origine la cour sert à contrôler la noblesse, la situation se renverse très vite : le roi se trouve à son tour prisonnier du système.

La mauvaise gestion par Louis XV puis par Louis XVI de cette cour, le refus par les Parlements (lieu d'expression politique de la noblesse et d'une partie de la haute bourgeoisie judiciaire) de toute réforme politique, ainsi que l'image apparente - souvent désastreuse - de capricieuse véhiculée par la reine, dégraderont peu à peu son image : beaucoup de pamphlets le ridiculisant et des clichés encore actuellement en vigueur proviennent d'une partie de la noblesse d'alors, qui supporte mal le risque de perdre sa place particulière, le décrivant non pas comme le roi simple qu'il était, mais comme un roi simplet.

Il arrive enfin parfois au roi de réagir étrangement avec son entourage, en se livrant parfois à des farces enfantines, comme chatouiller son valet de chambre ou pousser un courtisan sous une lance d'arrosage[180].

La faiblesse que ses contemporains lui attribuaient fera dire au roi : « Je sais qu'on me taxe de faiblesse et d'irrésolution, mais personne ne s'est jamais trouvé dans ma position[55] », signifiant ainsi que sa personnalité n'est pas une cause exclusive des événements de la Révolution.

Ses centres d'intérêts

Louis XVI a été longtemps caricaturé comme un roi un peu simplet, manipulé par ses conseillers, peu au fait des questions de pouvoir, avec des marottes comme la serrurerie et une passion envahissante pour la chasse.

Cette image est en partie due à son attitude envers la cour, et surtout en raison des calomnies du parti lorrain et en premier M. de Choiseul, le comte de Mercy, l'Abbé de Vermond et enfin Marie-Thérèse d'Autriche.

Grand chasseur, Louis XVI est aussi un prince studieux et érudit, qui aime autant la serrurerie et la menuiserie que la lecture. Il est féru d'histoire, de géographie, de marine et de sciences. Il fait de la marine une priorité de sa politique étrangère, et en a une connaissance théorique si pointue, qu'il se plaît, quand il visite le nouveau port militaire de Cherbourg (et voit pour la première fois la mer), à faire des remarques dont la pertinence stupéfie ses interlocuteurs.

La géographie
Article détaillé : Expédition de La Pérouse.
Louis XVI donnant ses instructions au capitaine de vaisseau La Pérouse pour son voyage d’exploration autour du monde, par Nicolas-André Monsiau, (1817)

Passionné de géographie et de science maritime, Louis XVI mandate Jean-François de La Pérouse pour effectuer le tour du monde et cartographier l'océan Pacifique qui restait alors encore mal connu, malgré les voyages de Cook et de Bougainville. Le roi est à l'origine de toute l'expédition, tant dans le lancement de celle-ci que dans le choix du navigateur, en passant par les détails du voyage. La Pérouse lui-même ayant des doutes sur la faisabilité de ce projet, il suggère au roi de renoncer au projet ; comme le note un des amis du navigateur, « c'est Sa Majesté qui a choisi La Pérouse pour l'exécuter, il n'y a pas eu moyen qu'il s'en débarrassât. »[181]

Le programme de l'expédition est écrit de la main du roi. Le but est simple : faire le tour du monde en une seule expédition, en parcourant le Pacifique par la Nouvelle-Zélande, l'Australie, le cap Horn et l'Alaska notamment, prendre contact avec les civilisations locales et les étudier, établir des comptoirs, et enfin étudier les données naturelles rencontrées. Pour cela, un important équipage de savants et de scientifiques prend part à l'expédition. Très précis sur ses instructions, Louis XVI autorise néanmoins La Pérouse « à faire les changements qui lui paraîtraient nécessaires dans les cas qui n'ont pas été prévus, en se rapprochant toutefois autant qu'il lui sera possible du plan qui lui est tracé. »[182]

L'expédition part de Brest le à bord de deux navires : La Boussole et L'Astrolabe. Le roi n'a plus de nouvelles régulières à partir du . On pense alors que l'équipage a été massacré par une peuplade de l'île de Vanikoro[183].

