Embargo des États-Unis contre Cuba

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L'embargo des États-Unis contre Cuba (décrit à Cuba par le terme espagnol el bloqueo qui signifie « le blocus ») est un embargo économique, commercial et financier à l'égard de Cuba par les États-Unis mis en place le 7 février 1962 à la suite de nationalisations expropriant des compagnies américaines. En 2014, l'embargo est officiellement toujours en place, ce qui en fait le plus long embargo commercial de l'époque contemporaine. Cependant, l'embargo ne concerne ni les produits alimentaires, ni les médicaments[1],[2], depuis le début des années 2000. Dans les faits, les États-Unis sont les premiers fournisseurs de produits alimentaires de Cuba[3] et assurent entre 35 à 45 % des importations de nourriture de l'île[4].

L'embargo demeure un sujet particulièrement controversé : la controverse est notamment alimentée par l'emploi, à la place d'« embargo », du mot « blocus » par les partisans de Cuba. Ce dernier terme est parfois repris par l'Assemblée générale des Nations unies[5], qui a condamné en 2009 pour la 18e fois le « blocus » dans le communiqué version française et l'« embargo » dans la version anglaise, par 187 voix contre 3[6].

L'Union européenne est opposée à l'embargo car il affecte ses propres relations commerciales, elle soutient en revanche « un processus de transition progressif et pluraliste et qui permette d'améliorer le niveau de vie des Cubains »[7].

Avant l'embargo[modifier | modifier le code]

Les États-Unis et Cuba ont des liens géographiques, économiques et historiques étroits. Cuba fut une colonie espagnole pendant 400 ans, et les nombreuses luttes pour l'indépendance de cette période culminèrent avec la guerre de Dix Ans (1868-1878) et la guerre d'indépendance cubaine (1895-1898). Cette dernière se termine et aboutit à l'indépendance de Cuba envers l'Espagne, indépendance reconnue par le traité de Paris. Suite à l'explosion aux origines controversée du navire de guerre de l'US Navy USS Maine, ancré dans le port de La Havane, la guerre hispano-américaine se termine par la défaite de l'Espagne. Pendant cette guerre, un corps expéditionnaire US de 17 000 hommes débarqua le 20 juin 1898, appuyé en mer par la Marine. Les États-Unis ont donné son indépendance à Cuba en 1902, mais aux termes de l'amendement Platt, ils conservent des bases navales – Guantánamo et Bahía Honda (en) – et sont garants de la constitution, avec le droit d’intervenir dans les affaires du pays en cas d'effondrement constitutionnel. Les États-Unis gardèrent des rapports privilégiés avec l'île en investissant dans la production de sucre et de tabac, dans le tourisme ainsi qu'en concédant diverses préférences aux importations cubaines.

Cuba considère la période qui va de 1899 à 1902 comme une occupation militaire, et celle de 1902 à 1958 comme une période néo-coloniale[8].

Le gouvernement des États-Unis a initialement soutenu la révolution cubaine, en reconnaissant le nouveau gouvernement de Manuel Urrutia le 7 janvier 1959, après la fuite de Batista le 1er janvier. Cependant, les relations entre les deux États se sont très vite détériorées. Fidel Castro est désigné Premier ministre en février 1959.

Le 6 février 1959, un rapport de la Banque nationale de Cuba consigne le dépôt dans des banques nord-américaines de 424 millions de dollars retirés de la Banque centrale cubaine par l'entourage de Batista juste avant sa fuite. Pas un seul centime n’a été restitué par les banques américaines.

Le 12 février 1959, le Conseil National de Sécurité des États-Unis refuse un crédit sollicité par la Banque Nationale de Cuba pour soutenir la monnaie cubaine.

Le nouveau gouvernement procéda à une nationalisation le 17 mai 1959 : la loi de Réforme Agraire est décrétée. Elle nationalise toute propriété de plus de 420 hectares pour les redistribuer aux paysans, aux locataires et aux sans-terre[9]. De nombreuses propriétés appartenant à des citoyens ou des sociétés nord-américaines furent ainsi nationalisés sans compensation.

Le 24 juin 1959, le département d’État convoque une réunion pour informer qu’il « appartenait au gouvernement des États-Unis d’assumer immédiatement une position très ferme à l’encontre de la Loi de Réforme agraire et de sa mise en œuvre » et que « la meilleure manière d’atteindre le résultat nécessaire était la pression économique ». Pour la première fois est envisagée la suppression de la quote-part de sucre (voir plus bas).

