Étalon-or

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L’étalon-or (en anglais : Gold Standard) est un système monétaire dans lequel l'unité de compte ou étalon monétaire correspond à un poids fixe d'or.

Dans ce système, toute émission de monnaie se fait avec une contrepartie et une garantie d'échange en or. Les parités de deux monnaies différentes sont donc fixées par rapport à l'or et les taux de change sont stables entre pays participants. L'or constitue une monnaie internationale, qui sert au règlement des échanges et comme instrument de réserve pour les banques centrales des pays qui l'ont adopté.

Les partisans de l'étalon-or affirment qu'il permet de mieux résister à l'expansion du crédit et de la dette. Au contraire d'une monnaie fiduciaire, une monnaie à contrepartie en or ne peut pas être émise arbitrairement par un État. Cette contrainte empêche l'inflation par dévaluation et lève en théorie toute incertitude sur la pérennité de la monnaie, ce qui permet à l'autorité monétaire d'avoir un crédit sain et de prêter plus facilement. Toutefois, il existe de nombreux exemples de pays sous étalon-or qui ont connu des crises de surendettement ou des dépressions.

Actuellement l'étalon-or n'est plus utilisé dans aucun pays et il a fait place au cours forcé du papier-monnaie.

Pourquoi l'or ?[modifier | modifier le code]

L'or possède plusieurs caractéristiques intéressantes pour en faire un étalon monétaire : il est rare (la quantité totale d'or est stable dans le temps), durable, fongible (interchangeable), et facilement identifiable par sa couleur, sa densité, sa ductilité et ses propriétés acoustiques.

Les marchands et négociants en ont fait une unité de compte courante depuis l'Antiquité, ainsi qu'un instrument de réserve de valeur. Les modalités exactes de l'évolution de la monnaie varient selon l'époque et le lieu mais les historiens pensent en général que la forte valeur accordée à l'or (du fait de sa beauté, sa densité, sa résistance à la corrosion, son uniformité et la facilité à le refondre) en ont fait une réserve de valeur et une unité de compte pour d'autres instruments de réserve de valeur — ainsi, à Babylone, le boisseau de blé était l'unité de compte et une quantité d'or correspondante (beaucoup moins encombrante) servait à représenter et échanger cette valeur. Les systèmes monétaires primitifs basés sur des céréales utilisaient aussi l'or pour représenter la valeur du stockage des céréales. Les premiers systèmes bancaires sont apparus lorsque l'or déposé dans une banque pouvait être transféré d'un compte à un autre par un virement giro, ou prêté avec intérêt.

Dans le cadre d'un système monétaire fondé sur un produit ou une denrée, le rôle du papier-monnaie est de limiter le danger à transporter directement l'or, de limiter les possibilités de rogner les pièces d'or et d'éviter la déperdition de la masse monétaire circulant du fait de la thésaurisation. Les premières tentatives d'utilisation du papier-monnaie ont été favorisées par le manque de fiabilité des moyens de transport (les voyages longs étant particulièrement dangereux), ainsi que par le désir des États de contrôler ou réguler le commerce sur leur territoire. Les billets de banque à garantie d'or sont parfois appelés « certificats », ce qui les distingue d'autres formes de papier-monnaie.

Cependant, pour la plupart des civilisations, c'était l'argent qui constituait l'essentiel de la masse monétaire et qui était utilisé dans la plupart des échanges. L'or, lui, servait de moyen ultime de stockage de valeur et n'était utilisé comme moyen de paiement que lorsque la quantité — et donc le poids — d'argent étaient trop élevés, en particulier pour payer des armées. L'or a supplanté l'argent comme instrument de commerce à quelques époques, comme l'âge d'or de l'Islam, l'apogée des cités-États d'Italie et surtout au XIXe siècle. Depuis, l'or est resté métal de réserve jusqu'à l'effondrement des Accords de Bretton Woods en 1971 ; il sert maintenant de réserve de précaution face aux actions des banques centrales et des États, de placement liquide et de stockage de valeur.