En 1791, Louis XVI obtient de l'Assemblée constituante qu'une expédition soit envoyée à la recherche des marins et savants perdus. Cette nouvelle expédition, menée par Antoine Bruny d'Entrecasteaux, se révèle infructueuse. Sur le chemin le menant à l'échafaud, le roi aurait posé à son valet cette question : « A-t-on des nouvelles de La Pérouse ? »[184]

La chasse

La chasse est un des loisirs préférés du roi ; à l'issue de chaque sortie, il note dans son carnet le bilan détaillé des pièces abattues par ses soins. C'est ainsi que l'on sait qu'il ne se passa « rien » le (c'est-à-dire qu'il ne réussit aucune prise), et qu'au bout de 16 ans de règne il aura inscrit à son tableau de chasse 1 274 cerfs et un total de 189 251 animaux abattus par lui seul[185]

« Il aime avant tout la chasse. Comme son grand-père il a la chasse dans le sang. Il chasse cent dix-sept fois en 1775, cent soixante et une en 1780. Il voudrait bien sortir plus souvent - son grand-père, lui, sortait jusqu'à six fois par semaine - mais ce n'est pas possible à cause du travail et de toutes les exigences de son état. (...). Il chasse à courre le cerf, le chevreuil et le sanglier. Il aime bien aussi les chasses au fusil (appelées "tirés") pour les faisans, les bécassines et les lapins. En 1780, dans sa récapitulation de fin d'année, il dénombre 88 chasses du cerf, 7 du sanglier, 15 du chevreuil et 88 tirés. Toutes ces chasses sont de véritables hécatombes. le nombre des pièces varie de mille à mille cinq cents par mois. La plupart sont des volatiles, mais il n'est pas rare de prendre le même jour quatre ou cinq sangliers ou deux ou trois cerfs »[186].

La lecture

Louis XVI lit beaucoup : en moyenne 2 ou 3 livres par semaine. Au cours des 4 mois passés à la Tour du Temple, il dévorera un total de 257 volumes[187]. Il maîtrise à merveille la langue britannique, lit quotidiennement la presse outre-manche et traduit intégralement en français Richard III d'Horace Walpole.

« Après la chasse, la lecture est l'occupation préférée du roi. Il ne peut pas vivre sans lire. Il est curieux de toute lecture. Il a constitué lui-même sa bibliothèque. (...). Au premier rang de ses lectures favorites figurent les journaux »[188].

La serrurerie et l'horlogerie

« De l'habileté manuelle de ce prince et de son goût pour la serrurerie et l'horlogerie, on a beaucoup parlé. [...]. Lui plaît aussi beaucoup le dessin d'architecture »[189].

Les sciences

Comme son grand-père, il se passionne aussi pour la botanique. »[190] Il aime aussi se promener dans les combles du château de Versailles pour mieux admirer son parc et ses plans d'eau.

Le , il assiste au château de la Muette à l'envol de la première montgolfière, avec à son bord Jean-François Pilâtre de Rozier. Il assiste à un nouveau vol le , cette fois-ci depuis Versailles, où le ballon baptisé en l'honneur de la reine La Marie-Antoinette, s'élève devant le couple royal et le roi de Suède, emmenant à son bord Pilâtre de Rozier et Joseph Louis Proust.

Rapports personnels avec Marie-Antoinette

En matière de politique étrangère, la reine a peu d'influence sur son époux malgré les pressions qu'elle exerce régulièrement sur lui. Dans une lettre écrite à Joseph II, elle déclare à celui-ci : « Je ne m'aveugle pas sur mon crédit, je sais que surtout pour la politique [étrangère], je n'ai pas grand ascendant sur l'esprit du Roi [...] je laisse croire au public que j'ai plus de crédit que je n'en ai véritablement, parce que si on ne m'en croyait pas, j'en aurais moins encore. »[55].

Louis XVI et la franc-maçonnerie

Louis XVI a-t-il appartenu à la franc-maçonnerie ? L'historien Louis Amiable le confirme très clairement : « Le roi Louis XVI était franc-maçon. »[191]

Le naît à Versailles la loge maçonnique dite des « Trois Frères Unis ». Soulevant l'hypothèse probable selon laquelle les « trois frères » en question sont Louis XVI, Louis XVIII et Charles X, l'historien Bernard Vincent ne confirme cependant pas cette idée mais admet qu'une loge établie à deux pas du château ne pouvait qu'avoir reçu l'assentiment du roi[192]. Il rappelle par ailleurs qu'il a été retrouvé une médaille de Louis XVI datée du 31 décembre 1789, renfermant le compas, l'échelle graduée, l'équerre, la poignée de truelle et le soleil. Enfin, pour consolider son avis sur les accointances du souverain avec les francs-maçons, Bernard Vincent rappelle que lorsque le roi se rend à l'Hôtel de ville de Paris pour adopter la cocarde tricolore, il est accueilli sur les marches par la « voûte d'acier », une double haie mécanique formée par les épées croisées des gardes nationaux et qui symbolise les honneurs maçonniques[193].