Le 4 février 1960, l'Union soviétique signe un accord commercial avec Cuba.

Le 6 avril 1960, Lester D. Mallory, sous-secrétaire d’État adjoint aux Affaires interaméricaines affirma que « la majorité des Cubains soutenait Castro » et qu’il « n’existait pas une opposition politique effective », en ajoutant que « le seul moyen prévisible de réduire le soutien interne passait par le désenchantement et le découragement basés sur l’insatisfaction et les difficultés économiques (…) Tout moyen pour affaiblir la vie économique de Cuba doit être utilisé rapidement (…) : refuser de faire crédit et d’approvisionner Cuba pour diminuer les salaires réels et monétaires dans le but de provoquer la faim, le désespoir et le renversement du gouvernement. »

En avril 1960, les multinationales Esso, Texaco et Shell, à la demande du gouvernement américain, décident de limiter les exportations de combustibles vers Cuba. En mai 1960, trois raffineries (Texaco, Shell et Esso) refusent de traiter le pétrole importé d'Union soviétique. Fidel Castro les fera saisir.

Le 6 juillet 1960, les États-Unis refusent d'acheter le reliquat du quota sucrier cubain (700 000 tonnes d'une denrée traditionnellement vendue sur ce marché et vitale pour l'économie cubaine). L'URSS se porte acquéreur. Après l'échec de négociations menées avec la médiation du président argentin Arturo Frondizi (UCR), Cuba nationalise 36 centrales sucrières, les raffineries et la compagnie des téléphones.

Le 24 septembre 1960, le gouvernement des États-Unis annonce la suspension des opérations de l'usine de nickel Nicaro, détenue par le gouvernement de ce pays.

Le 19 octobre 1960 sont promulguées des mesures générales interdisant les exportations américaines vers Cuba. Exceptions faites de la nourriture, des médicaments et des équipements médicaux qui ne sont pas couverts par des subventions.

Le 16 décembre 1960 : Eisenhower supprime totalement la quote-part de sucre cubain pour les trois premiers mois de 1961.

Le 3 janvier 1961, les États-Unis rompent leurs relations diplomatiques avec Cuba.

Le 31 mars 1961, le nouveau président Kennedy supprime totalement la quote-part de sucre cubain sur le marché nord-américain pour l’année 1961 (3 millions de tonnes).

Avril 1961 est marqué par un raid aérien contre les aéroports de la Havane et Santiago suivi du débarquement de 1 500 mercenaires à la baie des Cochons. L'opération échoue en 72 heures.

Embargo[modifier | modifier le code]

Le 25 janvier 1962, l'Organisation des États américains (OEA), par 14 voix contre 6 (Argentine, Bolivie, Brésil, Chili, Équateur, Mexique), exclut Cuba. Toutes les relations commerciales, diplomatiques et aériennes entre l'île et les autres pays du continent sont rompues (sauf avec le Mexique et le Canada). L'embargo est partagé par les alliés occidentaux des États-Unis, sauf entre autres par le Canada, la France et l'Espagne. Cuba est presque totalement isolé. L'Union soviétique augmenta alors son aide financière à Cuba.

En réponse au rapprochement de Cuba à l'Union soviétique pendant la guerre froide et après la crise des missiles et la vague de nationalisations[10], le président John F. Kennedy a étendu les sanctions en élargissant le champ des restrictions commerciales. Le 3 février 1962, par l’ordre exécutif présidentiel 3447, est mis en œuvre formellement l’« embargo » total du commerce entre les États-Unis et Cuba. Kennedy a imposé des restrictions aux voyages vers l'île. Le 24 mars 1962, le département du Trésor nord-américain annonce l’interdiction de l’entrée sur le territoire nord-américain de tout produit élaboré, totalement ou partiellement, avec des produits d’origine cubaine, même dans un pays tiers. En juillet 1963 entre en vigueur le règlement pour le contrôle des actifs cubains qui interdit toutes les transactions avec Cuba et ordonne le gel des avoirs de l’État cubain aux États-Unis. En mai 1964, le département du Commerce établit l’interdiction totale des embarcations d’aliments à destination de Cuba, bien que dans la pratique celles-ci ne s’effectuaient déjà plus.

Sous la présidence démocrate de Jimmy Carter, les Américains d'origine cubaine furent autorisés à aller à Cuba entre septembre 1977 et avril 1982[1].