Les avantages attendus de l'étalon-or[modifier | modifier le code]

  • simplicité-certitude : les cours des monnaies dans le système sont relativement stables ; ils fluctuent dans des limites étroites définies par ce qu'on appelle les points d'or
  • auto-équilibrage : quand un déséquilibre apparait dans la balance des paiements un processus mécanique permet de retrouver l'équilibre :

Prenons l'exemple d'un pays qui a une balance des paiements déficitaire : Le déficit se traduit par des sorties d'or, synonymes d'une réduction de la quantité de monnaie en circulation dans l'économie (puisque la création monétaire est liée aux stocks d'or de la banque centrale). Cette réduction a un effet déflationniste : les prix vont baisser. Cette baisse des prix va permettre de rendre plus compétitifs les produits nationaux et ainsi de re-vitaliser les exportations. La balance des paiements retrouve l'équilibre.

Les inconvénients de l'étalon-or[modifier | modifier le code]

À cause d'une distribution inégale de l'or sur terre, l'étalon-or avantage les pays producteurs d'or[1].

Utilisation historique de la monnaie-or[modifier | modifier le code]

Article détaillé : or.

Le premier métal utilisé comme monnaie était l'argent, avec des lingots servant pour le commerce datant de plus de 4 000 ans. Les plus anciennes pièces d'or datent de –600. Auparavant, l'or et l'argent étaient déjà utilisés comme réserves de valeur et formaient la base des contrats commerciaux à Akkad, puis en Égypte. L'argent est resté le métal monétaire le plus fréquent pour les transactions courantes jusqu'au XXe siècle. On le retrouve dans certaines pièces bimétalliques, comme la pièce de 20 pesos du Mexique.

La Perse percevait l'impôt en or, et après la conquête d'Alexandre le Grand, tout cet or servit de monnaie pour son empire. L'or était utilisé pour payer les mercenaires et les armées, ce qui scella son importance : l'or devint synonyme de moyen de paiement pour les opérations militaires, ce que mentionne Nicolas Machiavel dans Le Prince deux mille ans plus tard.

Les premières pièces d'or sont frappées en Lydie par le roi Crésus, dont les sables aurifères du fleuve Pactole lui assurait une immense fortune. Ces pièces sont rapidement utilisées par les grecs qui en généralisent l'usage.

Un solidus représentant Julien II.

L'Empire romain utilisait deux pièces d'or principales, pures à 95-98 % : l’aureus, un alliage or-argent d'environ 7 grammes, puis, à partir du IVe siècle, le solidus qui pesait 4,5 grammes dont 4,2 d'or. Les fabriques de monnaie romaines étaient très actives, et des millions de pièces circulaient sous l'empire.

Après l'effondrement de l'Empire romain d'Occident et l'épuisement des mines d'or en Europe, l'Empire byzantin fabriqua de nouvelles pièces, appelées nomisma puis besant. Pendant quelques siècles, ces pièces restèrent fabriquées aux normes romaines et étaient équivalentes au solidus, mais l'Empire décida d'en réduire la proportion d'or à partir du XIe siècle ; vers la fin du siècle, la monnaie en circulation ne contenait plus que 15 % d'or (en poids).

À partir de la fin du VIIe siècle, une part croissante du commerce se fait en dinars. Le dinar était une pièce d'or fabriquée par l'Empire arabe d'après le solidus romain, d'une taille et d'un poids similaires au solidus byzantin. Ces deux pièces furent conjointement en circulation pendant environ 350 ans, jusqu'au déclin du solidus.

Le dinar, ainsi qu'une pièce d'argent nommée dirham, étaient à l'origine fabriqués par les persans. Les califats du monde Islamique adoptèrent ces monnaies, jusqu'à la réforme du calife omeyyade Abd al-Malik (685–705), qui marqua la naissance « officielle » du dinar. Les nouvelles pièces ne comportaient plus d'illustrations mais des références à Allah, et contenaient un rapport fixe or-argent. Avec l'ascension de la puissance islamique, le dinar s'est établi comme monnaie dominante de la côte occidentale de l'Afrique jusqu'au Nord de l'Inde, ce jusqu'à la fin du XIIIe siècle, et resta une des monnaies les plus courantes pendant les siècles suivants. Ainsi, le solidus — sous divers noms mais toujours avec la même taille, le même poids, et la même teneur en or — resta l'unité de compte principale pendant plus de 1 300 ans, et survécut à trois empires.