L'historien Albert Mathiez écrit quant à lui que « Louis XVI et ses frères, Marie-Antoinette elle-même, maniaient la truelle à la Loge des Trois Frères à l'Orient de Versailles. »[194] Selon Jean-André Faucher, Marie-Antoinette aurait eu cette phrase en parlant de la franc-maçonnerie : « Tout le monde en est ! »[195]

Historiographie

Sous la phase jacobine de la Révolution française, Louis XVI est traité de « tyran » et considéré comme un traître à la patrie, jouant double jeu : il aurait fait semblant d'accepter les mesures de la Révolution française, pour sauvegarder sa vie et son trône, tout en souhaitant secrètement la guerre, de connivence avec les princes étrangers qui déclarent la guerre à la France révolutionnaire.

De son côté, le courant royaliste contre-révolutionnaire a dressé dès la même époque le portrait d'un « roi martyr », conservateur, très catholique, aimant son peuple mais incompris de lui.

Sur sa personnalité

Extrait du journal de Louis XVI (1762-1769).

En 1900, le leader socialiste Jean Jaurès, juge Louis XVI « indécis et pesant, incertain et contradictoire » . Il estime qu'il n'a pas compris la « révolution dont lui-même avait reconnu la nécessité et dont il avait ouvert la carrière » ce qui l'a empêché d'en prendre la tête pour former une « démocratie royale » car « il en était empêché par la persistance du préjugé royal ; il en était empêché surtout par le poids secret de ses trahisons. Car il ne s'était pas efforcé seulement de modérer la Révolution : il avait appelé l'étranger pour la détruire. »[196].

Les historiens de la Révolution française du XXe siècle, Albert Soboul, Georges Lefebvre, Alphonse Aulard, Albert Mathiez, s'inscrivent dans la lignée jacobine qui considère que Louis XVI a trahi la Révolution française.

Un courant historiographique, de réhabilitation, place Louis XVI dans la filiation des Lumières. C'est par exemple la biographie de l'historien Jean de Viguerie (université de Lille) (Louis XVI le roi bienfaisant, 2003). Pour lui, « Nourri de Fénelon, ouvert aux Lumières, croyant que gouverner était faire le bien, Louis XVI, roi singulier, prince attachant, ne pouvait qu'être sensible à l'aspect généreux de 1789, puis choqué - voire révolté - par les dérives révolutionnaires. Roi bienfaisant, il fut emporté par une tourmente imprévisible, presque imparable »[197].

Dans la même lignée se situe la biographie de l'écrivain Jean-Christian Petitfils (Louis XVI, 2005) pour qui Louis XVI est : « un homme intelligent et cultivé, un roi scientifique, passionné par la marine et les grandes découvertes, qui, en politique étrangère, joua un rôle déterminant dans la victoire sur l’Angleterre et dans l’indépendance américaine. Loin d’être un conservateur crispé, en 1787, il voulut réformer en profondeur son royaume par une véritable Révolution royale[198] ».

Pour le Dictionnaire critique de la Révolution Française de François Furet, Mona Ozouf (1989), les historiens « ont pu le peindre tantôt en roi sage et éclairé, désireux de maintenir le patrimoine de la couronne en conduisant les évolutions nécessaires, tantôt en souverain faible et imprévoyant, prisonnier des intrigues de cour, naviguant au jugé, sans pouvoir jamais peser sur le cours des choses. À ces jugements, il existe des raisons politiques, puisque le malheureux Louis XVI est pris au premier rang dans la grande querelle de l’Ancien Régime et de la Révolution ». François Furet croit en un double jeu du roi.

Sur la fuite de Varennes

Dans l'article spécifique à l'épisode de Varennes, le paragraphe intitulé Controverses est consacrée au téléfilm Ce jour-là, tout a changé : l'évasion de Louis XVI, diffusé en 2009 sur France 2, dont le conseiller historique est l'écrivain Jean-Christian Petitfils. Il y est montré un Louis XVI, toujours très populaire en province, qui s'évade de la capitale où il est prisonnier pour organiser un nouveau rapport de forces avec l'Assemblée afin de proposer une nouvelle constitution, équilibrant mieux les pouvoirs.

Sur son procès

Le procès de Louis XVI s'appuie principalement sur l'accusation de trahison envers la patrie. Les écrivains Paul et Pierrette Girault de Coursac estiment que la faute des liens de Louis XVI avec l'étranger revient à un parti réactionnaire qui menait la « politique du pire ». Leur ouvrage de réhabilitation de Louis XVI (Enquête sur le procès du roi Louis XVI, Paris, 1982) affirme que l'armoire de fer contenant la correspondance secrète du roi avec les princes étrangers aurait été fabriquée de toute pièce par le révolutionnaire Roland pour accuser le roi. L'historien Jacques Godechot a vivement critiqué les méthodes et conclusions de cet ouvrage, estimant pour sa part que la condamnation de Louis XVI était inscrite d'office dans son procès, car le souverain déchu était traité comme un « ennemi à abattre » par les révolutionnaires[199].