L'embargo américain de 1962 été renforcé en octobre 1992 (loi Torricelli) puis en 1996 la loi Helms-Burton. Alors que les États-Unis cherchaient à cette époque à normaliser leurs relations commerciales avec les autres pays communistes, tels que la Chine et le Viêt Nam, un important lobbying des Cubains exilés aux États-Unis favorisa le maintien et l'extension des sanctions.

En 1998, le président américain Bill Clinton déclara que Cuba n’était plus une menace pour les États-Unis et assouplit l’embargo[10]. L'interdiction des ventes alimentaires a été levée en 2000[11]. Le montant des exportations américaines vers Cuba s’élève en 2007 à 500 millions de dollars par an[11].

En 2002 et en 2006, le gouvernement américain a fait des propositions pour arrêter l'embargo, à la condition d'une transition démocratique dans l'île[12]. Ces propos furent alors jugés très provocateurs par le gouvernement cubain[13], indiquant que George W. Bush était « mal placé pour donner des leçons de démocratie ». En 2006, les États-Unis sont les premiers fournisseurs de produits alimentaires de Cuba[3]. En 2008, entre 35 à 45 % des importations alimentaires à Cuba viennent des États-Unis, qui sont devenus les premiers fournisseurs de nourriture de l'île[4].

Le 6 mai 2004, de nouvelles restrictions furent imposées aux déplacements d'hommes et d'argent vers l'île[14],[réf. insuffisante], mais également à la coopération scientifique entre chercheurs américains et cubains[15][réf. insuffisante]. Les échanges entre les bibliothèques scientifiques des deux pays, la publication d'ouvrages cubains aux États-Unis, et les visas accordés aux chercheurs devinrent fortement règlementés[15].

L'embargo a été une nouvelle fois assoupli sous la présidence de Barack Obama : en mars 2009, le Congrès autorise les citoyens américains d'origine cubaine à se rendre à Cuba une fois par an[1] ; puis, le 13 avril 2009, le président annonce la fin des restrictions sur les voyages et les transferts d'argent des Américano-Cubains vers l'île[1]. Il est alors encore interdit d'envoyer de l'argent à des membres de la fonction publique ou de l'armée cubaine[1].

En 2009, le département du Trésor des États-Unis a ordonné la fermeture de plus de 80 sites Internet qui faisaient du commerce avec Cuba[16].

En janvier 2011, le président Obama autorise par ordre exécutif les résidents américains à voyager à Cuba et hausse le plafond imposé aux investisseurs dans le pays[17]. Il est de nouveau possible d'envoyer de l'argent (jusqu'à 500 $ par trimestre) à des cubains, à l'exception des hauts fonctionnaires et des dirigeants du Parti communiste.

Motivations de l'embargo[modifier | modifier le code]

De nombreux observateurs de Cuba accusent son gouvernement de violations répétées des droits de l'homme, tandis que d'autres affirment que celui-ci a fait davantage pour le développement des droits humains, à Cuba et à l'étranger, qu'aucun autre pays (c'est le cas de Adolfo Pérez Esquivel[18]). Ainsi, le rédacteur en chef du journal Le Monde Bertrand Le Gendre écrit-il : « les prémices [du castrisme] portaient pourtant en germe une vérité déprimante : le castrisme est un totalitarisme »[19]. Ils reprochent aussi à Fidel Castro de contrôler son gouvernement grâce au contrôle qu'il exerce sur l'armée et d'avoir réprimé sévèrement les opposants au régime. Ainsi, selon Le Livre noir du communisme, sur une population de 11 millions d'habitants, plus de 100 000 Cubains ont connu depuis 1959 les camps et les prisons en raison de leurs opinions, et de 15 000 à 17 000 personnes ont été fusillées. Pour les États-Unis et une partie des anti-castristes, l'embargo est la réplique à apporter aux violations des droits de l'homme dont ils accusent l'État cubain.

En 1960, Lester D. Mallory, alors sous-secrétaire d'État assistant aux Affaires inter-américaines des États-Unis, écrivit dans un mémorandum que la seule façon de renverser Castro était de provoquer « la faim et le désespoir » parmi les Cubains, afin de les pousser à « renverser le gouvernement », soutenu par « la majorité des Cubains ». Il déclare que, dans cet objectif, le gouvernement américain doit utiliser « tous les moyens possibles pour miner la vie économique de Cuba »[20].