Un ducat vénitien de 1400.

En 1284, la République de Venise fabrique ses premières pièces d'or ; le ducat devient la monnaie européenne la plus courante pour les cinq siècles suivants, du fait du rôle stratégique de Venise dans le commerce avec le monde islamique, puis de sa capacité à attirer de nouveaux stocks d'or. D'autres pièces, comme le florin ou le noble anglais font leur apparition vers la même époque et accompagnent l'expansion du commerce.

Avec la conquête de l'Empire aztèque et de l'Empire inca, l'Espagne trouve accès à de nouveaux stocks d'or et d'argent. L'unité de compte principale des espagnols était l'escudo, et la pièce de 8 escudos, ou doublon, était la plus connue. Un doublon pèse 27,468 grammes, et est fait d'or à 22 carats (92 %) ; sa valeur est 16 fois celle du peso, qui contient le poids équivalent d'argent. Du fait de son abondance, l'or devient seule monnaie légale dans les Antilles espagnoles en 1704. Aux États-Unis, la monnaie espagnole est bien plus courante que la monnaie anglaise, et le dollar US est à l'origine équivalent au peso. Le marché des changes de Philadelphie est un des principaux centres d'échange de monnaie espagnole.

L'étalon-or moderne[modifier | modifier le code]

L'adoption de l'étalon-or s'est faite progressivement, et il existe des désaccords entre historiens sur la date d'adoption du premier « vrai » système. La plus ancienne mention est anglaise : en 1717, Isaac Newton analyse les pièces de monnaie et en tire une relation or-argent, cette relation est officialisée par une loi de la reine Anne. Cependant, la plupart des historiens utilisent des critères plus stricts : un étalon-or ne doit avoir qu'une seule source étatique de papier-monnaie, et ce papier doit être convertible en or. Le cas anglais ne répond pas à ce critère.

La crise de la monnaie en argent et des billets de banque (1750–1870)[modifier | modifier le code]

À la fin du XVIIIe siècle, les réserves en argent des pays d'Europe et des États-Unis diminuent du fait des guerres et du commerce avec la Chine, qui exporte des biens vers l'Europe mais en importe très peu: elle capte une part croissante du stock d'argent. En Europe, le nombre de pièces frappées diminuant régulièrement, une part croissante de la masse monétaire est constituée de billets de banque et de billets sur actions.

La fuite de capitaux anglais de 1774 voit la sortie massive de pièces d'or et d'argent, à la veille de la guerre d'indépendance des États-Unis, (1776-1784) dont les prémices se font sentir. La fiscalité, beaucoup plus élevée que sur le continent européen, déplaît aux épargnants. L'économie britannique résiste grâce aux nombreux billets de banque, acceptés depuis l'héritage de la Révolution financière britannique, qui a créé dès 1694 la Banque d'Angleterre. La Révolution industrielle a même plutôt tendance à s'accélérer.

En 1774, « l'Angleterre voit et laisse fuir ses pièces d'or et d'argent. Cette situation, anormale à première vue, ne la trouble pas : le haut de la circulation monétaire est déjà occupée chez elle par les billets de la banque d'Angleterre et des banques privées », explique l'historien Fernand Braudel[2]. Le pays avait déjà connu deux épisodes du même type, la crise monétaire anglaise des années 1550, puis un siècle et demi plus tard la crise monétaire anglaise des années 1690, tous deux résolus par la frappe d'une nouvelle monnaie.

Dans les années 1790, l'Angleterre doit faire face à une grave pénurie d'argent, qui fuit le pays, sur fond de guerres napoléoniennes : elle cesse de frapper de grosses pièces en argent, fabrique des pièces « jetons » sans valeur intrinsèque et refrappe des pièces étrangères.

