János Kádár

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Dans le nom hongrois Kádár János, le nom de famille précède le prénom, mais cet article utilise l’ordre habituel en français János Kádár, où le prénom précède le nom.
János Kádár
Image illustrative de l'article János Kádár
Fonctions
Premier secrétaire du Parti socialiste ouvrier hongrois
25 octobre 195627 mai 1988
Prédécesseur Ernő Gerő (premier secrétaire du Parti des travailleurs hongrois)
Successeur Károly Grósz
44e Président du conseil des ministres hongrois
4 novembre 195628 janvier 1958
Prédécesseur Imre Nagy
Successeur Ferenc Münnich
46e Président du conseil des ministres hongrois
13 septembre 196130 juin 1965
Prédécesseur Ferenc Münnich
Successeur Gyula Kállai
Biographie
Nom de naissance Giovanni Czermanik
Date de naissance 26 mai 1912
Lieu de naissance Fiume
Date de décès 6 juillet 1989 (à 77 ans)
Lieu de décès Drapeau : République populaire de Hongrie Budapest
Nationalité hongroise
Parti politique Parti socialiste ouvrier hongrois
Conjoint Mária Tamáska (1912-1992)

János Kádár János Kádár

János Kádár /ˈjaːnoʃ ˈkaːdaːr/, (né Giovanni Czermanik, puis appelé János Csermanek) est un homme politique hongrois né à Fiume (aujourd'hui Rijeka) le 26 mai 1912 et mort à Budapest le 6 juillet 1989. Il fut de 1956 à 1988 le principal dirigeant de la République populaire de Hongrie.

Un fidèle militant communiste[modifier | modifier le code]

Enfant naturel, de condition modeste, de formation rudimentaire, il devient mécanicien de précision et militant syndical dès l’âge de 17 ans. Il adhère au mouvement communiste clandestin en 1931. Emprisonné, il monte dans la hiérarchie du parti et fait preuve d’un talent certain d’organisateur. En 1943, il est membre du Comité central qui décide de transformer le Parti communiste de Hongrie en parti de la paix, prenant à la lettre la dissolution du Komintern.

En 1945, Kádár est un des espoirs du parti hongrois et occupe des postes de haute responsabilité : membre du bureau politique, secrétaire général adjoint, ministre de l’Intérieur, chef de la police secrète AVH (1948-1951).

Au sein du Parti des travailleurs hongrois, il sert la politique stalinienne de Mátyás Rákosi et ne critique pas l’inculpation, le procès et l’exécution de son camarade et ami László Rajk, qui l'avait précédé au ministère de l'intérieur[1]. Actif durant la politique de répression, il assiste personnellement à certains interrogatoires[2]. Victime d’une purge, suspecté de titisme, il est lui-même emprisonné à cause de sa participation au comité central de 1943 et de sa décision de dissolution. (1951-1953).

Un instrument de la répression soviétique[modifier | modifier le code]

Libéré en 1954 par Imre Nagy, Premier ministre d’un courant réformateur, il hésite à prendre parti entre les réformateurs et les staliniens. Pendant l’insurrection de Budapest du 23 octobre 1956, Kádár sera d’abord favorable aux insurgés puis formera un contre-gouvernement qui soutiendra l’intervention soviétique. Il passe en Union soviétique puis y forme un "gouvernement ouvrier-paysan" qui fait appel, officiellement à l'aide de l'Armée Rouge pour y rétablir le pouvoir socialiste. Le slogan qu'il utilise est "Qui n'est pas contre nous est avec nous". L'ambassadeur soviétique à Budapest, Iouri Andropov téléguide l'opération. La répression fera environ 2 500 morts. Imre Nagy et son ministre de la Défense, Pál Maléter seront sommairement exécutés[3]. Il fut chef du gouvernement après l’écrasement du mouvement national (1956-1958, 1961-1965).

Un précurseur de la fin du régime communiste[modifier | modifier le code]

Il dirige de 1956 à 1988 le parti, reconstitué sous le nom de Parti socialiste ouvrier hongrois (premier secrétaire et membre du praesidium de 1956 à 1985, secrétaire général depuis 1985). Il s’est employé à libéraliser le régime dans la limite du régime socialiste : ainsi, il atténue la répression anti-religieuse, diminue la censure et tolère une dissidence politique au prix d'une soumission totale à la politique étrangère soviétique ; les passeports sont délivrés avec beaucoup de liberté. Des anciens dissidents reviennent en Hongrie et reçoivent des responsabilités importantes : le gouverneur de la banque centrale, nommé à la fin des années 1970 avait passé 15 ans en Australie. Kadar achève néanmoins l'expulsion des juifs communistes de la vie publique, commencée avec la chute de Mátyás Rákosi[réf. nécessaire]. En 1968, il introduit certains mécanismes du marché dans l'économie et au début des années 1980, il laisse se développer des activités économiques privées. En 1986, le Primat de Hongrie, le Cardinal Lekai, est même sollicité pour devenir député, poste qu'il refusera à la suite d'un veto formel de Jean-Paul II. La Hongrie était alors surnommée « la baraque la plus gaie du camp socialiste ».

Malade, sombrant progressivement dans la sénilité[4], il est écarté du secrétariat général du Parti socialiste ouvrier hongrois (PSOH) en mai 1988 et son successeur Károly Grósz ne peut se maintenir longtemps au pouvoir, tant Kádár est allé loin dans les concessions. Le Parti renonce de lui-même à son rôle dirigeant au début de l'année 89, ce qui ouvre la voie à l'effondrement du régime. Dès le mois de juillet 1989, la frontière avec l'Autriche est ouverte, ce qui provoque la ruée de réfugiés est-allemands et la Chute du Mur de Berlin, le 9 novembre 1989.

Il est décédé le 6 juillet 1989, le jour même où la Cour suprême de Hongrie réhabilitait solennellement Imre Nagy et ses compagnons, que Kádár avait fait exécuter en 1958, en déclarant nulle et non avenue leur condamnation, c’est-à-dire en détruisant la thèse politique sur laquelle le régime de Kádár avait tiré sa légitimité.

Selon un sondage publié fin 2006, 65 % des Hongrois jugent que Kádár a joué un rôle positif dans l'histoire du pays[5].

La tombe de Kádár dans le cimetière de Kerepesi à Budapest a été profanée le 1er mai 2007. Près de la tombe se trouvait une inscription disant qu'« un assassin et un traître ne peut reposer dans un sol sacré ». La plupart des ossements de Kádár, dont son crâne, ont été volés[6]. L'urne contenant les cendres de sa femme a également disparu[7].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Johanna Granville (a review of A Good Comrade by Roger Gough) American Historical Review vol. 112, no. 4, (2007): 1280.
  2. Miklós Molnar, Histoire de la Hongrie, Hatier, 1996, p. 389
  3. Johanna Granville, (Le Premier Domino) The First Domino: International Decision Making During the Hungarian Crisis of 1956, Texas A & M University Press, 2004. ISBN 1585442984.
  4. Miklós Molnar, Histoire de la Hongrie, Hatier, 1996, p. 429
  5. (en) Communist leader's bones stolen, Reuters, 2 mai 2007
  6. (en) Hungarian leader's grave robbed, Associated Press, 4 mai 2007
  7. (en) « Ex-Hungary ruler's remains stolen » in BBC News du 3 mai 2007

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Johanna Granville, "Soviet Archival Documents on the Hungarian Revolution" ("Documents d'archives soviétiques sur la Hongrie") Cold War International History Project Bulletin, n°. 5 (Woodrow Wilson Center for International Scholars, Washington, DC), Spring, 1995, p. 22-23, 29-34.