Reporters sans frontières ajoute que « Cuba tient toujours son rang de deuxième prison du monde pour les journalistes »[21]. Quelques journalistes, comme Salim Lamrani, ou l'un des membres fondateurs de Reporters sans frontières l'ayant quitté depuis, Rony Brauman, remettent toutefois en cause la neutralité et l'indépendance de cette organisation[22]. Le département d'État américain pointe des violations des droits de l'homme dans de nombreux domaines à Cuba, mais note qu'elles sont difficiles à documenter du fait qu'aucune association ne peut travailler à Cuba sans être reconnue par le gouvernement de l'île. D'après des sources officielles cubaines, 75 personnes que le département d'État américain appelle « activistes des droits de l'homme » furent arrêtées en mars 2003, puis condamnées pour avoir, d'après les chefs d'accusation, « nui à la souveraineté de l’État national au profit d’une puissance étrangère », et reçu de l'argent du gouvernement américain pour cela[23]. 14 d'entre elles furent relâchés à fin 2004. En juin 2004, des membres de l'Union européenne imposèrent des mesures de restriction envers Cuba. Ces restrictions furent levées en janvier 2005 dans un effort pour réengager le régime à poursuivre la politique européenne encourageant les reformes tout en préparant la transition.

Le gouvernement cubain contrevient à la liberté de culte en favorisant les communautés religieuses qui sont membres du Conseil des Églises cubaines et que ces communautés religieuses n'ont pas libre accès à la presse. Les groupes non enregistrés sont en butte à différents degrés d'interférences et de répression officielle[réf. nécessaire].

Les partisans du blocus sont majoritaires parmi les exilés cubains de Floride. Cette communauté, forte d'1,5 million d'habitants, vivant majoritairement dans la région de Miami, bénéficie d'une influence politique certaine sur les choix de Washington[24].

Effets de l'embargo[modifier | modifier le code]

Pendant la guerre froide[modifier | modifier le code]

La réglementation de contrôle sur les actifs cubains (Cuban Assets Control Regulations) impose des restrictions sur les importations et les exportations entre Cuba et les États-Unis (cadeaux en nature ou en argent inclus) et sur les autres transactions avec Cuba ou avec des ressortissants cubains. Elle impose un gel total des actifs cubains et des transactions financières entre l'île et les États-Unis. Elle restreint enfin le voyage vers Cuba. En 2004, les restrictions sont toujours en place et sont mises en œuvre par le Service de contrôle des actifs étrangers du Trésor (Office of Foreign Assets Control). Des peines de prison d'au plus dix années de réclusion sont prévues en cas de non-respect de l'embargo et l'amende peut atteindre un million de dollars pour les entreprises et 250 000 dollars pour les particuliers.

En 1958, les États-Unis représentaient 67 % des exportations cubaines et 70 % de ses importations. De son côté, Cuba représentait 3 % des exportations américaines et 4 % de ses importations, plaçant l'île à la septième place pour les exportations et les importations. Dès les premières années de l'embargo, le commerce officiel entre les deux pays a été totalement éliminé.

Le gouvernement cubain évalue l'effet total de l'embargo à 70 milliards de dollars réduisant la croissance, en prenant en compte les revenus issus des exportations perdues, les coûts supplémentaires des importations (l'île aurait pu acheter des produits américains moins chers). De son côté, la commission du commerce international des États-Unis (U.S. International Trade Commission) estime une perte annuelle de 1,2 milliard de dollars pour les exportateurs. Néanmoins, l'embargo a eu un effet limité sur Cuba durant les premières décennies car l'île bénéficiait du soutien de l'Union soviétique et des pays du CAEM qui lui fournissaient carburant, biens de consommation et subventions en échange de sucre et de nickel. Pour la seule année 1980, Cuba reçut environ 6 milliards. Cuba avait aussi accès aux marchés des pays soviétiques pour exporter ses produits (principalement le sucre et le nickel).

Une des manifestations les plus visibles de l'embargo est la quasi-absence d'automobiles dans les rues de La Havane, la capitale.

En entraînant un arrêt de son soutien économique à Cuba, l'effondrement du bloc de l'Est en 1989 et de l'Union soviétique deux ans plus tard a révélé l'impact des effets de l'embargo américain : cet arrêt a été rapidement suivi par une crise économique à Cuba.