Après la fin des guerres napoléoniennes, l'Angleterre entreprend un programme ambitieux de fabrication de monnaie, qui comprend la création de souverains d'or, de couronnes et demi-couronnes d'argent et de farthings de cuivre en 1821. Près de 40 millions de shillings sont frappés entre 1816 et 1820, ainsi que 17 millions de demi-couronnes et 1,3 million de couronnes. En 1819, la loi sur la reprise des paiements en monnaie, l'Act for the Resumption of Cash Payments, indique que la convertibilité reprendra en 1823. En fait celle-ci sera possible dès 1821. Dans les années 1820, les banques régionales émettent des billets de petites dénominations (petites coupures). À partir de 1826, cette mission est partiellement prise en charge par de nouvelles succursales régionales de la Banque d'Angleterre et en 1833 les billets de la Banque d'Angleterre deviennent monnaie légale.

Les États-Unis adoptent un étalon-argent à parité avec le peso espagnol en 1785. La loi sur la monnaie de 1792 codifie cette pratique et établit la parité avec l'or, tandis la première banque des États-Unis détient les réserves monétaires du gouvernement fédéral mais sans l'obligation de détenir la contrepartie en argent-métal de toute la monnaie qu'elle émet. En raison de l'immense dette contractée lors de la révolution américaine, les pièces d'argent du gouvernement américain disparaissent progressivement de la circulation et en 1806 le président Thomas Jefferson suspend la frappe de nouvelles pièces.

En 1844, Londres déclare que les billets de la Banque d'Angleterre sont la seule monnaie légale et doivent être garantis en or. C'est le Banking Act de 1844, qui requiert aussi de capitaliser les banques. Cette solution profitera du boom minier de l'ouest américain, qui rend beaucoup plus abondant les métaux précieux, puis de la montée en puissance des mines d'or sud-africaines.

Entre-temps, plusieurs colonies britanniques, manquant à leur tour de monnaie-argent, sont obligées de frapper leurs propres jetons-monnaie. Parmi les émetteurs privés les plus célèbres, la société Strachan and Company, qui frappe des jetons dans le Griqualand à partir de 1874, est à l'origine de la première monnaie à succès d'Afrique du Sud.

Aux États-Unis, la loi de 1848 impose au Département du Trésor un étalon strict, mais le taux de conversion or-argent surévalue l'argent par rapport à la forte demande d'or nécessaire au commerce avec l'étranger, principalement la Grande-Bretagne. L'argent afflue et l'or fuit le pays, ce qui rend la prospection d'or nécessaire et déclenche la ruée vers l'or de Californie. En 1853, les États-Unis réduisent le poids d'argent des pièces et en 1857, les pièces étrangères dont le peso perdent leur statut de monnaie légale.

La crise ultime du système bancaire international éclate en 1857, lorsque les banques américaines suspendent tout paiement en argent. En 1861, le gouvernement américain suspend les paiements en or et argent, ce qui met un terme aux tentatives d'institution d'un étalon-argent. Entre 1860 et 1871, quelques tentatives de résurrection d'un étalon bimétallique ont lieu, mais la découverte de filons d'argent dans l'Ouest américain rend illusoire l'idée qu'il s'agit encore d'un métal rare.

Parallèlement, le développement de l'industrie s'accompagne d'une demande accrue de crédit financier. De grandes banques sont fondées dans plusieurs pays, comme le Japon en 1872. La nécessité d'avoir des fondements solides pour toutes les transactions monétaires conduit à l'adoption rapide de l'étalon-or durant la période suivante.

Mise en place de l'étalon-or international (1870–1900)[modifier | modifier le code]

L'Empire allemand, fondé après la guerre franco-prussienne, vote la Loi monétaire prussienne du 4 décembre 1871, instaurant un étalon-or strict, puis crée par la Loi monétaire allemande du 9 juillet 1873 le Goldmark. Cette monnaie devient le Reichsmark, en utilisant à partir de 1890 l'or extrait dans les mines d'Afrique du Sud pour augmenter la masse monétaire. Les autres pays se tournent progressivement vers ce système qui met en valeur les propriétés de l'or comme unité de valeur stable, échangeable et universelle. Cette adoption va de pair avec la première mondialisation.

C'est alors le premier véritable système monétaire international : à savoir un ensemble de règles définissant les modes de détermination du cours des monnaies et la nature des réserves internationales permettant le règlement des échanges internationaux.