Notes et références

Notes

  1. Ondoyé et non baptisé (il le sera le 18 octobre 1761), l'ondoiement étant caractérisé par la seule ablution baptismale, en attendant de procéder plus tard aux autres cérémonies qui ont été omises. L'ondoiement était généralement conféré aux bébés en danger de mort ou ne pouvant pas être baptisés dans l'immédiat.
  2. Ce trait de caractère ne manqua pas d'étonner l'historien David Hume lors d'une visite à la cour en 1763. Il racontera plus tard que « le duc de Berry, l'aîné, un garçon de dix ans, s'avança et me dit combien j'avais d'amis et d'admirateurs dans ce pays, et qu'il se comptait parmi eux à cause du plaisir qu'il avait tiré de la lecture de beaucoup de passages de mes œuvres. » Cf. John Hill Burton, Life and correspondance of David Hulme, Édimbourg, 1846, tome II.
  3. « Trempe d'esprit supérieure, discernement et justesse d'esprit - éclairé, point dévot de complexion - fier, fermé, subordonné, équitable, bon par raison et non par faiblesse, économe, solide, ne s'amusant point d'enfantillage, né pour aimer 20 millions d'hommes et non 5 ou 6 personnes. » Cf. Archives nationales, K 144, no 13, 13.
  4. L'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche ne voulait pas que le mariage fût annulé pour non-consommation, car cette union somme toute politique était importante à ses yeux.
  5. Marie-Antoinette ne fut pas inoculée puisqu'elle avait déjà subie une attaque bénigne à Vienne et était donc immunisée.
  6. Il envoie l'ordre suivant au duc de la Vrillière, ministre de la maison du roi : « Il est nécessaire, comme elle sait beaucoup de choses, qu'elle soit enfermée, plus tôt que plus tard. Envoyez-lui une lettre de cachet pour qu'elle aille dans un couvent de province et qu'elle ne voie personne. Je lui laisse le choix de l'endroit et de la pension pour qu'elle vive honnêtement. » Cf. Pierre Lafue, Louis XVI, l'échec de la révolution royale, Hachette, Paris, 1942.
  7. À qui Louis XVI, encore dauphin, avait écrit en 1770 suite à la catastrophe du 30 mai, quelques jours après son mariage. Cf. supra.
  8. C'est par ce mode de désignation que l'assemblée des notables se distingue des États généraux.
  9. Et notamment Pierre Lafue, Jean-François Chiappe, Bernard Faÿ et Éric Le Nabour. Bernard Vincent (op. cit.) s'interroge quant à lui en ces termes : « Comment se peut-il qu'un monarque absolu, qui plus est catholique et de droit divin, ait tout fait - achevant par là même de ruiner les finances de son pays - pour que les Américains en révolte, majoritairement protestants de surcroît, puissent (1) rompre le lien colonial les unissant à l'Empire britannique, (2) proclamer leur indépendance, (3) rejeter la monarchie, (4) devenir une république et même jeter les premières bases d'un régime démocratique ? »
  10. Ainsi certaines communautés rurales s'en plaignent, comme dans l'Aubrac en juillet 1790. in : Pourquoi nous ne célébrerons pas 1789, Jean Dumont, 1987, chapitre 1, paragraphe VII
  11. C'est cependant, selon le mot de Louis XVI, une « immense libéralité » faite aux propriétaires, principalement nobles ; cela représente en effet 80 à 100 millions de livres qui leur reste entre leurs mains. une somme considérable lorsque l'on sait que le budget de l’État était alors de 500 millions de livres. In : Pourquoi nous ne célébrerons pas 1789, Jean Dumont, 1987, chapitre 1, paragraphe VII
  12. Cette « copropriété » correspondait aux droits de vaine pature glane glandée, de prise des bois, etc. Durant l'ancien régime en effet, le propriétaire terrien n'avait que le droit de cultiver en premier la terre. En supprimant les régimes seigneuriaux et les communautés rurales, et surtout en donnant aux propriétaires le droit de clore leur terre, cette copropriété est abolie. Des grêves surviendront en 1793-1794 pour protester contre ces mesures.
  13. C'est cette utilisation répétée de son droit de veto qui le fera surnommer « Monsieur Veto » par les révolutionnaires lors de l'abolition de la monarchie. Par exemple, dans la chanson La Carmagnole, composée probablement lors de la journée du 10 août 1792 :

    « Monsieur Véto avait promis
    D’être fidèle à sa patrie ;
    Mais il y a manqué.
    Ne faisons plus quartier. »

