Missile balistique intercontinental

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Test de lancement d'un missile Minuteman III
Un missile balistique peut porter plusieurs ogives permettant de frapper des objectifs différents dans une même zone

Un missile balistique intercontinental (en anglais, intercontinental ballistic missile : ICBM) est un missile balistique à longue portée (plus de 5 600 km ou 3 500 miles).

Historique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Aggregat.

Le complexe militaro-industriel allemand lança durant la Seconde Guerre mondiale les premières études pour un lanceur pouvant emporter des charges militaires sur un autre continent, la cible spécifique étant les États-Unis, mais la chute du Troisième Reich interrompit les recherches et les Alliés se partagèrent ses travaux.

Le premier missile balistique intercontinental fut la R-7 Semiorka soviétique qui emporta le Spoutnik 1 le 4 octobre 1957.

Le premier tir d'un ICBM aux États-Unis a eu lieu avec un SM-65 Atlas le 17 décembre 1957.

Charge utile[modifier | modifier le code]

Ils sont généralement conçus pour porter une ou plusieurs ogives nucléaires.

Cependant, l'URSS avait durant la guerre froide des armes biologiques embarquées à bord de certains missiles et les États-Unis ont quelques missiles pouvant emporter des satellites de télécommunication d'urgence en cas de destruction de leur réseau de télécommunications militaires.

Depuis les années 2000, des responsables des forces armées des États-Unis étudient la possibilité d'installer des ogives conventionnelles ou inertes (l'énergie cinétique due à la grande vitesse d’impact causant d'importants dégâts) à la place des armes nucléaires sur plusieurs de leurs missiles balistiques dans les années 2010–2020 dans le cadre du programme Prompt Global Strike (en)[1]. Un premier essai avec un missile mer-sol balistique stratégique Trident II aurait dû avoir lieu en août 2009[2] mais ce programme a été abandonné. L'utilisation de telles charges comportant des problèmes d'identification par d'autres pays qui, en cas de tir, ne sauront pas s'il s'agit d'un bombardement nucléaire ou conventionnel[3].

La république populaire de Chine a développé par contre des versions du DF-21 emportant des charges conventionnelles.

Catégories[modifier | modifier le code]

Un R-36MUTTH, code OTAN SS-18 mod. 5, au musée. Cet engin soviétique est le plus lourd missile conçu jusqu’à présent avec sa masse de 210 t.

Les ICBM se différencient des autres missiles balistiques par leur vitesse et leur portée :

  • les missiles balistiques à courte portée pour champ de bataille ((en) short-range battlefield) ;
  • les missiles balistiques de courte portée ((en) SRBM : portée maximale de 1 000 km selon le Missile Defense Agency (en) des États-Unis) ;
  • les missiles balistiques de portée moyenne ((en) MRBM : portée entre 1 000 et 3 000 km selon la Missile Defense Agency des États-Unis) ;
  • les missiles balistiques de portée intermédiaire ((en) IRBM : portée entre 3 000 et 5 500 km selon la Missile Defense Agency des États-Unis).

Tous les membres permanents du conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU) disposent de systèmes opérationnels permettant de lancer des ICBM : tous possèdent des sous-marins nucléaires lanceurs d'engins et la Russie, les États-Unis et la Chine ont des bases terrestres permettant de lancer des missiles balistiques intercontinentaux. De plus, la Chine et la Russie possèdent des systèmes terrestres mobiles.

En plus des membres du conseil permanent de l'ONU, l’Inde développerait une variante de leur missile Agni, appelé Agni 4, qui aurait une portée de 6 000 km. Certaines agences de renseignements soupçonnent la Corée du Nord de vouloir en développer; deux tests de différents prototypes de missiles en 1998 et 2006 n’ont pas été concluants.

En 1991, les États-Unis et la Russie ont conclu un traité de réduction des armes stratégiques afin de réduire leurs déploiements d’ICBM et les ogives attribuées.

