Initiative de défense stratégique

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Ce fut sous le nom éminemment plus évocateur dans le monde de la jeunesse, du cinéma et des jeux vidéo que les médias américains associèrent La Guerre des étoiles avec le programme scientifique et militaire mobilisant les crédits publics dans le giron du complexe militaro-industriel, objet de cet article.

L'Initiative de défense stratégique (IDS), dite aussi Guerre des étoiles, est un projet lancé le par le président Ronald Reagan durant la guerre froide compte tenu d'une part de la poussée soviétique depuis la moitié des années 1970 et de la volonté des États-Unis à rester inviolables et invincibles sur leur sol et dans leurs zones protégées. Il s'agit d'un projet de réseau de satellites dont le rôle serait la détection et la destruction de missiles balistiques lancés contre les États-Unis. « Pour contrer l'horrible menace des missiles soviétiques (…) un programme ambitieux est mis à l'étude pour protéger les États-Unis par un bouclier spatial, identifiant et anéantissant tout missile venu de la haute atmosphère. »

Étymologie[modifier | modifier le code]

George Lucas, le créateur de la saga Star Wars, s'était battu énergiquement contre l'utilisation de la dénomination « Guerre des étoiles » (Star Wars) pour le programme IDS par la presse. Il a même fait paraître à l'époque un film sur le sujet.

Ce sont les médias américains qui ont affublé l'IDS du nom de Star Wars après le discours solennel du président Reagan qui lançait le programme. Toutefois, le président, lui-même amateur du film, réutilisa la popularité des expressions contenues dans la saga de space opera, telle que la mention de l'« empire du mal »[1] pour désigner le bloc soviétique contre la menace duquel cette dépense était lancée, à l'occasion de divers interviews lors de l'année 1983[2].

Contexte international[modifier | modifier le code]

Article connexe : Militarisation de l'espace.
Missile antimissile Galosh. Un réseau dont la construction a débuté en 1968 comprenant actuellement quatre bases avec une centaine d'intercepteurs protègent Moscou depuis 1972 d'une attaque par missile balistique[3].
Test d'un antimissile ERINT qui donna naissance au Patriot PAC-3 actuellement en service

L'idée d'une défense contre les missiles balistiques date de l'apparition de ceux-ci mais malgré les grands moyens financiers déployés par les superpuissances d'alors, la technologie de l'époque n'était pas assez fiable ; un traité ABM pour limiter l'usage de ces armes fut signé en 1972 et le Sentinel program américain constitué de LIM-49A Spartan et de missiles Sprint fut abandonné en 1976 tandis que l'URSS protège sa capitale Moscou.

Un des quatre sites de lancement en Dakota du Nord destiné aux missiles Sprint qui ne fut déclaré opérationnel que quelques mois entre 1975 et 1976.

Le retentissement de l'annonce de ce nouveau projet par Reagan est immense, bien qu'il n'offre pas de défense totale et qu'il s'avère extrêmement coûteux, même pour le pays le plus riche du monde. Il inquiète cependant les alliés des Américains car on redoute, s'il était matérialisé, qu'il transforme les États-Unis en une forteresse, inviolable et invincible incitant au repli de la super-puissance occidentale à un isolationnisme qu'ils avaient abandonné, non sans regrets, après la Seconde Guerre mondiale.

Pour l'URSS, ce projet est une très mauvaise surprise, car il remet en question l'équilibre de la terreur, concrétisé depuis 1949 par la possession à son tour de l'arme nucléaire, la rendant désormais vulnérable si les États-Unis voulaient pousser leur avantage, voire faire disparaître selon le mot de Reagan l'« Empire du Mal », alors que son économie n'a plus les moyens de se lancer dans une escalade vertigineuse des dépenses militaires.