  14. Par exemple, le 17 juin 1792 en Maine et Loire, le 19 en Côte d'Or, le 20 en Mayenne, le 28 en Morbihan. On peut encore citer le meurtre d'un prêtre à Limoges et de 9 à Vans à l'occasion du 14 juillet, le lendemain de nombreux autres (dont le rédacteur de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789). On peut aussi penser aux massacres de septembre 1792, durant lesquels 14000 personnes sont tués à Paris, dont 220 prêtres. Les mesures antichrétienne se poursuivront durant toute la révolution. in : Pourquoi nous ne célébrerons pas 1789, Jean Dumont, 1987
  15. Louisquatorzienne : adjectif, s'écrit soit d'un seul mot ou avec un tiret entre louis et quatorzienne, voir Le trésor de la langue française informatisée.
  16. L'historien Bernard Faÿ raconte que le roi s'est une seule fois laissé à jouer avec la reine et d'autres courtisans, mais y perdit dans la même partie la somme de 60 000 livres. Il jura alors de ne plus s'adonner aux jeux d'argent. Cf. Bernard Faÿ, Louis XVI ou la fin d'un monde, La Table Ronde, Paris, 1966.

Références

  1. Ce prénom ne deviendra "officiel" que le jour de son baptême, à savoir le .
  2. a, b et c Bernard Vincent, Louis XVI, Paris, Gallimard, coll. « Folio biographies » (no 12),‎ 2006, 352 p. (ISBN 978-2-070-30749-4, OCLC 421051916), p. 24.
  3. Extrait du registre des baptêmes (1754) de l'église Notre-Dame de Versailles : L'an mil sept cent cinquante quatre le vingt trois du mois d'Aoust a été ondoyé un prince, fils de Très haut, très puissant, et Excellent prince Louis Dauphin de France, et de très haute, très puissante et excellente princesse Marie Joseph de Saxe, Dauphine de France, par monsieur l'abbé de Chabannes Aumosnier du Roy, en présence de nous soussigné prêtre de la Congrégation de la mission faisant les fonctions curialles le Curé absent. Signé : LEROUX, prêtre. Archives départementales des Yvelines
  4. Revue des questions historiques, volume 122, 1935, page 237 : « Sylvain-Léonard de Chabannes, 1760-1812, fils de Louis et de Françoise Léonarde Galland (contr. mar. 8 février 1717), prieur de la Mure, chanoine de Vienne, vicaire-général de Clermont en 1750, aumônier du roi en 1753, ondoye à ce titre le duc de Berry, futur Louis XVI, le 23 août 1754 ; abbé de la Creste, dioc. de Langres, le 10 octobre 1757 ; vicaire général de Clermont en 1760, abbé de Benévent en 1766 ; décédé à Fresselines, Creuse, le 22 avril 1812. (Cf. Beyssac, les Chanoines de l'Église de Lyon, p. 240-241) »
  5. Bernard Vincent, op. cit., p. 25
  6. Mercure de France, octobre 1754.
  7. Liévin-Bonaventure Proyart, Louis XVI et ses vertus aux prises avec la perversité de son siècle, Paris, 1808, livre 1, tome 1
  8. Bernard Vincent, op. cit., p. 26.
  9. Bernard Vincent, op. cit., P;. 26-27
  10. Bernard Vincent, op. cit. page 28.
  11. <Lafue, op. cit..
  12. Bernard Faÿ, Louis XVI ou la fin d'un monde, La Table Ronde, Paris, 1981.
  13. Pierre Lafue, Louis XVI, l'échec de la révolution royale, Hachette, Paris, 1942.
  14. a et b Lafue, op. cit.
  15. Jean de Viguerie, Louis XVI, le roi bienfaisant, Rocher, 2003, p. 30-46
  16. Éric Le Nabour, Louis XVI : le pouvoir et la fatalité, JC Lattès, Paris, 1988.
  17. Bernard Vincent, op. cit., p. 34-35.
  18. Archives départementales de l'Aube, E 1583.
  19. Pierrette Girault de Coursac, L'éducation d'un roi : Louis XVI, Gallimard, Paris, 1972.
  20. Registre des baptêmes (1761) de l'église Notre-Dame de Versailles, Archives départementales des Yvelines
  21. Journal inédit, 1718-1784, Flammarion, Paris, 1906, tome II.
  22. Louis Petit de Bachaumont, Mémoires secrets pour servir à l'Histoire de la République des Lettres en France, Londres, 1784, tome I.
  23. Abbé Proyart, Louis XVI et ses vertus aux prises avec la perversion de son siècle, Paris, 1817.
  24. Bernard Vincent, op. cit., p. 44-45.
  25. Abbé Proyart, Vie du dauphin père de Louis XVI, Lyon, 1788.