L'étalon-or remplace le bimétallisme : la monnaie était auparavant convertible à la fois en or et en argent. Cette adoption est dans la plupart des cas une adoption avant tout de facto, rendue officielle ultérieurement :

Dates d'adoption de l'étalon-or :

Pendant les années 1870, le contexte de déflation et de dépression est favorable au rétablissement de l'argent comme monnaie. Mais les quelques tentatives effectuées se soldent par des échecs. En 1879, seules les pièces d'or sont acceptées de fait dans l'Union monétaire latine (rejointe par la Grèce), bien que l'argent soit théoriquement légal.

Monnaies alternatives[modifier | modifier le code]

La crise des années 1870 pousse également à l'adoption de monnaies non basées sur l'or. Ainsi, les mandats postaux voient le jour en Grande-Bretagne en 1881 et deviennent une monnaie légale pendant la Seconde Guerre mondiale. Après la Grande guerre, l’Allemagne adopte le Rentenmark en réponse à l’hyperinflation : cette monnaie, indexée sur le patrimoine industriel du pays, est adoptée sans réserve par la population et restera même en circulation jusqu'à la Deuxième Guerre mondiale. Aux États-Unis, le « Greenback Party » (parti du billet vert) s'oppose au retour de l'étalon-or après la fin de la Guerre de Sécession et propose que la monnaie reste purement une monnaie-papier, sans référence à aucun métal précieux, comme cela a été le cas pendant toute la durée de la guerre et immédiatement après.

Effets fiscaux[modifier | modifier le code]

L'accroissement du commerce permet la spécialisation industrielle, tandis que la population des pays industrialisés augmente rapidement, ce qui augmente la demande de produits agricoles. La nécessité d'importer plus de produits agricoles, conjointe à celle des exportateurs agricoles d'importer des machines afin de s'industrialiser eux-mêmes, provoque une profonde réorganisation des systèmes fiscaux, la plupart des pays abandonnant peu à peu les droits de douane au profit de l'impôt sur le revenu ou sur la consommation. Ces changements s'accompagnent d'une pression à la baisse des salaires de certaines catégories de travailleurs. Le rôle de l'étalon-or dans cette transformation reste sujet à débat.

Effets sur le monde rural[modifier | modifier le code]

Aux États-Unis, un mouvement anti-étalon-or se constitue dans les années 1890. Il prend son origine dans le Sud-ouest et les Grandes Plaines. De nombreux agriculteurs considèrent en effet que la rareté de l'or, particulièrement en dehors des grandes places bancaires de l'Est, est voulue et permet aux banquiers de provoquer des crises de crédit, ce qui enfonce les agriculteurs de l'Ouest dans l'endettement et conduit à la saisie de leur propriété au profit des banquiers. Le Parti populiste, fondé à Lampasas (Texas), a pour proposition principale une politique d'« argent facile », non basé sur l'or, qui circulerait plus rapidement et permettrait aux agriculteurs d'accéder plus facilement au crédit. L'opposition à l'étalon-or connait son apogée lors de la campagne présidentielle de 1896, lorsque le candidat démocrate, William Jennings Bryan, déclare son refus de ce système dans son « discours de la Croix d'or ». Il y compare l'étalon-or et ses effets sur les agriculteurs à la couronne d'épines portée par Jésus-Christ lors de sa crucifixion. Après avoir été battu, Bryan se représente en 1900 et 1908, à chaque fois sans succès national, mais en emportant les États du Sud et des Grandes plaines. Certains voient dans Le Magicien d'Oz, au-delà d'une œuvre pour enfants, une critique politique de l'étalon-or par le truchement de la « route de briques d'or »[3].

Effets sur les taux d'intérêt[modifier | modifier le code]

À la fin du XIXe siècle se généralise une politique monétaire restrictive afin de limiter les flux sortants d'or et d'en maintenir des réserves importantes dans les banques centrales. Cette politique crédibilise l'attachement à l'étalon-or. D'après Lawrence Officer et Alberto Giovanni, ces effets sont visibles en comparant le taux de la Banque d'Angleterre et les flux entre livre, dollar, mark et franc. Entre 1889 et 1908, la livre maintient une parité fixe avec le dollar 99 % du temps, et 92 % du temps avec le mark. Selon eux, la clé de la crédibilité du système était la dévotion de la Banque d'Angleterre à la stabilité des changes, en ajustant chaque fois que nécessaire son taux d'intérêt : 200 fois durant cette période, soit une fréquence supérieure à celle des ajustements actuels des banques centrales.