À la fin du XXe siècle et au début du XXIe siècle[modifier | modifier le code]

Cuba a dès lors diversifié ses relations commerciales avec le reste du monde. Malgré les difficultés créées par l'embargo dans les années 1990, Cuba ne s'est pas effondré, comme le supposaient certaines conjectures formulées lors de la fin de l'Union soviétique.

En 1999, les exportations officielles américaines vers l'île s'élèvent à 4,7 milliards de dollars, constituées principalement d'aide médicale et d'autres dons caritatifs. Cuba est 180e sur 180 dans la liste des importateurs de produits agricoles américains en 2000. À la suite des allègements des sanctions depuis 2000[25], Cuba est 138e en 2001, 45e en 2002 et autour de la 33e place en 2003.

Ry Cooder fut condamné en 2003 pour sa collaboration dans l'album de musique cubaine Buena Vista Social Club à 100 000 $ d'amende pour avoir enfreint l'America's Trading with the Enemy Act (loi américaine sur le commerce avec l'ennemi)[26].

Depuis juillet 2012, un cargo fait une liaison hebdomadaire entre Miami et La Havane[27].

Alors que le président américain George W. Bush avait renforcé l'embargo américain sur Cuba sous sa présidence, Barack Obama l'assouplit en 2008. Les 1,5 million d'Américains d'origine cubaine peuvent ainsi voyager à Cuba (600 000 s'y rendent chaque année, participant à l'économie locale). En 2009, Obama libéralise les virements bancaires vers l'île (les « remesas »), supprimant notamment les plafonds (en 2008, on évalue à 1 milliard de dollars le montant de l'argent envoyé par les Américains d'origine cubaine, contre 3 milliards en 2013). Les Cubains ont également désormais le droit de quitter le pays. En 2012, les États-Unis sont le premier fournisseur de biens alimentaires et agricoles à Cuba, ces secteurs n'étant pas concernés par l'embargo[28].

Commerce entre les deux nations actuellement[modifier | modifier le code]

Le 30 mai 2007, selon le directeur général d’Alimport (Cuban Food Imports Company), Pedro Alvarez, le volume total du commerce américano-cubain a atteint 2,4 milliards de dollars et l’importation de produits agricoles a atteint 7,8 millions de tonnes, incluant le riz, les haricots, le maïs, les céréales, les œufs et le poulet.

Les États-Unis sont le troisième fournisseur de Cuba avec 11 % des importations en 2006[29]. En 1998, le président américain Bill Clinton déclara que Cuba n’était plus une menace pour les États-Unis et assouplit l’embargo[10]. Depuis 2001, suite à l'allègement de l'embargo, les sociétés américaines peuvent vendre certains produits agroalimentaires et des médicaments à Cuba. La plupart des importations agroalimentaires à Cuba viennent des États-Unis[30]. Le gouvernement américain a autorisé la mise en vente aux États-Unis de deux vaccins élaborés à Cuba, devenu un grand exportateur de médicaments génériques[31]. Washington possède une Section d’intérêts des États-Unis à La Havane[30]. Enfin, les Cubains exilés en Floride envoient sur l'île des Remesas, c'est-à-dire de l'argent sous forme de mandats. Après avoir été légalisé comme les autres monnaies étrangères en août 1993, le dollar américain a été interdit de nouveau en 2004[10].

Le Département de la Défense a, durant l’année fiscale 2011, effectué pour 1,9 million de dollars d’achat à Cuba[32].

Critiques[modifier | modifier le code]

De nombreuses voix dans la communauté internationale s'élèvent contre cet embargo. Ainsi à l'Assemblée générale des Nations unies, de nombreuses résolutions proposant aux États-Unis de cesser leur embargo sur Cuba ont été votées, à une large majorité.

Année Date Pour Contre Abstention Votant contre
1992 24 novembre 59 2 71 États-Unis, Israël
1993 3 novembre 88 4 57 États-Unis, Israël, Albanie, Paraguay
1994 26 octobre 101 2 48 États-Unis, Israël
1995 2 novembre 117 3 38 États-Unis, Israël, Ouzbékistan
1996 12 novembre 138 3 25 États-Unis, Israël, Ouzbékistan
1997 Octobre 143 3 17 États-Unis, Israël, Ouzbékistan
1998 Octobre 157 2 12 États-Unis, Israël
1999 Novembre 155 2 8 États-Unis, Israël
2000 Novembre 167 3 4 États-Unis, Israël, Îles Marshall
2001 Novembre 167 3 3 États-Unis, Israël, Îles Marshall
2002 Novembre 173 3 4 États-Unis, Israël, Îles Marshall
2003 Novembre 179 3 2 États-Unis, Israël, Îles Marshall
2004 Octobre 179 4 1 États-Unis, Israël, Îles Marshall, Palaos
2005 Novembre 182 4 1 États-Unis, Israël, Îles Marshall, Palaos
2013[33] Octobre 188 2 5 États-Unis, Israël