  26. Ran Halévi, Louis XVI, faut-il le réhabiliter ? dossier in revue L’Histoire, no 303, novembre 2005, p. 34
  27. Philippe Bleuzé et Muriel Rzeszutek, Un même personnage, des images contradictoires : Louis XVI, site de l'Académie de Lille.
  28. Maurice Toesca, Les Grandes Heures de Fontainebleau, Paris, Albin Michel, 1984.
  29. Coursac, op. cit., p. 89-92.
  30. Réflexions sur mes Entretiens avec M. le duc de La Vauguyon, édité à Paris, 1851.
  31. Simone Bertière, Marie-Antoinette l'insoumise, éd. de Fallois, Paris, 2002.
  32. Bernard Vincent, op. cit., p. 73-74.
  33. a et b Bernard Faÿ, op. cit.
  34. Stefan Zweig, Marie-Antoinette, Grasset, Paris, 1933.
  35. Marie Célestine Amélie de Ségur d'Armaillé, Marie-Thérèse et Marie-Antoinette, Didier, 1870.
  36. Michel De Decker, Marie-Antoinette : les dangereuses liaisons de la reine, Paris, Éd. France loisirs,‎ 2006 (ISBN 978-2-744-19457-3, OCLC 799350850), p. 24.
  37. Bernard Vincent, op. cit., p. 68.
  38. Bernard Vincent, op. cit., p. 69.
  39. Bernard Vincent, op. cit., p. 69-70.
  40. Bernard Faÿ, op. cit..
  41. Marie-Antoinette, Grasset, 1933, op. cit.
  42. Marie-Antoinette l'insoumise, éd. de Fallois, 2002, op. cit.
  43. a, b, c, d, e, f, g, h et i Simone Bertière, op. cit.
  44. Louis XVI, Gallimard folio biographies, 2006, op. cit.
  45. Marie-Antoinette, éd. de Fallois, Paris, 2002, op. cit.
  46. Bernard Vincent, 'op. cit., p.
  47. op. cit.
  48. Bernard Vincent, op. cit., p. 89-90.
  49. Faÿ, op. cit.
  50. Bernard Vincent, op. cit., p. 91-93.
  51. Bernard Vincent, op. cit., p. 96-97.
  52. Bernard Vincent, op. cit., page 97.
  53. Bernard Vincent, op. cit., page 100.
  54. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l et m Pierre Lafue, op. cit.
  55. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s et t Le Nabour, op. cit.
  56. Correspondance secrète entre Marie-Thérèse et le comte de Mercy-Argenteau, éd. Alfred d'Arneth et M. A. Geffroy, 3 vol., Firmin-Didot, Paris, 1874, tome II.
  57. Jean de Viguerie, Louis XVI, le roi bienfaisant, éditions du Rocher, année 2003, pages 139 à 140.
  58. Bernard Vincent, op. cit., page 103.
  59. Citation de Sorel sur le site 1789-1815.com
  60. Bernard Vincent, op. cit., p. 107-108
  61. Bernard Vincent, op. cit., page 110.
  62. Bernard Vincent, op. cit, page 112.
  63. Bernard Vincent, op. cit., page 118.
  64. Le Nabour, op. cit
  65. Bernard Vincent, op. cit, p. 114 à 116
  66. Victor Duruy, Histoire de France, 1854, tome II, pages 426-427.
  67. Bernard Vincent, op. cit., page 124.
  68. Bernard Vincent, op. cit., page 126.
  69. Abbé de Véri, Journal, 1928, 2 volumes, Tallandier, Paris, 1928-1930.
  70. Faÿ, op. cit.
  71. Lettre envoyée au roi le 18 mai 1776 ; cf. Le Nabour, op. cit.
  72. À l'instar de Bernard Vincent, op. cit., p. 128-129.
  73. a, b, c, d, e et f Louis Firmin Julien Laferrière, Histoire du droit français, Joubert, 1837, p.  510 sq. (texte en ligne sur Gallica et d'autres sites)
  74. François André Isambert, Recueil général des anciennes lois françaises : depuis l'an 420 jusqu'à la révolution de 1789 , Belin-Le-Prieur, Verdiere, 1833, p. 286
  75. Bernard Vincent, op. cit., page 137.
  76. Victor Duruy, op. cit., page 431.
  77. Jean-Louis Giraud-Soulavie, Mémoires historiques et politiques du règne de Louis XVI, Paris, 1801.
  78. Expression de John Hardman, Louis XVI : The Silent King, Arnold, Londres, 2000.
  79. Bernard Vincent, op. cit., page 179.
  80. Jean-François Chiappe, Louis XVI II. Le Roi, Perrin, Paris, 1987-1989.
  81. Bernard Vincent, op. cit., pages 179-180.
  82. Petitfils, op. cit.
  83. Pierre Lafue, 'op. cit.
  84. Bernard Vincent, op. cit., p. 193-194.
  85. Petitfils, 'op. cit.
  86. op. cit., page 196.
  87. Bernard Vincent, op. cit., page 199.
  88. Jean de Viguerie, op. cit.
  89. Bernard Vincent, op. cit., page 199.