De l'apogée à la crise (19011932)[modifier | modifier le code]

Augmentation du niveau de vie[modifier | modifier le code]

Vers 1900, la plupart des pays industrialisés reconnaissent la nécessité d'un prêteur en dernier recours. L'importance d'une banque centrale dans le système financier a été soulignée lors de sauvetages, comme celui de la banque Barings, effectué par la Banque d'Angleterre alors que celle-ci se trouvait en quasi-faillite. Seuls les États-Unis n'avaient toujours pas de Banque centrale.

Certains observateurs ont certes attribué quelques paniques bancaires des années 1890 et 1900 à la centralisation du système productif et bancaire. Cependant, cette centralisation permet également un taux d'industrialisation accru, ce qui entraîne une hausse du niveau de vie. La plupart des pays d'Europe sont en paix et relativement prospères, malgré une certaine agitation socialiste et communiste.

Abandon de l'étalon-or pendant la guerre[modifier | modifier le code]

Cette situation trouve brutalement son terme lorsque la Première Guerre mondiale éclate en 1914. Le Royaume-Uni se trouve rapidement contraint d'abandonner la convertibilité des billets. À la fin de la guerre, la Grande-Bretagne se trouve de fait dans un système de monnaie fiduciaire, dans lequel les mandats postaux et les bons au trésor sont monétisés. Les besoins gigantesques en matériel militaire provoquent l'inflation. Tous les pays choisissent d'imprimer plus de monnaie qu'ils ne possèdent de contrepartie en or, comptant sur les réparations de guerre une fois la victoire acquise, sur le modèle utilisé par la Prusse lors de la Guerre franco-prussienne. Les États-Unis et la Grande-Bretagne mettent en place une suite de mesures destinées à contrôler la circulation d'or et à réformer le système bancaire, mais sont finalement contraints de suspendre la parité-or pour financer l'effort de guerre.

Le Traité de Versailles impose à l’Allemagne et aux Empires centraux défaits des réparations de guerre, dont la France espère qu’elles lui permettront de reconstruire son économie dévastée par le conflit. L’Allemagne, contrainte de remettre la plus grande partie de son or au titre des réparations, renonce à émettre des Reichsmarks or et opte pour la monnaie papier.

Durant les années 1920, les États-Unis, qui profitent d’une balance commerciale excédentaire, fournissent, avec le plan Dawes puis avec le plan Young, les fonds nécessaires à l’Allemagne pour rembourser la France, afin qu’en définitive la France puisse rembourser ses dettes vis-à-vis des États-Unis. Après la guerre, la République de Weimar doit faire face à l’hyperinflation (les prix sont multipliés par un demi milliard entre 1923 et 1924) et doit mettre en place une monnaie provisoire, le Rentenmark, pour y mettre fin. Ce plan fonctionna, bien qu’il fallût encore une année pour que réapparaissent des Reichsmarks or.

Retour à l'étalon-or[modifier | modifier le code]

Certificat-or américain de 100 dollars. « Ce billet certifie qu'il a été déposé au Trésor des États-Unis la somme de 100 dollars en monnaie-or payable au porteur sur demande. »

Les accords de Gênes de 1922 ont pour but de rétablir l'ordre monétaire mondial, complètement désorganisé par la Première Guerre mondiale. Cette conférence est décidée à l'initiative de la Grande-Bretagne. Elle réunit tous les pays ayant participé au conflit sauf les États-Unis.

Ces accords prévoient :

  • que les pays doivent au plus vite, si possible, rétablir la convertibilité de leur monnaie en or ;
  • le Gold Bullion Standard : convertibilité en lingots ;
  • le Gold Exchange Standard : les monnaies non convertibles en or pourront l'être en monnaie forte ou devises clés, c'est-à-dire en monnaies convertibles en or. Il s'agit à l'époque du dollar, du franc et de la livre sterling[4].