De nombreux intellectuels et personnalités réclament l'abandon de cet embargo. On citera notamment :

  • Ramsey Clark (ex-secrétaire à la Justice des États-Unis) : « Le gouvernement des États-Unis est seul, défiant la volonté des nations du monde, dans la mise en œuvre de ce crime contre l'humanité. Il agit dans l'intérêt d'une poignée de groupes économiques qui veulent s'approprier les richesses de Cuba et appauvrir le peuple cubain dont la révolution apporta la santé, les libéra de la misère et apporta aussi une éducation universelle partagée avec les pauvres de la planète. Cessez cette honte.» Ramsey Clark on the Fiftieth Anniversary of the Universal Declaration of Human Rights
  • Alice Walker (Pasteurs pour la Paix – États-Unis) : « De ce pays [les États-Unis] gonflé de richesses matérielles et intellectuellement misérable, où il y a tant de sans-abris et d'affamés, j'ai pu admirer la lutte de Cuba pour partager ses maigres ressources afin que chacun puisse retrouver sa dignité. Cuba est admiré dans le monde entier parce que les cubains ont démontré un amour, un engagement et un sens du sacrifice pour tout ce qui – les êtres comme la planète – est opprimé, pour tout ce qui souffre. Aujourd'hui, à l'heure où souffre à son tour Cuba, il est temps d'agir.[Quand ?] »
  • José Saramago, Prix Nobel de littérature 1998 : « S’il est au monde un pays, ou il est véritablement possible d’être humain, Cuba est ce pays. Bien qu’elle soit passée par toutes sortes de bouleversements, de circonstances implacablement négatives, depuis la domination coloniale jusqu’aux harcèlements qu’elle subit aujourd’hui, l’histoire cubaine garde une racine intacte, que l’on ne peut arracher et qui toujours continue de fleurir. Pour cette raison, je dis que Cuba est un état d’esprit. Que l’on peut être Cubain sans être né à Cuba. Et qu’en ce sens, je suis Cubain. »

De même l'ONG, Reporters sans frontières est intervenue en 2010 sur l'embargo des États-Unis contre Cuba et demande que « soit levé l'embargo absurde imposé à l'île depuis 1962 par les États-Unis »[34].