Moscou, qui s'enlise en Afghanistan et se voit contré d'une manière plus musclée par l'administration Reagan, invoque l'accord ABM de 1972 (limitation stricte des systèmes antimissiles) puis mobilise, en vain, tous les arguments à sa disposition pour que les États-Unis abandonnent leur programme. Aux États-Unis, certaines personnalités comme Harimann, lui reprochèrent de violer les précédents traités de limitation de la course aux armements : traité Salt I (1972), démilitarisation de l'espace (1967), interdiction des essais nucléaires dans l'espace (1963).

Par le jeu de l'IDS, l'Europe aussi fut poussée dans cette course aux anti-missiles, dans la mesure où, fort des effets dissuasifs que reçut l'IDS sur l'« Empire du Mal », les États-Unis proposèrent également des contrats avec d'autres États alliés, ces derniers pouvant dès lors bénéficier du système. Bien que le projet fût irréalisable dans les délais prévus et reposât sur de simples spéculations politiques, l'Europe fut, en quelque sorte, pour ne pas se trouver à la merci des États-Unis, obligée de lancer à son tour le programme EUREKA, qui restait essentiellement civil, et qui n'aboutit pas non plus.

Lorsque Gorbatchev arriva à la tête de l'Union Soviétique en 1985, il ne put que constater le profond délabrement de l'économie soviétique, absorbée par le complexe militaro-industriel. Bien que l'URSS disposât d'excellents scientifiques développant des systèmes d'armes similaires (comme Polyus, 1re partie du programme Skif qui devait répondre à l'IDS), il donna des gages sur le sujet du désarmement conventionnel et nucléaire, ce qui rendit l'ambition d'origine du projet IDS obsolète.

Le point de vue géopolitique[modifier | modifier le code]

Ce programme de relance en matière de recherches en armement est considéré rétrospectivement comme étant l'un des éléments qui aurait pu amener à la chute de l'Union Soviétique ; à tout le moins la stratégie reaganienne de confrontation avec le dit « Empire du Mal », selon les discours présidentiels, consistait à mettre à genoux l'adversaire en l'amenant sur le terrain d'une compétition militaro-économique visant à l'étouffer financièrement, les crédits alloués par le politburo à cette course aux armements ne l'étant pas sur d'autres pans plus fondamentaux de l'économie de l'URSS.

Postérité[modifier | modifier le code]

Fusée ERIS (Reentry-vehicle Interception System) testé en 1991 et 1992. Ancêtre direct du Ground-Based Midcourse Defense.
Dessin d'artiste d'un système laser hybride, le tir provenant d'une station terrestre puis réfléchi par un satellite imaginé dans les années 1980;
Tir en décembre 2001 du prototype du Ground-Based Midcourse Defense, déclaré opérationnel depuis.

Ce programme fut finalement officiellement abandonné en 1993 sous l'administration Clinton après avoir vu se développer des concepts d'armes tels que l'installation d'armes laser de haute puissance en orbite et au sol, des constellations de satellites lance-missiles, anti-missiles ou des missiles intercepteurs lancés par sous-marin.

Les technologies développées servent pour le succédané de ce programme dénommé National Missile Defense relancé par l'administration G. W. Bush, dans le contexte des attentats du 11 septembre 2001. Le National missile defense prévoit d'installer une centaine de Ground Based Interceptor (missiles balistiques anti-missiles) en Alaska et en Californie pour pouvoir intercepter une vague d'une vingtaine de missiles balistiques provenant d'Asie et des États voyous. Des essais ont eu lieu de 2002 à 2005, les premiers de ces missiles ont été déclarés opérationnels en 2005. L'administration Obama a modifié les objectifs du MND et intègre l'OTAN dans un programme anti-missile pour l'Europe.

Divers systèmes d'armes anti-missiles tactiques sont aussi en cours de développement ou en fonction à cette date dans les forces armées des États-Unis.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Empire du Mal, autre jonction entre un thème du film de George Lucas et les concepts employés dans la communication de la présidence de Reagan.
  2. La rhétorique présidentielle concernant la géopolitique et un film de science-fiction sont alors en phase - Source
  3. (en) Galosh (SH-01/ABM-1), Missile Threat

Liens externes[modifier | modifier le code]