  90. Petitfils, op. cit.
  91. Petitfils, op. cit.
  92. Bernard Vincent, op. cit., page 204.
  93. Petitfils, op. cit.
  94. Viguerie, op. cit.
  95. Bernard Vincent, op. cit., page 185.
  96. Bernard Vincent, op. cit., page 185.
  97. Étienne Taillemite, op. cit.
  98. Étienne Taillemite, 'op. cit.
  99. op. cit.
  100. Taillemine, op. cit.
  101. Bernard Vincent, op. cit., page 208.
  102. Jacques Godechot, op. cit.
  103. Bernard Vincent, op. cit., page 208.
  104. Bernard Vincent, op. cit., page 208.
  105. Bernard Vincent, op. cit., page 209.
  106. Bernard Vincent, op. cit., page 209.
  107. Le Nabour, op. cit., page 306.
  108. Bernard Vincent, op. cit., page 211.
  109. Bernard Vincent, op. cit., page 211.
  110. Le Nabour, op. cit., page 308.
  111. Bernard Vincent, op. cit., page 212.
  112. Petitfils, op. cit.
  113. Bernard Vincent, op. cit., page 222.
  114. Bernard Vincent, op. cit., page 225.
  115. Bernard Vincent, op. cit., page 225.
  116. Petitfils, op. cit.
  117. Petitfils, op. cit.
  118. Petitfils, op. cit.
  119. Bernard Vincent, op. cit., page 223.
  120. Bernard Vincent, op. cit., page 224.
  121. Bernard Vincent, op. cit., pages 226-227.
  122. op. cit.
  123. Jean-François Chiappe, op. cit.
  124. Bernard Vincent, op. cit., page 228.
  125. Louis XVI, op. cit., pages 148 à 153.
  126. Bernard Vincent, op. cit., page 154.
  127. Charly Guilmard, « Achard de Bonvouloir », Revue généalogique normande, no 110,‎ avril 2009, p. 69 (ISSN 0294-7382)
  128. Guy Richard, Européens et espaces maritimes au XVIIIe siècle, éditions du Temps, Paris, 1997, (ISBN 2842740068) p. 140.
  129. Bernard Vincent, op. cit., pages 155-156.
  130. Bernard Vincent, op. cit., page 157.
  131. Philippe Erlanger, « Louis XVI, fondateur des États-Unis », Histoire Magazine no 43, septembre 1983.
  132. Jean-Christian Petitfils, Louis XVI, Perrin, Paris, 2005.
  133. Bernard Vincent, op. cit., page 168.
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  135. Alphonse Aulard, Histoire politique de la Révolution française, Paris, 1901.
  136. Jean-Christian Petitfils, op. cit.
  137. Chiappe, op. cit..
  138. Bernard Vincent, op. cit., page 228.
  139. Chiappe, op. cit.
  140. Bernard Vincent, op. cit., page 229.
  141. Bernard Vincent, op. cit., page 229.
  142. Bernard Vincent, op. cit., page 230.
  143. Bernard Vincent, op. cit., page 230.
  144. Bernard Vincent, op. cit., page 232.
  145. assemblee-nationale. fr → L'acte de naissance : 1789
  146. Evelyne Lever, op. cit.
  147. Bernard Vincent, op. cit., page 233.
  148. Bernard Vincent, op. cit., page 234.
  149. Petitfils, op. cit.
  150. Petitfils, op. cit.
  151. Godechot, op. cit.
  152. Bernard Vincent, op. cit., page 237.
  153. Godechot, op. cit.
  154. Bernard Vincent, op. cit., page 238.
  155. Le Nabour, 'op. cit.
  156. Bernard Vincent, op. cit., page 239.
  157. Bernard Vincent, op. cit., page 240.
  158. Bernard Vincent, op. cit., page 240.
  159. Evelyne Lever, op. cit.
  160. Chiappe, op. cit.
  161. Bernard Vincent, op. cit., page 244.
  162. Petitfils, op. cit.
  163. Chiappe, op. cit.
  164. Petitfils, op. cit..
  165. Chiappe, op. cit.
  166. op. cit., page 246.
  167. « Séance du 4 août », Le Moniteur,‎ 4 août 1789 (lire en ligne)
  168. "Lettres patentes du roi" (paginées 1 à 48, imprimerie royale) qui promulguent et ordonnent l'envoi à toutes les municipalités de :
    - La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen,
    - L'abolition de la noblesse et des privilèges,
    - La nationalisation des biens du clergé,
    - La libération du prêt à intérêt,
    - L'interdiction de manifester, la loi martiale, drapeau rouge ret autorisation de réquisitionner des régiments de troupes réglées et la garde nationale et de tirer pour réprimer des émeutes ou des rébellions,
    - L'emprunt forcé de 80 millions, après fermeture de celui de 30,