Phases de vol[modifier | modifier le code]

Vol balistique[modifier | modifier le code]

Les phases suivantes de vol balistique peuvent être distinguées :

  1. phase de poussée : de 3 à 4 minutes ; l'altitude à la fin de cette phase est entre 150 et 200 kilomètres, la vitesse moyenne est de 7 km/s (la vitesse de satellisation minimale d'un objet de la surface de la Terre est de 7,8 km/s) ;
  2. phase intermédiaire : environ 25 minutes pour une cible à 12 000 km — vol suborbital sur une orbite elliptique, c'est-à-dire l'orbite fait partie d'une ellipse avec l'axe principal vertical ; l'apogée est à une altitude d'environ 1 200 km ; l'axe semi-principal vaut entre 1 fois et 1/2 le rayon de la Terre ; la projection de l'orbite sur la surface de la terre est un grand cercle ;
  3. phase de rentrée : environ 2 minutes. Le missile peut libérer quelques ogives, chacune ayant une trajectoire propre, ainsi qu'un grand nombre de leurres pour dérouter la défense antimissile.
Séquence de tir du Minuteman III avec MIRV :
1. Le premier étage de propulsion (A) fait sortir le missile de son silo.
2. Environ 60 secondes après le lancement, le deuxième étage de propulsion (B) s'allume, forçant le premier à se détacher. Également, le capot protégeant les charges est éjecté. Avant la séparation, tous les étages du missile ont la même vitesse. Après la séparation, les derniers étages ont toujours cette vitesse acquise.
3. Environ 120 secondes après le lancement, le troisième étage (C) s'allume, forçant le deuxième étage de propulsion à se séparer. Avant la séparation, tous les étages du missile ont la même vitesse. Après la séparation, les derniers étages ont toujours cette vitesse acquise.
4. Environ 180 secondes après le lancement, le « bus » (D) se sépare en allumant son moteur. Avant la séparation, tous les étages du missile ont la même vitesse. Après la séparation, le bus a toujours cette vitesse acquise.
5. Le « bus » corrige la trajectoire et prépare le déploiement des véhicules de rentrée ((en) RV).
6. Les RV et les leurres sont déployés durant la descente.
7. Les RV et les leurres rentrent dans l'atmosphère à haute vitesse, les ogives sont armées en vol.
8. Les ogives explosent, soit au sol ou dans les airs.

Vol planant[modifier | modifier le code]

Représentation du planeur hypersonique Hypersonic Technology Vehicle 2 (HTV-2) de l’USAF testé en 2010 et 2011.

Envisagé depuis le déploiement des premiers missiles balistiques, reporté dans les années 1960/70 pour éviter une course à l’armement et testé à partir des années 1980 par les États-Unis[4][5] puis par la Chine et la Russie depuis les années 2000, les spécialistes recherchent une trajectoire de « croisière » extrêmement rapide (entre 10 et 20 000 km/h), tout en maintenant la manœuvrabilité des MIRV à charge conventionnelle ou nucléaire potentiellement « satellisable »[6].

Une des solutions est une ogive de type planeur hypersonique ((en) : hypersonic glide vehicle) qui rebondit sur l’atmosphère (entre 80 et 100 km d’altitude), à la manière d'un dauphin bondissant hors de l'eau. En général, toute l'énergie est fournie dans la phase balistique initiale, puis l'engin avance sur son élan, étant essentiellement piloté lorsque qu'il replonge dans les hautes couches de l’atmosphère pour rebondir[7].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Défense et Sécurité internationale no 35, mars 2008
  2. « L’US Navy prévoit de tester en aout prochain des technologies liées au missile Trident conventionnel », Le portail des sous-marins, 23 mai 2009
  3. (en) US 'Prompt Global Strike' Capability: A New Destabilising Sub-State Deterrent in the Making?, British American Security Concil, juin 2006
  4. (en) « Strategic Nuclear Strike Hypersonic Glide Vehicles », sur Dreamland Resort,‎ 6 avril 2002 (consulté le 2 janvier 2014)
  5. (en) « Lockheed HGV », sur Designation Systems,‎ 23 juin 2009 (consulté le 2 février 2014)
  6. (en) Bill Gertz, « Hypersonic arms race: China tests high-speed missile to beat U.S. defenses », sur The Washington Times,‎ 13 janvier 2014 (consulté le 2 février 2014)
  7. [image](zh)Trajectoire Qian étudié par la Chine

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]