Le Royaume-Uni revient à l'étalon-or en 1925, suivant l'avis des économistes conservateurs d'alors, malgré les réticences du Chancelier de l'Échiquier, Winston Churchill. Malgré l'inflation élevée survenue à la sortie la guerre, Churchill adopte la parité d'avant-guerre. Afin de revenir à cette parité, le gouvernement conduit une politique d'austérité monétaire entre 1920 et 1925. La valeur effective de la livre sterling en or est progressivement augmentée, ce qui provoque une déflation de l'économie.

John Maynard Keynes est un des économistes minoritaires opposés à la restauration de la parité d'avant-guerre ; il considère en effet que cette parité est impossible à retrouver et que la rareté résultante de la monnaie risque de provoquer un effondrement de l'économie. Il qualifie même l'étalon-or de « relique barbare ».

La déflation touche toutes les parties de l'Empire britannique où la livre est utilisée comme unité de compte principale.

En France, l'étalon-or est rétabli en 1928 par Raymond Poincaré suite à une dévaluation des quatre cinquièmes de la valeur du franc.

La Grande crise et la Seconde Guerre mondiale (19331945)[modifier | modifier le code]

La crise de 1929 rend la parité avec l'or intenable dans de nombreux pays. Le Royaume-Uni l'abandonne en 1931, la Suède dès 1929, les États-Unis en 1933.

La conférence de Londres[modifier | modifier le code]

En 1933, la conférence de Londres signe la mort du système monétaire international. Le Royaume-Uni et les États-Unis souhaitaient un retour éventuel à l'étalon-or ; le président américain Franklin Delano Roosevelt avait même déclaré qu'un retour à la stabilité monétaire « devait être basé sur l'or », mais ni l'un ni l'autre pays n'étaient prêt à y retourner immédiatement. Les délégations de France et d'Italie insistent à un retour immédiat à un système d'étalon-or. Lors de la conférence, une proposition de stabiliser les taux de change entre la France, le Royaume-Uni et les États-Unis, basée sur des droits de tirage, est rejetée.

Le désaccord porte avant tout sur la valeur de l'or dans un nouveau système. Cordell Hull, le secrétaire d'État américain, avait pour instructions d'exiger une reflation des prix avant tout retour à un étalon-or. Le Royaume-Uni était par ailleurs soupçonné de vouloir exploiter les accords commerciaux au sein du Commonwealth afin d'éviter toute mesure d'austérité budgétaire. Étant donné que l'interprétation dominante de l'effondrement du système d'étalon-or à cette époque est l'adoption par les États-Unis et le Royaume-Uni d'une parité trop forte avec l'or, ces comportements empêchent tout accord.

Un autre point de désaccord est le rôle des droits de douane dans l'effondrement de l'étalon-or : le gouvernement américain (démocrate) accuse ses prédécesseurs (républicains) d'avoir aggravé la crise en adoptant des barrières douanières protectionnistes.

L'interdiction de détention d'or[modifier | modifier le code]

À partir des années 1930, plusieurs pays dont les États-Unis, prennent des mesures pour interdire la détention privée d'or. Franklin Delano Roosevelt promulgue l'ordonnance (Executive order) 6 102 en 1933 et la Loi sur les réserves d'or (Gold Reserve Act) en 1934, qui punissent la possession d'or d'une amende jusqu'à 10 000 dollars ou une peine de 10 ans de prison. Les bijoux et collections de pièces de monnaie sont exemptées et l'interdiction ne sera jamais appliquée très sévèrement. Elle est levée en 1975.

Pendant cette période, les citoyens américains sont tenus de ne détenir que des billets de la banque centrale. La Cour suprême entérine la loi en 1934[5]. Certains mouvements conservateurs voient dans cette loi une usurpation du droit à la propriété privée[6].