Face à ces critiques, l'État américain, par l'intermédiaire de son représentant à l'assemblée générale des Nations Unies réplique que « Cuba affirme que les sanctions économiques imposées par les États-Unis au Gouvernement cubain causent de sérieux préjudices au peuple cubain. En fait, [...] la politique commerciale des États-Unis à l’égard de Cuba est soigneusement étudiée pour permettre aux Cubains d’accéder aux denrées alimentaires et aux secours humanitaires tout en limitant la capacité du Gouvernement répressif de Cuba à tirer parti de son contrôle autoritaire de l’économie cubaine pour consolider son pouvoir. [...] De fait, les Américains restent les principaux pourvoyeurs d’aide humanitaire au peuple cubain. En 2007, ils ont donné 240,5 millions de dollars au titre de l’aide humanitaire privée. [...] À la suite des dégâts causés par l’ouragan Ike, le Gouvernement des États-Unis a mis en réserve 200 000 dollars supplémentaires pour les organisations non gouvernementales de secours et a réaffirmé notre offre de fournir une équipe d’évaluation humanitaire. Encore une fois, le Gouvernement cubain a rejeté notre offre. »[35]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e « Barack Obama lève les restrictions de voyage des Américano-Cubains vers Cuba », dans Le Monde du 13-04-2009, [lire en ligne]
  2. Une société pharmaceutique a été lourdement condamnée pour avoir exporté vers Cuba des produits pharmaceutiques sans la licence prévue à cet effet ; les exportations de médicaments sont légales mais soumises à licence cf Chiron fined for exports to Cuba, Judy Silber, 9 juillet 2004
  3. a et b Paulo A. Paranagua, « Cuba n'a pas retrouvé le niveau de 1989 », dans Le Monde du 22/08/2006
  4. a et b Paulo A. Paranagua, « La crise mondiale et trois cyclones ont aggravé la pénurie alimentaire à Cuba » dans Le Monde du 05-12-2008, [lire en ligne], mis en ligne le 04-12-2008
  5. L'assemblée générale demande de nouveaux aux États-Unis de lever le blocus économique, commercial et financier appliqué à Cuba, : L'assemblée générale demande de nouveaux aux États-Unis de lever le blocus appliqué à Cuba
  6. L'Assemblée générale adopte sa résolution annuelle contre le blocus visant Cuba
  7. Pour la onzième année consécutive l'assemblée générale appelle à la levée du blocus contre Cuba
  8. República de Cuba sur EcuRed
  9. Revolución Cubana sur EcuRed
  10. a, b, c et d Janette Habel, Yves Bongarçon, « Les trois âges du castrisme », dans Géo , n°339, mai 2007, p. 101-102
  11. a et b James McKinley, « Ces Américains qui commercent avec Cuba », dans International Herald Tribune, cité dans Courrier international du 14-11-2007, [lire en ligne]
  12. « Cuba : les États-Unis renouvellent leur proposition de levée d'embargo », dans Le Monde du 24/08/2006, [lire en ligne]
  13. Radio Havane Cuba, 21 mai 2002
  14. Rapport de Cuba sur la résolution 58/7 de l’Assemblée générale des Nations unies, Granma, septembre 2004
  15. a et b Bush contre Cuba et contre nous tous, Remy Herrera, 2004
  16. Retour sur le phénomène Yoani Sánchez, la "cyberdissidente" cubaine - Salim Lamrani, Le Grand Soir, 3 décembre 2009]
  17. Ewen MacAskill, « Barack Obama acts to ease US embargo on Cuba », The Guardian,‎ 15 janvier 2011
  18. Un avant et un après, Adolfo Perez Esquivel, dans Il était une fois la révolution, publié par l'Humanité, 2009
  19. Le castrisme, une passion française, Le Monde, 22 février 2008
  20. Foreign Relations of the United States (FRUS), 1958-1960, Volume VI, Cuba : (Washington : United States Government Printing Office, 1991), p. 885
  21. Rapport annuel de RSF sur Cuba, version consultée le 4 mars 2008
  22. Rony Brauman : « Beaucoup de journalistes connaissent la réalité de RSF », interview par Hernando Calvo Hospina, février 2009
  23. Article de Granma, 10 avril 2003
  24. (en) The coddled "terrorists" of South Florida, Salon.com, Tristram Korten et Kirk Nielsen, 14 janvier 2008.
  25. (fr) Les États-Unis, fournisseurs malgré l’embargo, Sara Roumette, RFI, 25 avril 2004
  26. (en) Cooder fears Cuban ban, BBC, 19 mars 2003
  27. AFP, « Première cargaison humanitaire des États-Unis vers Cuba depuis 50 ans », sur Euronews,‎ 11 juillet 2012 (consulté le 14 juillet 2012)
  28. Hector Lemieux, « Les États-Unis au secours de l'économie cubaine », in Le Figaro, encart « Économie », vendredi 13 décembre 2013, page 21.
  29. Pascal Boniface L'Année stratégique 2007 : analyse des enjeux internationaux, Dalloz-Sirey, Paris, 7 septembre 2006, 611 pages, (ISBN 2247069517)
  30. a et b Sara Roumette, « Pas forcément l’idée que l’on en a… », dans Géo , n°339, mai 2007, p.90
  31. Sara Roumette, « Pas forcément l’idée que l’on en a… », dans Géo , n°339, mai 2007, p.92
  32. (en)[PDF]« Department of Defense Report to Congress on Purchases of Supplies Manufactured Outside the United States in FY 2011 », sur Département de la Défense,‎ 18 mai 2012 (consulté le 30 mai 2012)
  33. CR de L'Assemblée Générale de l'ONU AG/11445. https://www.un.org/News/fr-press/docs/2013/AG11445.doc.htm
  34. Sept ans après le Printemps noir, les journalistes libérés parlent, Échange international de la liberté d'expression du 8 septembre 2010.
  35. [PDF] (fr) « Rapport du Secrétaire général (A/63/93). Projet de résolution (A/63/L.4) », ONU (consulté le 05-10-2009)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]