    - L'établissement d'un impôt direct et de rôles dans toutes les communes ; l'obligation de déclarer tous ses revenus ;
    - L'établissement dans toutes les communes d'un rôle des ouvriers sans aveu, ni domicile ou profession ; la centralisation de ces rôles et la surveillance de ceux qui s'y trouvent afin de réprimer leur mécontentement ;
    - La libération du commerce du grain et de son négoce ;
    - La définition et le châtiment du crime de lèse-nation ;
    - Le code municipal ;
    - Le code d'instruction criminelle ;
    - La nouvelle constitution avec le statut du roi (qui n'est dit ni de France ni des Français) ;
    - La suspension des vœux monastiques ;
    - La vacance sine die de tous les parlements ;
    - La frappe d'une médaille "en mémoires des grandes délibérations qui viennent d'être prises pour le nonheur de la France" (et non des Français !) ;
    - L'assemblée nationale proclame solennellement le roi Louis XVI Restaurateur de la liberté française.
  169. Michel Biard et Pascal Dupuy, La Révolution française : dynamiques, influences, débats, 1787-1804, Paris, A. Colin, coll. « Collection U / Histoire »,‎ 2004, 347 p. (ISBN 978-2-200-26385-0, OCLC 300349569), p. 65
  170. Déclaration de Louis XVI à tous les Français, à sa sortie de Paris, sur Wikisource
  171. Le testament politique de Louis XVI a été retrouvé aux États-Unis, Le Point, 20 mai 2009
  172. Pourquoi nous ne célèbrerons pas 1789, 1987, Jean Dumont, Chapitre I, Paragraphe VII
  173. A. Soboul, Histoire de la Révolution Française
  174. Pourquoi nous ne célébrerons pas 1789, Jean Dumont, 1987, chapitre 1, paragraphe IX
  175. Jacques Roux, Discours sur le jugement de Louis le dernier, sur la poursuite des agioteurs, des accapareurs et des traîtres (1er décembre 1792)
  176. Texte cité notamment par l'archiviste Auguste Jal dans son Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, Paris, Henri Plon, 1867, page 806.
  177. Pierre Lemoine, Versailles et Trianon : guide du Musée et domaine national de Versailles et de Trianon, Paris, Ed. de la Réunion des Musées nationaux,‎ 1990, 269 p. (ISBN 978-2-711-82309-3, OCLC 25820961), p. 94
  178. Liévin-Bonaventure Proyart, op. cit.
  179. Bernard Vincent, op. cit., page 142.
  180. Bernard Vincent, op. cit., page 141.
  181. Étienne Taillemite, Louis XVI ou le navigateur immobile, Payot, Paris, 2002.
  182. Étienne Taillemite, op. cit.
  183. Bernard Vincent, op. cit., page 183.
  184. Bernard Vincent, op. cit., page 183.
  185. Bernard Vincent, op. cit., page 141.
  186. Jean de Viguerie, Louis XVI, le roi bienfaisant, éditions du Rocher, année 2003, pages 109 à 111.
  187. Bernard Vincent, op. cit., page 141.
  188. Jean de Viguerie, Louis XVI, le roi bienfaisant, éditions du Rocher, année 2003, pages 109 à 111.
  189. Jean de Viguerie, Louis XVI, le roi bienfaisant, éditions du Rocher, année 2003, pages 109 à 111.
  190. Jean de Viguerie, Louis XVI, le roi bienfaisant, éditions du Rocher, année 2003, pages 109 à 111.
  191. Louis Amiable, Une loge maçonnique d'avant 1789. La loge des Neuf Sœurs, Paris, 1897.
  192. Bernard Vincent, op. cit., pages 151-152.
  193. Bernard Vincent, op. cit., page 152.
  194. Albert Mathiez, « La Révolution française », Annales historiques de la Révolution française, X, 1933.
  195. Jean-André Faucher, Les francs-maçons et le pouvoir de la Révolution à nos jours, Perrin, Paris, 1986.
  196. Jean Jaurès, Histoire socialiste de la Révolution française, 1900. Réédité en 2006 par Tallandier et Max Gallo sous le titre Louis XVI et [1]
  197. Jean de Vigueries, Louis XVI le roi bienfaisant, Éditions du Rocher, 2003, 4e de couverture.
  198. Jean-Christian Petitfils, Louis XVI, Perrin, 2005, 4ème de couverture.
  199. Jacques GodechotAnnales historiques de la Révolution française, 1983, volume 254, Numéro 254, p. 643-645

Annexes

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