Stabilisation des marchés financiers internationaux[modifier | modifier le code]

Pendant les années 1930, la plupart des pays négocient des accords commerciaux bilatéraux et, à partir de 1935, leur politique économique est conditionnée par l'idée qu'un conflit de grande ampleur est de plus en plus probable. Les mesures d'austérité prises dans les années 1920 pour restabiliser le système financier international avaient eu pour conséquence une diminution des dépenses militaires ; celles-ci augmentent alors rapidement, encouragées par l'armement des puissances de l'Axe, la guerre en Asie et la crainte de voir l'Union soviétique exporter son modèle de révolution communiste. La priorité accordée à ces dépenses rend impossible le retour à un étalon-or, car celui-ci requiert un équilibre budgétaire. De même, aux États-Unis, le gouvernement Roosevelt y renonce après 1937, après que sa tentative d'équilibrer le budget a provoqué une nouvelle récession.

Le "Mefo-Wechsel"[modifier | modifier le code]

En 1934, le gouvernement allemand crée le Mefo-Wechsel, une « vraie-fausse » monnaie fondée sur des reconnaissances de dette échangées par les entreprises, émise par la Metallurgische Forschung ou MEFO. Le MEFO permet de contourner les restrictions financières du traité de Versailles et contribue au réarmement de l'Allemagne.

Dans le cadre de ses persécutions contre les Juifs, les Roms, les Slaves, les homosexuels et les handicapés, l'Allemagne nazie saisit leur or pour financer son effort de guerre. Parmi les banques qui détiennent ces dépôts d'or figurent des banques suisses. L'or est ensuite déposé à la Reichsbank et utilisé comme contrepartie pour des billets de banque échangeables contre des MEFO.

Dans le même temps, des mesures de contrôle des prix et des salaires, assorties de la menace des camps d'internement, parviennent à empêcher l'apparition d'hyper-inflation.

En 1939, la valeur des MEFO atteint 12 milliards de marks, contre 19 milliards de marks de dette officielle.

Renoncement progressif de la Grande-Bretagne[modifier | modifier le code]

Pendant la période 1939–1942, le Royaume-Uni dépense une grande partie de son stock d'or pour acheter des armes et munitions en « cash and carry » auprès des États-Unis et d'autres pays. Winston Churchill en conclut que le retour au système d'avant-guerre sera difficile ; dans le même temps John Maynard Keynes, qui s'était opposé au retour à l'étalon-or dans les années 1920, gagne en influence dans le gouvernement, et ses propositions se concrétisent finalement par les Accords de Bretton Woods.

Bretton Woods (1946–1971)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Accords de Bretton Woods.

Les accords de Bretton Woods mettent en place un système d'étalon change-or : la valeur du dollar US est directement indexée sur l'or (à 35 dollars par once[7]), tandis que les autres monnaies sont indexées sur le dollar. Les réserves des banques centrales doivent alors être constituées de devises et non plus d'or. Le gouvernement américain garantit la valeur du dollar, mais n'est pas obligé d'avoir une contrepartie en or aux dollars émis.

Abandons[modifier | modifier le code]

Plusieurs pays ont renoncé à l'étalon-or :

Théorie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Marc Berthoud, L'étalon-or suisse et le nouvel ordre mondial[8].
  • (en) Ferdinand Lips, Gold Wars, Paperback.
  • (en) Hans F. Sennholz (dir.), Gold Is Money, Westport, Greenwood Press,‎ 1975

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Goodman, George J.W., Paper Money, 1981, p. 165-6
  2. Civilisation matérielle, économie et capitalisme, par Fernand Braudel, pages 446 et 447
  3. (en) « Return to home - The Wizard Of Oz (1939) », sur www.filmsite.org (consulté le 14 juin 2010) et (en) « Following the Yellow Brick Road: How the United States Adopted the Gold Standard », sur papers.ssrn.com (consulté le 14 juin 2010)
  4. Gold Exchange Standard
  5. (en) « The United States Supreme Court: the pursuit of justice ; par Christopher L. Tomlins page 230. », sur books.google.com (consulté le 14 juin 2010)
  6. (en) « Gold: The Sovereign Power of the Veto by Gary North », sur www.lewrockwell.com (consulté le 14 juin 2010)
  7. le cours de l'once sera à 922 dollars en juillet 2008
  8. (fr) « Adieu, l’or ! Les réserves d’or de la Suisse en point de mire des « initiés » », sur www.horizons-et-debats.ch (consulté le 14 juin 2010) Adieu l'or